‹ Histoire de la marine françaiseChapitre 46 sur 87 · LETTRE DE JEAN BART AU MINISTRE DE LA MARINE · texte numérisé non relu

LETTRE DE JEAN BART AU MINISTRE DE LA MARINE

A Dunkerque, le 3 juillet 1 694. .

J'ai 1 honneur, monseigneur, de vous rendre compte que , le 29 du mois passé, je rencontrai, entre le Texel et la Meuse, douze lieues au large , huit navires de guerre hollandais dont un portait pavillon de contre-amiral. J'envoyai les reconnaître : on me rapporta qu'ils avaient arrêté la flotte de grains destinée pour la France, et avaient amariné tous les vaisseaux qui la composaient, après en avoir tiré tous les maîtres. Je crus dans cette conjoncture devoir les combattre pour leur ôter cette flotte. J'assemblai tous les capitaines des vaisseaux de mon escadre , et après avoir tenu conseil de guerre où le combat fut résolu , j'abordai le contre-amiral , monté de cinquante-huit pièces de canon, lequel j'enlevai à l'abordage après demi-heure de combat Je lui ai tué ou blessé cent cinquante hommes. Ce contre-amiral, nommé Hyde de Frise, est du nombre des blessés : il a un coup

de pistolet dans la poitrine , un coup de mousquet dans le bras gauche , qu'on a été obligé de lui couper, et trois coups de sabre à la tôte. Je n'ai perdu en celte occasion que trois hommes et vingt-sept blessés.

Le Mignon a pris un de ces huit vaisseaux de cinquante pièces de canon.

Le Fortuné en a pris un autre de trente pièces ; les cinq autres restant des huit , dont un est de cinquante-huit pièces , un autre de cinquante-quatre, deux de cinquante et un de quarante, ont pris la fuite après m'avoir vu enlever leur contreamiral.

J'ai amené ici trente navires de la flotte , lesquels sont en rade.

J'ai donné ce combat à la vue des vaisseaux de guerre danois et suédois , qui ont été témoins de cette action sans s'y mêler. Ils sont passés aujourd'hui avec le reste des vaisseaux de charge, au nombre de soixante-six voiles , pour aller en France.

Demain j'aurai l'honneur de vous envoyer un plus ample détail de cette action. Je vous dirai seulement que le contreamiral m'a dit qu'il avait reçu ordre du prince d'Orange d'arrêter et d'envoyer en Hollande tous les vaisseaux chargés de grains qu'il trouverait venir en France.

L'exprès qui vous remettra cette lettre est mon fils , qui a vu l'action, aussi bien que le sieur Vandeermeerch, mon beaufrère.

Je suis , avec le profond respect que je dois , votre trèshumble et très-obéissant serviteur,

Le chevalier Bart.

Il y a , dans les trois navires de guerre hollandais pris , plus de trois cents hommes tués ou blessés.

( Archives de la Marine à Versailles. )

Cette seconde dépêche de Jean Bart donne de plus grands détails sur ce combat.

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