M. LE COMTE D'ESTRÉES A M. DE PONTCHÀRTRÀIN
Cadix, 29 août 1698.
Monseigneur,
J'ai reçu il y a deux jours réponse à la lettre que j'avais écrite à M. le marquis d'Harcourt en arrivant ici , qu'il m'envoie par un courrier exprès; il me mande par cette voie que la santé du roi d'Espagne est dans un état si incertain qu'il n'est pas possible , même aux médecins , de juger sûrement ; mais que tous appréhendent également lequinoxe, et craignent que cette révolution ne soit funeste à ce prince. 11 est persuadé qu'il est très-important au service du roi que les vaisseaux de Sa Majesté demeurent sur les côtes de ce royaume jusqu'à la fin de septembre, s'ils. ne peuvent y séjourner plus long-temps. C'est sur cette lettre que j'ai pris le parti de faire donner du pain et de la viande fraîche aux équipages, afin de gagner huit jours; les vivres que j'ai embarqués ne me permettent pas sans ce secours de m'arrèter plus long- temps que le 20 septembre ; mais comme je n'ai pas cru qu'il fût à propos que l'on s'imaginât que je fais des vivres pour allonger le temps de ma navigation , je les fais fournir de manière qu'il parait que c'est uniquement dans le dessein de rafraîchir les équipages : on donne un jour de la viande fraîche , un autre jour on donne du pain frais à une partie des vaisseaux, et ainsi successiv ement, ce qui continuera pendant le temps que je serai mouillé dans cette rade ; ce petit secours me fera gagner tout le mois de septembre et pourra ne me pas obliger de me retirer même après ce temps expiré, si le roi d'Esjkigne venait à mourir. J'ai pris ces me-
sures pour m'assurer encore vingt jours de vivres , afin d'être en état de rendre les services auxquels nous pourrons être propres dans une conjoncture aussi importante. Je ne fais acheter ni vin ni légumes , parce que d'un moment à l'autre j'en trouverai la quantité qu'il sera nécessaire pour les vaisseaux tout le long de la côte d'Espagne ; et comme il arrivera peut-être que nous n'en aurons pas besoin, je suis bien aise de ne faire cette dépense qu'à l'extrémité. J'ai prié M. le marquis d'Harcourt de me marquer dans quel(lieu il croyait qu'il convient mieux que je m'arrête pour le service de Sa Majesté , de Cadix, de Malgue ou Alicante, étant tous égaux pour le mouillage des vaisseaux, et j'attends sa réponse pour m'y conformer; mais, à mon sens, Cadix me paraîtrait le poste le plus important, et il n'y a que l'arrivée d'une escadre supérieure de vaisseaux anglais et hollandais qui dût le faire quitter ; car, comme il y a- apparence qu'ils viendraient pour soutenir le parti qui serait opposé à la France , il ne serait pas prudent de les attendre enfermé dans une rade d'où il n'est pas facile de sortir pour se mettre à la mer. Je fais peut-être un raisonnement peu juste, s'il y a quelque négociation secrète avec l'Angleterre et la Hollande ; mais comme je n'ai point connaissance de ce qui se passe à cet égard, vous excuserez, s'il vous plaît, et aurez agréable de considérer que dans la situation où je suis je ne puis raisonner que sur l'apparence. .
Je ne puis assez me louer des honnêtetés que je reçois ici, et tous les Français, de la nation espagnole, depuis le plus petit jusqu'au plus grand; je tâche , de mon côté, d'y répondre par toutes sortes de moyens., et je n'oublie rien de ce que je crois qui peut leur être agréable. J'ai eu l'honneur de vous mander que le gouverneur de Cadix était venu à bord du Tonnant au moment que j'avais mouillé; j'allai le lendemain lui rendre visite : il me reçut au bord de la mer, toute la garnison sous les armes, et me fit saluer en sortant de la ville de treize coups de canon. Le duc d'Albuquerque vint me voir le jour d'après avec un grand cortège , à quoi je m'attendais d'autant moins que c'est une démarche que pas un de ceux qui ont été dans le même poste avant lui n'a jamais voulu faire. Il fit collation à bord et y demeura jusqu'à l'entrée de la nuit. Le comte de
Fornand Nunez a imité son exemple , et pour abréger tous ces détails, je vous dirai seulement que j'ai employé six jours à recevoir et à rendre ces visites principales , qui se sont passées de manière qu'il n'y a rien à désirer. Tout ce qu'il y a de plus considérable dans la ville est venu ensuite me rendre visite , et l'alcade major , accompagné de quelques gentilshommes , a voulu dîner aujourd'hui à bord sans être prié. Un aussi grand changement parait surprenant à ceux qui , comme moi , ont connu la haine que l'on portait aux Français ici et dans tout le reste de l'Espagne , où l'on ne pouvait aller en aucun endroit sans être exposé aux injures et à l'insulte du peuple , au lieu que l'on m'accable présentement d'honnêtetés et de bénédictions. Deux raisons , à mon avis , ont produit ce changement si avantageux pour la nation : la première , la haute estime que les Espagnols ont généralement pour la personne du roi , dont ils ne cessent de faire l'éloge ; l'autre, les réflexions que l'état incertain de la monarchie a obligé chaque particulier de faire sur ses véritables intérêts. Comme ils ont tous de l'esprit , ils ont aisément compris qu'ils ne peuvent trouver de bonheur et de tranquillité que par une parfaite union avec la France , et c'est ce qui leur a fait désirer avec tant de passion d'avoir un fils de Monseigneur pour leur roi, en cas que le roi d'Espagne vienne à mourir. Je crois bien qu'à la cour la maison d'Autriche a encore un parti considérable parmi les grands, mais on ne saurait douter que l'inclination du peuple et de la plupart de la noblesse ne soit pour la France. Vous êtes informé par M. le marquis d'Harcourt des dispositions particulières ; mais je puis vous assurer, en général , qu'elles ne peuvent être plus favorables. Les personnes ici en place ne m'ont point pourparlé ouvertement; mais elles ne m'ont pas laissé de me faire connaître leurs sentiments pour être persuadé qu'on peut faire fonds sur ce qui dépend d'eux , et je crois pouvoir vous dire que si je suis ici lors de la mort du roi d'Espagne, je trouverai des facilités pour m'assurer de la ville, des forts et du Pontal. Je désirerais pareillement de contribuer en quelque chose à un aussi grand événement, et d'avoir occasion d'y rendre quelque service (fui puisse être agréable à Sa Majesté. Je suis avec attachement, etc. Le comte d'EstRêes.
Pour compléter l'examen des documents qui s'étendent jusqu'à la mort de Charles U , on doit jeter un rapide coup d'œil sur les événements qui eurent lieu , bien que fort insignifiants, dans les Indes orientales et occidentales.
Pendant la guerre, les hostilités s'étaient étendues jusque dans ces possessions ; les puissances rivales cherchaient réciproquement à y ruiner leur commerce, et plusieurs divisions furent envoyées dans ces parages afin d'y attaquer les Hollandais, car ces derniers avaient pris Pondichéri ; mais cette possession fut rendue à la France lors de la paix de Ryswick.
En 1695, M. de Cerquigny, capitaine de vaisseau, partit avec trois vaisseaux pour escorter un convoi de la compagnie des Indes et le conduire à Masulipatan et à l'embouchure du Gange , avec ordre de faire en route les prises qu'il pourrait et de les ramener lui-même avec deux vaisseaux si elles montaient à quatre millions; mais de les brûler plutôt que de les laisser reprendre par l'ennemi ; d'observer la neutralité sur les côtes du Grand-Mogol, à moins qu'il n'y fut attaqué, contre les traités , par les Anglais et les Hollandais ; d'éviter à son retour les îles d'Amérique, et de ne toucher au plus qu'à la Grenade plutôt qu'à la Martinique; de ne venir enfin atterrir en France qu'au mois d'octobre , pour éviter les escadres ennemies , et de s'entendre avec les capitaines des vaisseaux de la compagnie au sujet de la marche.
On ne peut voir un plus beau travail , trop étendu d'ailleurs ]>oiir être cité dans cette histoire , que le détail des mouillages où M. de Cerquigny devait toucher , ainsi que des instructions pour la route et la conduite qu'il devait tenir pendant sa mission.
En 1698, après la paix de Hyswick, le chevalier Des Augers, capitaine de vaisseau, fut envoyé dans l'Inde avec une division de quatre vaisseaux |K)iir reprendre Pondichéri , rétablir les affaires du commerce , se concerter avec les directeurs de la compagnie sur les nouveaux établissements qui s'y pourraient faire , y laisser des troupes , des canons , des munitions , et un de ses vaisseaux même, s'il était nécessaire; mais sa s souffrir que ses officiers prétendissent rien sur les commis de
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la compagnie quant à ce qui regardait la spécialité de leur commerce. M. Des Angers devait ensuite aller a Surate pour engager, par quelque régal , le gouverneur à favoriser le commerce des Français et à permettre l'exportation des marchandises de ce pays. Dans le cas où le gouverneur de cette possession n'aurait pas donné à M. Des Augers les facilités qu'il demandait , celui-ci devait embarquer les effets des Français et les ramener dans la métropole. Cet armement éprouva de longues traverses; et, bien que rendu de fait à la France, Pondichéri demeura bien plus soumis à l'influence commerciale des Hollandais.
II fut aussi, en 1699, accordé une frégate au sieur de La Roque-Persin pour aller en Chine , avec la mission spéciale de bien observer sur sa route les vents, les marées, les courants, les mouillages, et de les relever exactement sur son journal.
Voyant le peu de succès qu'avait eu la mission de M. Des Augers, M. de Pontcharlrain envoya, à la fin de 1699, M. de Chateaurenault ( fils du comte), avec trois vaisseaux , à Pondichéri , avec des instructions beaucoup plus précises et plus détaillées que ne l'avaient été celles de M. Des Augers.
M. de Chateaurenault eut surtout ordre de courir sur les forbans anglais et hollandais qui infestaient les côtes de Siam , et de s'en faire un mérite auprès du Grand-Mogol, qui voulait rendre la nation française responsable de toutes les pirateries qui se faisaient dans ces mers. Mais surtout le nouveau capitaine eut ordre de s'en référer absolument aux directeurs de la compagnie , qui , par leur longue expérience pratique , savaient mieux que pas un la marche à suivre dans celte occurrence.
Quant aux Barbaresques , pendant ce laps de temps (depuis les dernières expéditions du maréchal d'Estrées, en 1687), la politique tenue à leur égard avait toujours été la même, en cela que ces puissances ne peuvent donner aucun secours, aucun avantage si l'on est allié avec elles , mais qu'elles peuvent faire un dommage effroyable au commerce dès qu'on est en guerre avec elles.
Or, en état de guerre, il demeure prouvé, môme parles rançons obtenues à si grand'peine et à si grands frais par le maréchal d'Eslrccs; il est prouve qu'il n'y a rien à gagner avec
elles, car ce qu'on peut en tirer couvre à peine un tiers des dépenses de l'armement , et dédommage encore moins des prises qu'ils font au commerce. Cependant , il est toujours nécessaire de leur faire craindre la guerre , parce que la terreur seule peut garantir avec eux la foi des traités, sur lesquels on ne peut jamais d'ailleurs compter dès qu'ils trouvent leur intérêt à les rompre.'
Cette nécessité explique la présence nombreuse et fréquente de divisions sur les côtes de Barbarie pour les intimider, ainsi que les manières des consuls toujours tendues sur le haut pour leur faire redouter la puissance de Louis XIV. On en arrivait le plus tard possible à une rupture ouverte, qui, on le répète, était toujours désasueuse ou au moins inutile et fâcheuse dans ses résultats.
Une autre considération peu humaine, ou plutôt fort humaine , engageait à les tolérer : les Barbaresques contribuaient fort à ruiner non-seulement le commerce des nations avec lesquelles la France était en guerre, mais encore celui des nations amies , telles que l'Espagne et l'Italie ; car la rivalité du commerce, cette éternelle guerre des temps de paix, si cela se peut dire, trouvait de nombreux avantages à avoir de tels auxiliaires.
Ou ménagea donc fort les Barbaresques, surtout en temps de guerre. En temps de paix on se montra plus ferme avec eux. M. de Pontchartrain , suivant en cela les errements de Colbert, se fit toujours un devoir de ne les point secourir dans leurs guerres civiles, ainsi qu'on l'a vu lors de l'expédition de Tripoli, mais de tâcher plutôt à les accommoder, de crainte de voir tourner contre la France celui qui aurait été vaincu par son intervention.
Quoiqu'il fût apparemment enjoint aux capitaines de garder les esclaves qui viendraient se réfugier sous le pavillon de France, il était secrètement ordonné à ces capitaines de ne point favoriser ces évasions qui pouvaient amener de grandes causes de rupture.
Lue singulière mesure, c'est que pour cacher aux Barbaresques à quel point les chiourmes des galères regorgeaient de Tunisiens, Algériens, etc., on évitait autant que possible les ambassades barbaresques depuis le ministère de M. de Pont-
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chartrain ; ou bien, lorsqu'il était absolument impossible de les empêcher, on cachait la chiourme avec un soin extrême à la vue des envoyés.
Depuis 1688 jusqu'en 1699, bien qu'on ne fût pas' en guerre avec Alger, on eut toujours le même reproche à faire à cette régence : bâtiments français pillés ou insultés par ses corsaires, lorsque ces navires échouaient sur les côtes d'Afrique , prises faites sur des nations amies ou alliées dans l'étendue de dix lieues de nos côtes (y ayant prescription à cette distance), enlèvement de missionnaires ou de Français sur le littoral Comme toujours aussi, ce fut en vain qu'on demanda aux Algériens la restitution de ces pilleries, ou le châtiment de leurs corsaires. Le dey se défendait sur l'ignorance où il était des faits , ou bien prétendant que les plaintes des marchands étaient toujours exagérées , ou , ce qui était souvent , il faut l'avouer, assez vrai 4 que les marchands avaient donné lieu à ces agressions par leur cupidité ou leurs mauvaises manœuvres, il arguait enfin de l'impossibilité de faire bonne et prompte justice des pirates dans un gouvernement aussi orageux que le sien.
Faute de meilleures, somme toute, on se payait de ces raisons; d'ailleurs la guerre où l'on était contre l'Angleterre, l'Espagne et la Hollande nécessitait cette faiblesse ; seulement on fit tout au monde pour engager ces barbares à courir sur ces pavillons, ce qu'ils firent sans trop exiger pour cela.
Quant aux Tunisiens, pendant cette même période, ce furent aussi les mêmes griefs, les mêmes plaintes et la même facilité commandée par les circonstances ; néanmoins on fit expliquer au bey que la condition stipulée dans les traités avec lui, de ne point faire de prises à dix lieues de nos côtes inclusivement, n'était point réciproque de la part de la France.
Les Tripolitains s'étant montrés plus décidément hostiles, et leur ville étant plus ouverte au châtiment , on les bombarda , en 1692, puis on fit croiser quatre vaisseaux contre eux, qui prirent cinq de leurs corsaires.
En 1699 la paix fut conclue avec ces barbares; on leur remit 28,000 piastres qu'ils devaient encore de leur rançon de 1685, mais à condition qu'ils déclareraient la guerre aux Anglais.
M. Du Sault, chargé de ces transactions, montra beaucoup
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de faiblesse et de cupidité. Le registre des ordres du roi contient plusieurs lettres à ce sujet qui lui font les plus vifs reproches. Il lui avait été pourtant expressément recommandé de garder la neutralité dans la guerre des Tripolitains et des Tunisiens , et de plutôt chercher, selon la politique sage qu'avait léguée Colbcrt , à les concilier qu'à les diviser, surtout à cause de l'extrême im|)ortance des établissement du cap Nègre, qui en eussent beaucoup souffert.
Pour terminer enfin ce tableau rapide des guerres barbaresques , on doit parler un peu pins longuement des corsaires de Maroc et de Salé, contre lesquels l'expédition de Jean Bart fut dirigée en 1681, ainsi qu'il a été dit
Ces Maures, bien que d'une rare et exemplaire fidélité et probité dans les lois du commerce de leur pays , attaquaient indistinctement tous les navires étrangers qu'ils rencontraient a une certaine distance de leur port, nommée la Barre-de- Salé, pillaient également alliés ou ennemis. Leurs bâtiments légers, bons marcheurs, hardis, avaient une voilure effrayante de hauteur, étaient toujours fort chargés de monde, et, ne combattant jamais que sûrs de remporter l'avantage , fuyaient enfin avec une vélocité sans pareille s'ils ne se croyaient pas la chance favorable.
Depuis 1686 on était en guerre avec eux. Sur quelques ouvertures qu'ils firent pour demander la paix, M. de Saint-Ôlon, ancien résident à Gênes, leur fut envoyé vers 1693, avec qualité d'ambassadeur, pour conclure la paix sur les bases de celle de 1682, et convenir d'un échange général des esclaves, ou au moins de tête pour tête s'il ne pouvait obteuir un traitement plus avantageux. M. de Saint-Olon, d'après ses instructions, pouvait écouter aussi les propositions des ministres de Maroc qui espéraient obtenir de lui des facilités j)our entrer en Espagne ; mais cet ambassadeur ne devait prendre aucun engagement formel avec eux.
Cette mission fut malheureusement infructueuse par les milie obstacles que le roi de Maroc y apporta, et la guerre continua comme d'habitude sans interruption de commerce dans Tintérieur du pays. En 1694 on envoya croiser contre eux deux frégates du cap de Saint- Vincent à Salé.
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• Le roi do Maroc fit de nouvelles instances pour la |>aix , en 1697; mais on lui répondit qu'on n'entendrait à aucune ouverture avant qu'il eût signé le traité tel qu'il avait été proposé en 1693. On refusa surtout sa proposition de faire juger par des cadis les affaires des Maures avec le* étrangers, et l'on consentit qu elles le fussent seulement par les commandants des jwys où ils se trouvaient.
Le roi de Maroc ayant refusé ces conditions, Louis XIV fit armer, en 1698. sent frégates légères , commandées par M. de Coëtlogon , pour courir contre les Marocains. On demanda au roi d'Espagne de placer un entrepôt de vivres et de munitions à Cadix , ce qui fut accordé; mais à la fin de l'année, )e roi de Maroc effrayé ayant offert d'envoyer un ambassadeur en France, on signa avec lui une trêve de huit mois.
Mais cette mission n'étant destinée, selon l'instinct plein de finesse de ces barbares, qu'à gagner du temps, on ne convint de rien , et la guerre et les armements recommencèrent avec plus de vivacité que jamais, moins pourtant à cause du motif apparent de la guerre que parce que sous ce semblant Louis XIV put mettre en mer un grand nombre de navires, afin d'être prêt à agir en Espagne aussitôt après la mort de Charles II , qu'on attendait en Europe avec la plus furieuse anxiété. M. le comte de Relingucs , commandant une forte escadre , eut ordre de toucher à Cadix et d'y faire savoir son arrivée à M. le marquis d'Harcourt, ambassadeur de France à Madrid, comme avait fait M. d'Estrées ; il de\ait ensuite attendre ses ordres afin de s'emparer de Cadix si cette ville prenait parti pour la France, toujours dans l'hypothèse de la mort de Charles IL
Telles furent les expéditions maritimes qui suivirent la paix de Jtiswyck, et dont le récit embrasse les années 1697, 98 et 99, à la lin de laquelle M. de Pontchartrain fils succéda à son père, qui remplaça, comme chancelier de France, M. Boucherat, mort le 2ô septembre de la même année.