LE MINISTRE DE LA MARINE A M. LE COMTE D'ESTREES
Monsieur ,
Le roi vient d'être averti que le comte d'Aguilar a reçu ordre du roi d'Espagne d'entrer dans la Méditerranée avec les vaisseaux qui sont sous son commandement et, de vous chercher pour vous combattre ; et comme ses forces sont beaucoup supérieures aux vôtres, et qu'il pourrait, si vous en étiez rencontré , vous engager à un combat trop inégal , Sa Majesté m'ordonne de vous envoyer un courrier exprès pour vous dire que son intention esl qu'aussitôt que vous aurez reçu cette lettre , vous vous retiriez, et que vous reveniez au port de Toulon pour y mettre en sûreté les vaisseaux que vous commandez. Elle désire que vous preniez dans votre navigation toutes les
précautions que vous jugerez nécessaires pour ne point trop fatiguer les chiourmes, ni laisser les galères dans le danger d'être surprises eî attaquées par les ennemis. Vous ferez rentrer les galères dans le port de Marseille lorsque vous y passerez, et vous y resterez vous-même si vous êtes poursuivi , ou si vous l'estimez à propos pour attendre les ordres de Sa Majesté sur l'emploi des vaisseaux qui pourront encore tenir la mer, auquel cas vous renverrez à Toulon la Baleine et les trois galiotes.
Je suis, etc.
Phelipeaux.
( A rchives de (a M a rine. )
On voit que les opérations maritimes de cette année , bien qu'offrant un immense développement de forces navales, n'eurent d'autre résultat que la défense du littoral et le bombardement infructueux de quelques places fortes.
Le 16 juillet de cette même année, Louvois mourut. Il a déjà été tant parlé de ce personnage, qu'on citera seulement !e passage suivant des Mémoires de Saint-Simon , qui donne de curieuses particularités sur sa mort :
« Le roi , qui se piquait de savoir mieux que personne jusqu'aux moindres choses militaires, se promenant autour de son camp (1691) , trouva une garde ordinaire de cavalerie mal placée, et lui-même la replaça autrement; se promenant encore le même jour l'après-dîner, le hasard fit qu'il repassa de vant cette même garde, qu'il trouva placée ailleurs; il en fut surpris et choqué. Il demanda au capitaine qui l'avait mis où il le voyait. Celui-ci répondit que c'était Louvois qui avait passé par là. — Mais, — reprit le roi , — ne lui avez-vous pas dit que c'était moi qui vous avais placé ? — Oui , sire, — répondit le capitaine. Le roi piqué se retourne vers sa suite et dit : — K 'est-ce pas là le métier de Louvois? il se croit un grand homme de guerre et savoir tout ; — et tout de suite replaça le capitaine avec sa garde où il l'avait mis le matin. (Vêtait , en effet, sottise et insolence de Louvois, et le roi avait dit vrai sur