CHAPITRE IX
Armée de Rodaey. — Bon ImiMiiifion. — Éseadré du comte de Crasse. •^ Ressources <^ue les allié» irouvem dabs Tat>ago.— OépAcbe» knpor- Untes que reçoit le comte de Grasse. — Guerre d'Amérique. — Washington et Rochambeal) peuvent agir librement. — Combat naval. — GonOéitiath)* dé9 Anglaik ^ Aeddiaon it Yorit-Toivii. -^ ÊbiiiAM^ tion de lord Cornwallis. — ËaUiousiasme des Américains. — KmUV. mes de la France et des Etats-Unis.
Le pavillon français était à peine pbnté sur les forts de l'Ue que Rodney pi^ut« Drake^ dé retour de la Barbare, lui avait fait partager toutes ses craintes sur le sort é^ cette eolonie ; aussi, <pielle ne fut pas son humiliatiob^ à l'aspect de notre armée et du pavillon françakfkettant SUT tous les édifices ! Dans M rlige impuissante^ il ac-> iusait see prey f es eé&cîers^ il s'acctisait lui-m/taiie. Tan-* lAt ilfytiit M brwf 4e «à fauptoi «k faMU^i «M Im^-
reux adversaire; tantôl il délibérait s'il n'était pas plus convenable de retourner sur ses pas et d'ajourner le soin de sa vengeance à des temps plus favorables. Ce fut dans cette situation d'esprit qu'il aperçut l'escadre française qui venait à sa rencontre. Les deux armées s'observèrent toute la journée du 5 juin. L'amiral Rodney avait lèvent^ il lui était facile de combattre un ennemi qui ne demandait pasmieux; mais, à l'étonnement de ses officiers et des Français, il s'éloigna durant la nuit, laissant le comte de Grasse en pleine possession de sa nouvelle conquête. Tabago offrit aux alliés d'importantes ressources ; outre la fertilité de son sol, elle servit à établir une communication facile entre les lies françaises et le continent espagnol pour le commerce des bestiaux dont les premières étaient dépourvues ; elle priva les corsaires anglais d'une retraite, également précieuse aux colons de la Trinité; de l'Orénoque et du Ck>mana.
La saison avançait. Le comte de Grasse, après avoir ai^rovisionné Tabago, se dirigea sur la Grenade, la Gua* cleloupe et la Martinique; puis ayant rassemblé un convoi destiné pour Saint-Domingue, il l'escorta jusqu'au Cap* Français, où il iqouilla le 26 juillet avec toute son armée. Ut des nou¥elldg d» la plus lwut« imporUnoQ lui furent ipptrtéei d'Aiiériqut pir li frégm M Cenpenff # U
comte de Grasse^quelques mois auparavant,avait annoncé au comte de Rochambeau que , selon les probabilités, il se porterait vers l'automne sur les côtes d'Amérique. Ignorant l'état des forces du chevalier Destouches^ il priait les généraux français de l'instruire le plus tôt possible de leur situation respective , de leurs projets y et de lui envoyer des pilotes , pour qu'au moment de son arrivée il pût opérer avec succès y tant par la surprise de son apparition que par la force de ses armes. La Concorde^ en effet» lui apportait de Rhode-lsland vingt-cinq pilotes américains et la réponse h ses premières dépêches. Après Ténumération pathétique de tous les maux que souffraient les provinces insurgées^ particulièrement celles du Sud, les généraux alliés lui proposaient de prendre l'offensive sur deux points : la baie de la Chesapeake ou New-York. Dans Tun ou l'autre cas, la réussite du plan qu'il adopterait et qu'on lais* sait à sa convenance, dépendrait de sa supériorité maritime, d'un renfort de cinq à six mille hommes de troupes » et de la quantité de munitions de guerre et de bouche qu'il apporterait. Ils lui exposaient le besoin qu'ils svjiiçnt d'uçe somme de 1,^QO,OQQ fr, pour Ve^^ (reti«« «( le pM^ment doi troupoy i enftRi m lui Aonon^ fmt I» réonlott ^oobalM dnitrovyii lUlén m lu
âOâ HISTOIRE DE LA MARII^E FRANÇAISE. 17^1 .
bords de l'Hudson , les généraux demandaient une prompte réponse, afin de foire leurs dispositions par terre et par mer. Le comte de Grasse se trouvait dans une de ces circonstances solennelles qui illusiretit ou perdent un chef d'armée. Ses instructions, du i mztê 1781, lui ordonnaient de détacher, une fois ses opérations terminées aux Antilles, neuf vaisseaux de sa flotte! pour servir d'escorte à deux convois qui se rendaient en France ; de se pôi^er, avec le reste de sa flotte, dans leii parages de Rhode-tsïand, pour intercepter, soit des convois ennemis, soit l'escadre d' Arbuthnot ; et,aprè^ s'élré réuni à Fescadre du chevalier Destouches, de se concerter avec les généraux alliés sur les opérations que la saison et les circonstances permettraient d'entreprendre* Comme ses instructions lui donnaient une certaine latitude, pourvu qu'il rendît compte exactement de ses projets, il prit le parti de se rendre, aveè toutes ses forces, à l'invitation des alliés. Des difficultés sans nombre Tattendaient. Il fallait obtenir les 1,200,000 fr., et les négocians français de Sarnt-Domingue ne vbulurent paé s'engager, quoique le comté de Grasse, M. de Charille et quelques autres officiers, offrissent leurs biens en garantie. Pour ^barquer cinq à si^ millie hommes, il Mlafl ettlevBf 1er >1>M grattde pftrlie ée lai gMtailibd êlt
HlSIXHRi; 0E LA MARIKft VIUIIÇAISË^ 1T81. iOS
Saint-'Domingue, «bM.de LilIaECOurt, son gouverneur^ s'y refusait obstinément. II fallait enfin réunir au Cap avec le plus grand mystère, toutes les forces natales de la France aux Antilles, ainsi que les approvfêionne^ mens de vivres et de munitions que demandaient leë Américains* A force d'activité et de ïëlev lé comie de ^ Grasse j^^Euédia à tout Sur sa prière, don Solmo , en résidence à la BavaDJe, se chargea de lui j)rocureir la somme dont il avait, besoin. En àUié loyal etgénéreux, il répcmdit dé tout et s'offrit de protéger Saint^-Domtn^ gue contre les entreprîtes de l'enBemi. A cette condition^ M. de Lillancourt oonentit à rembarquement de trois mille quatre eènis hommes de tr bupe».
Ces obstacles levés, le comie de Grasse expédia le M juillet, à Rhode-bland, la frégate kt Ckmcùrde pour an*^ nQOper son arji^iv^e au^ g^^éraiu alliés e|. le lieu de $0A attérage. IMUû^ il n'aiyalt pas ^vaincu ^toutes les dif^^ ficidtés> Deuv routes QQi^dui^ient devant la baie delà Cheaap^ake ; les Caîques #u 1er canal de Crook en passant à la l^auieur des Bermudes* Cette 4ôrAiàie route y très fréquentée par les navires en retour des Antilles, de la Floride et de la Géorgie , révélait ses plans à rennemi, et du secret de sa marche dépendait la réussite de l'expédition. De Saint-Domingue, coupaj||4M
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travers des périls du £ameux canal de Bahama , jus-* qu'alors inconnu aux grandes flottes françaises (1), le comte de Grasse, après avoir rallié la frégate rAigrettey venant de la Havane avec les 1,200,000 francs, accélère sa navigation et arrive en vue de la Géorgie. A peine s'arréte-t-il une heure pour prendre des renseignemens; il prolonge les deux Garolines et mouille, le 30 juillet, ^ dans la baie de la Ghesapeake à Linn-^Haven.
Son arrivée en Amérique excita la plus vive satisfaction et changea la face des événemens. Washington et Rochambeau , désormais libres dans leurs opérations, manœuvrèrent pour enfermer l'armée ennemie dans les positions resserrées d'York-^Townet de Gloucester, et faire subir le sortdeBurgoyne à lord Gornwallis, le plus actif, le plus habile des généraux anglais.
Lord Gornwallis , après des succès de peu d'importance, venait de rencontrer des obstacles sérieux qui arrêtèrent sa marche dans la province de Virginie. Harcelé par le marquis de Lafeyette,il fut, peu après, forcé de rétrograder vers la mer par la jonction des généraux
t«RipM a« r«»pMitl(m 4u oomt# i% OraiN, oê pitiiA|« iM\ ^f\^m pou
HlSTOIRfi DE LÀ MARIlfE FRAIIÇAISE. 1781. 205
Wayne et Green. Ybrk-Town, bâtie sur la presqu'île étroite formée par les rivières James et York dans la baie de la Ghesapeake, devint, par ses soins, un poste essen* tiel; tant qu'il serait maître de la mer, Ârbuthnot lui fournissait des approvisionnemens de loute espèce, et pouvait, au besoin, le transporter sur un autre point avec son armée. L'habileté des généraux alliés et l'intervention du comte de Grasse, amenèrent un des plus glorieux résultats qui aient illustré les annales d'un peuple.
Le général anglais Clinton défendait New -York; trompé par les fausses manœuvres de Washington et de Rochambeau» confirmé dans son erreur par une lettre du général américain, écrite à dessein, et qu'il venait d'intercepter, Clinton crut qu'il allait être attaqué. Il appelle près de lui l'escadre d'Àrbuthnot. Le comte de Grasse, par un mouvement habile, exécuté sur New-York, augmente sa confiance ; mais la flotte française change de route le 28 août et revient à Linn-Haven. Le comte de Grasse stationne plusieurs vaisseaux et frégates à Tem^ bouchure des rivières James et d'York pour en'former le blocus; le vaisseau rExperiment et l'Andromaqtie remontent la rivière James afin de protéger le débarquement des troupes aux ordres du marquis de Saint-
$imon# Le co»te 4^ Grasse «vojeun 4^ jps aides-de^ camp àPaltimore pour informer Iq cQBgfèsde h présence de l'armée navale de France; en mdme temps, le comte de Barras > qui venait de succéder au ckevaMer Destpu*ches, ifistruit des événem^çns , partait de Rhod^-Isls^d emmenant l'artillerie néces$u^ire à up siégfi.
Washington et Rochambeau , terjpinant une foarclie de près de trois cents lieues^ arriv^en,t à I^ même heur^ à Baltimore^ à t'extréniité d0 la \m^ p^ les ^^epdait Taide-de-camp du comte de Grasse, mouillé seulement depuys une heure» L'histoire n'offre pf^t-^e pas d'exemple d un concours si extraordinaire d'heureuses circonstances. Les alUép au reste s'en montrèrent di^ gnes : les chaloupes commepcèrent aussitôt l'évacuation de l'armée combinée sur Williamsbourg; non loin d'YorHown.
Tandis que la gloire des armées anglaises allait ^\fe profondément humiliée, que faisait Rodpey aux Antilles? il oubliait isa patrie d^m^ un lâche fepps^ quand tout-à^coup le bruit du départ du comte de Grasjje vinjt frapper ses oreilles. Bi^tôt il n'en peut plus douter: que faire alors? vQler avec toutes ses forces sur \q^ pas des Français, les combattre, ^éantir leurs projets, wilàic^flu'eût feit Bodney w tmv^ ^ fla glpîre; fn;^is
une maUdie lente p énervé ce corps naguère si actif. Il hésite, et finit par prendre le mauvais parti, tant il est vrai que souvent les plus belles conceptions du génie viennent plutôt de l'inspiration que du conseil* Un convoi espagnol est parti pour l'Europe; Rodney suppose que de Graçse aura dé^ché plusieursvaisseaux pour l'escorter jusqu'aux ports d'Espagne. En conséquence, il donne quatorze vaisseaux au vice-amiral Hood et renvoie à la poursuite de l'urmée frwçaise ; lui, wmuQ s'il se souciait peu des événemens qui allaient décider du sort de tçutun peuple, il part pour l'Europe, emmenant une flotte marchande. Sans cette circonstance, l'émamcipation américaine serait, peut-être, encore à accomplir. Cependant Hood précipite sa marche vers les Amériques où il sait que sont lesFrançais. Il découvre la terre de la C^rojiine, s'informe deTennemi et des siens; on lui apprend l'arrivée du comte de Grasse et les projets des alliés qui ne sont déjà plus un mystère. Quant au vice-amiral Graves , qui a succédé à Arbuhtnot , if est mouillé à Sandy-Hook. Hood accourt à Sandy-Hook et trouve en effet Graves qui perdait un temps précieux dans des détails secondaires ; il Tarrache àson inaction. Graves, commandant en chef, se porte, aveo yiagt vaisseaux et plusieurs fré^tes, devant la Chesapeake ; % peine
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en vue du cap Henri , il aperçoit Tescadre française^ forte de vingt-quatre vaisseaux^ mouillée sur une ligne qui s'étendait depuis ce cap jusqu'au banc appelé Middleground. Les Anglais» inférieurs en force, mais décidés à tout risquer pour sauver Tarmée de lord ComwalliS; s'apprêtent au combat (1), le 5 septembre 1781.
FLOTTE PIAHÇAISB.
ÂvafU' garde.
LePloton.
74 canons. B'Albert de Rions.
La BoorgOfpAe.
— Le chevalier de Charitte.
Le Diadème.
— De Monteclerc.
Le Marseillais.
— De Casiellane Majastre.
Le Réfléchi.
— , De Boades.
L'Auguste.
rDe Bougainville, commandant.
(De Caslellan, cap. de pavill.
Le Saint-Esprit.
— Le marquis de Chabert.
Le Gaton.
— De Frammont
Corps de bataille.
Le César.
— Le chevalier d'Espinoose.
Le DestiD.
— Du Mait2 de Goimpy.
La Ville-de-Paris.
rLe comte de Grasse, général.
(De Vaugiraud, major.
La Victoire.
— D* Albert Saint-Hippolyte.
Le Sceptre.
— Le comte de Vaudreuil.
Le Northumberland.
— De Briqueville.
Le Palmier.
— Le baron d'Arros.
Le Solitaire.
— De Cicé.
AmèrÈ-^avde,
Le Citoyen.
— DeThy.
Le Scipion.
-. ClaveJ.
Le Magnanime.
- Le Bègue.
UISTOIRE I>£ LA MARUCB FRANÇAISK. 178i. 209
Le comte de Grasse^ averti depuis quelques heures de la4)résence de Tescadre britannique,, rappelait ses chaloupes occupées à rembarquement des troupes. Un vent frais de nord-nord-ouest portait rapidement les ennemis
L^Heicule.
Le Languedoc.
Le Zélé.
L'Hector,
Le Souverain.
De Turpin.
1 Le chev. de Monteil, comm.
(Duplessis Parseau, cap. de p.
Le chev. de Gras-Préville.
Renaud d'Aleins.
De Glandevès.
Flotte anstolfle.
Avant-garde, — Ordre renversé.
Tués. Blessés.
Le Shrewsbury. 74 can