‹ Histoire de la marine françaiseChapitre 42 sur 87 · IV. IG · texte numérisé non relu

IV. IG

W HISTOIRE DE LA MARjXK. — IfiUfl-

Pour tout dire, Duguaj-Trouin avait la plus grande foi du monde aux pressentiments ei à l'influence mystérieuse des songes : or les exemples qu'il cite avec, nue bonne foi , une naïveté remarquables, doivent faire, singulièrement réfléchir les gens qui traitent toujours trop légèrement des impressions réelles, éprouvées, et qui, parce qu'elles sont incompréhensibles, n'en existent pas moins.

o J'avais, dit-il, croisé plus de deux mois, et je n'avais plus >» que pour quinze jours de provisions et de vivres ; j'étais > d'ailleurs embarrassé de prisonniers et de soixante malades. ») Mes officiers et tout mon équipage , voyant que je ne parlais » pas de relâcher, me représentèrent qu'il était temps d'y » penser, et que l'ordonnance du roi était positive là-dessus. Je » ne l'ignorais pas, mais j'étais saisi d'un pressentiment se- » cret de quelque heureuse aventure qui me faisait reculer de » jour en jour. Quand je me vis pressé, j'assemblai tous mes » gens , et les ayant bien harangués , je les engageai , moitié » par douceur, moitié par autorité, à consentir qu'on diminuât » un peu de leur ration, les assurant que, si nous faisions cap- ■> ture , je leur accorderais le pillage et les récompenserais am- .» plement ; je ne disconviendrai pas que ce parti était un peu » extravagant, et je ne comprends pas moi-même et qui •> me portait à leur parler de la sorte et si afflrmati- » vement, mais j'étais poussé en cela par une voix inconnue à » laquelle il m'était impossible de résister. Quoi qu'il en soit, ie » hasard voulut qu'au hout de ces huit jours je visse » en songe deux gros vaisseaux venant à toutes voiles » sur nous. Cette vision mit tous mes sens en agitation et me »» réveilla en sursaut. L'aube du jour commençait à paraître ; » je me levai , et, sortant en même temps sur le gaillard , je •> portai ma vue autour de l'horizon ; ie premier objet qui » la frappa fut deux vaisseaux réels , dans la même » situation et avec (es mêmes voiles que j'avais cru les » voir en dormant. Ils me parurent d'abord vaisseaux de » guerre, parce qu'ils venaient nous reconnaître h toutes voiles » et (ju'ils étaient d'une apparence à me le faire croire. Dans » cette idée , je jugeai à propos de prendre chasse pour m'é- » prouver un peu avec eux avant que de m'exposer ; mais ,

-hv.ifi— UVRI; IX, CHAPITRE VI. va

» ayant reconnu que j'allais beaucoup mieux que ces deux vais- » seaux, je revirai de bord aussitôt, et, ayant livré combat, je » m'en rendis maître après trois heures de résistance fort vive. » Ces vaisseaux étaient percés à quarante-huit canons et en » avaient chacun vingt huit de montés : ils se trouvèrent chargés » de sucre, d'indigo, et de beaucoup d'or et d'argent. Le pil- »lagc, qui fut très-grand, n'empêcha pas mes armateurs de » gagner une grosse somme. Je menai ces deux prises à Nantes, » où je lis caréner mon vaisseau ; et , m'en étant retourné eu » croisière , je fis encore trois autres prises avant de m'en aller > à Brest. Comme je dois la prise de ces deux vaisseaux dont » je viens de parler à ce pressentiment secret qui me fit de- » mander huit jours de croisière a mon équipage , je ne puis » m empècher de dire ici que j'en ai eu plusieurs autres -> qui ne m'ont pas trompé. ,Ie laisse aux philosophes à ex- » pliquer ce que ce peut être que cette voix intérieure qui m'a » souvent annoncé les biens et les maux. Qu'ils l'attribuent , » s'ils le \ cillent, à quelque génie qui nous accompagne, à notre » imagination vive et échauffée ou à notre âme elle-même , » qui, dans des moments heureux, perce les ténèbres de l'avenir » pour y découvrir certains mouvements; je ne les chicanerai » point sur leur explication ; mais je ne sais rien de plus » marqué en moi-même que cette voix basse, mais » distincte, et pour ainsi dira opiniâtre, qui m'a an- » noncé et fait annoncer plusieurs fois à d'autres jus- » qu'au jour et aux circonstances (tes événements. »

I ncorc une fois, que dire, qu'objecter à des faits énoncés avec tant de sincérité , sinon que c'est encore un de ces mystères inexplicables dont l'intelligence de l'homme ne. pourra jamais pénétrer les causes, bien qu'elle en ressente les effets.

Après un grand nombre de prises importantes, Duguay- Trouin, ensuite d'un combat acharné contre deux vaisseaux anglais, fut fait prisonnier et conduit à Plymouth, comme Jean Bart et Forbin le furent plus tard, puis aussi, comme Jean Bart et Forbin , il s'évada , mais aidé par l'amour d'une jeune femme qu'il avait séduite dans sa prison , et qui , pour assurer l'évasion de son amant, eut le valeureux courage, la sublime et touchante résignation de sembler écouter les tendresses de l'of-

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licier anglais charge; de la garde de Duguay-Trouin , pour ménager à ce dernier les moyens de fuir. Celui-ci , délivré de la sorte de l'obsession de son argus, put sortir de sa prison et enlever une chaloupe pour revenir en France, grâce à l'admirable dévouement de cette jeune femme qui avait poussé sa magnifique abnégation de soi à ce point de préférer voir son amant libre et loin d'elle, que captif et près d'elle !...

Sublime et courageux dévouement, on le répète... surtout si cette pauvre jeune femme en agissant de la sorte n'avait pas cherché, puis trouvé le moyen d'éloigner ainsi Duguay-Trouin, dont elle était lasse; car, hélas! le cœur est changeant et mobile.

Knfin, amant tendrement aimé ou éconduit, Duguay-Trouin après dos dangers sans nombre , aborda la côte de Bretagne, a deux lieues environ de Tréguier ; de là il se rendit à Saint- Malo, et apprit en y arrivant que son frère aîné était parti pour Rochefort , où il annait le vaisseau du roi le François, de &8 canons, à dessein de lui en conférer le commandement. Duguay-Trouin prit aussitôt la poste , se rendit à Rochefort , et trouva le vaisseau mouillé aux rades de la Rochelle , et tout prêt à mettre à la voile.

Ce fut avec ce vaisseau qu'il enleva à l'abordage , après un combat de deux jours , le magnifique vaisseau ie Sans- Pareil.

On va lui laisser raconter cette prise en détail , pour des raisons que l'on dira plus tard , et que l'on concevra lorsqu'on . verra que, lorsqu'il reçut un sanglant affront de la part de M. de Feuquières, capitaine des vaisseaux du roi, Duguay- Trouin montait ce môme vaisseau le Sans-Pareil si intrépidement abordé par lui , après un des plus magnifiques combats qui aient jamais honoré la marine française...

« Je montai donc ie François , — dit Duguay-Trouin , — • et cinglant en haute mer , j'établis ma croisière sur les côtes » d'Angleterre et d'Irlande ; je pris d'abord cinq vaisseaux » chargés de tabac et de sucre , ensuite un sixième chargé de » mâts et de pelleteries, venant de la Nouvelle-Angleterre; ce •> dernier s'était séparé depuis deux jours d'une flotte de » soixante voiles, escortée par deux vaisseaux de guerre an-

» glais, 1 un nommé le Sans-Pareil , do cinquante pièces de » canon, et l'autre le Boston, de trente-huit canons, mais » percé à soixante-douze , les habitants de Boston ayant fait » construire ce dernier vaisseau exprès pour en faire présent au » prince Georges. Il était chargé de très-beaux mats et de pel- » lcteries ; je m'informai avec grand soin de l'aire de vent où » cette flotte pouvait être, et courus à toutes voiles de ce côté- » là , j'en eus connaissance vers midi. L'impatience que j'avais » de prendre ma revanche ine fit, sans hésiter, attaquer les » deux vaisseaux de guerre qui lui servaient d'escorte. Dans » mes premières bordées j'eus le bonheur de démâter (e Bos- » ton de son grand mât de hune , et de lui couper sa grande » vergue : cet accident le mit hors d'état de traverser le des- » sein que j'avais de traverser te Sans-Pareil; cet abordage » fut à l'instant exécuté, et mes grappins furent jetés au milieu •> 4Ïe notre feu mutuel de canons et de mousqueterie ; cela fut »> suivi d'un si grand nombre de grenades que j'avais fait dis- » perser de l'avant a l'arrière, que ses ponts et ses gaillards fu- » rent nettoyés en fort peu de temps. Je fis battre la charge, et » mes gens se présentèrent à l'abordage ; mais le feu prit tout » d'un coup à la poupe si vivement que , dans la crainte de » brûler avec lui , je me vis contraint de faire pousser vite au » large. Dès que cet embrasement fut éteint , je raccrochai le » vaisseau le Sans-Pareil une seconde fois , et le feu ayant » aussi pris à ma hune et dans ma misaine, je me trouvai en- » core dans la nécessité de déborder. Sur ces entrefaites , la » nuit vint, et toute la flotte se dispersa. Les deux vaisseaux de » guerre furent les seuls qui se conservèrent et que je conser- » vai de môme très-soigneusement ; cependant je fus obligé de » faire changer toutes mes voiles criblées et brûlées , tandis » que les ennemis étaient de leur côté occupés à se raccom- » moder.

» Sitôt que le jour parut, je recommençai une troisième fois » l'abordage du vaisseau le Sans-Pareil; mais au milieu de » nos deux bordées de canon et de mousqueterie, ses deux » grands mâts tombèrent dans mes porte-haubans; cet acci- » dent, qui le mettait hors de combat et hors d'état de s'enfuir, » m'empêcha de permettre que mes gens sautassent à bord; au

ViO HISTOIRE l)K LA MARINE. — K.U6—

». contraire, je fis pousser précipitamment au large, et courus » avec la même activité sur le vaisseau le Boston , qui faisait »> alors tous ses efforts pour s'enfuir. Je le joignis, et m'en » étant rendu maître en peu de temps, je revins sur son » camarade qui , 'étant ras comme un ponton , fut obligé de » céder.

» Ces deux vaisseaux étant soumis, un Hollandais, capitaine » d'une prise que j'avais faite peu de jours auparavant , monta » de notre fond de cale sur le gaillard pour venir m'en faire » compliment ; il me dit d'un air joyeux qu'il venait aussi de » remporter une petite victoire sur le capitaine de la prise an- » glaise qui m'avait donné avis de cette flotte, et qu'étant des- » conclus tous deux ensemble au fond de cale, un moment » avant notre combat , l'Anglais lui avait dit : — « Camarades, » réjouissons-nous, vous serez bientôt en liberté ; le vaisseau l& » Sans-Pareil est monté par un des plus braves capitaines de » l'Angleterre, qui, avec ce même vaisseau a pris à l'abordage » le fameux Jean Bart et le chevalier de Forbin ; son camarade » est aussi bien armé et bien commandé, ayant fortifié leur » équipage de celui d'un vaisseau anglais qui s'est perdu dc- >» puis peu sur la côte de Boston , et ce vaisseau français ne » saurait jamais leur résister long-temps. » — Le capitaine hol- » landais m'assura qu'il lui avait répondu qu'il me croyait plus » brave qu'eux , et qu'il parierait de sa tète que je remporte- » rais la victoire. L'Anglais indigné répliqua à celui-ci qu'il en » avait menti , et l'autre lui ayant donné un soufflet , ils en »> étaient venus aux mains. Le Hollandais demeura le v ainqueur »> et vint dans le moment me raconter son combat , en me de- » mandant en grâce de faire monter son adversaire sur le pont, » afin qu'il vît de ses propres yeux ces deux vaisseaux soumis » et qu'il en crevât de dépit. En effet, je l'envoyai chercher; il » faillit en devenir fou quand il eut vu le Sans-Pareil et le » Boston dans le pitoyable état où je les avais mis; il se retira , .» jurant comme un païen et s'arrachant les cheveux.

» Cependant j'eus une peine extrême à pouvoir amariner ces » doux vaisseaux ; ma chaloupe et mon canot étaient hachés, et » il survint un orage qui nous mit en très-grand péril par le > désordre où nous avait mis un combat si long et si opiniâtre.

-Ifiîir,- M Y m. |\, CHAPITRE VI. *.î7

»• Le capitaine et tous les officiel s du vaisseau te Sans-Pareil » furent tués ou blessés , et l'on m'apporta les brevets de » MM. Bart et Forbin, depuis chefs d'escadre, qui avaient été » ci-devant pris par ce même vaisseau. Je perdis en cette oc- » casion près de la moitié de mon équipage ; la tempête nous » sépara les uns des autres; M. Boscher, mon cousin germain, ■> qui était mon capitaine en second et qui s'était fort distingué » dans ce combat, se trouvant à bord du Sans-Pan il , fut » obligé de faire jeter à la mer tous les canons de dessus son » pont et ses gaillards; et quoiqu'il fût sans mats, sans ca- »> nous et sans voiles , il eut l'habileté de sauver ce vaisseau et » de le mener dans le port Louis. Le vaisseau it Boston trouva » après la tempête quatre corsaires de Flessingue qui le reprirent »» à la vue de l'île d'Ouessant, et ce fut avec bien de la peine que ») je gagnai le port de Brest avec mon vaisseau démâté de ses » mâts de hune, d'artimon, et tout délabré.

» Le feu roi I.ouis-le-Grand , attentif à récompenser la vertu » militaire, voulut après cette action m'honorer d'une épée ; je » la reçus avec une lettre très-obligeante du ministre de la ma- .» rine , qui m'exhortait à mettre mon vaisseau en état d'aller » joindre M. le marquis de Nesmond , aux rades de La Rochelle ; j'obéis et ne perdis point de temps à me rendre à ma » destination »

On pense si cette prise était hardie et vaillante, et si elle effaçait glorieusement le souvenir de la captivité de Jean Bart et de Forbin, en enlevant le vaisseau qui portait leurs brevets, ce noble trophée si loyalement conquis et si précieusement conservé par les Anglais; eh bien! on va voir par la lettre suivante, où Duguay-Trouin rend compte à M. de Pontchartraiu des expéditions de sa campagne ; on va voir que la jalouse rivalité qui aigrissait les officiers de la marine du roi contre les officiers armateurs ou corsaires, était telle , qu'un des meilleurs capitaines de l'armée royale, M. de Feuquières, homme de rceur et de longue expérience , s'oublia pourtant jusqu'à menaeer Duguay-Trouin de lui faire donner ta ente, et ce, dans les termes les plus outrageants. La raison de cette incroyable hruta- • lité était (pic Duguay-Trouin, ne voyant à ce vaisseau aucun signe extérieur de commandement, ne l'avait pas salué, le pre-

liant d'ailleurs à sa marche et à sa construction pour un corsaire de Bayonnc.

Kn vérité, quand* on souge à la violence du caractère de Duguay-Trouin, à son courage immodéré, et à cette habitude de duels et de délis qui lui faisait à chaque instant mettre l'épée à la main, on demeure confondu d'admiration en lisant ces lignes qu'on va retrouver dans la dépèche :

« Celle menace (il parle de (a cale), si éloignée de ce que je » crois dù à mon caractère, m'aurait fait tomber dans des >» mouvements qu'on De peut sans honte refuser à l'honneur, si, » toujours rempli de mon devoir , je n'avais, tout couvert de » cet affront, fait précéder à mon honneur la soumis- » sion aux ordres du roi en recevant de ses officiers, et » sur ses vaisseaux, tout ce qu'on avait pu me dire de » plus outrageant. »

Ce respect à la hiérarchie militaire est-il assez beau de la part d'un honune éprouvé comme l'était Duguay-Trouin ? d'ailleurs au moins aussi capitaine que son agresseur , aussi maître à bord du vaisseau qu'il avait enlevé , lui , à l'ennemi au prix de son sang , que l'était M. de Feuquières à bord du vaisseau que lui avait confié le roi ; mais , on le répète , et on aura occasion de s'y étendre plus au long , le respect pour la discipline, alors et si souvent dédaignée, était tel chez Duguay- Trouin, qu'il put lui donner un pareil empire sur son habituel et terrible emportement.

Voici la lettre autographe de Duguay-Trouin. Une remarque assez singulière, c'est que dans ses Mémoires, pourtant authentiques, il ne fait pas la moindre allusion à cette aventure.

Au Port-Louis, le 30 mai 1696.

Monseigneur ,

Dans l'espérance que votre grandeur voudra bien me permettre l'honneur de lui rendre compte de ce qui m'est arrivé dans la campagne que je viens de faire , je prends la liberté de lui dire qu'étant parti du Port-Louis le 7 juillet, après m'élre donné l'honneur de l'informer de la résolution que j'avais prise de monter le vaisseau U Sans Pareil sur l'offre qui m'en

avait été faite, et de lui demander l'honneur de sa protection, qu'elle eût la bonté de me faire espérer quand je lui rendis mes très-humbles respects à Versailles.

Je croisai quelque temps sur le cap de Finistère , et j'y appris par un Portugais qu'il y avait sept vaisseaux anglais et hollandais sous la forteresse de Vigo , en Galice, attendant convoi. Je résolus d'aller les enlever ; et comme le vent était contraire et qu'ils étaient amarrés à portée de pistolet du fort , au fond de la rivière, je ne pus que mouiller à l'entrée sous pavillon anglais, mes perroquets, mon petit humier déferlés, et tirant on coup de canon pour contrefaire le convoi. Les chaloupes des deux vaisseaux hollandais cl des deux anglais avec les capitaines vinrent d'abord recevoir l'ordre ; et dès, qu'ils furent à mon bord , je fis faire plusieurs saluts de canon , comme les Anglais font souvent, en buvant à la santé du prince d'Orange : ce qui persuada si fort que j'étais Anglais que, quand je fus appareillé pour les aller enlever de dessous le fort , les deux vaisseaux hollandais m'épargnèrent ia moitié du chemin , et je les pris sans coup tirer ; les Anglais en auraient fait autant s'ils avaient eu leurs voiles en vergue , persuadés qu'ils étaient que nous étions un des deux vaisseaux de cinquante canons qu'ils attendaient. Je fis mes efforts pour aller enlever le reste ; mais le vent contraire fit que je ne pus qu'envoyer mes chalouj)cs faire une tentative , lesquelles ayant reconnu qu'il y avait trente-six à quarante canons en batterie , et que les vaisseaux qui n'avaient ni voiles ni mâts de hune étaient la plupart échoués, ne s'exposèrent pas témérairement à y rester sans espoir de réussir. J'attendis inutilement que le vent changeât pour aller les brûler, et je fus à la fin obligé de sortir pour éviter les deux vaisseaux de cinquante canons, qui devaient arriver incessamment.

En convoyant ces prises , j'eus connaissance au vent, le Va de ce mois, par les A5° 47" de latitude, au sud quart de sud-est d'Ouessant, environ quarante-six lieues de l'armée des ennemis, qui courait au nord quart de nord-ouest à l'atteinte d'Ouessant ; je fis arriver vent-arrière mes prises; et ayant |>arlé à deux navires d'Olonne, chargés de morue, qui en étaient poursuivis, je leur marquai la roule el la manœuvre qu'ils de-

■?,)(> HISTOIRK DK LA MARINK. — le-

vaient tenir, leur promettant de les conserver autant qu'il dépendrait de moi. Je comptai jusqu'à quarante vaisseaux, dont il en fut détaché cinq pour me donner chasse. Je les attendis à portée de canon; et me mêlant parmi eux, j'amusai par cette manœuvre quatre de leurs plus gros , en cessant de fuir quand je les éloignais, et en m 'éloignant quand je me sentais trop près d'eux ; je les tirai de cette manière hors la vue de mes prises et loin de leur corps d'armée; après quoi n'ayant plus rien à craindre ni pour les deux prises ni pour les deux autres français, je fis force de voiles , et ils cessèrent la chasse. Quand j'en fus débarrassé, je revirai de bord sur le plus petit des ■ cinq , qui avait joint les deux navires d'Olonne et qui les allait prendre avec mes priées ; étant à portée de canon , j'attaquai cette frégate de vingt canons, malgré deux gros vaisseaux qui venaient à toutes voiles ; et dans une heure de combat je l'aurais infailliblement prise , si, étant au vent comme elle était, elle n'eût reviré de bord sur ses deux camarades, qui l'avaient considérablement rapprochée pendant le combat ; ce qui m'obligea de la quitter, étant moi-même exposé à être pris si je l'eusse suivie plus long-temps. Elle se trouva si incommodée qu'après avoir mis pavillon rouge au grand mât et tiré plusieurs coups de canon pour appeler du secours, elle disparut en s'approchant des deux autres vaisseaux , qui restèrent en panne, ce qui nous a fait juger qu'elle coula à fond, n'en ayant eu depuis aucune connaissance.

Voilà, monseigneur, la manœuvre avec laquelle j'ai sauvé mes prises et ces deux autres vaisseaux , dont les capitaines ont rendu témoignage des circonstances de cette action à M. le chevalier de Rosmadec.

il serait à souhaiter pour moi que je n'eusse jamais pensé à retourner à la nier, puisqu'elle m'a attiré un des plus sensibles affronts qu'on puisse faire ressentir à un honnête homme. Je supplie très-humblement votre grandeur de me pardonner la liberté que je prends de lui en faire mes justes plaintes, et de l'importuner d'un détail qui pourra lui être ennuyeux.

Arrivant à l'île de Gorée avec mes deux prises et les deux donnais, j'y trouvai un vaisseau qui ne mit son pavillon que fort tard , sans flamme ni aucune marque de distinction ; je ras

-h>!>6- LIVRE IX, CIIAP1TRK VI. ?.,t

lui parler, et j'appris de lui qu'il était de Rayonne. La vitesse du vaisseau ne me permettant pas de m'informer plus amplement, je crus et tous mes officiers crurent que c'était un corsaire de Bayonne. Je mis ma chaloupe dehors pour aller donner ordre à mes prises; ce vaisseau voyant cela mit la flamme, et, après avoir tire" des coups de fusil sur ma chaloupe, il me tira des coups de canon a balle , dont I'ihi coupa la drisse? de ma voile ; ce qui m'obligea d'aller incontinent h bord demander à parler au capitaine, et savoir pourquoi ou m'avait tiré sans sujet deux coups de canon ; mais on me contraignit sans réplique de monter à bord, où étant, le capitaine loin de m'écouter, me menaça avec beaucoup de violence de me faire donner ta cale: cependant que je lui protestais, comme il était vrai, que nous l'avions cru véritablement corsaire et de Bayonne. Cette menace , si éloignée de ce que je crois dû à mon caractère, m'aurait fait tomber dans des mouvements qu'on ne peut sans honte refuser à l'honneur, si, toujours rempli de mon devoir, je n'avais, tout couvert de cet affront, fait précéder à mon honneur la soumission aux ordres du Roi en recevant de ses officiers et sur ses vaisseaux tout ce qu'on avait pu me dire de plus outrageant, renfermant toute ma défense a lui dire que je m'en plaindrais à votre grandeur, dans l'équité de laquelle je mettais toute ma confiance. Ce capitaine voulut m'intcrr.oger ; mais Vous me pardonnerez bien , monseigneur, si mon sang tout glacé ne me laissa pas la faculté de lui répondre; je me retirai pour aller cependant faire mes plaintes à M. de Lavardin, iM\J. de .Maucler et de Rosmadec, qui, déjà prévenus en ma faveur, ne laissèrent pas de plaindre mon sort. Votre grandeur n'ignore pas que plusieurs de messieurs les officiers de la marine ne regardent pas avec plaisir nos jietits progrès : ce que celui-ci ne me témoigne que trop clairement en cette occasion, où il a affecté de m'insulter, ayant traité avec beaucoup plus d'honnêteté ces capitaines olonnais qui étaient dans le même défaut que moi , s'il y en avait , ne leur ayant fait aucune menace de cale ni de tous ces termes outrageants que je passe sous silence; votre grandeur sachant bien que ces sortes de menaces poussées au-delà des bornes ne se font pas sans aigreur. Voilà , monseigneur, ce qui me fait réclamer votre justice, sam

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laquelle je serai malgré moi contraint d'abandonner l'exécution de ce que je me suis pro|xisé dans l'entreprise de la course. Ce traitement regarde tous mes confrères, qui se verraient sans votre protection , monseigneur, exposés à des outrages aussi violents.

Le capitaine de qui je me plains est M. de Feuquières, commandant V Entreprenant.

Je suis avec un très-profond respect,

Monseigneur,

Votre très-humble et très-obéissant serviteur,

Duguay-Trouin.

(Arch. de ta Mar. — 1696).

Après la lecture de cette lettre , si calme , si digne, si mesurée, on ne peut qu'admirer encore la rare modération de Duguay- Trouin dans cette occasion , et attendre avec impatience le moment où cet intrépide marin pourra par de nouveaux succès noblement venger cette cruelle injure.

Maintenant on doit parler de plusieurs beaux faits d'armes particuliers qui se passèrent cette année : car il n'y eut point , en 1696, d'action générale; tout se passa en actions détachées.

En Ponant, M. de Nesmond eût pu remporter de grands avantages ; car il avait une escadre composée de six vaisseaux , onze frégates, deux brûlots, et l'ordre d'aller attaquer la flotte anglo-hollandaise et trois vaisseaux de guerre qui transitaient six nulle hommes de Plymouth en Catalogne ; mais l'armement de M. de Nesmond n'étant pas prêt à temps, cette expédition échoua.

M. de Pontchartrain, avec beaucoup de bon sens d'ailleurs, donnait seulement avis aux armateurs des occasions où ils pouvaient attaquer les ennemis avec avantage , particulièrement en leur enlevant des convois : mais il les laissait les maîtres de choisir leurs croisières et de n'entreprendre avec leur escadre (pie ce qu'ils croyaient possible.

Par une mesure assez peu commune et qui prouvait combien les finances étaient obérées , M. de Nesmond eut la permission

de faire construire h ses frais trois frégates de trente-six a cinquante canons. Les arsenaux du royaume lui fournissaient le bois , le fer, la mâture, la poudre, les canons et les boulets. M. de Nesmond n'avait à payer que la main-d'œuvre, qui lui devait être remboursée sur le cinquième des prises qu'il pourrait faire et qui de droit revenait au roi. M. de Nesmond s'engageait de plus à fournir les vivres des équipages et à payer leur solde, selon que le roi la payait ordinairement. Dans le cas où ces frégates eussent été enlevées, M. de Nesmond était obligé d'en faire construire d'autres aux mômes conditions, pour continuer et terminer la course.

A la tête de ces frégates, M. de Nesmond fit plusieurs prises considérables, entre autres celles d'un vaisseau anglais, au mois de mai , et d'une Gottc anglaise richement chargée , revenant des Indes Orientales, qu'il enleva presque tout entière, au mois de septembre , après avoir pris deux vaisseaux de guerre qui l'escortaient.

Les ennemis, étant supérieurs en nombre, empêchèrent la flotte de France de tenir la mer et bombardèrent les côtes de Saint-Malo sans opérer de grand dommage, malgré la machine infernale qu'ils tentèrent d'engager dans ce dernier |X)rt.

Mais pour revenir aux combats particuliers, un des plus beaux de l'année fut celui que livra M. Duchalard , avec deux vaisseaux, contre M. l'amiral Kussell; ce terrible combat dura vingt-quatre heures, au bout desquelles seulement M. Duchalard , démâté , coulant bas d'eau , consentit à se rendre.

Voici la relation originale de cet intrépide marin.

RELATION DE LA RENCONTRE FAITE PAR LES VAISSEAUX DU ROI LE CONTENT ET LE TRIDENT, COMMANDÉS PAR MM. DUCHALARD ET LE COMTE D'AULNAY, D'UNE ESCADRE DE SIX VAISSEAUX ANGLAIS, SOUS LE CAP RON.

Le 28 juin, à la pointe du jour, ayant découvert nu nordouest de nous six voiles, nous les fûmes reconnaître, l'une desquelles fit la même manœuvre , ce qui nous facilila l'occasion de ne nous point trop engager. Nous les jugeâmes anglais ; et en même temps je tins le vent, qui était au sud ouest et

VA

nous portait à oucst-nord-ouest , ce qui donnait l'avantage aux vaisseaux du roi de passer au vent des ennemis, qui mirent leurs principales voiles pour nous chasser. Nous continuâmes cette route pendant une heure , dans l'espérance de doubler le cap Bon, qui était sept à huit lieues de nous; mais, les vents ayant tourné à l'ouest, ils devinrent favorables aux ennemis, ce <jui me fit prendre le parti de revirer de bord, étant à quelque trois lieues de distance des susdits vaisseaux; nous courûmes au sud-sud-ouest. L'escadre ennemie, voyant notre manœuvre, mit l'enseigne blanche à poupe pour nous paraître Français ; mais, étant certains qu'ils étaient Anglais, je leur lis répondre par le pavillon de leur nation. Ils firent voiles de leurs perroquets , et nous en même temps. Environ les onze heures , le vent diminua, ce qui leur facilita de nous joindre, parce qu'ils sortaient d'être carénés. Je lis faire le signal au Trident, qui était alors de l'avant de moi, parce que j'avais reviré au sudsud-ouest. Je demandai à M. le comte d'Aulnay ce qu'il croyait de ces vaisseaux, et l'assurai qu'ils étaient anglais, et que la partie était fort inégale. Nous allions dans ce temps vent largue, vers la pointe du sud-est de l'île de la Pentellerie , sous laquelle nous avions passé la nuit précédente à la cape.

Environ les deux heures après midi , nous fûmes joints par un vaisseau, *fue nous jugeâmes être de soixante canons, et qui était le commandant. Il vint à portée de pistolet avant de tirer. Nous le combattîmes pendant quelque temps , te Trident et moi ; mais , comme ce vaisseau fut joint par ceux de son escadre qui allaient le mieux, le Trident partagea son feu, et je continuai le mien sur le même vaisseau jusqu'à l'entrée de la nuit, qu'il fût démâté de son mât de hune d'avant, ce qui l'éloigna de dessous mon canon ; le grand feu de notre înousqueterie l'avait toujours obligé à fermer ses sabords. J'en fus averti par M. le chevalier de Rriconnct, qui repassait de Malte en France , et qui s'est comporté dans la suite de cette occasion avec une valeur très- distinguée.

La retraite de ce vaisseau ennemi me donna quelques moments pour remédier à partie des manœuvres, qui avaient été coupées sans diminuer de ma voilure.

Je fus attaqué par un autre > aisseau ennemi, qui ne soutint

-ir.Çii- LIVRE IX, CHU'ITRI Vf. S;...

pas plus d'une demi-heure le feu du Content, ayant arrivé vent-arrière pour s'en éloigner avec plus de vitesse.

Pendant le second intervalle , je voyais combattre te Trident, qui était au vent de moi, avec beaucoup de valeur; ayant affaire à deux vaisseaux et soutenant les différentes bordées du canon de ceux qui venaient vers te Content ; le Trident fut désemparé de son petit hunier à l'entrée de la nuit. Depuis ce moment, je n'ai plus eu connaissance de sa manœuvre; les vents tournèrent au sud-est; et, comme j'avais les ralingues de mes basses voiles coupées, je fus obligé d'aller toujours plus «pie vent largue , et fis route vers l'île de Maretime , étant continuellement chassé par trois vaisseaux , l'un desquels me parut être aussi fort que te Content , et me joignit à sept heures du soir. Il me combattit environ deux heures, et me perça mon petit mât de hune de part en part, et coupa les chaînes qui soutenaient les grandes vergues , et me désempara généralement de manœuvres; il le fut aussi de sa voile de misaine, ce qui le fit rester de l'arrière de moi,

Je continuai toujours ma même route, et fis réparer autant qu'il fut possible les manœuv res coupées; mes voiles étaient percées partout, ce qui faisait que te Content n'allait plus, le vent passant au travers, (les trois vaisseaux s'attachèrent à me suivre toute la nuit; la clarté de la lune m'empêcha de leur dérober la connaissance des différentes routes que j'eusse pu prendre si la nuit eût été plus obscure.

Le 29 , sur les huit heures du matin , je fus rejoint par le dernier vaisseau qui m'avait combattu le soir précédent , qui était suivi de deux autres moins bons voiliers. Il m'attaqua cette fois avec beaucoup d'avantage, parce que le vent et la mer avaientbeaucoup grossi, et qu'il se mit sous le vent du Content, ce qui faisait qu'il se servait de temps en temps de sa première batterie , et moi je ne pouvais tirer que de deux pièces de saintebarbe, et souvent elles labouraient dans l'eau; la mousqueterie faisait de son mieux.

Sur les dix heures du matin , le grand mât reçut deux coups de canon et fut désemparé d'une partie de ses grands haubans; il rompit après onze heures; ce qui m'a attiré le plus grand malheur qui puisse m 'arriver de mes jours, d'autant que ces

différents débris tombèrent entre les deux gaillards, le grand mât de hune en travers d'un gaillard à l'autre et la grande vergue d'un piaf-bord à l'autre , le tout couvrant entièrement le canon de la seconde batterie et la mit hors d'état de tirer, le pont étant crevé : il n'y avait que deux pièces de dessous le gaillard d'avant et deux autres sous celui de l'arrière qui pussent tirer; pour la première batterie, comme j'ai déjà dit, l'on ne s'y servait que de deux pièces : mais la chute du grand mât dans le vaisseau le mit si fort à la bande du côté que je combattais, qu'elles devinrent inutiles, et l'on fut contraint de fermer les sabords, parce qu'il s'y embarquait de l'eau considérablement. Dans ce fâcheux état , je voulus faire arriver le vaisseau pour changer de bord et me servir de l'autre batterie ; mais il me fut impossible d'y parvenir, à cause des voiles et autres manœuvres traînantes dans la mer, embarras qui sera plus connu aux personnes du métier qu'à nul autre. L'ennemi continua à profiter de l'avantage de mes infortunes, puisque, sur les deux heures après midi , il me coupa la- mât de hune d'avant, qui embarrassa encore les deux pièces de dessous le gaillard d'avant ; je reçus aussi , à quelque temps de là , deux coups de canon dans le mât de misaine, aux environs du racage; tout en était désemparé, deux serre-bosses retenaient ce qui restait d'haubans en l'air; nous étions dans la triste attente de le voir tomber. Mais celui d'artimon fut coupé net dans ce moment , ce qui augmenta notre embarras. Les deux autres vaisseaux étaient fort près de celui qui me combattait comme il lui plaisait ; et la mer qui devenait toujours plus grosse et plus roulante ; et le vaisseau te Content ne gouvernant plus, réduit dans un état aussi funeste que pitoyable; et étant averti qu'il y avait un coup de canon qui coupait, un pied et demi sous l'eau, l'cstaing de bâbord et que le boulet avait percé dans le vaisseau , ce qui y donnait de l'eau , et deux autres coups aussi sous l'eau vers les soutes , ce qui nous avait mis à deux pompes : je fis assembler messieurs les officiers pour recevoir leurs avis, et témoignant tons vouloir sacrifier leur vie pour sauver le vaisseau au roi , mais considérant l'état dans lequel se trouvait le vaisseau du roi le Content, la force supérieure des ennemis, qui étaient à portée de pistolet de nous, qui ne tiraient plus qu'à mitraille

— tf.or,

pour détourner les matelots de travailler à débarrasser le vaisseau , la nier qui gouvernail seule le vaisseau , il fut convenu qu'il fallait se rendre. Ce fut le 29, à quatre heures du soir.

S'il avait été possible, après le mauvais temps passé, d'espérer de mettre la chaloupe à la mer pour faire abattre le vaisseau d'un bord à l'autre pour pouvoir tirer du canon , nous eussions fondé nos espérances dans cette ressource ; mais le seul mât de misaine qui restait en l'air, désemparé de manœuvres et brisé, comme je l'ai marqué ci-dessus, n'aurait pu en soutenir le grands poids, puisqu'il tomba la nuit du 29 au 30.

La première journée que j'eus affaire aux trois vaisseaux ennemis ne me promettait rien moins que le malheur dans lequel je me trouve d'avoir été contraint , par les raisons que j'ai déduites, de rendre aux ennemis un vaisseau du mérite du Content, et du règne du plus grand roi du monde, n'ayant jamais gU tf^t des sentiments de fidélité et de gloire pour son service.

Messieurs les officiers ont fait parfaitement leur devoir dans

deux journées que nous avons eu affaire aux ennemis.

J'tyélé frappé d'un éclat a la tète, qui n'a fendu que le bord de mon chapeau.

MM. de Laurière, capitaine en deuxième; Jyvas, lieutenant; • Jouhert , lieutenant et capitaine de compagnie ;

Montault , enseigne ; Bcauharnais de La Iioischc ; Doives.

Les gardes de la marine ont été continuellement , le jour comme la nuit , à la mousqueterie ou à faire pomper, et se sont comportés, en tout ce qui leur a été ordonné, avec courage et bouue volonté. Voici leurs noms :

Lagarde-Marquez , sous-brigadier ; De Menault ; Desforges ; Fiesgoucrs ;

La Kerchère de Villers (a en un bras emporté) :

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