‹ Histoire de la marine françaiseChapitre 53 sur 87 · POLIGNAC · texte numérisé non relu

POLIGNAC

(BiM. roy.—Suppl. Fr, mss. n. 1773; — Polog. p. 228.)

Cette lettre de la reine de Pologne à madame la marquise de Béthune, sa sœur, se rattache à la dépêche précédente, en cela qu'elle jette un jour tout nouveau sur le commencement des négociations qui amenèrent sa scission avec M. de Polignac :

« ... Le sieur Dupont vous a pu dire comme, dès le moment que le feu roi mon seigneur fut mort, ledit abbé de Polignac se retira chez lui et fit le malade; je ne le vis que la veille que je partis pour la Russie. On dit qu'il était venu lorsque j'étais avec le cardinal. Le lendemain , il vint me dire adieu ; il me trouva chez le palatin de Russie , où il me donna la main pour aller à l'église ; de là il s'en alla. Quand je fus revenue de Russie, il me vint voir, et m'apporta l'instruction du roi, qui inarquait qu'il m'aiderait si je voulais remonter sur le trône en choisissant un Piaste, sinon le prince Alexandre ou Constantin, ou l'électeur de Bavière1, Constantin étant trop jeune. 11 me demanda que répondre ; je lui marquai comme je pus ma reconnaissance des bontés du roi ; que pour de mariage pour moi, il n'y en aurait jamais ; que mes deux cadets ne voulaient point concourir avec leur frère; que l'électeur n'y songeait point, parce que pour lors je n'en avais nulle ouverture. Il me dit :

' Maximîlien-Emmanupl, gendre du fou roi do Pologne, Joan Sohieski.

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— Que faire donc?... — Je lui dis : — Laissez faire mon fils aîné, pour qui on paraît assez porte. — Il me dit : — Votre Majesté voit bien que je n'ai point d'ordre pour cela. — Mais vous n'en avez point pour le traverser ? — Non, nie dit-il. — Eh bien ! laissez-le donc faire... — Non, cela ne se peut : il aurait à nos ennemis l'obligation de la couronne... — Je lui répondis : — Pardonnez-moi, il l'aura aussi au roi votre maître de ne l'avoir point empêché de l'avoir, sachant bien que si un si grand roi que celui de France s'y opposait, il ne pourrait y parvenir. C'est, ma chère sœur, ce que mes enfants et le sieur Dupont pourront vous dire ce qui s'est passé jusqu'à leur départ. Peu de jours après, il mit au jour le bel éciit 1 qui produit tous les jours mille réponses désagréables pour la France. Je vous dois dire cependant, mon pauvre cœur, que nos affaires ne sont pas si décousues que le dit M. de Polignac, et je vous assure que je sais bien que j'ai une bonne partie de ceux qu'il croit avoir ; il perd au roi tous les vrais amis qu'il avait ici, et, s'il dit autrement, il perd le roi son maître. »

{Bibt. roy. — Suppl. Fr. 7ms. n. 1773; — Polog. p.'WU.)

On va voir de plus, par ce supplément d'intrigue toute féminine, que ce fut madame dcBéthune qui apprenait à la reine de Pologne, sa sœur, que les lettres de change données en retour de l'élection de M. le prince de Conti n'avaient aucune valeur, et suscita de la sorte tous les soulèvements et réclamations qui vinrent assiéger M. de Polignac lorsque les créatures qu'il se croyait assurées soupçonnèrent la réalité de ses promesses.

La lettre suivante, de madame la marquise de Béthune, était datée du 4 mars :

«... M. l'abbé de Châteauneuf est chargé de lettres de change pour 3,000,000 de livres, lesquelles sont les plus bizarres et les plus inutiles du monde, savoir, que ceux sur lesquels elles sont tirées, qui sont de Dantzik, s'engageront de payer les 3,000,000, quinze jours, trois semaines ou un mois après

1 C'est la lettre de l'abbé de Polignac à l'évequc de Cujavie , du mois d'octobre 4 696.

LlVnfi IX, CHAPITftK VIII.

l'élection , et que lorsque celui qui les aura fournies produira ici les quittances, on lui donnera les ordonnances payables dans le cours- des mois d'octobre, novembre et décembre.

» Il est encore à remarquer que ces sortes d'ordonnances, quoique payables, par exemple, en octobre, ne se paieront jamais que trois mois après, comme janvier ; ainsi des autres.

» Le premier banquier à qui on a proposé la chose a été Hélissant, lequel a fait connaître qu'il était absolument impossible que l'on pût trouver de l'argent à de pareilles conditions, et que pour lui il n'en savait point le secret ; après quoi l'on s'est adressé à Narcisse et à Masson , qui ont répondu la même chose, aussi bien que Tourton et Demeuvre, auxquels on a fait la môme proposition ; enfin on s'est servi de Samuel Bernard, créature de M. de Pontchartrain, contrôleur-général des finances1, et qu'il fait entrer dans tous les partis, lequel a représenté à son tour la même chose , qu'il était impraticable que des marchands étrangers donnassent leur argent sans être sûrs de leur remboursement ; on lui a répondu : N'importe qu'elles soient protestées, mais donnez-les; ce qu'il a fait par obéissance. Elles sont tirées pour Henri Holvel , Daniel Fromot, Érick Van Amster et Charles Jatzen , et je vous le répète , ne valent rien, prévenez-en nos amis. »

Louis XIV, doutant, on l'a dit, de l'activité de M. Polignac, lui adjoignit M. l'abbé de Chàtcauneuf comme négociateur sans caractère officiel.

L'abbé arriva donc le 1er avril 1697 sur les frontières de Pologne, et se rendit le 6 à Lowiebz, où il vit le cardinal Radziouski. Ce cardinal lui confirma tout ce que l'abbé de Polignac avait écrit en France du bon état de sa négociation, et lui parla en môme temps de la nécessité de faire approcher le prince de Conti de la frontière de la Pologne. La lettre de l'abbé de Chàteauneuf, du 8 avril , portait ce qui suit :

»... Il ne faut pas se flatter, dit-on ici, que M. le prince soit élu d'une commune voix ; au contraire, il y aura non-seulement opposition , mais division ; et dans le temps que nous nommerons le prince de Conti , le parti de la reine de Pologne

1 11 est devenu depuis chancelier de France.

cn nommera un autre , soit le prince Jacques ou l'électeur de Bavière, soit le duc de Neubourg ou de Lorraine, parce que si elle ne pouvait conserver la couronne à l'un de ses fils, elle s'en consolerait en la mettant sur la tête d'uu prince qu'elle pourrait épouser ; le prince Louis de Bade n'est point aussi à mépriser : l'électeur de Brandebourg le porte avec chaleur, par complaisance pour le prince d'Orange ; hors de tous ces princes, il n'y en a pas un qui ne soit ou en Pologne ou à portée de s'y rendre sans obstacle dans quinze jours ; et il serait fort à craindre que le parti ennemi, qui sera sans comparaison plus faible que le nôtre , et par le nombre et par la qualité des partisans , ne devînt le plus fort par la présence d'un chef ; et si c'est le prince Jacques , il n'y a sortes de violences et de méchancetés où il ne se j)orte à la faveur du droit apparent que son élection , quoique schismatique , lui aura donné ; au lieu que si nous pouvions montrer à la Pologne son roi légitime, la réduction de tous ces rebelles serait l'affaire d'un seul jour. C'est pourquoi, conclut le cardinal Radziouski, nous voulons soutenir le Uoi ; or il est indispensable que monseigneur le prince de Conti puisse se mettre à. portée d'entrer dans le royaume quinze jours après l'élection , pour venir à la tête de ses fidèles sujets défendre ses droits contre les opposants ; car s'il n'y avait point d'opposants à craindre, bien loin de lui faire cette prière, nous le conjurerions, au cas qu'il fût sur la frontière , de s'en retourner pour recevoir, selon les lois , dans le lieu de sa naissance , une ambassade digne de lui et de la république. »

L'abbé de Château neuf, ayant joint ensuite l'abbé de Polignac à Varsovie et entretenu les principaux seigneurs qui s'étaient engagés à élever le prince de Conti , fut de plus en plus convaincu que le succès de cette affaire était immanquable ; et, loin de désavouer . rien de ce qui avait été promis avant son arrivée, il travailla d'un parfait concert avec l'abbé de Polignac à entretenir et à fortifier ses créatures en leurs espérances ; il écrivit aussi lettre sur lettre à M. le prince de Conti pour l'en- . gager à se hâter le plus possible, afin d'activer par sa présence les efforts qu'ils faisaient en sa faveur ; mais ce prince , qui, ainsi qu'on l'a dit , n'avait pas la moindre envie d'être roi, ac-

cumulait lenteurs sur mauvais vouloirs , de sorte que cej>endant un nouveau compétiteur s'était mis sur les rangs.

En un mot, ce qui s'était passé en Pologne dans les premiers mois après la vacance du trône avait inspiré à l'électeur de Saxe, Frédéric- Auguste, la pensée de prétendre aussi à cette couronne, et il avait depuis fait diverses démarches, mais trèssecrètes, pour aplanir les obstacles qui pouvaient s'y rencontrer. La religion luthérienne , qu'il professait à l'imitation des électeurs de Saxe ses ancêtres, sous la protection desquels cette religion s'était introduite et établie en Allemagne au commencement du seizième siècle , était la principale difficulté que ce prince eût à surmonter, les lois du royaume de Pologne excluant du trône tout candidat qui ne ferait pas profession de la religion catholique romaine. Aussi avait-il fait passer a Rome, pendant le cours du mois de février de cette année 1597, le baron Rose *, Suédois, pour sonder quelles seraient les disjwsitions de celte cour eu sa faveur s'il prenait la résolution de renoncer au luthéranisme et d'embrasser la religion catholique romaine ; cet officier s'étant même procuré par ses ordres un entretien secret avec M. le cardinal de Janson, alors chargé des affaires de France à Rome, avait exposé au cardinal que l'électeur était moins uni avec l'empereur par inclination que par le désir d'acquérir de la gloire ; qu'il donnait h Sa Majesté impériale onze mille hommes de pied et treize cents chevaux de bonnes troupes à des conditions peu avantageuses à son électoral, et que la cour de Vienne n'exécutait même pas; qu'ainsi il souhaiterait de pouvoir prendre des mesures avec le roi de France , pourvu qu'elles fussent sûres et qu'elles ne l'exposassent pas à la perte de ses états ; que si la paix ne se faisait pas parla médiation du roi de Suède, Charles XII, et que ce prince voulût se mettre à la tête d'un parti pour y obliger les alliés, l'électeur de Saxe se joindrait à lui ; et qu'en cas de paix, Louis XIV trouverait son altesse électorale plus portée; qu'aucun autre prince d'Allemagne à entrer dans ses intérêts par un

1 Dépêche du cardinal de Janson du 19 février 1097.

On voit par une lettre de M. de Calière. plénipotentiaire de France à Hiswick, du 22 avril 1097, que ce baron était catholique romain et parent de M. Rose, mestre de camp-genérni de cavalerie en France.

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