‹ Histoire de la marine françaiseChapitre 11 sur 87 · LOUIS · texte numérisé non relu

LOUIS

Louis XIV ne s'était pas trompé : après des défections et des traverses sans nombre, Jacques II quitta l'Angleterre, et son départ fut facilité par les agents du prince d'Orange. Le dernier acte politique de Jacques fut une déclaration des motifs qui le forçaient à se retirer devant son gendre. — Cette pièce est du 22 décembre.

« Ce serait (disait Jacques) un acte de démence de me croire en sûreté tant que je serai au pouvoir d'un homme qui non-

seulement a envahi nies états sans aucune provocation, mais encore m'a fait prisonnier dans mon propre palais, m'a envoyé au milieu de la nuit l'ordre de quitter ma capitale, et a cherché à me faire paraître au monde aussi noir que l'enfer en m'accusant du crime d'une supposition d'enfant, accusation que ceuxlà même qui l'ont inventée savent bien être fausse au fond de leur conscience. Je suis né libre et veux continuer de l'être, .l'ai hasardé ma vie ]>our la défense de mon pays, je ne suis pas trop vieux pour ne pas la risquer encore : c'est pourquoi je me retire; mais je resterai à portée de revenir lorsque la nation ouvrira les yeux sur les prétextes faux, quoique spécieux, dont on s'est servi pour la tromper. »

Le 23 décembre, Jacques s'embarqua la nuit, par un temps orageux , sur le vaisseau i'Eagle, et après deux jours d'une épouvantable traversée il arriva, le 25 décembre, à Ambleteusc, où il débarqua. De la il alla droit à Saint-Germain , ou il retrouva la reine elle prince de Galles, qui y étaient arrivés conduits par M. le comte de Lauzun.

L'infâme trahison de Louis XIV envers Jacques H ressort si évidemment des faits précédemment cités, qu'on ne peut éprouver que du dégoût en songeant aux jongleries sentimentales et aux hypocrites semblants d'affection et d'intérêt, grâce auxquels le grand roi tâcha de faire oublier à ce malheureux proscrit qne sa chute du trône était en partie due aux perfides machinations du cabinet de Versailles.

Quant aux secours accordés par Louis XIV a Jacques If, pour l'aider à reconquérir son royaume, secours dont on a si universellement glorifié la magnanime générosité du grand roi, on verra qu'ils étaient aussi insuffisants qu'illusoires ; car les sept mille hommes mal équipés , mal pourvus, que Louis XIV envoya en Irlande, n'avaient d'autre mission que d'inquiéter le prince d'Orange, afin d'opérer une diversion favorable aux armes françaises sur le continent. l a conquête des trois royaumes avec ce peu de troupes était une dérision. — Mais le rare est que le grand roi n'avait accordé ces sept mille hommes à son bon frère d'Angleterre, qu'à la condition expresse que son bon frère cl'Jnglctcrre lui renverrait en France, transport par transport (si cela se peut dire),

— tG88 — LIVRE VIII, CHAPITRE 1T. i7

SEPT MILLE HOMMES DES MEILLEURES TROUPES IRLAMVUSES qui s'étaient révoltées à Dublin contre l'autorité du prince d'Oranyc

On verra dans le chapitre suivant les détails de cette singulière intervention.

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