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CHAPITRE XII

Plan des puissances belligérantes. — Jonction projetée des escadres espagnole et hollandaise avec la flotte française. — Pante des alliés. -^ Prise dn PigaM$ et de doyte transports. — EfilMseiiient de la Hollande. ^ Flottes de Brest et de Cadix. — Siège de Gibraltar. — Echec des aUiés.

Les {missances belUgérantes faisaient de grands préparatifs cette année pour l'exécution de leurs plans. Fatiguées d'une lutte longue et acharnée, toutes comprenaient que la campagne qui allait s'ouvrir pouvait terminer la guerre, et que c'était le moment de redoubler d'efforts pour obtenir des résultats définitifs. Dominer les mers d'Europe , conquérir la Jamaïque et Gibraltar, envoyer des renforts au bailli de Stiffren, tels furent les objets importans qoi les occupèrent*

Les escadres espagnole et hollandaise durent^ à cet effet, opérer leur jonction avec la flotte française sur un point donné, Brest ou le FéroL Au beau temps l'armée des alliés prenait le large et se divisait en deux parties : la première, composée de cinquante à soixante vaisseaux de ligne, s'assurait de Tempire des mers, depuis le cap Trafalgar jusqu'aux côtes àe Norwége. La seconde , formée en plusieurs divisions de vaisseaux et de frégates, s'éparpillait dans les endroits fréquentés par le commerce anglais et coulait ou prenait tout ce quelle rencontrait. Un camp considérable s'établissait sur les côtes de France pour être prêt à embarquer au premier signal. Enfin les forces navales de l'Espagne en Amérique, se réunissant à notre flotte des Antilles, se portaient contre la Jamaïque avec vingt mille hommes de troupes aux ordres de don Galves et du marquis de Bouille.

Les Anglais étaient loin de posséder des moyens aussi considérables ; mais ils avaient , en leur faveur, un avantage qui suppléait au nombre, l'unité dans le pouvoir et l'ensemble dans les mouvemens. Les Français et les Espagnols , au contraire , étaient divisés et livrés à des susceptibilités misérables ; ils semblèrent n'agir que dans des vues particulières et laissèrent

HISTOIRE DB LA MiUimE frauçaise. 1781. MT

échapper les occasions qui les eussent rendus pour long- temps maîtres des meirs d'Amérique. La Hol-r lande resta passive; on ne saurait comment caractériser le rôle auquel elle se résignait si Ton ne savait que cette triste inertie était le résultat de la trahison do ses princes. Cette nation, autrefois si formidable, qui avait paru se ranimer aux lueurs de la terrible canonnade de Doggerbanck , resta simple spectatrice d'une guerre, qui, sans la générosité de la France, lui eût enlevé toutes ses colonies.

Les alliés ouvrirent la campagne par une faute. Sachant que deux escadres anglaises étaient parties des ports d'Angleterre , l'une pour le Texel et Fautre pour les côtes d'Espagne , dans le but avoué d'empêcher la réunion des forces alliées et d'intercepter leurs convois > ils auraient dû faire sortir simultanément de Brest et de Cadix les flottes de Cordova et du comte de Guichen. Ces deux amiraux, en se portant contre l'escadre de Barington, qui croisait à la hauteur de la Corogne , l'exposaient à une défaite éclatante et forçaient en tout cas le vice-amiral Howe à abandonner le Texel, soit pour venir en aide à Barington , soit pour se replier, par précaution , sur les attérages de ses ports. Dès lors rien n'empêchait les douze vaisseaux hollandais de venir à

Brest, eC le convoi de Tlnde était sauvé ; mais, au mé^ pris de la plus simple prudence , le convoi partit escorté par le Pégase et le Protecteur; les flottes dé France et d'Espagne ne mitent en mer que quelque temps a]f»rè8. Rencontré par Tescadre anglaise près des terres de la Biscaye, le chevalier du Sillan, chef de Texpédition, qui montait le Pégase , résolut aussitôt de se dévouer pour le convoi. Ordonnant au Protecteur de faire route avec les marchands, il diminua de voiles. Il ventait bonne brise, la mer était grosse; les Anglais, qui forçaient de voiles , s'approchèrent promptement. Le Foudroyant y de quatre-vingt-quatre canons, capitaine Jervis, célèbre depuis sous le nom de lord Saint-Vincent, attei* gnit le premier te Pégase; rengagement fut vif et opiniâtre. Le vaisseau français , bien inférieur en fbrces, avait peine à tenir contre le feu de son adversaire ; des deux cétés les avaries étaient grandes et le nombre des morts considérables. A la fin, l'approche du vaisseau la Reine , capitaine Maitland , enlevant à M. du Sillan tout espoir de prolonger inutilement l'affaire, il fît amener son pavillon. La prise du Pégase ^ quoique inférieur zvL Foudroyant^ flatta singulièrement le capitaine Jervis;' il demanda comme une Êiveur de monter le vaisseau capturé, et, pour transmettre à ses descendans le souve

HIciTbiRfi 0fi LA lAftfM; »RAftÇÂlgE. tTSti fiS9

Ait de cette actidu^ il obtint de son roi ta permiBstMi deBurmoùter le cimier de ses armes d'un cheval ailé, montrâttt, par là, ie prix qu'il 'attachait à cette capturé qui devait rappeler et son courage et celui de M. ûA Sîllan.

Douze traiisporls tombèrent au poilToir des ÂDgkda; le Protecteur parvint à sauver le rèâte, qui poureuîvit stf route vers les mers de Tlnde.

Pendant que Barington obtenait en BiseiQ^e 4ea atan^ tàges faciles y Howe, en croisant devant le T<»i6ly enpé* thait la sortie de Tescadre hollandaise et Irarfiissail im prétexte à l'inaction du stathouder. Après un mois de croisière, la flotte anglaise, maltraitée par les maladies, retourna en Angleterre. Les Hollandais poovateni sortir; mais, enchaînés dans leurs ports par une influence perfide, ils se résignèrent à l'effecement le plifê complet , pendant que les généraux alliés dépensaient leur or et leurs vaisseaux à la défense des cdonies de la Hollande.

Les flottes de Brest et de Cadix votaient enfin ée sortir , commandées par le comte de Guichen et don Gordova, généralissime; elles cinglteent^ au nombre de quarante vaisseaux, vers les côtes d'Angleterns. Les convoi» de Terre-Neuve et de Québec, escortés

260 msraniB de la makine française. 1782.

par la divigioD de Taiairal Campbell , tombèrent au milieu de Tarmée combinée : dix -huit transports furent pris ; on estima' leur valeur à plusieurs millions.

Poursuivant sa route, l'armée navale des alliés entra dans la Manche et étendit sa croisière depuis les lies Sorlingues jusqu'à Ouessant; elle espérait pourvoir à la sûreté des convois et comptait sur l'enlèvement de celui de la Jamaïque. L'amiral Howe» sorti de Portsmouth, évita soigneusement tout engagement , se tint hors de vue de l'ennemi et sur la route présumée de la flotte marchand. Le succès répondit à l'habileté de ses calculs. Il rallia le convoi tout entier et gagna, sans aucune perte, les ports d'Irlande; les alliés n'ayant pu atteindre l'armée navale anglaise, dirigèrent leur navigation vers le détroit de Gibraltar.

Des trois points importans que s'étaient proposés les alliés , le premier avait échoué ; restaient donc à conquérir la Jamaïque et Gibraltar. Ce roc célèbj-e fixait dans ce moment l'attention de toute l'Europe; la France et TEspagne en faisaient l'objet d'une mutuelle émulation. Indépendamment de l'honneur que cette conquête devait faire jaillir sur leurs armes, elle tranquillisait pour jamais l'Espagne et privait l'Angleterre d'un point

HISTOIRE DE LA MARINE FRANÇAISE. 1782. 26i

militaire admirable et d'un débouché immense pour ses manufactures ; il semblait que , maltresse de ce roc , la maison de Bourbon Tétait de la Méditerranée.

Aux apprêts qui se faisaient en Angleterre, à l'intérêt général qu'y excitaient les armemens j il était facile de voir combien les Anglais tenaient à la conservation de cette place. Au reste, depuis bien long-temps, aucun siège n'avait excité plus vivement la curiosité de l'Europe entière. L'Inde, l'Amérique, furent oubliées au milieu de cette préoccupation universelle.

Les deux cours alliées avaient désigné la rade d'Aïgésiras comme point de ralliement des escadres fran* çaise et espagnole. Cordova et le comte de Guichen devaient opérer contre Gibraltar, conjointement avec Tarmée de terre, dont le commandement avait été confié au duc de Grillon, le vainqueur de Minorque. Les ordres étaient de convertir le siège en une attaque ouverte. De son côté, Tennemi mettait tout en oeuvre pour ne pas être pris au dépourvu. A Gibraltar, le gouverneur employait une multitude d'ouvriers pour augmenter la force naturelle de la place. En Angleterre, les ordres se succédaient, qui prescrivaient à toutes les escadres, à tous les vaisseaux disponibles de se réunir à Portsmouth sous le pavillon de l'amiral Howe; un immrase convoi

%9i HISTOIRE DE h/^ MAHinnS fR^NÇiUSE. 1783.

portaat des approvisionnemens de toute espèce était déjà prêt.

Comme on désespérait d'emporter Gibraltar de vivi^ force, et qu'il y avait tout à craindre d'un bombardemeut fait dans une baie sans rade et exposée ^ux coups de vent, on songea à remplacer aussi avantageusemept que possible les vaisseaux de l^aut bord par des machine^ d'une confttruction nouvelle. Les batteries flottantes, enm ingénieux du colonel d'Arçon , occupaient une fouje d'ouvriers , et leur achèvement s^ poursuivait avec une célérité incroyable. C'étaient des machines qui devaijent être à la fois à lepreuve du canon e( 4es boulets coi^ges. Pour donner à cias batteries flottantes le premier de ces avantages» on se^ servit des carcasses de gros pavires ; le second devait résulter d'un blindage qui défendais toutes ies parties expiosées aux coups de l'artillerie, et d'une charpente de fortes planches revêtues de liège, comptéitoment iiabtfiées d'eau. L'intérieur était garni d'une coucbe épaiss.e de sable mouillé ; des pompes avec des tuyaux, qui traversaient en tous sens la batterie, établissaient des courans d'eau et. devaient, au premier signal, inonder la batterie dans le cas où ua boulet rouge parviendrait d^ns l'intérieur. On admira cette eoitihinaiso« jqni plaçjaii te remède à cdté du mal. Outre ces prié-

cautions , M. d'Arçon s'était étudié à mettre ses batteteries flottantes à Tabri de la bombe et les canonniers à couvert de jia mitraille et*de la mo\isqueterie. .Chacune de ces machines était surmontée 4'.un tc^t à l'épreuve, su^ lequel les bombes devaient glisser et rouler dans la mer sans faire aucun mai. Ce toit était fixé à des sup- «ports qui donnaient la facilité de l'incliner à volonté ; il était fait de co;*des tressées, recouvertes de cuirs préparés eji humectés.

Ces bajtteries étaient au nombre de dix; elles donnaient un effectif de cent cinquante pièces de ca^oji avec u^ pare^ nombre ^e rechange ; trente-six hommcp étaient en supplément dans chaque batterie pour rf p^ placer les canonniers mis hors de combat. Don Moréno, officier de réputation, commandait cette flot^Jle. Chose singulière, ces batteries fièrent mâ^^s et ^rééos ayec t^t d'art qu'elles pçrilaient la voile et marchaient presqu'aussi bien que les autres navires* Mais, avant d'aller plus loin, 4.isons un mot de la place de Gibraltar; elle était défendue alors par sept jgaijile.hommes, et elle avaijt pour gouverneur le général Elliot, militaire d'une grande (jUstinctjon.

Le rocher , sur lequel sont sitijiés la ville et les forts, ^ une lieue de longueur sur un qua^t de largejar, et 1a

964 HISTOIRE DE LA MàRIHE FHANÇAfôE. 1782.

plus grande élévation est de mille pieds au dessus du niveau de la mer. Le c6té est^ qui fait face à la Méditerranée, est un roc vif, coupé à* pic, entièrement inabordable ; l'extrémité sud, appelée pointe d'Europe, se termine par un plateau élevé d'environ vingt pieds au dessus de la mer et dont le pourtour est de roc vif; il est couronné par une batterie barbette de vingt pièces de • canon de gros calibre; il s'élargit à mesure qu'il s'éloigne de la mer, et il est dominé par un autre plateau assez grand pour qu'on puisse y faire manœuvrer une garnison considérable, parce que la pente en est douce et régulière. Les Anglais Tout escarpé et entouré d'un mur de quinze pieds de hauteur sur autant d'épaisseur. Sur ce plateau il y a un camp retranché pour le cas où la garnison serait forcée de se replier. Ce poste est en communication avec un terrain accidenté, sur lequel la garnison avait placé son camp. La ville, qui est à un mille, occupe une assez grande étendue de terrain, sur très peu de profondeur. Entourée, au midi, d'un simple mur ; au nord, flanquée d'une ancienne fortification, appelée le Château des Maures , elle est défendue , à l'ouest, le long de la mer, par un mur et un parapet de quinze pieds d'épaisseur avec de nombreuses batteries. Sur toute cette étendue, les Anglais ont jeté, en avant

dans la mer^ deux ouvrages considérables : le premier, bâti au nord, nommé le Yieux-Môle, armé d'une artiltillerie formidable destinée à battre en écharpe les lignes de Saint- Roch ; le second, qui est le Môle-Neuf, a également de nombreuses batteries. Enfin, en avant du Vieux-Môle et du Château des Maures , les Anglais ont construit un ouvrage composé d'une courtine et de deux bastions dont le glacis et le chemin couvert sont contremines, et qui est destiné à défendre l'approche de la langue de terre étroite qui est située entre le rocher et la mer et par laquelle on arrive à la place. En avant de cette place, ils ont introduit, au moyen d'une écluse, l'eau de la mer dans une assez grande lagune qu'on peut considérer comme une espèce de marais et qui augmente encore les moyens de défense. Le côté du nord offre la partie la plus élevée du rocher ; il fait face aux lignes espagnoles, et il est garni , dans sa hauteur et dans sa largeur, d'uue multitude de batteries qui plongent sur celles des Espagnols et qui peuvent faire pleuvoir sur elles une grêle de bombes et dé boulets. On conçoit que , pour attaquer avec avantage une place aussi bien défendue, il était essentiel de combiner les efforts des assiégeans, de manière qu'en multipliant leurs points d'attaque, ils pussent affaiblir les forces des ennemis en

^66 HISTOIRE DE LA jttAIU;«£ FHANC^A/;^. 17^2.

les divisant. Ce n'était pas encore asse? des batteries flottantes et du concours de l'armée navale, qu'on attendait chaque jour, il fallait se donner un dernier point d'attaque qui était comme toujours les lignes de Saint- Roch. Leduc de Crillon le comprit: ajoutant aux premiers travaux, il prolongeâtes parallèles et les communications dans toute l'étendue de l'isthme, et y fit éjta^lir cent quatre-vingts bouches à £eu qui devaient éç,rase;r celles que rennemi avait placées sur la montagne» e,t battre à ricochet le front bas situé çntre le rocher et la mer. Bientôt, l'arrivée au camp de Saint -Rocji d^u comte d'Artois et du duc de Bourbon redoubla l'ardeur naturelle des troupes et sembla de bon augure. Plusieurs attaques par terre furent faites s^ns un avantage marqué d'aucun côté; sur ces entrefaites, les batteries flottantes construites à Algés^ras vinrent mouiller à Puente-Majorga. Le colonel d'Arçon , en faisant jouer les pompes, en forme d'essai, s'aperçut que Teau transpirait dans l'intérieur et coulait de toijiç côtés ; on craignit pour les poudres et on proposa de remédier à cet inconvénient. Mais l'impatience deç soldats, que la présence de la flotte combinée exalt^ijt encore, força le colonel d'Axçw à passer outre, il sç borna à nç^asquer Jl,es condi^ts de ^a circulajt^ç^a in-

térieure et à ordoimei: un siiaple arrosage supprCciel* Tous les apprêts du siège étaient terminés , lorsque Tarrnée navale^ qui s'était présentée le 10 dey^tle détroit y mouilla le lendemain à Algésiras, Cette viUe e( les environs offraient alors un spectacle plein de grandeur : d'une part, une flotte formidable; de Tau^rei quarante mille hommes de troupes y parmi lesquelles sjb trouv^ent plusieurs régimens français, toutes campées dans un ordre admirable. Partout le zèle, Tactivité et Tespèrapce d'un triomphe prochaio.

Le i3 septembre, dans la journée, une partie de la flotte combinée, aidée d'un vent favorable, prolongea Iç Yieux-Môle et les bastions voisin;^ en les canonnant. Parvenue à la pointe d'Europe elle se rapgea en ordre de bataille, les bombardes placées au l^rge , et ouvrit aussitôt son feu contre Gibraltar, f^es baUeries flottantes, sous les ordres de don Morcno, ^yaie^l déjà pris leur poste, mais avec ta^ de précipitation qu'elles manquèrent, ea s'embossant, la position ava^itageuse désignée sur jies plans graphiques qui avaient été distribués d'avance à tous les capitaines. Au lieu de prendre Ifi passe An bon mouiUage qui court pa^rallèlement aux fronts {^ttenaps au Vieux-JMèle, mule qui présentait quelques p^ijbs ^ ]La yéri.té^ j^ui^qu .iJ ^i^Iait passer sous le

feu des batteries, elles se portèrent en désordre au centre du fort; il en résulta qu'au lieu d'avoir un feu d'ensem* ble sur un même point , il y eut divergence, et partant beaucoup moins d'effet. Les chaloupes canonnières, qui devaient agir en détail sur les ailes, pour tenir en ha« leine lennemi et le forcer à partager ses moyens défen* sifs, furent d'un usage presque nul.

Cependant, lorsque la canonnade commença et qu'elle s'étendit sur terre et sur mer, la place se trouva battue par trois cents bouches à feu environ, sans compter Tartiilerie des vaisseaux et des bombardes, qui, à cause de leur position éloignée de terre, ne produisit pas tout Teffet qu'on en attendait.

Le gouverneur EUiot déployait dans la défense autant de bravoure que d'habileté. Remarquant le peu de résultat de la canonnade des vaisseaux et des chaloupes canonnières, il porta ses principaux efforts contre la ligne des batteries flottantes dont il avait apprécié l'effet destructeur. Il fit tirer à boulets rouges, mais telle était Texcellence de leur construction que non seulement elles résistaient à ce feu terrible, mais qu'elles y répondaient par un feu non moins vif, qui finit par faire une brèche dans le revêtement du Vieux- Môle. Cétait un succès qui semb^it en promettre un

HISTOIRE DE hk MARINE FRAUÇÀISE. 1782. 369

plus grand eBCore^ lorsqu'un accident, qui survint par l'imprudence du capitaine de laTaillaPiedray causa d'affreux désastres et renversa çn un instant les plus justes espérances.

Vers les trois heures et demie du soir^ un boulet rouge qui s'était logé bien avant dans la muraille de cette batterie^ mit le feu dans son blindage et dans les parties contiguës. En présence d*un tel danger, la sagesse prescrivait à Tofficier, commandant de la Tailla Pkdra^ de s^ débarrasser de la poudre qu'il avait trop légèrement mise à sécher sur le pont; mais le besoin de munition qui était grand, l'envie de se signaler, lui firent oublier la prudence la plus vulgaire; le boulet , après avoir séjourné quelque temps dans Tintérieur de la muraille, y développa un embrasement, qui, étant parvenu jusqu'aux poudres, détermina une explosion dont le moindre résultat fut de mettre le désordre dans la ligne d'embossage.

Pour donner plus de régularité et de solidité à la ligne des batteries, on avait eu soin de fixer les machines entre elles et à peu de distance les unes des autres ; aussi l'explosion de la Tailla Piedra mit le feu aux batteries adjacentes. L'incendie s'établit et gagna promptement une grande partie de la ligne d'embossage.

La moitvint ajouter à l'borrevr de cette situation 6t augmenter le désordre qui régnait {mrtout. Les yaisseaut cessèrent leur feu^ tandis que celui de la piaœ^ seoondé par rincendie^ qui lui servait comme de point de mire, paraissait devenir plus animé et plus terrible. Il seai&intint aussi Vif pendant toute la nuit; au matin > la mmtié des batteries se trouvaient à peu près èonsumées^ le reste était en feu. Les alliés, dans le trouble de kt nuit, ne surent pas détacher les batteries incendiées de celles qui ne Tétaient pa6, de sorte que^ d'une part, pressés par des chaloupes canonnières anglaises qui vinrent les foudroyer à portée de pistolet^ et de l'autre, par la chaîne de feu qui gagnait toujours, ils évacuèrent les batteries restées intactes , qui ne tardèrent pas^à brûler. Douze cents hommes périrent par cet accident, qui fit cesser le feu des deux côtés.

Comme il arrive toujours, les vaincus furent le sujet, de la part de l'opinion, des plus vives récriminations; on accusa hautement don Moreno. Pour sa justification, il se rejeta sur la précipitation avec laquelle on lui avait enjoint d'aller prendre son poste; si, en effet, il se fût embossé contre le Vieux-Môle et non entre le vieux et le nouveau, comme cela arriva, son feu eût été beaucoup plus décisif, et il aurait conservé la faculté de se retirer sans danger.

Les cVâ'Ioupes catiôfatiièrés ne répondirent pas non f>lug à Fittente générale, elles se tinrent à trop grande distance* Les denx amiraux eux-mêmes ne furent pas exempts d'uiie criti(}ue séVèré^ oii les blâma d'avoit teûa leur flotte dans Fiiiaction pendant presque toute la durée de l'attaque. Etait-ce lï faute des vents ou l'effet de secrètes jalousies entre les généraux de terre et demer ? Ces passions, si mesquines devant lés grands intérêts d'un pays, prennent trop souvent, dans le cœur de Thomme, la place du devoir.

Cette affaire ayant convaincu les alliés qu'un siège régulier de la place ne pouvait avoir d'issue fôvorable, les décidèrent à en faire le blocus. On savait que la garnison n'avait que pour très peu de jours d'approvisionnemens de bouche ; que l'amiral Howe avait été chargé par son gouvernement de tout risquer pour eu faire le ravitaillement; il importait que la flotte combinée y mît un empêchement absolu. En conséquence, l'amiral Cordova dut se résoudre à rester à l'ancre dans la rade ouverte d'Algésiras. On était au mois d'octobre, et la saison devenait de plus en plus mauvaise. Cordova, qui supposait avec raison que Tamiral Howe forcerait le détroit par un vent d'ouest frais , avait sagement calculé son plan d'attaque, qui consistait à ap)[Areiller à

272 mdTOIRE DE LA MAaiNE FRANÇAISE. 1782.

rapparition des Anglais, et à les^forcer au combat pendanl que ses plus petits vaisseaux tomberaient sur le nombreux convoi qu'Howe escortait. Le mauvais temps, si commun dans cette saison avancée y déjoua ses combinaisons et failli tiui faire perdre plusieurs vaisseaux.

Des vents variables de sud-ouest et d'ouest, accompagnés de temps à grains y firent rompre les câbles de dix vaisseaux et quatre s'abordèrent : le Saint-Michel y entraîné par la tempête^ échoua sous Gibraltar et fut obligé d'amener son pavillon ; d'autres , pour éviter une perte imminente, donnèrent vent arrière dans la Méditerranée. Pendant cette nuit d'orage, l'armée navale anglaise parut à rentrée du détroit. Le lendemain, 12 octobre, les vents d'ouest, qui l'avaient jusqu'alors poussée avec rapidité sur Gibraltar, calmèrent tout-à-fait. Les vaisseaux anglais ne pouvant maîtriser les couransqui portaient de l'ouest à l'est, furent entraînés dans la Méditerranée ; sept à huit transports et un vaisseau parvinrent à jeter l'ancre devant Gibraltar.

Cependant l'armée combinée, impatiente de se mesurer avec l'ennemi, venait de profiter, le 13 à midi, d'une brise de l'ouest-nord-ouest pour se mettre sur ses traces. Les deux armées se trouvèrent en présence plusieurs jours, contrariées alternativement par les calmes et une

mSTOIRE DE L4 BIARINE FRANÇAISE. 1782. 273

brume épaisse ; Howe» avec une flotte moins nombreuse et des vaisseaux doublés en cuivre ^ devait^ en pareille circonstance y primer de manœuvre l'armée combinée, dont les mouvemens manquaient en générai d'ensemble et de célérité; c'est ce qui arriva en effet. L'amiral anglais , profitant habilement de la brise d'est qui soujffla bon frais, gagna, en quelques heures, plusieurs lieues sur les alliés , et vint, le 18, déposer à Gibraltar le reste de son convoi. II hàla ensuite sa navigation vers l'ouest.

Ce n'était pas sans raison que la flotte anglaise re* gagnait ses ports; les alliés, honteux de voir qu'elle leur échappait, faisait des efforts extraordinaires pour l'atteindre; aussi quand, le 18 au soir, ils découvrirent l'ennemi à la sortie du détroit^ il y eut, à bdrd des vaisseaux français et espagnols, un cri de triomphe comme après la victoire, tant était grand le désir d'en venir aux mains avec un vieil ennemi qu'on se croyait certain de vaincre. Les généraux alliés prescrivirent la chasse sans observer d'ordre. Le 20, à cinq heures du soir, l'armée combinée, rangée en ligne de bataille par rang de vitesse, commença le feu. Son avantgarde combattit seule, d'abord, une portion de la flotte anglaise ; mais comme au fur et à mesure que les vais-

2Ï4 -ttî^tOIRE bE LA MAlimE FRANÇAISE. 1784.

seaux alliés se massaient à Tentour de leur avant-garde, ifs menaçaient d'envelopper Tarmée anglaise, Howe ne s'obstina pas à tenir tète, il força de voile et canonna en retraite. Une partie de la nuit se passa plutôt en escarmouche qu'en affaire sérieuse (1). Il y eut peu

Escadre ani^laise

Avant^arde,

Le Goliath.

7 A canons

. Hyde Parker, junior.

Le Gange.

Fielding.

Le Royal-William

Allen.

La Bretagne.

iOO

rBarington, vice-amiral.

(Hill, capitaine de pavfUon.

L^AUas.

Vandeput.

Le Ruhis.

Collins. 1

La Panthère.

Simonton.

Le Foudroyant.

Jenris.

LTdgard.

Hotham.

Le Polyphemus.

Finch.

Home.

Le Snffolk.

Le VigUant.

Douglas.

Corpi

1 de balaiUe. 1

Le Courageux.

Lord Mulgrave.

Le Crown.

Reeves.

L'Alexander.

Lord Lonford.

LeSamson.

Hervey.

La Princesse Royale. 98

Faulknor.

Le Victory.

(Lord Howe, amiral.

( LewesoB Gover, cap. de pav.

Le Blenheim.

Duncan.

L'Asia.

Bligh.

mSTOIRB DE LA HARIHÉ rRAMÇAlSE. 1799. C76

d'avarie de part et d'autre. Le lendemain matin le* Anglais se trontèrent à quatre lieues sous le V43nt deb

LTgmont. 74 — Ferguson.

Le Queeo. 98 — Alexandre Hoo4.

La Bellone- 74 ^ Qnslow.

Arrière-garie,

Le Raisonnable. 64

La Foriitnde. 74

La Prinoeflae Aniélia» S4

LeBerwiek.

Le Bienfatsant Le Dublin.

Le Cambridge.

rOcéan.

L'Union.

Le Buffalo.

La Vengeance.

Lôfd HarTey.

Keppel.

Ricbard Hugbea.

Pbilips.

Howorth.

Dtcksoo.

Stewarl.

(Milbanck,

(Roger, capiu de

nalrymple.

HoUowify.

Moartray.

( L*«8téri9que indique les faisteanx espagnols ).

L'invincible.

iiO canons.

Le Gvenier. 74

Le Dictateor. 74

Le Robuste. 74

Le Suffisant. 74

* Le Goerrîer. 70

* L'Arrogant. 70

* LaSaiM&«iiabeili.7#

* Le Saint-Ysidore. 70

/De La Motte-Piquet, Ueut^-fénér.

( Le cbev. de Rivière, luip. de paviU.

Daplessis-Parscau.

De la €lue.

DeNieuU.

De Castellet.

nuisçàKE. 1781.

afiics; don Lous de Cordova se mil à leur pomsute; ans lev Bardie sapérietfre les mil em pea de teflips hon de tonte Toe. L'nûnl espagnol se décida alors à

Ufii'i l—fif,

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LaFM^e.

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Le SoMi-TiMeM.

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Le R«pi-Lo«is.

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laK6ci.cker#e9n4re.

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Le XajestMn.

L'I Le

liO —

La Sûie'TrâMté. 110 —

La L*Aetif.

{ Le Tic. ëe EédMchonrt, lievt.

(DTa&ecauean, cap. et par.

neLMbépift.

'ibois, cap&a»e ëe parilloa.

aller mouiller à Cadix; Howe coDtinua sa route et alla jeter Tancre à Portsmouth*

Telle fut rissue de cette gigantesque expédition quefil avorter une suite de malheurs^ bien plus que Thabiletéet le courage des ennemis. Il est à croire^ cependant; que si les vaisseaux alliés avaient tous été doublés en cuivre^ ils auraient vengé, par la défaite complète de l'armée navale anglaise, leur insuccès de Gibraltar. Ceci prouve combien il est important, pour une grande nation, de suivre» d'un œil attentif, les découvertes et les inventions qui peuvent donner ou enlever la victoire.

Les vaisseaux saivans n*ayant pu joindre les autres, à cause de leur mauvaise marche, ne furent pas à portée de prendre part au combat:

• L'AUas.

70 canons

* Le Saint-Eugène.

Le Mino.

/Le comte de Guichen, commandant

Le Terrible.

1 Favant-garde.

\De Saint-Riveul, capit. de pavillon.

Le Lion.

0e Fournoue.

* La Conception.

Osorno y Funès, capit. de pavillon.

* Le Saint-Ferdinand

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