‹ Histoire de la marine françaiseChapitre 32 sur 87 · M. DE TOURVILLE A M. DE PONTCHARTRAIX · texte numérisé non relu

M. DE TOURVILLE A M. DE PONTCHARTRAIX

•2.) octobre 1091 .

Monseigneur,

Quoique je sois persuadé que vous êtes informé que j'ai satisfait aux intentions du roi pendant cette campagne en me conduisant suivant les instructions et les ordres de Sa Majesté , et que les bruits qui ont couru à Paris, au désavantage de l'armée navale, et les avis qui vous ont été donnés par quelques officiers sur les actions que l'on eût pu tenter, n'ont fait aucune impression sur votre esprit, je ne laisserai pas de vous faire un détail de ce qui s'est passé, jwur vous justifier ma conduite s'il vous restait quelque doute, et vous faire con-

NOTES PLACEES A LA Sl ITE ET EN RENVOI DE LA CVMPAGNE DE M. DE

TornviLLE.

1 11 (levait les attaquer, quoique supérieurs, s'ils venaient sur les côtes de France, ou s'ils allaient sur relies d'Irlande.

: Ow n'a point écrit (|n il suflirait qu'il fût un peu plus au milieu de la >«.t!irhe. mais bien qu'il

naître, que les vues que Sa Majesté a eues pour faire sortir son armée navale auraient eu tout le succès qu'elle en pouvait souhaiter si l'on avait pris la flotte de Suiyrne, ce que je justifierai n'avoir pu être exécuté.

11 ne m'a pas paru que le roi ait eu d'autres vues pour faire sortir son armée navale que de prendre les flottes anglaise et hollandaise de Smyrne et quelques autres pendant le cours de la campagne, de garantir les côtes du royaume des descentes des ennemis , et de tâcher do rendre leur armement inutile;

De les combattre au cas qu'ils sortissent de la Manche , égaux ou inférieurs en nombre, en les attirant, autant qu'il se |K)urrait , sur les côtes de France, el de les attaquer, quoiqu'on nombre inégal, s'ils prenaient la route des côtes du royaume depuis Bourgneuf jusqu'à la rivière de Bordeaux, et dans la Manche jusqu'à la Hoguc ; mais, au contraire, de les éviter1 s'ils sortaient de la Manche supérieurs en nombre, en ménageant autant qu'il se. pourrait la réputation de l'armée navale, et de tenir la mer jusqu'au 1er septembre.

Je répondrai au premier article que vous pouvez, monseigneur, vous souvenir de ce (jue j'îù eu l'honneur de vous écrire le 9 de juin, que, pour se mettre à la rencontre de la flotte de Sim rue, il fallait que l'armée l'attendît ii l'ouest-quart-sud-ouest, vingt-cinq lieues des Sorlingues 2, et que vous me répondîtes qu'il suffisait que je fusse un p: u plus au milieu de l'entrée de la Manche

paraissait que, so tenant p0Ur l'empêcher d'entrer dans le canal,

\:ZX^??vôï »» je vous ai fait voir par ,ues

tée de secourir les eûtes lettres que je n'étais pas à portée de

de France, et d empêcher l'empêcher d'y entrer, rasant les Sor-

ffManc^eM^elnt ,iûSues comn,ê (,,,c a fait- Cependant, pourrait prendre son parti, quand j'eus avis par le vaisseau venant par le moyen des bâtiments (|e ja Martinique, qui l'avait rencontrée

qu'il aurait dehors, pour ■ ' /»,. • , ••

être averti tant de la mar- SUr UDe haute,,r (IU1 me f,t JUSer W *

.•he de cette Hotte <jue de était allée en Irlande , je ne laissai pas, celle de l'armée ennemie. sur j(,s ordres que j'avais reçus depuis,

,^1::"::; «- «•>•»«**«• à «ne noue.'de quitter pour un ordre, m. de Tour- ma croisière pour tâcher de la renconviiie devait faire voir que trer sur son passage par la Manche, et

cela le mettait absolument i , hors d'état de joindre l a,- de SUIVre CCltC r°UlC JUS<I"C ^V ,(>S

mée ennemie ; mais il n'en quarante-neuf degré quinze minutes , a plus parlé ; il ne s est sur \os avis que j'eus par la corvette qui

pas tenu non plus un peu ,, 1 . 7 , . . ,, 1

èu-decà de vingt -cinq à 1 ava,t rencontrée; et si je lavais pour trente lieues ouest-quart- lors aperçue je n'eusse pu m'empêcher de-sud -ouest des Soi lin- (\c l'ai|cr reconnaître pour exécuter les

gues (in il avait proposé, , , . ., , ,

ni n'a envoyé aucun bâti- ordrcs l)rec,s <Il,c J avajs eus dc ,n >

ment au-devant de cette attacher. N'ayant pas eu de nouvelles

flotte suivant cet ordre qu'ellc fût jointe à l'armée ennemie, prétendu , qu après avoir • , . , ,

su par un vaisseau qui re- quoiq»* toutes les apparences fussent

venait de 1 Amérique qu'il qu'elle en devait être escortée, et la re-

i avait laissée à environ connaissant, je tombais dans la nécessité cent lieues du cap deGlare. , , ,

de combattre contre une armée qui se

trouvait pour lors de près de cent vais-

1 Tout le reste n'est seaux de guerre *, dans une croisière

qu'un raisonnement tiré, très-avantageuse pour les ennemis et tout

L armée ennemie était dc , i

soixante-quatre vaisseaux a fa,t desavantageuse pour nous, et ou les de guerre , la flotte de officiers ont dit hautement dans le con- Smyrnc était escortée par seji qu'i|s m'v avaient vu engagé avec

quatorze autres, la plupart .

petits. peine.

Je ne sais pas sur quoi ont été fondés les bruits qui ont couru que j'avais pu prendre cette flotte, et qu'elle avait passé très-proche de l'armée : on ne doit pas me supposer d'avoir été assez înalintcn-

tionné pour ne vouloir pas rendre un service aussi important, et nia manœuvre a assez justifié le contraire; et ou ne peut avoir eu aucun avis qu'elle ait passé plus près de nous que celui que nous eûmes par la corvette la Levrette, que j'avais envoyée sur la croisière où je vous avais marqué que nous eussions du l'aller attendre, qui nous apprit qu'elle était à vingt-deux lieues au nord-est quart-denord de l'armée, et qui, ayant été renvoyée sur-le-champ avec te Saint-Michel pour l'observer et en rapporter des nouvelles, quoique ce petit bâtiment soit un des meilleurs de voile de la mer pour l'été,- elle ne put en avoir connaissance, non plus que le vaisseau le Saint-Mi- 1 H y a apparence qu'on chef 1 ; et comme elle était pour lors fort n'aurait pas joint cette proche des Sorlingues, quand j 'aurais eu

Hotte, puisque le Saint- . . ,

Michel et la corvette ne ,e ycn} pour suivre et que j eusse

purent la joindre, mais on doublé SOU sillage , elle eût encore été

ne savait pas ce qui en pius tôt dans les ports d'Angleterre que

était quand on revira, ce • » • ■ r • i r

futsur l'opinion que citait ^ n*USSe l)U la Recouvrir, Ce qui obh-

1 armée ennemie, quoique gea tOUS les officiers- généraux à résou-

lo capitaine de la Levrette foc qu'il fallait retourner a la croisière

eût rapporté que c'était un flotte marchande, qui allait toutes voiles hors et sans ordre.

ordonnée. Vous n'aurez pas lieu d'être surpris quaud vous entendrez dire que des Hottes marchandes auraient passé à trois et quatre lieues des escadres que le roi enverrait à la mer sans qu'elles les eussent prises, pouvant en être empêchées passant au vent à leur vue, comme celle du chevalier de Pilles, qui était au vent de l'armée ennemie , a passé à sa vue avec seize bâtiments venant d'Irlande, ou par les bruines ou mauvais temps.

A l'égard de prendre d'autres flottes

marchandes, je n'ai eu connaissance que de celle des seize vaisseaux qui allaient h l'Amérique ; les brumes m'ont empêché d'en prendre davantage que les deux vaisseaux de guerre et quatre marchands, et huit autres vaisseaux pendant la campagne.

Je vous dirai , à cette occasion, que je suis surpris qu'on ait publié que j'ai songé à éviter cette flotte, la prenant 1 il n'a pas été parlé de pour l'armée ennemie 1 , étant certain cela- qu'ayant le cap au nord , quand je l'a-

perçus à la |M»nte du jour qu'elle courait au sud-ouest , je fis revirer sur elle et fis larguer les ris des huniers pour la chasser, que je sus presque en même temps, par une prise anglaise (pie m'amena ir (UmUnty ce que c'était que cette flotte, et que je fis le signal à tous les bons voiliers de l'année pour lui donner chasse.

Pour ce qui est du second artic le, des vues que le roi a eues en faisant sortir son armée navale, qui étaient de garantir 1< s côtes du royaume des descentes des ennemis et de tâcher de rendre leur armement inutile ; cet armement leur a servi à faire passer leur flotte de Smyrne, parce que, s'ils n'avaient point eu d'armée, ils n'eussent pas osé l'exposer, dans la crainte qu'on n'eût fait des détachements pour la prendre ; mais étant une fois;» Kinsale, il lui était aisé de prendre son temps pour se jeter dans le Bristol, d'où il eût été facile de porter ses marchandises à Londres, comme il est arrivé autrefois, ou d'attendre, pour entrer dans la Manche d'Angleterre, que nous eus-

sions été désarmés; et, du reste, il n'a eu d'autre succès que de faire passer dans une marée une escadre de seize vaisseaux dans les rades de Beiiheaume et du Camaret, ce qui aurait pu se faire a vue de notre armée, étant au vent d'elle, l'avantage du veut élant un obstacle qu'on 1 On ne surmonte pas ne surmonte pas 1 , el de brûler une méravantage du vent, mais cnante barque à Camaret, et qui aurait

,1 peut changer et les en- ^ ,a cha, e d.un

nemis n auraient jamais t" \ r

osé faire cette entreprise corsaire ; n ayant d ailleurs empêche de si i armée du roi les avait passer aucune de nos flottes, ni fait au- «««T! «me prise que celle d'un petit bâtiment sur toutes les côtes du chargé de soixante-dix moutons et un royaume. traversier, pendant que nous leur avons

pris deux vaisseaux de guerre et douze vaisseaux marchands, avec une armée inférieure qui n'ose détacher aucun vaisseau de crainte de se séparer et de s'affaiblir dans un temps qu'une armée ennemie fort supérieure peut tomber sur elle.

J'ai, suivant mes ordres, en partant 3 La croisière était l'en- de Brest, été chercher ma croisière 2 tice de la Manche ouest- poUr y attendre les ennemis et les COinnord -ouest Jusant; b ..,s sortissentde la Man- 1 armée est allée d abord "u » . .

sur Pennemark , ensuite à che en nombre égal ou inférieur, et même l'ouest-sud-oucst d'Oues- supérieur de quelques vaisseaux, comme sont- je l'avais proposé. Les avis que j'avais de

vous, monseigneur, étaient que leur armée n'était que de soixante-six vaisseaux 3 cet avis était bon; ils de guerre J, et celle du roi était pour n avaient que soixante- jors soixante-sept , et je VOUS avais quatorze vaisseaux. ^ en (Vim de mes ai^

clcs de mon instruction, que s'ils n'avaient que huit vaisseaux de plus que nous , il ne fallait pas hésiter de les attaquer, et j'avais mis en mer dans ce dessein.

— IflUl— LIVRE IX, CHAPITRE- IV. ir,9

J'ai demeuré sur cette croisière jusqu'au U de juillet, quoique, par des bâtiments étrangers, j'eusse eu différents avis que l'armée ennemie était de quatrevingt-dix vaisseaux de ligne, et je ne m'en éloignai que pour tâcher de me mettre au passage de la flotte de Smyrne, 1 ce brûlot, en sortant entre Kinsale et les Sorlingues, et jus-

de Brest, trouva quelques qu'au 17 qne jc rcçus pa|. t'Orqutil-

vaisseaux do 1 armec on- j 1 J y 1 .

nomie ; il en fut chassé et teux, une lettre d un de nos capitaines se brûla, il était impos- de brûlot 1 qui m'écrivait avoir compté sibie que ce capitaine ait qliatre-vingt-six vaisseaux de ligne dans

pu distinguer quatre-vingt- \ ° °

six vaisseaux do ligne dans 1 ai méc ennemie, et la votre, du 7, par une fortM de vaisseaux qu'il laquelle vous me mandiez que je devais vit dans un éloignement ; im, con(iuire sur les avis que j'aurais et

il aurait pu dire au plus, . 1 J

si ces vaisseaux avaient non sl,r les vôtres, ne rien hasarder sans été de file, le nombre qu'il nécessité, et suivre les intentions du roi

y en avait, et sur cela on cxpliquees par mm instruction, je ll'aupouvait raisonner tant de ; 1 -» . # . ■

vaisseaux de guerre, tant ™is pas cru devoir éviter les ennemis de brûlots , tant de bâti- sur des nouvelles étrangères, avant les

ments de charge, etc. Un ôt contraircs sans ies reconnaître denois qui avait vu cette , .

armée, et qui trouva quel- de près, et que, les reconnaissant de

que temps après M. le près, je n'en vinsse à un combat. Je me

comte d'Estrées dans la d • mê |.||onneur dp vol|S ccrilT, Méditerranée, lui dit qu il , .

y avait cent six voiles: aussitôt que je fus en croisière , que le

quelle apparence qu'il y roi devait souhaiter que nous donnas-

2uTlr^fX V8iS" sions Promptement bataille \ pendant ' il lui a été écrit en <IUC nos équipages se portaient bien, ces termes : « Sa Majesté vous ayant marqué précisément, en apos-

» n'a rien à ajouter aux ^ de paruclc 10 de mon instruction, » ordres portes par voire . , , ,

» instruction; je roua ai <Iue le moment que deux armées » informe des nouvelles sont en présence en état de sc recon-

» que faraudes ennemis; naître jl était impossible d'éviter 1111 » cous pouvez à présent, . . 1 .

» par le moyen des bâti- combat quand une armée ennemie vou- » ments d'avis qui sont à dra engager l'autre , et que le meilleur

» votre suite, en avoir des partj cn ce ^.Jà quoique inférieur, est » nouvelles plus précises 1 . 1 *. . .

» '{ue nous; c'est à vous à celui d attendre l ennemi en bon ordre » prendre vos mesures de et de tenir bonne contenance ; aussi ,

» sorte que tous puissiez » en rire informé, et eré- » cufer les ordres de S'a » Majesté suivant se# in- » tentions, c'est-à-dire ne » rien hasarder sans «<•'- » cessité , et profiter des » occasions avantageuses » ijue vous aurez pendant »> la campagne. »

Cela no signtfio pas qu'il failli- continuellement fuir au moindre bruit de l'approche des ennemis, sans jamais les voir.

I Qu'est-ce que ces avis certains ?

J 11 serait nécessaire de demander à tous les officiers-généraux en particulier un mémoire sur ce sujet , pour juger de leurs raisons; si cela était, il serait inutile et même Irèsdangereuv de se mettre à la mer lorsque les ennemis auraient plus de vaisseaux.

M. de Tourville fut cependant plusieurs jours l'année derniérj' après l'armée ennemie sans pouvoir rengager à combattre, et il n'y aurait point eu de combat si elle ne l'eut attaqué.

II y eut même une conjoncture où, del'avisdetr.ut le monde , les ennemis , quoique inférieurs , faisaient périr l'armée du roi s'ils eussent pu profiter de leur - avantage. AI. le comte d'Estrée- et M. Renan pourront en dire le détail et les circonstances.

jusqu'audit jour 17, que je ne crus pas pouvoir m 'empêcher de risquer d'engager un combat, je ne voulus point faire part de mes ordres aux officiers-généraux, et ce ne fut que ]>our lors qu'ayant des avis certains ' de la force des ennemis, je pris la résolution de les leur communiquer, comme je le fis le lendemain 18, que lr calme nous donna lieu de nous assembler, pour examiner avec eux si, deux armées étant en présence, ou pouvait é\ iter un combat quand une armée supérieure voulait l'engager. Vous aurez vu v monseigneur, par le résultat de ce conseil 2, comme quoi on y jugea qu'étant presque impossible de l'éviter, il fallait que Tannée se mît à l'ouestsud-ouest d'Ouessant, pour, en cas de nécessité, combattre dans un parage plus avantageux pour la retraite des vaisseaux qui seraient incommodés.

Mais je ne laisserai pas de vous expliquer si deux armées en présence se peuvent séparer, une année supérieure voulant combattre ; je vous expliquerai aussi les occasions où il m'a paru qu'il y avait nécessité de donner un combat, et, ce qui convient le mieux, en voulant l'éviter, pour ne rien hasarder et ménager la réputation de l'armée navale.

Tous les officiers du métier conviennent que, deux armées de mer étant une fois à portée de se reconnaître, il est comme impossible que celle qui sera inférieure puisse dérober sa marche à l'autre lorsqu'elles seront en pleine mer hors de la Manche pendant les mois de juin, juillet, et jusqu'au 15 août, que les nuits

sont courtes et que la saisou n'est pas sujette à des coups de vent et à des brumes de longue durée , qui sont les seuls accidents qui pourraient don netlieu à une séparation des deux armées ; mais la nécessité où l'on est pendant une bruine de faire les siguaux de coups de canon , pour faire une fausse route et marcher ensemble et ne point se séparer les uns des autres, qui peuvent être coniius des ennemis , et le danger qu'il y a que partie de nos vaisseaux, n'ayant pas bien observé l'air de vent que j'avais voulu leur indiquer, ne s'écartent du corps d'armée, me fera toujours préférer de hasarder de donner un combat avec vingt vaisseaux moins qu'eux, que de faire une pareille manœuvre par le danger qu'il y aurait d'être joints par les ennemis après une séparation d'une partie de nos vaisseaux, si le hasard ■ Tout ce raisonnement voulait qu'ils nous eussent suivis '.

™ ni .Tn 'a, brUm° ' s<il « Y a Point -d'autre moyen à une pendant laquelle les enne- , . \, } , . J

mis peuvent se séparer de a™11'1' inférieure de pouvoir cacher sa même et plus aisément marche, il est encore plus assuré qu'une

nombrT ™ ^ ^ armée obligera l'autre à com-

battre si une fois elles sont en présence, cette armée étant au vent elle peut arriver avec moins d'ordre que l'autre, sans attendre ses plus méchants voiliers, qu'elle est bien assurée qu'ils la viendront joindre quand elle aura engagé le combat, et n'en étant pas de même de celle qui est inférieure , qui est obligée de marcher ensemble en ordre de bataille pour attendre ses plus méchants voiliers et ne rien perdre de ses forces; il faut qu'elle les abandonne en fuyant

vent-arrière, ou qu'elle combatte en bon ordre; car il ne faut pas croire qu'une armée inférieure puisse éviter un combat en larguant un peu pour gagner du temps; et quand cela lui réussirait un jour, cela ne lui réussirait pas le lendemain, ne pouvant lui cacber sa marche; 1 On tH- voit à plus do mais cela ne lui 1 réussira pas dès le dix lieues en mer et on premier jour si on se reconnaît le matin,

5wHPunoUen(ICqU°n ^tant certam et très-facile à démontrer

que l'armée de dessous le vent larguant d'un vent, et celle qui est au vent, à une lieue, larguant trois quarts de vent davantage, elle coupera cinquante navires de celle qui est sous le vent à voilure égale, quoique celle qui largue davantage fasse beaucoup plus de chemin que l'autre ; et si elles sont éloignées de deux lieues , elle en coupera trente , et par conséquent l'armée inférieure sera réduite indispensablement à combattre, parce qu'elle ne pourrait l'éviter en se mettant vent-arrière , à moins que tous ses vaisseaux ne soient meilleurs voiliers que ceux des ennemis, ne voulant pas perdre les méchants voiliers , comme je l'ai dit ; et ce serait donner lieu à une déroute entière de tenter une fuite pour être obligé de donner ensuite un combat avec des équipages autant intimidés par une pareille manœuvre qu'elle aurait relevé le courage de ceux des enmis; et, en un mot, cela étant, il n'y a aucun honneur à acquérir à s'exposer à un si grand danger pour être un jour en présence, et il y a tout à risquer, ne pouvant y avoir aucune occasion de profiter d'aucun avantage sur eux, comme

je me suis donné l'honneur de vous ' Ou pourra juger de la l'expliquer par une de mes lettres «.

vérité de ce raisonnement sur l'avis de tous les officiers-généraux et de quelques bons capitaines, si on trouve à propos de le leur demander; on peut dire cependant qu'une armée qui évite ne peut être attaquée que par les bons

voiliers de l'armée enne- ✓ mie qui la chassent , ou bien il faut que cette armée ennemie vienne avec tous ' ses vaisseaux ; en ce cas, elle ne joindra jamais, étant certain , pour la conjoncture présente, que les Hollandais sont plus mauvais voiliers que les moins bons vaisseaux du r^pi.

S'ils se séparent, les premiers venus seront bien reçus par l'arméo qui évite, qui sera en son entier, et ce serait le vrai moyen à cette armée supérieure de se faire battre pièce à pièce. Il n'est pas vraisemblable que M. de Tourville voulût entreprendre une telle action. Il no fit jamais cette proposition l'annéedernière, qu'il était supérieuren nombre; d'ailleurs il faut un temps infini

pour faire joindre des ar- y lWesl reve|m . y ;

mers lorsqu \\ y en a une . . n * 1 J

qui veut l'éviter, et la nuit Vltais ,cs flottes marchandes comme celle arrivera presque toujours des ennemis : je n'ai eu connaissance qui'

avant que cela soit fait. de ccUe des seize vaisseaux anglais j

W^^^iS ^M^rique, que j'ai chassée attsmémoire qu'on se verra sltot (IU cllc a Paru> *t d mie des nôtres

dès le matin et qu'on ne qui venait d'Irlande, que je crus eiïecti-

Zi yemr vTnée enncmic par Ios sigmun

re soit dans les mois de (IU1 m en lurent faits et par les avis que juin et juillet, et jusqu'au MM. de La Roche-Allard et de Villars

1 8 d'août, que les nuits sont courtes et la saison pas sujette à des coups de vent et à des brumes de longue durée; mais il veut en même temps que cette brume devienne longue pour l'armée <jui évite et que cela l'empoche de s'éloigner de l'année ennemie.

1 11 est vrai que l'armée du roi mit à l'autre bord à la vue de la flotte qui revenait d'Irlande. Cette flotte était composée de soixante-quatre bâtiments, dont la plupart n'étaient que des barques. Cependant on y compta quatrevingts vaisseaux du bord de M. le chevalier de Coetlogon, et soixante-seize de celui de M. de Belle-Ile, marque que l'avis du capitaine de brûlot sur lequel on a navigué toute la campagne était fort peu juste.

m'en venaient de donner, qui me dirent l'avoir bien reconnue le soir d'auparavant; ce qui m'obligea de mettre l'armée en bataille, qui est la même manœuvre que je devais faire quand même j'aurais Voulu combattre ; et pour lors je n'avais que cinquante-cinq vaisseaux de guerre, ceux que j'avais détachés n'étant pas encore rassemblés *.

Il n'y a point eu de nécessité, suivant mon instruction, de combattre les ennemis, étant aussi supérieurs qu'ils l'ont, toujours été, puisqu'ils ne se sont point mis ch devoir d'entreprendre sur les côtes de France, ce qu'ils eussent pu faire, ayant le vent sur moi, sans que j'eusse pu l'empêcher. Le hasard, cependant , eût pu m'obliger à combattre si , ayant manqué d'être averti de leur marche, ils m'eussent joint, comme cela pouvait arriver; et il se pouvait encore qu'étant à la fin de mes vivres et ne pouvant me dispenser de rentrer dans la rade de Brest, j'eusse été contraint de les attaquer, les trouvant à mon passage.

N'ayant donc point dû combattre sans nécessité, n'ayant dû de même rien hasarder, ne pouvant s'attendre en cette rencontre que de risquer un combat, et ayant eu ordre de l'éviter, les ennemis étant supérieurs, j'ai dû, suivant ce que je viens d'expliquer, et suivant le sentiment des officiers-généraux éviter leur présence , puisque c'était le seul moyen d'éviter le combat ; et je crois que la réputation de l'armée navale a été mieux ménagée en cachant sa marche aux en-

nemis, leur laissant croire qu'on les 1 Les ennemis ont été cherchait 1 ou leurs flottes marchandes, dissuadés de cette pensée - qUe de fuir vent- arrière à leur vue; et

^Ti;^ » ««' m '""jours assuré

les fuyait; et c'est ce qui de tenir l'armée cinquante jours en mer à la fin les a rendus hardis sa,)s qlie \es ennemis la pussent joindre,

à chasser l'armée du roi „ , • , . . , c .

jusqu'à cent l.cues au large J 0St,me <ïuc ,p r01 UC d(),t P°,nl la fairC

d'Ouessant ; au moins a-t- sortir sans nécessité une autre campagne elle fait ce chemin en les Kj ei|e „vst pas assez forte pour risquer *>,tant- un combat quand elle y sera obligée,

étant certain que si les ennemis avaient ■ fait ce qu'ils auraient pu, ils auraient bien su nous joindre sans qu'on eût pu les éviter, surtout s'ils n'eussent pas été occupés une bonne partie de la campagne à leur flotte de Smyrne , et je suis même surpris que lorsqu'ils nous ont a Peut-être n en avaient- suivis, ils ne nous aient pas joints 2, ayant ils pas plus d'envie que été 0Dijges (]e marcher la nuit avec les

nous. On dit que M. Russell ...

a fait son apologie pour huniers sur le ton, pour ne pas nous sefaire voir qu'avec une ar- parer; et j'ai eu besoin de mettre toute

niée inférieure a celle de mQU expérience en usage pour les évi- Francc il avait sauve la .? - , ,. v ! »

flotte de Smyrne, il était ter, et ,l 11 Y a pas heu de douter qu une venu dans nos porta et avait armée qui combattra l'autre et qui fait fuir les Français. sera supérieure de vingt-cinq vaisseaux,

comme celle des ennemis l'eût été, et plus nombreuse d'un tiers de vaisseaux d'égale force aux nôtres, ne soit en état, se trouvant en pleine mer, de la mettre entièrement en déroute; et j'aurais mérité d'être puni , ayant mon instruction et vos lettres , qui me prescrivaient ensuite de m'y conformer, si j'avais exposé l'armée à un combat aussi inégal. Je ne vous informe point, monseigneur, de ce danger pour m'énipêcher de combattre avec des forces aussi inférieures quand le roi le jugera nécessaire , mais pour

faire connaître à Sa Majesté et à vous les risques où son armée serait exposée.

Vous avez été assez informé , par lo résultat du conseil des officiers-généraux et par mes lettres, des besoins indispensables qui ont engagé le retour de l'armée navale seize jours plus tôt qu'il ne l'était porté par mon instruction , et les suites ne les ont que trop justifiées, et que l'armée se serait trouvée dans la dernière extrémité par la corruption du biscuit et par le peu (le prousions qu'i y en avait à Brest pour en être secourus, quand même il aurait pu nous passer sûrement; sans parler des besoins où l'on se trouvait de toutes sortes de rafraîchissements pour les malades, et d'eau et de boire.

Je suis avec beaucoup de respect,

Monseigneur,

Votre très-humble et très-obéissant serviteur,

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