‹ Histoire de la marine françaiseChapitre 33 sur 87 · TOURVILLE · texte numérisé non relu

TOURVILLE

(Arch. de la mar.)

Maintenant pour répondre aux objections spécieuses faites par l'annotateur du Mémoire de Tourville à M. de Pontchartrain , il faut résumer d'abord les ordres que cet amiral avait à remplir ; puis examiner s'il les a loyalement et bravement exécutés.

jl devait donc :

1° Défendre les côtes de France de toute insulte ;

2° S'emparer du convoi de Smyrne ;

:>° Éviter tout combat avec l'armée ennemie et conséquent nient se soustraire à sa vue dans un bassin aussi resserré que relui de la Manche ;

/*' Tenir la mer jusqu'au mois de septembre.

Or, à part la capture du convoi de Smyrne, ne demeure-t-il pas évident que Tourvillc a rempli exactement les conditions qui lui étaient imposées?

Maintenant quels reproches lui fait -on a propos de ce convoi ?

« Qu'ayant proposé un point de croisière plus à portée des » Sorlingues , il n'avait pas insisté pour le tenir lorsque , par » deux fois, on lui répondit de garder au contraire le milieu de >) l'entrée de la Manche. »

Mais il est hors de doute que Tourvillc , en demandant si itérativement de changer son point de croisière et de se rapprocher des Sorlingues , en s'éloignant autant du littoral abandonné de la sorte aux entreprises de l'ennemi , voulait faire comprendre à M. de Pontchartrain tout le danger qu'il y avait 5 tenter de s'emparer du convoi au lieu d'assurer la défense des côtes. Aussi conçoit-on facilement que Tourville, après avoir rempli son devoir, en objectant et démontrant l'impossibilité de surprendre le convoi de Smyrne en demeurant à l'entrée de la Manche, n'insistât pas davantage à ce sujet parce qu'il tremblait de voir le ministre, aveuglé par l'appât d'une si riche proie, lui donner l'ordre absolu de tout sacrifier pour s'en rendre maître; alors , sans doute , Tourvillc eût éludé l'exécution d'une aussi fatale volonté ; mais c'était uu de ces partis extrêmes qu'il était toujours à temps de prendre en dernière extrémité, et il préféra concilier autant que possible , et ses instructions et le bien du service qui lui était confié. Aussi ayant mis sa responsabilité à couvert par la demande d'un point de croisière plus rapproché, il ne s'occupa plus que de tenir la mer et de protéger incessamment les côtes de France ; on peut croire que dans toute antre circonstance le convoi ne lui eût pas échappé , mais alors il voyait l'armée ennemie d'un tiers plus forte que la sienne , et il prévoyait avec beaucoup de justesse que même dans l'hypothèse d'un succès, la flotte de France rencontrant la flotte de Smyrne et s'en saisissant, ne pouvait obtenir ce résultat qu'en affaiblissant ses équipages outre mesure et parle grand nombre de prisonniers qu'elle aurait eu à garder, et par la quantité de matelots qu'il eût fallu faire passer sur les vaisseaux amarinés.

Or rien n'était plus désastreux que les conséquences d'une

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