M. BAR1LLON AU ROI
Londres, 22 novembre 4688.
Sire ,
J'ai reçu la dépêche de Votre Majesté, du ik novembre, par un courrier exprès; les 300,000 livres, dont le fonds a été envoyé ici par le sieur Herimer, ont été entièrement acquittés par son correspondant.
Le roi d'Angleterre me parle tous les jours de l'état de ses affaires; il paraît bien espérer et croit pouvoir ruiner les desseins du prince d'Orange s'il est soutenu de Votre Majesté par des secours proportionnés au besoin qu'il en a. Il s'est expliqué non-seulement sur les secours d'argent sans lesquels il aurait de la peine à payer long-temps ses troupes ; mais il croit que les secours de vaisseaux et de troupes de Votre Majesté peuvent le rendre entièrement supérieur à ses ennemis , et il parle comme si tous les secours de Votre Majesté ne devaient plus lui nuire auprès de ses sujets; mais, au contraire, que cela pourrait fortifier le parti de ceux qui lui sont fidèles et intimider ceux qui favorisent le parti du prince d'Orange. J'ai dit au roi d'Angleterre que Votre Majesté connaissait l'état où il se trouve , et que la diligence avec laquelle Votre Majesté avait donné ses ordres pour faire passer des fonds ici marque
assez l'intérêt qu'elle prend à sa conservation ; que je ne manquerai pas de lui rendre compte de ce qu'il m'a dit sur les secours de vaisseaux et de troupes; mais que je le priais de considérer que ces propositions étaient trop vagues et trop générales pour une aiïaire si importante et si. pressante; que je croyais que les mesures à prendre entre Votre Majesté et lui doivent être concertées , afin que Votre Majesté sache de quelle manière les secours qu'elle fournira seront employés , et quels ' moyens on peut avoir en ce pays-ci pour en faciliter l'exécution. Le roi d'Angleterre me dit qu'il demeurait d'accord de la nécessité de concerter ce qui est à faire présentement el de prendre des mesures pour l'avenir; qu'il chargerait milord Mil- - ford de me parler confidemment sur tout , et de m'explique!' à fond tout ce qu'il peut faire et les engagements dans lesquels il entrera contre les États-généraux et le prince d'Orange.
L'insolence de la populace fut plus grande hier qu'elle n'avait encore été : les apprentis s'assemblèrent auprès d'une chapelle de bénédictins, établie dans une maison qui était autrefois de l'ordre de Malte, qui s'appelle Saint-Jean ; elle est à une des extrémités de Londres. On y envoya des gardes qui les firent retirer ; mais le soir un grand nombre de ces apprentis s'assemblèrent auprès delà prison appelée Newgate, et on prétend qu'ils proposèrent d'en tirer celui qui a distribué les manifestes de M. le prince d'Orange; ils se retirèrent néanmoins sans qu'on y envoyât des troupes. On ne saurait douter que ces gens ne soient suscités, et l'apparence est qu'ils sont payés. Cela fait soutenir à bien des gens que le roi d'Angleterre ne devrait pas s'éloigner de Londres autant qu'il se propose de le faire ; mais je crois qu'il ne changera pas de résolution à cet égard , et que , préférablement à tout , il veut empêcher la communication de M. le prince d'Orange avec les provinces; Il est persuadé aussi que c'est une action d'éclat et de réputation pour le dedans et pour le dehors qu'on sache qu'il va à la tête de son armée chercher le prince d'Orange et tâcher de l'obliger à combattre.
Il arriva quelque tumulte à Londres, suscité par les apprentis , du temps de Cromwell ; il s'en prit à leurs maîtres et les fit condamner à l'amende chacun pour les fautes de son ap-