‹ Histoire de la marine françaiseChapitre 3 sur 87 · A M. DE CROISSY · texte numérisé non relu

A M. DE CROISSY

A La HajL-. le 2 novembre 1688.

Je crois , monsieur, que je ne puis mieux commencer ma lettre qu'en vous apprenant que le prince d'Orange, après avoir essuyé une rude tempête , a été contraint de relâcher au même endroit d'où il était parti. Ce prince avait en lundi dernier des avis d'Angleterre qui l'avaient obligé de partir le lendemain, sans avoir voulu attendre que les choses fussent entièrement pressées. Aussi , quoi qu'il fût arrivé à Helvoetsluys le mardi 26 du mois passé , il ne put mettre à la voile que le samedi, 30, après avoir divisé son armée en trois escadres : l'avant-garde , commandée par l'amiral Herbert ; la seconde , qui faisait le corps de bataille, où il était, commandée par Williams Bastians, amiral d'Amsterdam, et l'arrière-garde , par EuTtscn , amiral de Zélande. H fit partir la première escadre le samedi a quatre heures du matin , et ensuite toute l'armée ; mais il leva l'ancre tout le dernier, ayant voulu voir auparavant toute la flotte à la voile.

Un vent du sud-ouest (wjrtait les vaisseaux vers le nord de l'Angleterre, et les approchait eu même temps des côtes de Hollande; et comme il faisait ce jour-là un beau soleil, tout le monde sortit de La Haye pour aller voir cette flotte, qui semblait être venue pour faire parade; car, en vérité, elle couvrait toute la mer, et vous le croirez aisément, monsieur, quand je

vous dirai qu'elle est de près de sept cents voiles. Mais sur les dix heures du soir, le vent ayant tourné à l'ouest devint si violent, qu'il fit toute la nuit une furieuse tempête. Le prince d'Orange , qui est attaqué d'un asthme , se trouva fort mal. Les chevaux ont tant Souffert que ceux qui ne sont pas morts ne seront pas en état de servir de long-temps. Enfin le prince d'Orange a été obligé de revenir à Helvoetsluys avec une partie de la flotte délabrée, qu'on ne |)ourra meltre à la voile de huit ou dix jours d'ici ; le reste de la flotte a été dispersé , et l'on ne sait pas encore quelle perie il y a. Cet incident ne pouvait jamais venir plus à propos; car on apprit par des lettres particulières qui sont venues d'Angleterre, que quelques amis du prince d'Orange, qui croyaient le voir alx>rder incessamment, sont déjà déclarés. Le roi d'Angleterre aura tout le loisir d'y donner ordre.

Le docteur Burnet a fait un mémoire, adressé au prince d'Orange au nom des protestants anglais ; comme il est fort gros, je ne vous l'enverrai pas, monsieur, à moins que vous ne marquiez que vous le souhaitez. Le prince d'Orange a fait un manifeste qui se rapportera à ce mémoire ; mais il ne sera vu qu'après avoir été distribué en Angleterre.

Les États-Généraux ont fait aussi de leur côté une espèce de manifeste, qu'ils ont fait distribuer à tous les ministres étrangers qui sont ici, excepté à l'envoyé d'Angleterre et à moi; ils veulent par là justifier la conduite du prince d'Orange à l'égard du roi d'Angleterre , et la leur aussi , d'avoir prêté au prince d'Orange des troupes et des vaisseaux.

J'ai reçu la lettre, monsieur, que vous m'avez fait l'honneur de nf écrire le 16 du mois passé.

Je suis, monsieur, voire très-humble et très-obéissant serviteur.

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