CHAPITRE IL
Nécessité de la prise de Charies-Town.— Iles de la Barbade et de Saint- Giristophe. — - Fuite de rarmée anglaise.
Après la reddition de rarmée de lord Cornwallis, Washington aurait désiré profiter de la victoire de l'armée combinée pour expulser les Anglais du continent américain. La prise de Charles-Town était nécessaire. Cette place^ devenue le boulevart de la puissance anglaise j ne pouvait être attaquée qu'avec le concours d'une flotte. Le comtede Grasse, que les alliés pressaient de terminer le grand œuvre de Fémancipation améri-
caine, y était d'autant plus disposé qu'il savait que sa gloire ne pouvait qu'en être accrue ; mais les ordres de la cour lui prescrivaient de se rendre aux Antilles. Forcé d'obéir, il mit à la voile le 4 novembre 1781, emmenant le corps de troupes du marquis de Saiht-Simon. Les alliés, après le départ de l'armée navale de France, ne pouvant investir Charles-Town, se portèrent en force sur les bords de THudson ; le reste alla joindre le général Green dans la Caroline afin d'y affermir l'autorité du congrès.
Dans cette province, les Anglais, incapables de prendre Toffensive, évacuèrent tout le plat pays pour se retrancher derrière les murs de Charles-Town, de Savannah, de New- York et de Long-Island.
Le comte de Grasse, avant de toucher aux Antilles, détacha quatre vaisseaux qu'il envoya à Saint-Domingue, afin d'escorter un nombreux convoi destiné pour l'Europe; mais lui, poursuivant sa route vers lestles du Vent, résolut de reconquérir les îles de la Barbade et de Saint-Christophe.
La première, située au vent des autres, renfermait d'immenses richesses. La seconde, la plus sous le vent, était le centre, l'entrepôt de tous les convois qui partaient pour l'Europe. Le comte de Grasse dirigea ses ef-
forts contre la Barbade. Comme il savait que dix-neuf vaisseaux anglais, mouillés dans la baie de Carlisle, en défendaient les abords, il chargea M. de Barras de pro* téger, avec quelques navires, le débarquement des troupes, sur un point à revers de la baie, pendant qu'il ferait le blocus de l'armée ennemie. Il espérait que les troupes de débarquement, après avoir mis pied à terre, pourraient établir des batteries qui, en tirant à boulets rouges sur Tescadre anglaise, Tobligeraient d'appareiller et d'accepter un combat inégal . Deux fois il s'y porla avec toutes ses forces, et deux fois des vents violons et contraires lui opposèrent d'invincibles obstacles et le forcèrent de relâcher à la Martinique avec perte de mâture et d'agrès. L'opiniâtre détermination du comte de Grasse dut céder à la puissance des élémens, il tourna alors ses vues sur Saint-Christophe.
Le 11 janvier, ayant avec lui le comte de Bouille , il mouilla à Basse-Terre, une des rades de l'Ile. Vingt-quatre navires marchands anglais, qui s'y trouvaient, furent capturés.L'ennemi, à l'aspect de l'armée navale de France, prit l'épouvante et abandonna en désordre les batteries de la côle. Maître dès lors de leurs opérations, les deux généraux français effectuèrent la descente des troupes, qui se fit sans aucune opposition de la part des
2M HISTOIRE D£ LA MARU» FRAIfÇAISE. 1782.
Anglais ; le marquis de Bouille, après avoir reçu la soumission des habitans de Basse-Terre» forma sa troupe en quatre divisions qu'il confia au marquis de Saint-Simon, au vicomte de Damas , au marquis Duchilleau> au comte de Dillon, et alla investir Brimstone-Hill, où s'étaient réfugiées la garnison et une partie des milices du pays«
Brimstone - Hill est une montagne escarpée que la nature et l'art ont fortifiée. Située presque à l'extrémité occidentale de Saint -Christophe, élevée au moins de trois cents pieds au dessus de la mer, elle commande à tout le terrain environnant. La citadelle , qui est bâtie sur la crête de cette montagne, bat la petite ville de Sandy-Point.
Les difficultés qu'il fallait vaincre pour enlever d'assaut une position si imposante , déterminèrent le marquis de Bouille à prendre poste à Sandy-Point , auprès de la vieille rade , de manière à £dre le blocus de Brimstone-HilL
La perte du transport chargé d'artillerie qui se creva sur les roches de Sandy-Point, retarda les opérations du siège. Cependant, grâce à l'activité des chefs et des soldats, deux batteries furent montées qui cauonnèrent aussitôt la citadelle.
L'armée navale d'Angleterre que nous avons laissée
à la Barbade, était aux ordres du vice-amiral Hood, arrivé récemment d'Amérique. Cet amiral, instruit à la fois et des projets du comte de Grasse sur la Barbade et de l'attaque de Saint -Oiristophe, avait appareillé préoipitammeut, s'était mis en communication avec Antigoa, y avait pris des troupes, avait rallié plusieurs vaisseaux et s'était porté sur les traces de la flotte française.
Le point d'attérissage était d'une extrême importance. En allant au mouillage de Sandy-Poiat, Hood avait la* vantage de se trouver sous la protection de Brimstoue" Hill, qui assurait le débarquement de ses troupes et l\^ donnait, en tout cas^ une position dçsplus favpnible^, soit pour contrarier les travaux des Francis , soit pour prêter main forte à la garnison. L'exécution de ce dessein demandait qu'il arrivai de nuit et à la bordée sans être aperçu par les Français. Hood jugea ces difficultés insurmontables , puisqu'il préféra reconnaître de très près la pointe sud de Tile de Nevis. C'était perdre l'avantage d'une surprise par l'effet d'une apparition subite. Le comte de Grasse , informé de son approche, leva l'ancre et se porta à sa rencontre, espérant l'empêcher de mouiller à Sândy-Point, de relier ses opérations avec la Barbade et les autres lies anglaises ; enfin
comptant sur l'arrivée des navires qu'il attendait de la Martinique.
A la vue de l'armée française, Hood, qui, malgré l'avantage du vent, s'efforçait d'éviter le combat avec autant de soin que celle-ci désirait l'engager, vira de bord pour se rapprocher de Saint-Christophe; mais, attentif à la manoeuvre des Français et au vent qui venait de passer à l'est-sud-est, l'amiral anglais, pour donner le change au comte de Grasse, gouverne largue sous petites voiles comme s'il voulait accepter le combat. Le comte de Grasse se laisse tromper, au lieu de continuer à serrer la côte, il gouverne un peu au large dans l'espérance de l'atteindre plus vite ; en ce moment, profitant du vent et de la marche supérieure de ses vaisseaux, tous doublés en cuivre, Hood se couvre de voiles et se dirige vers la baie des Salines dans l'est de l'île. Le comte de Grasse le poursuit vivement. L'avant-garde française menace de
(1) ESCADIB ANGLAISE.
Avant^garde,
Tués. Blessés. Canons. Capitaines.
2 4 Le Saint-Âlbans. 64 can. Inglis.
L'Alcidf. 74 — Charles Thompson.
2 Llntrépide. 64 — Molloy.
Le Torbay, 74 — Gidoin.
^ ^ , ,v, ^. f Drake, conlre-ainiraL
2 5 La Princesse. 74 — J „ ' „ , ,
(Knatchboll, capit. de pavill.
1 3 Le Prince George. 98 — WiUiams.
1 12 L'Ajax. 74 — .Charrington,
le couper, mais Famiral anglais continue froidement sa roule, fait plier nos vaisseaux de tête, mouille et s'embosse aux Salines avec une admirable précision II ordonne à trois de ses vaisseaux de se tenir sous voiles, entre Fescadre et la terre , pour arrêter les vaisseaux français qui chercheraient à doubler sa ligne.
Corps
de bataille.
Le Prince WiUiam.
64 can. Wilkinson.
Le Schewsbury
74 — Knight.
L'invincible.
74 — Saxton.
LeBarfleur.
r Samuel Hood, amiral. (Hood, capitaine de pavillon.
Le Monarch.
74 — Reynolds.
Le Belliqueux.
6i — Lord Cranstoun.
Le Geniaure.
74— Ingleûeld.
L'Alfred.
74 — Bayne.
Arrière-garde.
Le Russel.
74 — Stanhope.
La Résolution.
74 — Lord Manners.
Le Bedford.
{ Edmund Afileck, commod.
"" ( Graves, capit. de pavillon.
Le Canada.
74 — Cornwallis.
Le Prudent.
64 — Barkley.
Le Montagu.
74 — Bowen.
L'America.
64 — Samuel Thompson.