‹ Histoire de la marine françaiseChapitre 12 sur 36 · Robinson · texte numérisé non relu

Robinson

L'Intrépide.

Molloy.

L'Alcide.

Charles Thompson.

j^a Princesse.

( Drake, contre-amiral.

(KnatchbuU, capitaine de pavill.

L'Ajax.

Charington.

Le Terrible.

Finch.

Corpt de bataille.

LT.uropa.

Ghild.

Le Montagu.

Bowen.

Le RoyalOak.

Ardesoif.

Le London.

(Thomas Graves, amiral.

\ Graves, capiuine de pavillon.

Le Bedforl.

Graves.

La Résolution.

Manners.

L'America.

Samuel Thompson.

214 AfôTOiRB DE LA MAROOI FRàNÇàiSB* 17S1.

sur Tarmée française» il £dlat qu'elle appareillât (Position 1 ), laissait à terre quinze cents matelots et quatre vingts officiers. La marée étant fovorable» les Français se mirent promptement en ordre de bataille et se dirigèrent à la rencontre des Anglais. Ces derniers se trouvaient tribord amures sur la perpendiculaire du vent. A deux heures^ ils virèrent vent arrière en mettant le cap à Test- nord-est (ordre renversé) , aux mômes amures que l'armée française ^ et gouvernèrent en dépendant sur son travers. (Position 2.)

Les courans et la variation des vents qui passèrent jusqu'au nord-est, pour revenir au nord-ouest, avaient donné à l'armée française l'aspect d*une courbe convexe assez étendue. Le comte de Grasse fit arriver de deux quarts pour se reformer ; mais le changement momentané de la brise ayant mis les deux avant-gardes bord à bord, Taction commença aussitôt entre les deux divi-

Ârrière-garde.

Le Centaure. 74 canons. Inglefield.

Reynolds.

Î Samuel Hood, vice-amirnl.

Hood, capilainc de pavillon.

- Saxton.

Brioe.

Bayne.

- Jobastone.

f^ Monarch.

Le Barfleur.

iilnvincible.

Le Belliqueux

L'Alfred.

L'Adamant.

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ce

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sions. (Position 3.) Il était environ quatre heures^ le corps de bataille et les vaisseaux de queue des deux armées restèrent quelque temps sans en venir aux mains. Gq>endant le vice-amiral Hood, qui commandait Tarrièregarde anglaise, arriva un instant, échangea quelques bordées, puis revint au vent par ordre de l'amiral Graves. Ce dernier, qui craignait sans doute d'engager une action générale avec des forces inférieures, d'autant plus que la variation de la brise risquait de lui .faire perdre sa position et pouvait faciliter une mêlée, tint le vent à mesure et manœuvra jusqu'à la nuit avec la plus grande circonspection. Un peu avant le coucher du soleil, Tavant-garde française, portée au vent par les courans, fut en danger d'être coupée; le comte de Grasse la dégagea en lui faisant signal d'arriver légèrement, et, au reste de son armée, de serrer le vent. À six heures et demie du soir le feu cessa sur toute la ligne.

En vain les Français, qui avaient le double dessein d'accabler l'ennemi et de préserver la division du comte de Barras, qu'on savait être partie de Rhode-Island pour la Ghesapeake , essayèrent-ils de réengager l'action, les vents variables et un temps orageux y mirent un obstacle invincible. Alors, dans la crainte qu'à la faveur de quelque (Rangement dans le temps, Graves ne le précédât

ai 2 HISTOIRE DE LK MARIKE FRANÇAISE. 1781.

à la baie de la Chesapeake, le comte de Grasse s'y porta le 8 au soir. Le 9 au matin, la flotte française captura les frégates anglaises l'Em et le Richemond envoyées à Linn Haven/pour couper les bouées des câbles que les Fran^ çais avaient laissées lors de leur appareillage. Le même jour, le comte de Barras se réunit au comte de Grasse qui alla reprendre son ancien mouillage pour continuer ses opérations.

Dans cet engagement de peu d'importance, les vaisseaux anglais le Shnewsbury j le Montaguj l'Ajax ^ l'Intrépide et le Terrible^ souffrirent beaucoup; les nôtres à peine. Le Terrible^ sur le point de couler , fut brûlé.

L'historien anglais s'exprime ainsi à l'égard de cette journée : « L'Amiral anglais aurait pu ajouter que par <:ette évolution (l'arrivée de l'escadre française) la flotte ennemie ne couvrit pas seulement son avant-garde, mais -encore qu'elle désempara entièrement l'avant-garde de l'escadre anglaise qui se trouva séparée des siens et sans tléfense, ayant été fort maltraitée par le genre d'attaque <]ui avait été tenté, au point qu'il leur restait à peine un vaisseau en état de poursuivre et d'empêcher l'ennemi de former une nouvelle ligne sous le vent. « Les deux escadres, ajoute-t-il, restèrent en présence Tune de

Tautre pendant cinq jours de suite^ et dans certains momens elles étaient beaucoup rapprochées ; mais la nôtre, dans son état de détresse » ne pouvait avoir assez d'activité pour attaquer Tennemi^ qui ne montra aucun désir de recommencer et qui ne fit aucun usage de la faculté qu'il en avait eue, par l'avantage du vent qu'il conserva toujours (1), »

Toutefois, dans l'armée navale anglaise régnait le découragement le plus profond. Graves se présenta bien le 14 devant la Ghesapeake , mais c'était plutôt en fugitif qu'en ennemi qui veut combattre. 11 abandonna aussitôt ces parages, où son absence allait causer la défaite de lord Gornwallis et la délivrance des

(1) Cette dernière assertion est évidemment fausse et ne mérite pas d*étre réfutée sérieusement.

Dans ce combat, au moment où le comte de Grasse ordonna à son avant-garde d'arriver, le vaisseau le Diadème se trouvait le plus au vent et combattait contre deux ennemis. Dans cette position, il ne pouvait, sans danger, obéir au signal. Le Sainl-E$pril, qui s'en aperçut, volt à son secours et facilita ainsi la manœuvre du Diadème. Nous citons avec complaisance les capitaines qui considèrent, comme le pf emier de leur devoir, celui de soutenir, de défendre un de leurs compagnons. Si cet esprit se propageait dans nos flottes, les Anglais verraient quelle différence il y a entre deux armées françaises dirigées, Tune par un esprit de basse rivalité et d'égoîsine, et Tautre par cette pensée d'union et de force: a Tous pour un et un pour tous, ou, autrement, tons pour Ts^mbr^, Tamiral pour tons. 9 ,

214' mSTOIAE DK LA MARINE FRANÇAISE. 1781.

provinces insurgées. Il espéra en vain intercepter l'escadre du comte de Barras, les chances furent contre les Anglais pendant le cours de cette campagne. Graves , alors déçu dans toutes ses combinaisons , alla mouiller à New-York. La consternation était si grande à bord de la flotte anglaise, qu'elle avait gagné les plus intrépides , et nul n'osait proposer de ces desseins hardis, que le succès Êtvorise quelquefois, et qui étaimt devenus, dans la situation, d'une impérieuse nécessité.

Il n'en était pas de même chez les alliés : les chaloupes de la flotte achevaient de terminer le transport des troupes, et tous rivalisaient d'activité et d'ardeur.

Williamsbourg une fois occupé, maîtres des rivières James et d'York par la présence de la flotte française, ils espérèrent vaincre, par la famine aussi bim que par les armes, un ennemi qu'ils allaient entourer de toute part. Pour eux, soit par terre, soit par mer, les vivres devaient leur arriver en abondance; déjà ils atteignaient la ville' d'York-Town qu'ils devaient rendre fameuse , poussant lord Cornwallis dans l'étroite enceinte de cette place.

Sur ces entrefaites, le contre-amiral Digby arriva d'Europe avec quatre vaisseaux et quelques frégates ;

HKÏÔtKË Bfi liA MAHINE FRJVNÇAMË. 1781. 215

ces renforts réunis à la flotte de Graves égalisaient la force des combattans; mais Tactivité^ Tîntelligenee semblaient être bannies du conseil de Tennemi. Graves leurra Gornwallis par de belles {Nromesses qu'il ne tint pas, et celui-ci, d'une confiance inexcusable, an lieu de garder les ouvrages extérieurs d'Tork-Toiim , qui pouvaient Xeait long-temps les alliés en respect; , «e retira dans Tintérieur de la place^

York-Town est située sur la rive droite de la rivière qui porte son nom. Ses moyens de défense consistaient à droite, aides redoutes et des batteries avec une forte palissade derrière; sur le front, des deux côtés, s'étendaient des ravins et des marécages protégés par des forts. A gauche, il y avait un ouvrage à corne avec un fossé, un rang de fraises^ et un abattis bien fortifié.

Pour empêcher que les Anglais ne pussent évacuer k place, en passant de l'autre côté dé la rivière^ les généraux alliés formèrent un blocus de Gloucestei' avec mille sept cents hodumes. Ils y ajoutèrent un renfort de huit cents matelots.

La nuit du 7 au 8 octobre , Tarmée tombinée ouvrit la tranchée à deux cent cinquante toises des ouvrages de la place* Sur les deux points d'attaque , m d^us et au [ddssiMis^lie la rivièrB'd'Yofk^ les tomÉix

furent poussés avec une persévérance et un courage admirables. En peu de jours les alliés se trouvèrent au pied des murailles ; il y avait encore de grandes difficultés à enlever les deux redoutes extérieures qui étaient les clefs de la ville. Washington et Rochambeau résolurent de les emporter d'assaut. La redoute de droite^ sur le bord de la rivière, fut réservée aux Américains ; celle de gauche y qui était bastionnée, aux Français. MH. de Lafayette et Hamilton conduisaient les premiers; le baron de Yioménil, le comte Charles de Damas et le marquis de Deux-Ponts, commandaient les derniers* Les Américains s'élancèrent, la baïonnette au bout du fusils sur les palissades et les escaladèrent ; les Anglais résistèrent en vain^ la redoute fut emportée. A la gauche, les Français trouvèrent une résistance opiniâtre Electriséspar leurs officiers, ils enlevèrent les retranchemens.

Cependant Comwrallis, désespérant de Tissue du siége^ forma un plan dont il espérait le salut de l'armée : par une nuit profonde, les troupes sont embarquées sur des chaloupes et des navires légers ; il ne reste en ville que les malades et les blessés. La flotti lie cingle en silence sur Gloucester. Déjà un détachement considérable met pied à terre, un second accoste ; le gros de Tannée va effectuer sa descente, quand tout^à-coupun vMt violent se lève et

disperse la flottille. Au jour, les alliés, campés àGloucester, se portent sur les Anglais débarqués, Tartille* rie des assiégeans les foudroie, Tennemi, mitraillé de tous côtés , est forcé de rentrer dans la place. Hors d'état d'opposer désormais une plus longue résistance, lord Cornwallis demanda, le 17 octobre, une suspension d'armes d'un jour, on lui accorda deux heures ; il se décida alors à capituler. Six mille soldats et huit cents matelots rendirent leurs armes, le 19 octobre 1781 . Deux frégates et quarante navires furent pris ou détruits, on trouva dans la place cent soixante canons et huit mortiers. Les alliés, mais surtout les Français, ajoutèrent à leur gloire par la générosité avec laquelle ils traitèrent les prisonniers.

Cornwallis venait de capituler lorsque la flotte anglaise, forte de vingt- sept vaisseaux, parut à Feutrée de la baie de la Chesapeake; elle apportai t sept mille hommes au secours de Cornwallis. Sur l'avis du désastre de York-Town, Graves rebroussa chemin et vint mouiller à New- York.

L'annonce d'une victoire si glorieuse et si décisive se répandit aussitôt en Amérique et excita les plus vifs transports d'enthousiasme; le souvenir des maux passés augmentait la joie d'un tel moment. La capitulation de

218 BfôTOlRË DE LA MARINE FRANÇAISE. 1781.

Saratoga avait donné Talliance de la Franœ; celle d'York-Town devait assurer l'indépendance américaine. On célébra, par des réjouissances publiques, le triomphe des alliés et l'abaissement des ennemis. Les noms de Washington, Rochambeau, de Grasse et Laùyette étaient dans toutes les bouches. Partout on les proclamait les sauveurs de la patrie. À la voix unanime du peuple, le congrès adressa des remerctmens aux généraux et aux troupes de l'armée victorieuse. Il fut décrété qu*on élèverait à York-Town un monument orné des emblèmes de la France et des Etats-Unis, sur lesquels on graverait le récit de la capitulation de lord Gornwallis. Ënûn deux drapeaux anglais furent donnés à Washingtoi^ et deux canons au comte de Rochambeau et à l'amiral de Grasse. Le congrès décida qu'à Tavenir, le 1 ^décembre serait un jour consacré, un jour de prières, en reconnaissance de la protection accordée aux armes des alliés par la Providence. Les peuples et les gouvernemens s'honorent et accomplissent le premier des devoirs, en rendant de tels témoignages à Tintervention constante de la Providence dans les choses humaines.

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