‹ Histoire de la marine françaiseChapitre 10 sur 87 · DU ROI A M. DE BARILLON · texte numérisé non relu

DU ROI A M. DE BARILLON

. 15 décembre 1688, à Versailles.

Monsieur Barillon,

Vos lettres des 3, U, 5, 6 et 9 de ce mois me font voir une, si grande décadence dans les affaires du roi d'Angleterre, qu'il ne me reste plus lieu d'espérer qu'il puisse trouver dans son royaume aucune ressource contre? les mauvais desseins de ses ennemis ; et la résolution qu'il a prise d'assembler son parlement semble être plutôt un moyen d'éloigner pour quelques jours sa perte que de l'éviter. On ne peut uéanmoins qu'approuver la résolution qu'il en a prise ; et si ses sujets n'avaient d'autres desseins que de conserver leurs privilèges et leur religion, ils pourraient facilement obtenir ce qu'ils désirent du parlement et obliger le prince d'Orange à se retirer avec ses troupes. Mais comme tout ce qui s'est passé depuis son débarquement ne laisse pas lieu de douter que l'esprit de révolte ne se soit répandu par toutes les provinces , et que les officiers et commandants des troupes, même ceux qui ont part aux conseils dudit roi, manquent à la fidélité qu'ils lui doivent , et se

signalent même par des perfidies dont on n'avait point encore vu de si horribles exemples, on peut dire que le mal est devenu incurable, et qu'il se trouve même dans le remède; c'est aussi ce qui m'ôte tout moyen de secourir ledit roi, quelque désir que j'aie de le tirer du mauvais pas où il est : car, quelle sûreté puis-je trouver à joindre mes vaisseaux aux siens si, outre la difficulté qu'il y a de pouvoir faire cette jonction sans rencontrer la flotte hollandaise , il y a d'ailleurs tant de raisons de se défier des commandants des vaisseaux dudit roi, qu'il n'est pas de la prudence de se commettre à une trahison si évidente et dont on a déjà tant d'indices.

11 serait encore plus périlleux de faire passer un secours de troupes en Angleterre ; et les continuelles désertions des officiers qui sont au service dudit roi ne font que trop connaître que les amis et les ennemis se réuniraient pour combattre mes troupes aussitôt qu'elles seraient débarquées.

D'ailleurs les efforts extraordinaires que je suis obligé de faire pour soutenir la guerre de tous côtés, avec tout le succès nécessaire pour faire souhaiter la paix aux ennemis, ne me permettent pas de donner audit roi tout le secours d'argent qui lui serait nécessaire pour résister à tous ceux qui l'attaquent ; je ne laisserai pas néanmoins de pourvoir à ses besoins dans la suite du temps autant qu'il me sera possible, et de continuer à lui témoigner combien ses intérêts me sont chers.

Je m'assure aussi que vos lettres ne me laisseront pas longtemps dans cette incertitude, et qu'elles m'apprendront bientôt s'il y a quelque espérance de ressource pour ledit roi.

. Sur ce, etc.

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