‹ Histoire de la marine françaiseChapitre 13 sur 87 · RELATION DU COMHAT CONTRE LK VICE-AMIRAL HERBERT · texte numérisé non relu

RELATION DU COMHAT CONTRE LK VICE-AMIRAL HERBERT

L'original de eeite relation est érrit en entier de la main de Chateaurenault ; il orthographie ainsi son nom : Chateaurenault.';

Monseigneur,

Le chevalier de Chateaurenault vous porte la nouvelle de mon arrivée à la côte d'Irlande, le quatrième jour après mon dépari de Brest; la flotte d'Angleterre y était déjà arrivée et jointe ensemble, et il me faHnt prendre le parti de faire le débarquement de tout le secours à sa vue, et la combattre en même temps ; vous apprendrez la résolution que je pris pour cet effet, la conduite du débarquement que j'y fis et le combat qui fut donné entre l'escadre de Fiance et l'armée d'Angleterre, l'avantage que remporta la flotte de France, la poursuite qu'eHe fit de l'armée d'Angleterre jusqu'à sept lieues sous le \ent d'où commença le combat, et enfin mon retenir dès le même soir a\ec l'escadre de France au lieu du débarquement , la fin du débarquement des brûlots dès le lendemain, et le re-

1 Cork, sur la cote du 8. et près de la pointe S.-E. de l'Irlande. C'est un des principaux ports de rette lie.

lo mai 1681».

tour à l'escadre de tous les bâtiments qui avaient fait le débarquement à huit lieues de là. JLe mis à la voile en même temps pour chercher l'armée d'Angleterre; mais je n'ai pu savoir depuis si elle avait pris vers la côte d'Angleterre ou celle des côtes pour s'aller raccommoder.

Il est nécessaire, monseigneur, que je vous fasse un détail exact qui réjwnde à l'exactitude des ordres de Sa Majesté , et que je vous rende compte précisément dans ce qui me concerne des moyens dont Sa Majesté se sert si avantageusement pour la gloire de ses armes, pour laquelle il me semble qu'elle ne peut manquer d'avoir des succès agréables quand un général a tout le zèle et application qu'il doit pour les bien connaître et ies bien suivre.

Je partis le sixième de Brest, d'un temps fort obscur, et à peine fus-je sorti de l'Iroise que la brume vint si épaisse qu'on ne pouvait voir aucun \ aisseau ; elle continua de même jusqu'au lendemain deux heures du jour. J'envoyai les frégates au travers la brunie pour dire à chacun la route que je faisais, et fis d'ailleurs ce que je pus pour nous conserver ensemble; heureusement que nous nous trouvâmes tous le lendemain. La crainte d'un pareil accident lit que je changeai l'alternative de Kinsale ou de Galloway \ comme je vous avais mandé, pour prendre une route certaine au cap de Clare.

J'arrivai le 9 à la pointe du jour à la côte d'Irlande ; en même temps j'aperçus trois vaisseaux au vent à moi qui vinrent me reconnaître et que je jugeai navires de guerre d'Angleterre; leur ayant fait donner chasse inutilement par quelques vaisseaux, je me poussai assez près de la terre pour qu'on la connût pour être celle d'entre le cap de Clare et Kinsale; j'envoyai une chaloupe à la côte et appris par un colonel du pays, que l'officier que j'avais envoyé m'amena à bord, que l'armée d'Angleterre était à la côte depuis quinze jours, et qu'on avait encore compté du même lieu le même matin vingt-trois navires ensemble, ce qui m'assura que les navires à qui j'avais donné chasse étaient de l'avant-garde de leur armée.

Le vent était directement contraire pour aller à Kinsale , et

1 Galloicay, r'est la pointe du S.-O. de l'Ecosse. Elle fait face à la cote N.-E. de Irlande.

il y avait plus de quatre-vingts lieues pour aller à Galloway, cl le vent, conservant est-nord-est , je ne pouvais entrer; je n'aurais pas manqué d'être suivi par l'année anglaise , étant connu de reste par les rencontres que j'avais faites à la côte; cependant rien n'est si dangereux que de faire un débarquement à la vue des ennemis, et il fallait absolument le faire sans être défendu d'aucun endroit de la terre ; cela m 'obligeant à compter beaucoup sur la diligence , je pris la résolution d'aller à la baie de Bantry 1 qui en était proche, et y arrivai le lendemain il onze heures.

Je pris le dessein de me servir, pour faire le débarquement, des frégates V Empressée et la Pressante, six brûlots et deux vaisseaux marchands qui se trouvèrent avec moi : en cinq heures le débarquement était presque achevé dans leur bord , quand deux vaisseaux de garde , commandés par le chevalier de Coetlogon , me firent les signaux que l'armée d'Angleterre paraissait au nombre de vingt-sept bâtiments: le vent était est, j'étais au vent des ennemis , mais le lieu du débarquement à terre était à huit lieues au vent de moi; je fis mettre en un moment à la plus proche terre ce qui restait de troupes dans les vaisseaux qui n'avaient pu s'embarquer sur les brûlots , et je fis au point du jour appareiller la frégate qui était V Argent, avec deux brûlots qui ne l'avaient pu faire auparavant; les bâtiments chargés avaient assez de peine à entrer. Le vent était contraire pour monter à Balgoben , lieu du débarquement, quand l'armée d'Angleterre , avec pavillon au grand mât , parut à l'entrée de la baie. J'avais déjà fait mettre à la voile ; mais la marée étant bonne aux vaisseaux du débarquement, je crus, pour plus grande sûreté , leur devoir donner jusqu'à onze heures devant que de combattre ; mais dans ce temps-là , que la marée finissait, l'avant-garde d'Angleterre, comme je l'avais prévu , étant pressée de se mêler avec nous , je fis signal à celle du roi d'arriver et de commencer le combat.

1 Bantry, baie de Bantry, sur la côte S.-O. de l'Irlande, elle s'enfonce de. plus de dix lieues dans les terres; sa largeur varie d'une lieue à deux lieues et demie. Elle reçoit quelques rivières et contient quelques lies. La pointe Miotrovally la termine à l'E. et la pointe du Taureau Noir à 10., et le Bear- Heven est à peu près au milieu du canal. La ville et le port de Bantry sont sur la cùte de TE., vis-à-vis de l'Ile Widdy.

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