‹ Histoire de la marine françaiseChapitre 6 sur 87 · DU ROI A M. DE BARILLON · texte numérisé non relu

DU ROI A M. DE BARILLON

25 novembre 4 688.

Monsieur de Barillon ,

J'ai reçu vos lettres des 15 et 18 de ce mois, dont la dernière m'apprend le débarquement effectif du prince d'Orange \ers la baie de Torbay, et le dessein qu'on voit qu'il a de se . jeter dans Kxestcr pour y pouvoir raccommoder ses troupes.

—1688— LIVRE VÏH, CHAPITRE T. 3t

IJ y a quelque apparence qu'ayant une rivière devant lui, une grande ville, beaucoup de bourgs et de viHages et un pays a«sez considérable, il ne lui sera pas difficile de s'y maintenir pendant l'hiver et de faire subsister ses troupes , à moins que tout le royaume ne se réunisse avec le roi d'Angleterre pour lui ôter et à son armée tom autre moyen de subsister que ceux qu'il pourra tirer par mer ; mais le premier pas que le roi doit faire pour empêcher que ses sujets n'aient aucun commerce avec lui , c'est de le déclarer bien nettement ennemi de l'État, et en conséquence tous ceu\ qui l'assisteront directement ou indirectement coupables de haute trahison.

C'est par ce moyen que ledit roi retiendra daus le devoir tous ceux qui ont du bien et des établissements, ceux qui ont encore de bons sentiments pour la royauté, et généralement tout Ce qu'il y aura d'Anglais qui ne seront point encore séduits par les faux prétextes dont se sert ledit prince d'Orange.

Quant aux Ktats-généraux , on peut dire que rien ne marque plus leur déclaration de guerre contre l'Angleterre et leur agression , que la résolution qu'ils ont prise de fournir leurs vaisseaux, leurs troupes, canons et munitions au prince d'Orange pour attaquer le roi d'Angleterre; mais comme ledit roi croit qu'il lui peut être utile d'avoir encore quelque ménagement pour eux , vous devez le laisser dans les sentiments où il est jusqu'à ce qu'il reconnaisse dans la suite du temps qu'il est du bien de son service de les déclarer ses ennemis.

Cependant vous ne devez pas vous opposer à toutes les résolutions qu'il prendra , soit de combattre lui-même à la tête de toutes ses troupes contre le prince d'Orange, soit de s'approcher si près de lui qu'il lui ôte tout moyen d'avoir aucun commerce avec les Anglais et qu'il le réduise , s'il est possible, à la nécessité de s'embarquer.

Comme je vois par vos lettres que ledit roi ne juge pas à propos d'envoyer prendre à Calais les cinquante mille écus qm* j'y avais fait porter, je vous fais remettre avec cette dépêche des lettres de change pour cinquante mille écus, payables à l'ordre de l'abbé Rezini , ainsi que ledit roi vous a témoigné le souhaiter.

J'apprends qne le roi d'Angleterre s'est expliqué même pur

lettres sur le sujet du comte de Suuderlaud d'une manière qui fait voir qu'il a toute sorte de sujet d'être mécontent de la conduite qu'il a tenue, et même de le soupçonner de mauvaises intentions; ne manquez pas de m'informer plus à fond de ce qui en est, et de prendre bien garde de n'avoir pas des attachements pour ledit comte de Sunderland qui vous puissent rendre suspect au roi, son maître, et l'empêcher d'avoir pour vous toute la confiance que demande l'état de ses affaires.

Sur ce, etc.

50,000 écus payables a l'ordre de l'abbé Rezini.

(Aff. étranff. Angleterre, corresp. de M. Barillon, 1688, n° 13.)

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