IV
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J'ai beaucoup d'impatience que vos galiotes à rames vous aient joint, pour que vous puissiez faire quelque entreprise qui honore votre mission , comme de bombarder les ports de l'empereur, de brûler les magasins ou celui de La Mezola, où, par parenthèse , il n'y a pas tant de gens que M. le cardinal de .lanson vous a mandé, n'y ayant pas cent hommes, qui ne sont que gens ramassés du pays pour la plupart. M. de Pontchartrain me marque par toutes ses lettres de vous y exciter, et de faire de mon coté tout ce que je pourrai pour vous mettre en état d'y réussir.
Je suis , etc.
Depuis ma lettre écrite , j'ai reçu celle que vous m'avez envoyée par le capitaine du vaisseau que vous avez brûlé , lequel me l'a envoyée par un matelot , et n'est pas venu me la présenter lui-même ; je lui ai fait dire de me venir parler, et je vous manderai ce que nous ferons ensemble, s'il y vient. J'aurais souhaité que le vaisseau anglais eût été brûlé hors du |>ort de Malamoc. J'aurais eu bien de la peine à prendre sur moi de vous dire de l'y aller brûler; mais ou ne saurait se plaindre de cette exécution, et il vaut beaucoup mieux qu'elle soit faite que d'être à faire ; au reste, vous l'avez exécutée avec toute la hardiesse et la valeur que je vous connaissais. Je suis bien aise (jue vous ayez été content de M. de Nargonne ; je vous ai mandé, par une lettre que je vous ai écrite par la voie d'Ancône , que ÎY1. de Pontchartrain lui avait accordé des appointements. Je vous mande dans cette lettre de ne le pas envoyer ; mais depuis j'ai pensé que vous |M)iirriez le faire , et qu'il ne courrait peutêtre pas grand risque , et je crois même qu'il lui sera pennis de venir chez moi. Vous )>ourriez par lui m'envoyer les choses que vous jugerez à propos; je ne douîe point que le patron Rossi ne me reinette aussi fidèlement celles dont vous le voudrez charger. Je crois qu'il est absolument nécessaire que vous suspendiez le brûlement des barques qui peuvent appartenir aux sujets de la république, afin de calmer un peu les esprits , qui sout fort en mouvement à Venise.
(.<///: é( rang. — Venise, 1702. P. supp.)
Kndn ce dernier extrait d'un»' dépèche de >!. Channont à M. de Puisieux , montrant à quels excès s'était livré le chevalier de Forbin , motiva la lettre du roi qui suit ce document, et dans laquelle Louis XIV blâme les violences du chevalier.
EXTRAIT D'UNE LETTRE DE M. DE CHAR MONT A M. DE PUJSlEUX, DATÉE DE VENISE.
... Le chevalier de Forbin continue de faire le diable à quatre dans le golfe; il est venu, il y a quelques jours , brûler à l'entrée du port de Malamoc le bâtiment anglais dont il a tant été parlé ; il l'a attaqué avec ses chaloupes lui-même en personne, et s'en est rendu maître, n'ayant eu que deux hommes tués et six blessés ; il a pris prisonniers le capitaine, ses enfants et son gendre, et seize autres personnes, soldats ou matelots; le reste de l'équipage a été tué ou s'est sauvé à la nage. Il a brûlé encore plusieurs barques qui allaient à La INezola ; il pourra bien aller bombarder Trieste , et ensuite faire un feu de joie de quantité de barques impériales qui se sont retirées aux environs de Fioum.
(Ajf. êtrang. — Venise, 1698-1 7()/i.) Voici la lettre du roi dont on a parlé.