‹ Histoire de la marine françaiseChapitre 35 sur 87 · MÉMOIRE DE M. LE COMTE D'ESTRÉES · texte numérisé non relu

MÉMOIRE DE M. LE COMTE D'ESTRÉES

Du 31 juillet 1691, à bord de l'Éclatant.

les choses que j'aurais désiré savoir; ils me dirent que Papachiu était a Malgues avec sept vaisseaux ; mais qu'à l'égard de ceux que l'on armait à Cadix, commandés par le comte d'Aguillard, ils ne pouvaient être sitôt prêts , leur manquant beaucoup de monde.

Cependant , comme ou avait dis(X)sé toutes choses avant d'arriver, afin de ne pas perdre de temps, j'ordonnai à l'instant à M. de Pointis d'aller reconnaître le mouillage des galiotes , tandis que j'envoyai dire au gouverneur d'Alicantc, par un des capitaines génois, que s'il voulait éviter la ruine totale de la ville, il fallait que les habitants se résolussent à payer la contribution qui leur serait imposée ; que j'étais bien aise de l'en avenir avant de commencer aucun acte d'hostilité; mais qu'à moins de cela, il pouvait compter de la voir entièrement détruite. Il répondit avec beaucoup de rodomontades, comme font ordinairement les Espagnols , et sans vouloir entendre à aucune composition , commença le premier à faire tirer sur les chaloupes qui allaient porter les ancres qui servent à approcher les galiotes aussi près qu'on veut.

On les fit mouiller à la portée de mousquet de la viHe pour éviter les inconvénients où la mauvaise qualité de la poudre et des bombes que l'on a tirées cette année avait fait tomber à Barcelonne, où plusieurs avaient crevé par l'effort du mortier, quoiqu'on n'y mît que treize à quatorze livres de poudre, et qu'ordinairement on y en mette dix-huit livres. Je fus surpris qu'une ville de beaucoup moins de réputation que Barceloune fît cependaut un bien plus grand feu , tant pour interrompre le mouillage des ancres que sur les galiotes lorsqu'elles furent en place, lesquelles commencèrent à tirer à quatre heures après midi, mais avec très-peu de succès, plusieurs bombes ayant encore crevé, ce qui donna moyen aux ennemis de continuer assez vivement leur feu , et de donner plusieurs coups dans le corps des galiotes. Un canon , brisé par le boulet , blessa par ses éclats quelques matelots , mais fort légèrement , dans celle du sieur Beausier, et le sieur de Graudpré reçut deux contusions et eut quatre matelots blessés considérablement par des éclats dans la sienne. Sur les sept heures , M. de Pointis, qui a toujours été près des galiotes tant qu'elles ont été.en action , les

ayant redressées, les bombes commencèrent à tomber nonseulement dans la ville , mais sur les bastions et les tours où étaient les batteries, de manière que tout déserta, et les galiotes demeurèrent depuis aussi tranquillement que dans un simple exercice. A minuit , le feu parut en plusieurs endroits de la ville, ce qui servant de mire aux galiotes , elles continuèrent \i tirer avec la même justesse le reste de cette nuit. Le jour et la nuit. suivants jusqu'au 2&, qu'on fut obligé de les faire retirer, la mer ayant considérablement grossi, à mesure qu'elles ont tiré le feu a augmenté dans la villeT de sorte que la seconde nuit il ne semblait qu'il y dût rien rester d'entier, la flamme paraissant si violente et si étendue qu'il s'en manquait fort peu d'un embrasement général : le jour on ne voyait qu'une fumée fort épaisse, et la nuit on distinguait aisément la flamme échapper par les fenêtres des maisons.

Ce même jour, un petit bâtiment ligournois, venant de Liverpool dans la Manche d'Irlande, m'apprit qu'il avait vu l'armée d'Angleterre et de Hollande sur Plimouth, et qu'il avait vu celle de France par les 47° de latitude, à environ cinq lieues d'Ouessant ; que le 16 il avait trouvé le comte d'Aguillard sur le cap Saint- Vincent , qui croisait avec douze vaisseaux de guerre en attendant la flotte , qu'on ne croyait pas devoir sitôt arriver. Cette nouvelle me lit croire que nous pourrions achever la campagne sans opposition ; je ne laissai pas cependant de prendre toutes les précautions possibles pour n'être point surpris , tenant toujours au large des frégates en garde , par lesquelles je pusse être averti. Le 25 au matin , celle qui y était ayant fait le signal de plusieurs vaisseaux, je me mettais en étal d'appareiller avec toute l'armée , lorsqu'un vaisseau génois qui arriva dans le moment me dit que c'étaient six vaisseaux marchands, quatre anglais et deux hollandais, qui venaient de Ligourne et devaient passer à Alicante.

Ces vaisseaux, avertis par les coups de canon de la ville et le bruit des bombes, se doutèrent bien de ce que ce pouvait être: ainsi , au lieu de venir a Alicante , ils forcèrent de voiles pour s'en éloigner. Je fis appareiller dans ce moment M. Gabaret , avec trois frégates des meilleures voi Hères , pour leur donner chasse et tacher de les joindre , quoiqu'ils fussent si loin qu'à

]>eii)e pouvait-on les découvrir du h aut des mâts ; mais je me déterminai d'autant plus aisément à ce détachement, que c'était une garde avancée que je mettais entre moi et les ennemis, ayant marqué à M. Cabaret, dans l'ordre que je lui avais donné, de ne point s'engager dans cette poursuite au delà du cap de Pales , et me venir joi ndrc incessamment en rangeant la côte d'Espagne, ce qu'il fit le 27, n'ayant pu attraper ces bâtiments, qui apparemment avaient fait fausse route la nuit. Une des frégates, qui avait été cinq ou six lieues plus loin que lui, les approcha à demi-portée de canon ; mais , ne se voyant suivie d'aucun vaisseau et ne se sentant pas assez forte pour les attaquer toute seule , elle les laissa la.

Je me servis du bâtiment ligournois pour envoyer faire une seconde proposition au gouverneur, qui demanda jusqu'au lendemain pour faire réponse; mais, ayant jugé que ce n'était qu'à dessein de gagner du temps, et avoir celui d'éteindre le feu qui durait encore et sauver les effets qui étaient échappés de l'incendie , je fis remettre les galiotes en place pour achever de tirer ce qui restait de bombes, qui ne firent pas moins d'effet que les premières , ayant rallumé le feu tout de nouveau en plusieurs endroits. Personne ne doute de l'eutièrc ruine de cette ville , que l'on a vue brûler pendant cinq jours et cinq nuits, sans intermission, d'une manière étrange. On peut s'assurer qu'elle est bien châtiée ; et si un pareil exemple n'intimide pas les autres à l'avenir , il ne faut plus espérer de tirer de l'argent par ce moyen de quelque endroit que ce puisse être.

Quoique l'effet des bombes allât au delà de ce que l'on devait raisonnablement eu attendre , il ne me sembla pas qu'on dut s'en tenir là , et je crus qu'il fallait chercher toutes sortes de moyens de faire quelque dommage aux ennemis. C'est daus cette pensée que j'allai reconnaître neuf barques qui étaient mouillées dans une espèce de cul-de-sac fermé par un banc de mat te, sous le canon de la ville et à portée de pistolet de terre, pour voir s'il était possible de les insulter dans cet endroit , ce qui me parut praticable, quoique plusieurs gens n'en fussent pas persuadés , aussi bien que de prendre le vaisseau génois dont j'ai parlé, confisqué par les Espagnols, qni était mouillé en dehors et fort près de ce banc. Je priai M. le bailli de

-1C91- LIVRE IX, CHAPITRE IV. t87

Noailles de commander quatre galères pour remorquer au large ce bâtiment après que leurs Caïques s'en seraient rendus maîtres , ne doutant pas que les ennemis n'eussent mis du monde dedans; cependant cela fut exécuté au point du jour sans aucune résistance , ne s'étant trouvé dedans que sept ou huit hommes. J'ordonnai à ML de Poiutis d'aller en même temps avec des chaloupes remplies d'artifices mettre le feu aux barques en cas que l'on ne pût pas les retirer ; il avait pour les soutenir les chaloupes des vaisseaux et six carcassières f dans trois desquelles on avait mis du canon. Il ne fut pas possible de remorquer les barques au large , s'étant trouvées toutes ou échouées ou retenues par des amarres plongées sous l'eau , et l'on fut obligé d'y mettre le feu. Les ennemis, qui avaient fait un retranchement en cet endroit , en firent partir un grand feu de mousqueterie, à quoi les chaloupes carcassières répondirent: et, comme on était fort près de terre, on a peine à comprendre qu'il n'y ait eu de notre part qu'un homme tué et deux blessés. La hardiesse et le bon ordre avec lequel cela fut exécuté étonna les ennemis , et le canon des careassières en mit plusieurs en fuite. M. de Pointis fit retirer les chaloupes après avoir mis le feu à toutes les barques; niais la mauvaise qualité des artifices, qu'on avait été obligé de faire à la hâte et sans avoir aucune des choses nécessaires, et le secours de quelques gens qui vinrent après que nos chaloupes se furent éloignées , fit que de neuf barques quatre seulement, chargées de blé, ont été entièrement consumées; le feu a été éteint en deux , qui l'ont été à moitié, et les trois autres n'ont été que médiocrement endommagées.

Le 27 au soir, le sieur Gineste, que j'avais détaché de Roses |>our aller le long des côtes d'Espagne jusque par delà le cap de Gatte tacher d'avoir des nouvelles des ennemis, revint sans en avoir pu rien apprendre , quoiqu'il eût pris à terre , à Carbonièra, avec sa felouque , un soldat espagnol , de qui il ne put tirer autre chose sinon que Papachim était encore à Malgues avec sept vaisseaux ; mais , sur ce qu'il me dit qu'en passant devant Alicante et donnant chasse à deux galères d'Espagne , il avait vu le vaisseau qui se montra avec pavillon vénitien lorsque j'arrivai dans cette rade en arborer un anglais pour les galères,

je le fis arrêter , et , ne lui ayant trouvé ni passe-port ni commission de Venise, je mis quelques matelots dedans pour le conduire à Toulon.

Pendant ce temps, m'étant persuadé, sur beaucoup de raisons, que l'on pouvait faire une tentative sur le môle, qui n'est flanqué que d'un petit bastion , et où les ennemis avaient mis trois pièces de canon qui avaient fort incommodé les galiotes , et voyant qu'une pareille entreprise , où l'on ne risquait presque rien , serait d'un grand éclat , je me résolus d'approcher avec les vaisseaux et les galères, afin de canonner pendant que les galiotes bombarderaient |)our appuyer les chaloupés qui devaient faire cette action ; mais, ne voulant point m'y déterminer que par l'avis des officiers-généraux , j'écrivis à M. le bailli de Noailles la lettre dont j'envoie la copie, qui , au lieu de me répondre , vint à mon bord avec les officiers-généraux des galères. 11 nous avait paru si distinctement que toutes les batteries étaient abandonnées aussitôt qu'il tombait des bombes, qu'il ne paraissait pas douteux que l'on ne pût au moins enclouer ces canons s'il se trouvait trop de difficultés à les embarquer ; mais comme il y avait quelques jours qu'on ne les voyait plus tirer, j'eus quelques soupçons que les ennemis, prévoyant ce qui pourrait arriver , ne les eussent retirés, et, voulant en être bien éclairci, je dis à M. de Pointis de s'en approcher assez près pourvoir distinctement s'ils y étaient encore; ce qu'il fit, suivi de deux chaloupes à canons, qu'il fit tirer sur plusieurs gens qui s'étaient avancés sur le môle ; et ces coups ayant donné dans la porte et causé beaucoup de terreur , obligèrent tout ce qui y était de prendre fuite, ce qui lui donna beaucoup de facilité de remarquer les embrasures vides; de sork; que la canonnade n'ayant été résolue avec les officiers-généraux que pour favoriser cette action, je n'y pensai plus aussitôt que l'on sut positivement que les canons étaient retirés , et je me contentai de faire tirer aux galiotes ce qu'il leur restait de bombes pour les faire rapprocher ensuite des vaisseaux. Les ennemis, qui n'avaient point tiré lorsque les chaloupes avaient approché, firent un grand feu de canon de tous endroits de la place dès qu'elles se retirèrent , et dont il y en eut une percée d'outre en outre sans qu'il y ait eu qui que ce soit blessé dedans ; mais il y eut

trois ou quatre hommes qui le furent des éclats dans la chaloupe du Prudent, qui était auprès.

Les galiotes furent de retour à minuit, après avoir consommé leurs bombes ; et je donnai aussitôt tous les ordres nécessaires pour les réparer en toute diligence , afin de mettre dès le lendemain matin à la voilé , ne croyant pas devoir tarder un moment sans nécessité dans un lieu où Ton est tellement' eufoucé, que la terre contraint de tous les côtés. Cette précaution et cette diligence, que je crois nécessaires en toutes choses , quoique peu du goût de beaucoup de gens qui sont accoutumés à agir plus lentement, ne m'ont pas été inutiles, comme la suite va le faire voir.

Le 29, à huit heures du matin, la frégate qui était en garde du côté de l'ouest fit signal qu'elle voyait plusieurs vaisseaux ; ur quoi je fis à l'instant celui de mettre toute l'armée sous les voiles , ce qui fut fait très-prompteuient. Peu de temps après , on découvrit du haut des mâts l'année espagnole, au nombre de vingt-trois bâtiments, savoir : deux galères, dix-sept ou dixhuit gros vaisseaux et le reste brûlots, qui venaient vent-arrière d'un vent de sud-ouest. In peu de brume qu'il avait fait le matin avait empêché qu'on ne les vît de plus loin. Nous avions pour lors dans la baie les vents à l'est-nord-est , fort faibles , et il fallait louvoyer pour se dégager des terres, taudis que les ennemis venaient vent-arrière d'un vent frais que nous n'avions point , et que nous n'avions jamais eu , ce qui arrive souvent dans ces mers , et n'était pas peu embarrassant eu pareille occasion : cela fit que , les vaisseaux approchant fort vite, nous découvrîmes bientôt de dessus le pont les pavillons d'amiral et de vice -amiral et la flamme au haut du grand mât que portait celui qui commande l'arrière-garde. J'envoyai dire à M. le bailli de JSoaillcs de faire prendre par les galères les galiotes et tous -les bâtiments de charge pour les remorquer au large; tandis qu'après avoir mis les vaisseaux en bataille, au heu de songer à m'éloigner des ennemis, je courus le bord qui m'en approchait davantage , et je fis force de voiles comme si j'avais eu dessein de les aller combattre; les ennemis, ne doutant point, par cette manœuvre qui paraissait lrop hardie à bien des gens , que je n'eusse plutôt envie de cher-

cher le combat que de l'éviter, carguèrent leurs basses voiles , mirent souvent en panne, revirèrent les uns contre les autres , et enfin marquèrent, par une infinité de manœuvres toutes contraires à celles qu'il fallait faire , quel était leur embarras. Cela donna le loisir à tous les petits bâtiments de se tirer de renfoncement où ils étaient pour se mettre au large, et aux galères celui de les remorquer. Je courus cependant ma bordée jusqu'à une portée et demie de canon de l'avant-garde des ennemis, qui restaient toujours dans la même situation ; je Taurais poussée bien plus loin si le vent qui changea , et la terre qui commençait à me presser, ne m'avaient obligé de mettre a l'autre bord , aussitôt que tous les vaisseaux de guerre eurent reviré et que je vis que tous mes petits bâtiments avaient gagn(« de l'avant

Je ne songeai plus qu'a me retirer en bon ordre , vu l'extrême inégalité de nos forces avec celles des ennemis, sans pourtant marquer par aucune démarche de la crainte ou de rembarras. Us commencèrent pour lors à remettre des voiles et à me suivre toujours vent- arrière, quoique j'eusse un autre vent : car je n'ai jamais eu le même vent qu'eux , ce qui leur était un très-grand avantage. Environ les six heures du soir , le vent étant venu au nord-nord-est , je me trouvai à une demilieue au vent de l'avant-garde, et fis route vers l'est, ainsi que le vent le permettait, les galères aidant les petits bâtiments et donnant même quelquefois la remorque aux vaisseaux , mais avec peu d'effet , à cause que la mer était grosse. Les ennemis nous suivaient toujours à même distance ; et la nuit étant arrivée , après avoir tiré quelques coups de canon , leurs feux nous disparurent , et quand il fut jour on ne les découvrit plus.

Comme j'avais fait porter toute la nuit aux vaisseaux du roi leurs feux ordinaires, pour montrer aux ennemis qu'on ne les appréhendait point , il leur aurait été fort aisé de nous suivre ; et lorsque je ne les vis pas le lendemain, je crus que, venant de croiser , le besoin d'eau les avait obligés d'en aller faire à Ali— cante. J'assemblai les capitaines pour prendre leurs avis sur la route que nous avions à faire; Ils furent assez partagés, les uns croyant qu'il fallait naviguer le long de la côte d'Espagne , et les autres prendre le large des îles Majorques, et tout cela avait

ses raisons. Enfin je pris le parti d'écrire à M. de Noailles que s'il voulait se charger de la conduite des galiotes, je le laissais en liberté de faire sans contrainte, par rapport aux vaisseaux, la navigation qu'il voudrait pour se retirer pendaut que je prendrais le large avec les vaisseaux ; mais , avant que j'eusse eu le temps d'envoyer ma lettre , les ennemis parurent de nouveau médiocrement éloignés, la terre le long de laquelle ils étaient , et où apparemment ils s'étaient tenus toute la nuit , ayant empêché de les voir plus tôL Ils avaient eu le temps de nous rejoindre, parce qu'une bourrasque qui avait passé pendant la nuit ayant fait que les galères avaient laissé les bâtiments qu'elles remorquaient, il en était resté plusieurs derrière que j'avais été obligé d'attendre , étant très-mauvais de voiles , et entre autres une des galiotes qui se trouvait alors fort près des ennemis, qui approchèrent très-vite , étant au vent de nous et l'ayant beaucoup plus frais. Les galères du roi , qui étaient loin de l'avantgarde des vaisseaux , ne voyaient point mes signaux, de sorte qu'elles ne se donnaient aucun mouvement. Là-dessus je pris donc le parti d'envoyer M. de Pointis , qui , par la légèreté de son vaisseau, se fit fort de ramener bientôt cette galiote; tandis que j'envoyai un aide-inajor à M. de Noailles pour le prier de détacher deux galères pour le remorquer avec la galiote , en cas que le calme le surprît ; M. de Pointis s'acquitta parfaitement bien de cette commission ; car non-seulement il rapprocha la galiote, mais, après l'avoir remise à la galère qui le suivait, il attendit encore une tartane qui venait après, qu'il remit à une autre galère. Cependant , comme cela donna le temps à toute l'a vaut-garde des ennemis de beaucoup approcher, et particulièrement aux deux galères et à trois vaisseaux de leurs meilleurs voiliers qui étaient déjà fort près de nos derniers bâtiments, je nus le côté en travers avec le Marquis et le Fortuné, après avoir lait le signal à tous les autres bâtiments de continuer leur route ; cette manœuvre obligea les vaisseaux de la tête des ennemis d'eu faire de même pour attendre le gros de leur année; et après que tous les bâtiments qui étaient restés de l'arrière furent passés devant moi , je remis des voiles, eî continuai mon chemin. Il parut, à rentrée de la nuit, que les ennemis nous éloignaient, et l'on crut qu'ils avaient reviré pour

rejoindre le reste de l'armée, qui était demeuré un peu en arrière. En effet , le lendemain matin , on n'en eut aucune connaissance. Nous sommes présentement entre les îles de Majorque et d'Y\ice, desquelles je compte de passer au sud si le vent tient comme il est. Les galères nous ont été très-utiles , et ont bien servi, particulièrement le premier jour, pour retirer les bâtiments de charge qui étaient enfoncés dans la baie ; cependant, quand nous noies aurions pas eues , nous nous serions retirés tout de même ; peut-être n'aurait - ce pas été sans coup férir. Nous n'avons jusqu'à présent perdu aucun de nos bâtiments, pas même une tartane, et j'espère que nous arriverons sans perte à Toulon. Il y a des gens qui croient que les ennemis ont passé entre Yvice et la terre ferme pour nous attendre au nord des îlrs ou bien sur les côtes de Provence. Ce n'est pas mon opinion.

Le comte d'Estrêes.

(Archives de la Marine.)

Peu de temps après , M. d'Estrêes reçut cette dépêche de M. de Pontchartrain, qui lui ordonnait de revenir en France, <-t la campagne fut terminée de la sorte :

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