CHAPITRE IV
Retour do comte d^Estaiog en Amérique. — SaYannah , New-Tork. -— Siège de Sayannab.— Beaux faits d'armes; M. de La Pérouse. -^ Retraité des àittés. — Effet de la présence de Tescadre françaiie. •^ Fin de la campagne du comte d'Estaing en Amérique ; plusieurs combats particuliers.
Tandis que le comte d'Estaiog réparait avec éclat sei préeédens échecs, un mouvement chevaleresque lui (ai* sait secourir les insurgés dont on semblait abandon-^ ner la cause en France. Pendant l'absence de nos forces navales, le parti de rinsurrection amértcaiue avait fait des pertes sensibles. Savannah et toute la Géorgie étaient au pouvoir de l'ennemi^ la Caroline coiffait jlel
dangers imminens. Les troupes anglaises s'étaient réunies sous le commandement du général Prévost et avaient menacé au mois de mai Charlestown, la capitale de la Caroline méridionale. Lincoln, par une combinaison habile, en prévenant la prise de cette ville importante obligea l'armée britannique à se concentrer dans les environs de Savannah ; mais ce n'était qu'un moment d'hésitation de la part des Anglais, et il était à craindre qu'en reprenant l'offensive ils n'arrivassent jusque sous les murs de Charlestown. Rien ne semblait s'opposer à leurs desseins; le découragement était général parmi les insurgés. Washington et Lincoln, dans cette extrémité, avaient écrit les lettres les plus pressantes au comte d'Estaing » le suppliant de ne pas abandonner la cause d^ la liberté américaine. En même temps des dépêches venues de France enjoignaient à l'amiral français : l"" de rentrer à Brest avec douze vaisseaux et quatre frégates ; 2^ de confier le commandement de nos forces navales en Amérique au comte de Grasse qui, en attendant l'arrivée du comte de Guichen, appelé à remplacer le comte d'Eslaing, devait hiverner à la Martinique avec huit vaisseaux, sept frégates, trois corvettes et un c6tre ; S"" de détacher, sans délai, trois vaisseaux et deux frégates, sous les ordres du chevalier de La Motbe-Pi-
quet, pour aller prendre la station de Saint-Domingue. Cet ordre, expédié d'Europe avant la déclaration de guerre de l'Espagne à l'Angleterre, était la conséquent de la politique des deux cours alliées. Elles espéraient effrayer les Américains par un abandon simulé et obtenir par là quelques stipulations avantageuses ; mais comme nous l'avons indiqué^ les événemens étaient plus forts que les hommes^ et la résolution du comte d'Estaing ne servit qu'à démontrer l'inutilité d'une politique qui avait besoin pour réussir du secret le plus profond.
Malgré des instructions aussi précises, le comte d'Estaing ne crut pas devoir renoncer à son projet de retourner en Amérique ; il partit des Antilles avec des troupes et vint attérir le 1*^ sept. 1779 sur la côte de Géorgie. Savannah et Nevir-York attirèrent son attention. En reprenant la première ville aux Anglais, il délivrait la partie . méridionale des États-Unis; par la conquête de la seconde, boulevart des forces britanniques, il pouvait espérer terminer glorieusement la guerre sur le continent américain. Mais Savannah se trouvait à sa portée dans un moment où Tennemi ignorait encore sa présence dans ces mers, et d'ailleurs, par ce point important, l'armée Anglaise était à même, non seulement de défendre ses
nouvelles conquêtes, mais d'inquiéter à volonté les deun Carolines. En conséquence, le comte d'Estaing résolut aussitôt d'en faire l'attaque; à sa vue, l'ennemi prit répouvante, les naviresde guerre remontèrent la rivière. Savannah se rendait à ses armes, sans le coup de vent, qui, survenu au milieu de ses préparatifs, désempara plusieurs de ses vaisseaux et retarda le débarquement des troupes.
Cependant, au milieu de la nuit du It an t2 septembre, le comte d'Estaing effectua, sans opposition, sa descente, à deux milles de Savannah, eh même temps que le général Prévost s'enfermait dans la place, après avoir ravagé le pays et détruit les fortifications qu'il avait fait élever sur Ttle de Tibée.
Celte opération terminée, le comte d'Estaing se porta en avant et se joignit à deux mille Américains commandés par Lincoln. L'armée franco-américaine, forte de cinq mille cinq cent quatre-vingt-quatre hommes, s'avança jusque sous les murs xle la place et en forma l'investissement.
La garnison anglaise se montait à deux mille quatre^ vingts soldats , quatre-vingts sauvages et quatre mille nègres. Lb général Prévost, pris au dépourvu, n'ayant pas eu le temps de relever les fortifications de la ville^
msTOiRS jNB LÀ màeihe française. 1779. 107
paraissait disposé à se rendre, et la suspension d'armes qu'il demanda et qu'il obtint de l'amiral français annonçait qu'il ne voulait que sauver son honneur par l'apparence d'une défense; mais, sur ces entrefaites, le cobnel Miklen étant parvenu à se jeter dans la place avec mille vieux soldats, Prévost changea tout-à-coup de langage.
Le comte d'Estaing, humilié d'avoir été joué par son adversaire, fit ouvrir \A tranchée, à demi-portée de fusil des retranchemens anglais, avec la hardiesse qui lui était habituelle.
Cependant l'armée combinée eut à souffrir, dès le commencement du siège, de mille épreuves qui firent traîner ses opérations en longeur : elle manqua souvent de munitions de guerre ; la flotte, qui était chargée de lui en fournir, se trouvait exposée dans une rade foraine aux coups de vent de l'est , et obligée de tenir la mer sous peine de périr. Mais, au milieu de ces difficultés, plusieurs beaux faits d'armes vinrent encourager nos marins et nos soldats.
Ce fut d'abord la frégate r Amazone , commandée par M. de la Pérouse, jeune encore, qui s'empara, après une terrible canonnade, de la frégate l'Ariel de même force; puis te brave du Rumain, qui obligea la frégate anglaise, ta Rose, k se brûler ainsi que plusieurs navires
marchands; ce fut enfin le vaisseau te Sagittaire, aux ordres du capitaine d'Albert, qui combattit et prit, après une belle résistance, le vaisseau ennemi VExperiment.
Ces événeitiens, quoique glorieux, n'avançaient pas les affaires du comte d'Ëslaing, et il voyait avec douleur ses vivres diminuer et la mauvaise saison aj^rocher. Ces considérations hâtèrent ses résolutions, et, le 9 octobre, quoique les murs de Savannah fussent à peine entamés, il s apprêta à faire donner l'assaut contre une armée deux fois plus nombreuse que la sienne et protégée par des remparts.
En conséquence, malgré une canonnade terrible, les alliés marchèrent en colonnes contre les reiranchemens et essayèrent de les aborder de front. Quelques grenadiers français parvinrent à les franchir; des soldats Américains montrèrent le même courage, mais le feu des assiégés, qui prenait les alliés en enfilade et dans toutes les positions , fut si vif , qu'il empêcha le reste de l'armée de les secourir.
Un instant on crut au succès; le colonel Pulawski fondit avec deux cents cavaliers sur une brèche qui venait d'être aperçue ; un boulet l'enleva à un avenir glorieux et à sa patrie d'adoption. Ses soldats aussitôt se débandèrent. D'Estaing, furieux, combattait en héros
quoique blessé ; il criait à ses soldats d'avancer toujours; ceux-ci, écrasés par la mitraille, n'écoutaient plus sa voix, il fallut songer à la retraite qui se fit en silence et avec ordre.
Les alliés perdirent mille hommes, tués ou blessés.
Les Américains retournèrent dans la Caroline du Sud, et les Français, le lendemain, gagnèrent leurs vaisseaux.
Revenant à ses premières instructions, d'Estaing confia son armée au comte de Grasse et au chevalier de la Mothe-Piquet, puis il fit voile pour la France avec le seul vaisseau le Languedoc.
Malgré cet échec, la présence de l'escadre française sur les côtes de Géorgie intimida les Anglais et suspendit, pendant phisieurs mois, Texéculion de leurs desseins contre les provinces méridionales. A New-York, le général Clinton , alarmé de son apparition, s'était renfermé dans la ville, laissant au pouvoir des Américains New-* Port, avec son artillerie et tous les postes qu'il avait établis à Tentour du New-Jersey.
Ainsi se termina la campagne du comte d'Eslaing en Amérique. Cet officier général, abireuvé de dégoûts, détesté par un corps d'officiers trop exclusif; accusé d'avoir manqué, en certaines circonstances, de talent et d'ha-
biletéy avait demandé son rappel. S'il échoua devant la Delaware , à New-Port et à Savannah , il conquît deux tles importantes, et livra un combat glorieux à une flotte très exercée et commandée par un des plus habiles ma^ rins dont s'honore l'Angleterre.
Le comte d'Estaing apportait autant de précipitation dans ses plans que d'impétuosité dans leur exécution. D'un courage à toute épreuve, d'un coup d'œil exercé^ actif, infatigable, ne s'épargnant point pour réussir y il lui manqua, pour égaler les plus grands amiraux, l'ex* périence de la mer et cette grandeur dans le caractère qui souffre les observations et qui permet ies conseils. Hautain , dur pour les autres comme pour lui-même, d'un jugement peu sûr, ne se fiant qu'à lui, d'Estaing se fit d'implacables ennemis daQS son armée , qu'il exposa souvent avec légèreté et sans objet.
Pendant que les armées belligérantes hivernent dans leurs ports respectifs, jetons un coup d'œil rapide sur les principaux combats particuliers, à dater du commencement de la guerre jusqu'à l'année 1780.
Le 18 août 1778, la gabare la Guya^ie, de vingt canons, capitaine Nielly, supporte sans se rendre tout le feu d'une escadre anglaise.
Le 22 août ^ la frégate la Conamte , de vingt-six ca-
HISTOmE DE LA MARINE FRANÇAISE. 1779. 111
nons^ commandée par M. Legardeur de Tilly, rencontre près du cap Français , sous le vent à lui , la frégate an-: glaise la Minerve ^ de même force. M, de Tilly laisse arriver sur l'ennemi et engage y vers les neuf heures du matin, une vive canonnade à portée de pistolet. Des deux c6tés on combattit avec' une ardeur égale. Enfin, à onze heures et demie, le capitaine anglais sir Scott, se voyant dans l'impossibilité de se défendre plus long-temps, amène son pa\îllon.
En septembre, la frégate /a /tinon, capitaine de Beaumont, attaque la frégate le FoXj capitaine Windsor. Le combat dure trois heures, le Fox perd la moitié de son équipage, ses canons sont démontés. Windsor est obligé de baisser pavillon.
Le 20 octobre, M. de Ligondes, commandant le vaisseau le Triton y soutient un beau combat près du cap Finistère, contre un vaisseau anglais et une frégate. Celleci abandonne d'abord la partie; le vaisseau ennemi, très maltraité, laisse le capitaine français continuer sa route.
Peu de temps après la frégate anglaise McaVe, de vingt-huit, est enlevée, après une vigoureuse résistance, par la frégate la Dédaigneuse, de vingt-six, commandée par M. de Kéroula de Ck>hais.
I>an$ les eaux de Saint-Domingue, la frégate le Triton y
de Ireate canons, commandée par M. de Gatuélani s'empare d une frégate anglaise de quarante, après une opiniâtre résistance. Au milieu deTaction, M. de Catuélan , blessé grièvement, est forcé de descendre à lambulance. Pendant qu'on le pansait, on vient lui dire que son équipage commençiaît à faiblir. Quoique mourant , il se fait porter sur le pont, et s adressant à ses matelots : <& Mes enfans, leur dit-il, vous voyez l'état où je suis; j'ai peu d'heures à vivre; mais que je n'aie pas la douleur de mourir sans vous voir maîtres 'de la frégate anglaise; il ne vous reste plus qu'un coup de force à donner pour avoir pleine victoire. » Ces paroles raffermissent le courage, la canonnadoredoublede vivacité; l'ennemi amène son pavillon. M. de Catuélan meurt le lendemain des suites de ses blessures.
Le chevalier de Grimouard, dont nous aurons souvent à nous entretenir, commandait, en janvier 1779, la frégate la Minerve^ de trente-deux canons, lorsque, près de la Jamaïque, il atteint et prend le Berkoort, de vingt canons.
Le 7 février, avec la même frégate, il rencontre, près de la baie des Baradaires , le vaisseau anglais le Rubis et la frégate le Lowesiom, qui s'étaient détachés de leur division. Brûlant de se signaler, l'impétueux capitaine
se dirige sur le vaisseau et échange avec lui plusieurs bordées.
Sur ces entrefaites y deux voiles ennemies qui apparaissent àlapointede la baie, rappellentM. de Grimouard à la prudence; il s'éloigne, suivi par la division anglaise. Au milieu de la chasse, s'apercevant que la frégs^te ŒoluSy qui le poursuit avec le plus de succès , est d^à à grande distance de sa division, Grimouard vire de bord^ fond sur elle et l'oblige, après une heure d'engagement, à fuir précipitamment.
Ensuite, M. de Grimouard continue sa route, s'empare d'un corsaire de vingt-quatre canons et arrive à Inague.
En janvier, M. de Grenier, commandant la frégate la Boudeuse y découvre^ sous le vent du port Saint-Eus tache, la frégate anglaise le Weazky do vingt canons, capitaine Robertson, qui, aussitôt qu'il l'aperçoit, vire de bord et prend chasse. Il apportait la nouvelle de la jonction de l'escadre de Byron avec celle de Barington, et de la prise de Sainte-Lucie. M. de Grenier Tatteigoit sur le soir et l'obligea à amener , après une faible résis* tance.
Le 31 janvier, la frégate l'Oiseau, de vingt-six canons, commandée par H. de Tarade, convoyant plusieurs na-vifes de Brest et de Saint^Malo, est attaqué à la hauteur
fé^r^d par ïa frégate anglaise tÂppûlo, dé tfentt^ëu*. L'affaire est longue et opiniâtre; l'Oiseau, désemparé et laisant beaucoup <f eâu, est forcé' âe se rendre.
Le 16 février, M. de Tilly, commandant la Concorde^ escortait pour France 33 navités de commerce; un coup dé vent disperse son convoi, le tontterre tombe à bord de la frégate, lui fait des avaries eil l'oblige de jeter à h mer iû canons. En cbemin, lïû corsaire de 14 canons est surpris par M. de Tilly qui s'eû emparer deux jours après la frégate anglaise le Congfès vient le domfcàtti'e. On s'attaque avec acbarnemenit pendant plus âe deux bettres et demie. La bravoure française triomphe de i<Mà tes obstacles. L'ennemi, criblé de boulets, s'éloigù» en toute hâté. De Tilly est grièvement blessé ; M. de tinière> son second, se distingué dans" cette occasion.
En mars, la gabare la Dorade, de t* canonsf, capitaine Bhncbard , de ïa marine auxiliaire , soutient utf combat glorieux contre un Cofsàire anglais de 18 canons. Le feu fut vif; ïes deux ennemis tentèrent vainement fabordage. L'Anglais , épttîsé par ses propi'es efforts, abandonna le champ de bataille.
Le 21 mai, la frégate la Blanche, comUttandée par a. de la Galissonnièrè, escdrtant on transport, fctf chassée par le vaisseau anglais te Jupiter de Ô6 <*-
BflSfÔIRÈ ht LÀ MkKiM FRANÇAÎSÈ. tTTff. tfâ
éiôtiS,<ïùi né farda ^s à éaptùi'ei* lé navirfr ûiai^cHstfltf.
Mf. de h Galî^sôrinière, dans ce ûiomerit, è'&ià^t^tii ses deiroirs, cîùgla droit è\xt le fupiler et \ë riàttffcirtit, tbW î^ 6bfdtï«ndâiW troî^ (^ân*ts rf'hetfrfr. U^ ooîùViÀaHdant anglais fut tué. Cet événement tdh àë ^liéàihÀiàii daifrs rétjuîpaîgé ennetti { !é fètf iéà Pi^âtf^ais'fré^obbïa ; le tafstséiatr à la fin p^ff chassé, ednnénanf lé traùâpbff. L'intrépîdé la Galissontiîère le {Joùrstrîvît et le contrîlignit à abamidantiéV sa prfsé.
Detixvoifesfràriçafees, (pii parilreb^à Fhbrtitiri, contre btrèrent éiûs dôttlé à jeter là édrtftffifbn daM les ràtfg^ ennemis. Gependbni rien , si éeÀ'éSt là mëH du càpi^^ <aihe anglais et là vigueur avec )ac[ùélté lâ^ffégàtéàYf^^ qua le vaisseau, ne peut excuser s» défaite.
Lé 9 juin, le vfeomté d'Êscars^, CotQiiiaA<Saut h fVé^àl^ ta PruàeniBi déSSy fti t renooniré par un vài^éau aivglfifis^ qui le sbiâtflia éè s^ Cendré. Sur son refusa, réÀgagenienr ëmottéùça et dwft-tibe kettré. Ge n'est (ftfk^iiès àtbi^^ ^erdu tous ses lûàbr et' laF plus^ graftdè pàHîë éé ^oh> équipage, que le brave capitaine français consentit à amener son pavillon.
Le â septembre, le chevalier de Lanjws , à\fec la frégate l'Amphytritè , engagea; eh Vue de fa Greiîàde , une action tf^ Vfvë, à! portée de mouaquetf Mnlre la frégate
anglaise le Sphinx y qui escortait y pour la Barbade, un transport chargé de bombes. Après une canonnade de deux heures y le Sphinx et le navire marchand tombèrent au pouvoir du chevalier de Lanjars y qui alla mouil^ 1er au Fort-Royal.
Une petite division^ armée à Brest et à l'Orient aux frais des Etats-Unis (1)^ était allée croiser dans la mer du Nord. Le fameux corsaire américain» Paul Jones^ qui la commandait, attaqua^ sur les côtes d'Ecosse^ la flotte marchande de la Baltique^ appartenant aux Anglais et escortée par le vaisseau (e Sérapis de la.compagnie, armé en guerre, et la frégate la Comtesse de Scarboroughy aux ordres du commodoro Pearson. L'action fut sanglante. Paul Jones, sur le point de couler, parvint à aborder son adversaire; mais des diflicultés nouvelles Tattendaient. Pendant qu'accostés de long en long) le Bonhomme Richard et le Sérapis se foudroient, plusieurs canons à bord de l* Américain crèvent et tuent ceux qui les servait ; de toute sa batterie il ne
(I) DIVISIONS ÀMÉRICAUfE ET FRÀTVÇÀI8B.
Le Bonhomme Paul Jones.
UAlliance
La Pallas CoUineau.
La Reyanche. Deux cotres.
I Ne combatUrent pas.
reste à Paul Jones que trois pièces pour faire feu. Dans cette extrémité^ trois de ses officiers osent demander quartier à son insu; le feu qui venait de prendre au Sérapis s'est communiqué au Bonhomme Richard. Pour mettre le comble à un tel désastre , r Alliance vient canonner Paul Jones et lui tue une vingtaine d'hommes. Le capitaine de r Alliance s'aperçoit enfin de son erreur, il attaque le Sérapis, qui n'avait plus un seul coup de canon à lui rendre et que l'incendie dévore. Le Commodore Pearson cède enfin. La Comtesse de Scarborough s'était rendue à la Pallas. Les vainqueurs parviennent à éteindre le feu ; mais coulant bas d'eau^ ils se réfugient au Texel, ayant été contraints en chemin d'abandonner le Bonhomme Richard qui fut submergé.
CHAPÏTRP y.
anglais. — Escadres d'évolutions. — Résultat de l'écbec de SaTannah.
— situation des États-Unis. — ^Lt comte de Gfiobm et le Barqiit 4« Vaii^eNil^M-teiU, r.w' pwr rAwériqup, f autrp pçpr l'^rigae.
— AÏtilude de rAnglelerre. — Le yice-amiral Rodney. — Gibraltar. — «ttcpèsideRMliM;. •^11 m read un ànlële(..^<4« e«MÉ dtAitit c|kh>' — ji^o^ney lui laisse le champ de bataiJIe.
iî^ca^r« oMOltr^i^t les .d^DgefQfWf priofosd^ iy[>pArl4p
d'Angleterre. Ce ne sont plu^ p^ fo^isp»^ fLfitfffpjÇp^ ^deiH, iw^tœnf/^me/i^, Vm^ w loutre, poqr en ifes^ir ^ une ac^ipp <^t^ ^ pprp». JUes «méep n/^v^)^ /JjEjppjs J4)wjç py, beîiucovip moins ^cQns.idérîible^ et n^ çï^sfîijrwwt fou np!îW«?«yJfa|>]ejp livrent §e«^^^lK^t8
pour la plupart tout de tactique. Les deux adversaires s'épient, se mesurent de Fœil et semblent craindre d'en venir à un engagement décisif. Chez les Français, c'est le résultat deTabandon des anciennes traditions, et de l'infériorité du personnel, et surtout du matériel de l'arme. Chez les Anglais, c'est l'effet d'une circonspection que leur imposait la bravoure bien connue de nos capitaines.
Malgré les forfanteries et les calomnies des écrivains anglais, qui ont dû égarer l'opinion de l'Europe sur nos combats , puisque nous leur laissions le privilège de faire, à leur manière, le récit de nos guerres maritimes, il est notoire que les actions qui demandent le plus de courage , comme les abordages ou les combats bord à bord, étaient presque toujours à notre avantage. Les paroles de Byng exprimaient le sentiment général de la marine anglaise sur notre compte; et, en effet, indépendamment des actions particulières dans lesquelles notre supériorité était consacrée , on chercherait vainement, dan& toute notre histoire maritime, une bataille perdue à égalité de forces.
Les désastres de la république et de l'empire, que tout marin dut prévoir envoyant la Co^vention désorganiser le personnel de notre marine , n'étaient pas venus encore foire douter de notre force. En général, les es-
prits les plus prévenus nous accordaient une bravoure irrésistible pour les actions de navire à navire , ainsi qu'une certaine habileté pour les affaires de flotte à flotte.
Quoi qu'il en soit^ le mode défensif que l'infériorité de notre matériel et qu'une funeste habitude avaient introduit dans nos armées i^avales , exigeait beaucoup de prudence et d'habileté de la part de nos amiraux, car 9 nous ne saurions trop le répéter, non seulement l'initiative dans les mouvemens permet à l'attaquant de dominer la pensée de son adversaire et lui facilite un premier succès, qui d'ordinaire est le gage de beaucoup d'autres, elle est aussi éminemment favorable au caractère national» qui est intelligent, plein de confiance et d'un élan prodigieux. La guerre défensive est propre aux troupes disciplinées, patientes et commandées par des hommes fermes et opiniâtres.
Nos marins cependant comprirent bien cette nouvelle tactique; ils devaient sans doute cette habileté aux escadres d'évolutions formées quelques années avant la guerre. C'était une imitation du grand siècle (1).
(ij Les escadres d*évoIaUons sont, pour les armées navales, ce que les camps sont pour les armées de terre. Outre rinappréoiable avantage de créer une force permanente exercée, elles entretiennent les bonnes
|8S HISTOIRE l>p hk flAHINp ^Ry^LlIÇii^SE. ^779.
Elles doDQèrent à nos capitaine;s <}.e l'enfiçmblç ^ pue préciaioQ (|ue 1«3 ^^nemis oni plps d pue fois 9d-
L'échec da Savanoah porta un coup funeste à Tç^prit public en Amérique; lesjsntimie^nt patriotique qui 9QJmait les insurgés au ooïpniencejppiçnj de la guerre, avait f?l^ place à un découragement et à un égoî^me dé^^rev^. Chaque province voulait se protéger dle-mém6 ; les généraux étaient jabu^ les uas de$ autres \ le congrès^ sauj^ autorité; se trouvait en butte aux critiques les pins injustes. Les utopies les plus diverses, sur la polixique et ;$ur La constitution des provinces ^ ^e fipdsaient jour v^ milieu de cette crise et divisaient les citoyens ; ceuîL-ej (dlécouragés ne savaient ^résoudre à rien et s'alajrmajen/; de la tendance des esprits vers des idées dangereuses. Ia rjêpublique jfédérative, olget des voeux du plus ^rand nombre, leur paraissait un péril bien grand en pr^Siencç d'un ennemi formidable.
L'amour du gain, cette passion ardente du ^eupji^
irâditiofis , en créent 4e nouvelles , ei fonl lendre IouJoqm fers Je pvo«grès. Qui ne se rappelle avec plaisir les escadres des amiraux Hugon et Lalando? Avec une force permanente » les arroemens, au ipoi^ent d'une guerre , s'exécutent plqs viveçicnt , et Unstruction des homme&, ror^ois^Uon du vaisseau, se font comme par enchanjtement.
aqa^riçain y avilissait aLor^ les caractères; personne ne youlait servir la cause commuue sans de grands ayaatag^s d'argeat. Toutes les places étaient donuée^ ^ l'i^nchère ; la corruption ejt les vices qui s'ensuivirent^ l'égoisme et rindillérence pour les intérêts générau^c^se répandaient partout. Dans cette extrémité, Washington e^ le congrès firent savoir à la France qu'ils ne pouvaient plus copnpter sur rar.mjée^ et q}i^ TÀmérique étai^ perdue si la France ne &e hâtait d'envoyer des seqours ^ hommes et en numéraire. Lafayette, qui s'était Tendi) ^ Paris pour en presser le départ, reçut^ sur son passage, des ovations populaires* Sif joiille hommes^ ^oe brillpi^tç jeunesse, dix jiniUions furent embarqués sur sept vai^ seaux que Ton ^rma à Prest. Pne. autre division partif ppur les AnjLilles, sous les ordres <Ju cojocite de Qi^QJ^f^, ^pçlé à pr^ncjlre le coipo^aQdemen^ 4es foroç? O^y^l^ de France dans les mers d'Amérique.
En outre, le marquis de Yaudreuil, capitaine de vaisseau, con^mapdapt une division de deux vaijssQaux et de six frégates et jo^nrv^tt^ , devait, après avoir iravagé ou détruit les éta'blissemens anglais de la cdte d'Afrique, laisser ses frégates, et si^s corvettes fiux ordres d,u vicomte de Pontevès-Gien^ pour aller se joindre à l'armée navale du comte de Goichen.
124 HISTOIRE DE LÀ MAKmE FRANÇAISE. 1779.
Le marquis de Yaudreuilt dans cette expédition^ n'éprouva aucune résistance de la part de Tennemi ; les forts et les comptoirs anglais sur la rivière du Sénégal furent pris et les garnisons emmenées prisonnières de guerre. Après cela» il fit route pour les Antilles avec les vaisseaux le Fendant et le Sphinx* M. de Pontevès, en son absence^ continua la conquête des établissemens ennemis. Dans les mois de février et de mars^ il s empara des forts James et Bense sur les rivières de Gambie et de Sierra-Leone, ainsi que des comptoirs situés dans les lies de Lozy de Tasso^ de Bobs et de Tombe, et plus tard du fort de Succondée sur la Côte d'Or. Ces diverses expéditions , qui furent conduites avec autant d'intelligence que de vigueur y et dans lesquelles les Français n'eurent à déplorer que la perte de six hommes tué^ et de vingt-deux blessés, firent perdre aux Anglais neuf navires de guerre et négriers.
DIVISION DU lUlQUiS DE YÀUDREUIL.
Le Fendant. 74 canons. Marquis de Vaudreuil.
Le Sphinx.
De Soulanges.
La Résolue.
De Pontevès-Gien.
La Nymphe.
De Seuneviile.
L'Epervier.
De Gapellis.
La Lunette.
De Chavagnac.
Le Uvely.
Eyriez.
Le Corée.
Alary.
L'Angleterre, de son côté, tentait de nouveaux efforts^ sur tous les points, pour résister aux forces combinées de la France et dfe l'Espagne. En Amérique , elle avait réuni dans la Caroline du Sud la plqs grande partie de son armée. Clinton, revenant à ses premiers desseins, après l'arrivée de Tamiral Arbuthnot, s'était porté, par terre, sur Charlestown avec des troupes nombreuses, pendant qu'Arbuthnot, qui avait remonté la rivière avec plusieurs navireade guerre, tenait celte place bloquée du côté de la mer.
Aux Antilles, le gouvernement anglais, décidé à défendre ses possessions et à faire des conquêtes, si Toccasion s'en présentait, confiait le commandement général de ses forces navales au vice-amiral Rodney, babile marin sur qui reposait l'espoir de la nation entière.
Il paraissait d'autant plus essentiel de secourir les Antilles anglaises , que la cour de Saint-James ne pouvait ignorer le départ du comte de Guichen pour ces parages; mais sans doute pour agrandir le cercle des opérations maritimes de la Grande-Bretagne, et étonner les ennemis comme les neutres, le ministère anglais se décida à prendre partout l'offensive. A cet effet l'armée navale de Rodney reçut une double destination.
Depuis la déclaration de guerre de l'Espagne contre
tÉ6 HIStÔIRÏ: tt LA ÉÀKINE ÈRANÇAfSÉ. it^Ô.
là Orafade-Bretaghé^ laf place dé. Gibraltar se trouvait bloquée pài^ terre et par mer. Malgré quelques secours jetés furtivement dans H ville ^ la garnison commençait à éptorivet les horreurs de la flamine. Rodney fut chargé d'en faire Te ravilalllement.
Cependant vingt-quatre vaisseaux français et espagnols^ adx ordres de don Gaston, épient ses démarches dans la rade de Brest. Cordova^ commandant en chef du f^Iocus de Gibraltar, est à croiser à l'entrée du détroit, sous les caps Spartel et Trafalgar ; enfin , don Juan de Langara slatiônne près dé Cadix , à là hauteur du cap Sainte-Marie. C'est à travers cette multitude d'ennemis que, traînant avec lui un énorme convoi, l'ami rai Rodney se dirige vers Gibraltar. Son étoile le favorise plus que son audace; un premier coup de vent disperse la flotte combinée qui accourait de Brest à sa rencontre; un second désempare l'escadre de Cordova et le force de mouiller à Cadix. Langara seul est épargné, mais c'est pour tomber au milieu de la flotte britannique.
Dans la journée du 16 janvier 178(^, les vigies des frégates espagnoles signalèrent vingt voiles dans le nordnord-ouest. Don Langara , pafr un point d'hôAùeur inexcusable, range en bataille sa division de neuf vais* Séini et attend l!ennemi. BiéntM, il n';^ a plus ded4)itfte,
àl^MiKi m^ tsk Hk^tm fMNçAfêé^. 1780*. ist
c*esi rangée àtigtateé fbrtede viûgt vàîssemK ê( de]^l«^ 6ienrs frégMes qui vient à i^ rencontré. Langara peut encore dviter nn désastre à sa pattrie ; le tent dst tiolent^ k mer est grosse, les jours sont courts, ta terre est pé^ i^illense et le port est proche. En prenant chasse, il est dans quelques heures sous la protection dès f^ls de Cadix ; il reste immobile. Cependant la réflexion lui BMirtife enfin les périls de sa position; îi hésite, et, dans sa funeste incertitude, il s'enquiert, au moyen du télé^graphe, de l'opinion de ses capitaines. Tous le pressent èe prendre chasse; il ordonne, mais trop tard, à sott escadre de laisser arriver. Rodney, qui, huit jours aup pdravant, s'était emparé du vaisseau le Guipuscoû et; de son cobtoi, presse sa marche et atteint bientôt larrière^ garde espagnole.
Don Langara fait oublier sa faute par son extrême bravoure, mais il cède au nombre après une aclion acharnée. Le Saint-Dominique saule avec tout son équi^ page; les vaisseaux le Sphinx, le Diligent, la Prince^sa, fe MonarcOy le Saint-Eugène et le Saint-Julien tombent au pouvoir de Rodney qui poursuit sa route et mouille sans obstdfcle à Gibraltar.
La nuit du 17, les équipages de deux vaisseaux es pagi^ols capturés montrèrent une grande fermeté de
1^8 HISTOIRE M LA MÀIONE FRilNÇAISE. 1780.
caractère. Un violent coup de vent mettait en péril ces vaisseaux déjà très maltraités ; les Anglais qui étaient à bord ne pouvaient à la fois pomper et manœuvrer. Dans cette extrémité^ ils sommèrent les Espagnols de les aider ; ceux-ci répondirent qu'ils obéiraient si on allait relâcher à Cadix. Leur fermeté triompha des mauvais traitemens ; les vainqueurs se soumirent à cette nécessité y et les vaincus entrèrent triomphalement dans le port de Cadix.
Ce succès inespéré pouvait être suivi d'un prompt revers. La flotte de Brest , après le coup de vent qui la dispersa 9 aurait pu^ en se ralliant et en se portant sur Cadix y où elle eût trouvé Çordova^ prendre une revanche éclatante; malheureusement les vents continuèrent à favoriser les Anglais. L'armée combinée ne put se réunir^ et ses débris allèrent se réfugier au Férol et à Cadix. Des deux grandes escadres de Brest et de Cadix aucune ne fut à même de disputer le pas^ sage à Rodney, que Ton vit le 13 février, avec dix-neuf vaisseaux, faisant voile vers les Antilles. Le reste de son armée et les prises se dirigèrent sur F Angleterre, sous le commandement du contre-amiral Digby.
Le 23 février, Digby rencontra un petit convoi français qui était destiné pour rile*de-France, et qu'escortaient
HISTOIRE DE LA UkSJJSK FRANÇAISE. 1780. 129
les vaisseaux le Protée, t'Ajax et la frégate la Charmante. Le vicomte du Ghilleau» qui commandait cette division^ manœuvra en marin habile et dévoué; il ordonna à rAjax et à une grande partie du convoi de faire, la nuit, fausse route. Pour lui^ continuant à observer Tennemi; il forma un faux convoi avec le Protée, qu'il moulait, et la Char^ mante. Cette ruse eut le succès qu'il en attendait; il fut seul poursuivi et atteint. Entouré par cinq vaisseaux, le Protée fit une résistance héroïque. Contraint d'amener, il eut la gloire d'avoir soustrait à Tennemi le convoi qui lui avait été confié.
Ces tristes événemens produisirent une impression défavorable en France; on commença à douter de la puissance des moyens employés par les deux peuples 9 et les inquiétudes que Ton éprouvait depuis plusieurs semaines, sur le sort des Antilles françaises, devinrent plus vives. On les savait dépourvues de toute protection navale imposante; l'expédition de Savannah avait diminué reffeclif des garnisons; il était donc à redouter que le vice-amiral Hyde Parker, maître de la mer, ne tentât quelque attaque, soit contre les tles, soit contre les divisions de La Motte-Piquet et du comte de Grasse.
L'arrivée du comte de Guichen à la Martinique le 22 T. m. 9
130 HISTOIRE DE LA MARIIfE FRANÇÀfSE. 1780(.
mars , et sa jonction avec le comte de Grasse y rassuré'rent les esprits et les remplirent d'espérance. Le viceamiral Guichen passait pour un marin aussi habile que courageux ^ et chacun j dans sa pensée, aimait à l'opposer à l'amiral Rodney , que les Anglais représentaient comme un homme de guerre du premier ordre.
A la tête d'une flotte de vingt-deux vaisseaux, le comte de Guichen nétait pas homme à rester dans l'inaction.' Comme le marquis de Bouille l'engageait vivement à faire la conquête de Sainte-Lucie , il embarqua sur ses vaisseaux le général et plusieurs détachemens de soldats, et se présenta, le 24, devant cette lie. Mais le gouverneur anglais en avait fortifié les abords, et VamiralHyde Parker venait de s'embosser d'une manière inexpugnable , au gros Ilet , avec seize vaisseaux.
Le comte de Guichen , après avoir reconnu l'Ile et la flotte ennemie, revint mouiller à la Martiniquel. Là, il apprit l'arrivée aux Antilles de l'amiral Rodney.
Cependant une grande pensée agitait l'esprit du comte de Guichen. Il avait un nombreux convoi qu'il allait faire appareiller pour Saint-Domingue, sous l'escorte du vaisseau le Fier. Il voulait, tout en protégeant la flotte marchande, attirer Rodney au combat, le battre, et puis conquérir, avec les troupes qu'il avait à bord de ses vais-
HISTOIRE DE LA MAiaNfi FRANÇAISE. 1780. 131
seaux, Sainte-Lucie ou quelque autre île importante.
Le 12 avril, il ordonna au chevalier de Turpin, commandant le Fiery de sortir du Fort-Royal avec le convoi et de prendre la route de Saint-Domingue. Pour lui , il appareilla le lendemain avec vingt-deux vaisseaux et plusieurs frégates, et gouverna pour remonter au vent de la Martinique en passant par le canal de la Dominique. Ses frégates avaient Tordre d'observer Tennemi mouillé à Sainte-Lucie.
Les courans contrarièrent la flotte française, qui remontait péniblement le canal. Dans la matinée du 16, plusieurs vaisseaux avaient franchi le passage, lorsque le comte de Kersainl, commandant l'Iphigénky placée à l'arrière-garde, signala la flotle britannique, forle de vingt vaisseaux, dont deux à trois ponts.
AvarU-garde.
Taéi.
Blessés.
Le Stirliog-Gastle. 64 canons
. Carket.
L'Ajax. 74 -
Uvelade.
L'Elisabeth. 74 —
Maitland.
JLa Princesse Royale, 90 —
fHyde Parker, v.-ara.
( Hammond, c. de pav.
L'Albion. 74 —
Bowier.
Le Terrible. 74 —
Dooglas.
Le Trident. 64 -.
MoUoy.
Corpi
de batailU.
Le Grafton.
Collingwood.
L'Yarmouth.
Bateman.
"Le Cornwall.
Edwards.
Rodney, amiral.
Joung,capit. de pav.
Le Sandwich.
Le Saffoik.
Grespin.
Le Boyne.
Cotton.
Le Vigilant.
Home.
Àrrière-^garde.
La Vengeance.
Hoiham.
Le Medway.
Philip. Ameck.
Le Montagu.
HouUon.
Rowley, cone.-amir.
Watson, cap. de pav.
Le Conqueror.
L'Intrépide.
Saint-John.
iO
Le MagniGcent.
Elphinston.
Avant-garde, — Escadre bleue, — Ordre renversé.
Tués. Blessés.
8 53 L*Intrépide.
Le TrUon.
Le Magnifiqne.
Le Robuste.
Le Sphinx. 64
L'Artésien.' 64
L'Hercule. 74 Escadre blanche. — Corps de bataille.
Le Gaton. 64 — De Frammont.
La Victoire. 74 — D'Albeit S^Hippolyte.
Le Fendant. 74 — Marquis de VaudreuiL
Duplessis-Pascau. De Boades.
Le chevalier de Brach.
( Gomtede Grasse, corn.
( De Longaevi)1e,c.de p.
De Soulanges.
De Peynier.
D'Amblimont.
5 2 La Couronne. 80 —
20 55 Le Palmier. 74
4 15 L'Indien. 64
9 20 L'Actionnaire. 64
^Le comte de Gulchen,
général.
)BuordelaGbenalière,
capitaine de pavill.
^BuordelaCharoulière,
major.
Le chevalier de Monleil. Le chevalier de Balleroi.
De Larchantel.
Arrière-garde. — Escadre blanche et bleue.
22 43 Le Destin.
8 27 Le Vengeur.
22 35 Le Saint-MicheL
7 32 Le Plutou.
5 26 Le Triomphant.
36 31 Le Souverain.
6 29 Le SoHuire.
6 IS Le Citoyen.
Dumaitz de Goimpy.
Le chevalier de Reli.
D'Aymar.
De La Marthonie.
/Le chevalier de Sade, commandant.
I Le chevalier de Otas- Préville, c. de pav.
De Glaudevèë.
De Cicé.
De Nieuil.
Les deax amiraux, pénétrés des avantages du vent, manœuvrèrent toute la journée avec beaucoup d'habileté pour se rassurer. Au soir, le comte de Guichen, qui n'avait pu primer de manœuvres son habile adversaire, le voyant porter, avec des vents variables d'est au nord, sur son arrière-garde, vire de bord, vent devant, en prenant les mêmes amures que lui. Celui-ci, déjoué dans son dessein, tient le vent et change d'amures; de
chaque o6té on se surveille à petite distance. Dans les deux armées, officiers et soldats ont hâte de vider leur vieille querelle, qui est celle du inonde.
Le 17, au jour, la flolte britannique se développe sur une même ligne de front vent arrière, les vaisseaux se relevant dans la ligne nord-quart-nord ouest et sud-quartsud-est. L'intention de Rodney était de porter toutes ses forces sur Tarrière-garde de Tarmée française, qui courait en ligne de bataille tribord amures. (Position 1.)
Le comte de Guichen, qui Ta deviné; vire lof pour lof en se formant bâbord amures. Il fait suivre cette manœuvre des signaux de se rallier à Tordre de bataille bâbord, de serrer les distances et de suivre les mouvemens du vaisseau rintrépidey chef de file de l'armée, ordre renversé. Rodney, obligé de changer ses dispositions, hésite et vient sur bâbord en courant parallèlement à Tarmée française. (Position 2. )
Ces différentes évolutions se firent dans la matinée. Vers onze heures, l'armée anglaise se décida.enfin à attaquer la flotte française, qui l'attendait en ordre de bataille. L'ennemi gouverna vent arrière, chaque vaisseau portant sur le vaisseau français qui lui correspondait. (Position 3. )
A une heure, l'armée anglaise serre le vent bâbord
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HfBfDtRE IHB LA MAEIRB PAAI^ài^E. 1780. 136
amures et engage le combat. Sa ligne est trop étendue ; rarrière-garde, surtout, se trouve éloignée du corps de bataille. L'escadre française n*est pas mieux formée; sa ligne a trop de développement', et un de ses vaisseaux du centre, l* Actionnaire, mauvais marcheur, construit pour la compagnie des Indes, tombe souâ le vent et cause un vide considérable dans la ligne. ( Position 4.)
Les deux avant-gardes et une partie du corps de bataille se canona^t vitement. Le comte deGuichen avait espéré que Rodney chercherait à le combattre en personne, mais ce dernier s'était placé en arrière de laCau-^ ronmey vaisseau amiral français. Cette coilduite de l'amiral anglais cachait un piège que le comte de Guichen sut prévenir. Rodney, qui s'était aperçu de la trouée de la ligne française, avait voulu en profiter, et comptant, au milieu d'uAe canonnade très vivoj dissimuler sa ma^ noeuvrei il ordonne de redoubler le feu ; ptis, à une heure vingt minutes , quand le moment lui parait venu^ il laisse arriver et gouverne sur le poste innocupé de rActionnaire. (Position 4.) «cYoung, dit4l à son capitaine de pavillon, si Rowley me secdnde, voici un beau jour pour les armes de la vieille Angleterre ; mais le capitaine du Destin, faible vaisseau dé cinquante, surveillait le
J36 HISTOIRE Bfi LA HARINfi FRANÇAISE. 1780.
formidable trois ponts (1); qui s'avançait lentement pour passer devant lui. Se couvrant de voiles, il précipite sa marche, décidé à l'aborder plutôt que de le laisser passer. À demi-portée de pistolet de son ennemi/ il ouvre un feu terrible et se met en travers du Sandwich.
Rodney^ interdit de ce trait d'audace^ s'arrête et foudroie le Destin. Lecomte deGuichen ordonne aussitôt de virer vent arrière tout à la fois. Pendant la durée de l'évolution, les vaisseaux le Sphinx et l'Artésien^ de soixantequatre, sont combattus par les plus gros vaisseaux ennemis, au nombre desquels se trouvait la Princesse RoyaUf de quatre-vingt-dix-huit. MM. de boulanges et de Peynier, leurs capitaines, soutiennent avec fermeté un feu si supérieur, jusqu'à ce que le comte de Grasse, avec le Robuste^ vienne les dégager. Rodney, isolé de ses vaisseaux, craint à son tour d'être coupé. Il se hâte de venir au vent et de gagner les eaux de sa colonne. A quatre heures, l'armée française revire et continue la canonnade jusqu'à la nuit.
(i) Les Anglais ont toujours mieux compris que nous l'avantage (Ta- Toir dans une armée des vaisseaux à trois ponts ; à Trafalgar, ils en avaient neuf, et l'escadre française n'en avait pas un seul. Gomment ne voit-on pas cependant que c'est la réalisation de cet axiome de guerre : « Des masses sur des points faibles ? »
Entre autres vaisseaux anglais désemparés, le Sand^ wichy qui avait été attaqué successivement par les vaisseaux français, le Vengeur y le Destin et le Palmier ^ fut si maltraité qu'il courut risque de couler bas.
Rodney, dans l'impossibilité de recommencer un second engagement, et d'ailleurs mécontent de plusieurs de ses capitaines, laissa le champ de bataille au comte de Guichen et s'éloigna précipitamment.
Dans sa lettre du 26 avriU Rodney, malgré ses forfanteries habituelles , avoue que : a L'état désemparé de plusieurs vaisseaux, et particulièrement du Sandwich^ qui eut toutes les peines du monde, durant vingt-quatre heures, à tenir sur l'eau, ne lui permit pas de poursuivre les Français. »
La nuit qui suivit le combat, l'armée française conserva ses feux allumés et fit ses signaux à coup de canon. C'était une provocation directe faite à Rodney; mais ce dernier continua à prendre chasse, et, le lendemain, à la pointe du jour, ses derniers vaisseaux disparurent à tous les regards.
Dans ce combat, l'armée française manœuvra avec plus d'habileté et de vigueur que la flotte britannique. Le plan de Rodney était bien conçu, les mouvemens de l'amiral français et le défaut de concours de plusieurs ca-
lâS RfSTOIRE DE LA HAMNE FRA1IÇÂI5E. 1780.
pitâines anglais paralysèrent ses efiSorts/Gomme au combat deMahon et de Toulon^ lavant^garde ennemie (it trop de voiles et distança, par cette faute, la ligne anglaise. L'action du Destin^ qui fut justement louée, est digne de remarque, en ce qu'elle montre la force de l'opinion sur Tesprit des hommes. L'armée courait les dangers d'une défaite presque certaine sans la bravoure de M. dis Goimpy. Tels étaient, après laffaire, les propos de toute Tescadre française. Cependant, en admettant que notre ligne eût été coupée, quels désastres donc menaçaient Tarmée? N'était-il pas toujours facileà notre arrière-garde de remédier à cet accident, en se portant promptement à Tendroit des vaisseaux coupés. Ce mouvement amenait nécessairement une mêlée qui aurait tourné à l'avantage de la flotte la mieux pourvue en capitaibes braves et dévoués. Mais alors, comme sous l'empire, il était passé en principe que des vaisseaux coupés étaient des vaisseaux pris, et il n'en fallait pas davantage pour que cela fût (1).
(i) Les plaintes de Rodney à Tamirauté eurent poar effet d'établir une coutume éminemment pratique. Dès ce jour, un amiral anglais, lorsqu'il prend 6n temps de guerre le commandement d'une flotte y est toujours consulté dans le choix à faire des capitaines de son armée. En 1787, sur la menace d'une guerre avec l'Ânglelerre, le roi ayant nommé Suffi^n commandant de sa flotte de Brest, eet ofitder général ne ooi^-
nsToiRE DE tk mkKim française. 1780. 139
Le comte de Guichen^ après la retraite de Rodoey, fît route pour la Guadeloupe où il déposa ses blessés. Cette opération terminée^ apprenant la réapparition de
sentit à en prendre le commanderoeat qu'à la eondiiion qu'il choisirai les capitaines de son armée. Que de grandes choses il eût entreprises avec de pareils élémens ! Sous Louis XIY, les exploits prodigieux de nos divisions armées pour la course venaient en grande partie de ce que h chef de la course était autorisé à Caire choix des capitaines qui devaient servir sous ses ordres. Il ^ est naturel que les plus intéressés dans la réussite d'une entreprise , eVst à dire le gouvernement et 1^ cbef de Texpédilion , s'entendent sur les commandemens à donner. En admettant même que Tamiral commît quelques erreurs , la discipline et l'obéissance y gagneraient, parce que ces capitaines, flattés ou reconnaissans du choix qu'on aurait fait d'eux , se trouveraient solidaires, et réciproquement.
Une objection nouvelle se présente. Cette disposition donnera au chef de la flotte le moyen de s'assurer de ses créatures ; en sorte que b<m nombre de braves et habiles capitaines se verront frustrés d'une faveur qu'ils auront méritée. Mais on peut répondre qu'en temps de guerre, car je ne raisonne que dans cette hypothèse , les commandemens sont nombreux, surtout pour un personnel comme celui de la marine firançaise; tel capitaine , qui n'aura pas eu le commandement d'un vaisseau de la flotte, aura le comn^andement d'une forte frégate ou d'un vaisseau d'une antre escadre. D'aUleurs, pendant la guerre, on gouvemonent doit user largement de ses prérogatives pour faire de bons choix en oflîciers. La guerre est un état anormal qui demande des mesures exceptionnelles. Quand Rome était menacée par un peuple puissant, les lois se taisaient, et une dictature suprême donnait une seule et énergique impulsion aux armées. La force d'une flotte se trouvant dans la bonne composition de ses capitaines, une pareille coutume en France ne pourrait qu'être très avantageuse an succès de nos armes.
rennemi sous le vent de rile^ il manœuvra deux jours pour ramener à une action générale. N'ayant pu y parvenir^ il se détermina^ de concert avec le marquis de Bouille, à remonter au vent des îles par le nord de la Guadeloupe, pour accomplir les projets qu'ils avaient arrêtés.
Les Anglais venaient de renforcer les garnisons de Saint -Christophe et d'Antigoa. Ces points importans étaient à l'abri d'un coup de main, et, en raison de l'égalité des forces des deux armées, un siège en règle n'était pas praticable. Restait Sainte-Lucie, objet de convoitise de la part du marquis de Bouille; il ne fallait pas songer à la surprendre ; pourtant, avec du bonheur, on pouvait tenter quelque descente imprévue sur un de ces points , et s'en emparer comme d'Estaing avait fait de la Grenade. En conséquence, le comte de Guichen se décida à passer au vent de la Martinique, à chenaler dans les parages de Sainte-Lucie et à prendre poste au gros Ilet.
Le 5 mai, la flotte française se trouva en vue de la Martinique et au vent. Le 7, le marquis de Bouille s'embarqua sur la frégate la Courageuse, et prit six cents grenadiers qui furent répartis sur quatre frégates. Â l'entrée de la nuit, cette petite division se dirigea au vent de Sainte-Lucie, précédant de quelques heures
l'armée qui manœuvrait pour se trouver^ au jour^ à l'ouverture du canal.
Le 8, au matin, le lougre le Chasseur ^ commandé par M. de Saint-Georges, qui formait Tavant-garde des frégates^ découvrit, au gros Uet , la flotte britannique au < moment de son appareillage.
Le comte de Guichen, prévenu aussitôt, rallia toute ' sa flotte et fit ses préparatifs de combat. Les vaisseaux le Dauphin Royal et le Triumph venaient de se joindre, l'un à l'escadre française, lautre à la flotte britannique. Le comte de Guichen, sans perdre de vue son adversaire, manœuvra sept jours afin de l'attirer au vent de la Martinique, pour profiler de ses fautes et le corn-* battre avec avantage. En cas d'échec la Martinique lui servait de refuge; victorieux, il n'en laissait aucun à l'ennemi.
Rodney, de son côté, ne négligea rien pour primer son adversaire. Le 14 mai, cependant, les deux armées se trouvèrent très rapprochées l'une de l'autre; elles couraient parallèlement, bâbord amures avec des vents d'est. Français et Anglais étaient fatigués de ces évolutions sans résultat; il esta présumer que , par lassitude, on eût commencé le combat si la nuit ne fût venue y mettre obstacle.
142 HISTOâRK DR LA MARINS FRAIfÇAISE. 1780.
Le 15 au SKitin^ Tarmée fraiiçaise, toujours au yeat^ arrive résolument sur l'ennemi qui force de yoiles* (Position 1.) On se trouvait déjà à portée de canon, lorsque le vent, qui variait successivement vers le sud^ passa au sud-sud-est et devint assez favorable à l'escadre anglaise pour qu'elle espérât de gagner le vent aui Français. Rodney fit virer vent devant par la contre- Hiarche. Son avant-garde gouverna bien au vent de Tarmée française. (Position %)
Le comte de Guichen , qui venait de prendre la bordée de bâbord , était plus pratique que son adversaire des vents qui régnent dans ces parages. N'ayant pas de confiance dans la durée des vents de sud-sud-est , et comptant qu'ils reviendraient souffler de leur première direction, vire de bord, vent arrière^ et manœuvre pour s'élever dans la partie de l'est. Le vent ayant en effet ressoufflé de cette partie y Guichen prend bâbord amures, en virant vent devant tout à la fois. (Position 3.)
Les deux armées se trouvèrent ainsi au bord opposé , gouvernant l'une sur l'autre ; personne ne savait qui aurait le vent des Français ou des Anglais. « Parbleu ! dit Guichen ^ si l'Intrépide est digne de son nom et que Rodney tienne bon y nous allons avoir une furieuse mêlée! ï> Sur ces entrefaites la brise devint un quart plus
ri
If
IÉI9BÛIRE Bft LA MKSam FRAlKÇiUSE. 1780. 143
fetorable k l'armée française et Tavant-garde obtint dé^ cidémentravaDtage. La flotte angtiaise, en poursuivant sa route y courait Talternative de couper notre ligne ou d'engager le combat à bout portant. Guicben , qui était sur ses gardes, avait fait préparer le signal à son avantgarde y en cas que Rodney tentât de traverser ses vaisseaux , de virer tout à la fois et de se porter à Tendroit attaqué. Mais l'ennemi y intimidé par la bonne contenance de larmée française , largua de deux quarts et prolongea à bonne portée notre corps de bataille. On s'envoya de part et d'autre plusieurs bordées qui n'eurent d'autre résultat que de mettre un peu de désordre dans les deux armées y surtout dans celle de France, où l'arrière-garde était comme séparée du corps de bataille. Les dangers, que le comte de Guichen avait pressentis quand l'avant- garde anglaise gouvernait sur lui, s'of- Araient de nouveau si l'arrière-garde ennemie venait résolument au lof. Aussi fit-il le signal à son armée de virer vent arrière tout à la fois. Par ce mouvement, quifut vivement exécuté, il dégageait non seulement ses derniers vaisseaux, s'ils avaient été enveloppés, mais il montrait son désir d'avoir une affaire importante, puisque, pour cela, Rodney n'avait qu'à gouverner comme lui. Cependant Famiral anglais coptinua à arriver , ce qui le mit
144 HISTOIRE D£ LA fllÀRlNE FRANÇAISE. 1780.
bientôt à bonne distance des Français. Â la nuit, les deux armées se conservèrent en vue, leurs feux allu* mes. Le temps, comme les manœuvres des deux flottes, avait un caractère d'incertitude singulier. A la ftn les Français , en cherchant à s'élever au vent de la Martinique , semblèrent avoir pris un parti ; les Anglais parurent se tenir en observation : tantôt on les vit couverts de voiles, tantôt sur leurs huniers seulement.
Le 19 au matin, la brise venant toujours de l'est, on vit l'armée anglaise dans la direction du sud, à cinq lieues de distance. Elle était au plus près tribord amures; celle de France gouvernait les amures à bâbord. Gomme Tennemi était couvert de toile et semblait désirer d'en venir aux mains, Guichen diminua de voiles, calculant son sillage de façon à rencontrer la tète de Tavant-garde anglaise. Vers deux heures et demie, les deux armées se trouvèrent assez rapprochées pour que le combat fut jugé imminent; Guichen fil signal à son avant-garde de doubler au vent Tennemi et de le combattre sitôt qu'on serait à portée de canon. (Position 1.)
A trois heures et demie le feu commença à contrebord entre les deux chefs de file , mais les vaisseaux
CcwBaL^ 15 Jtttu ijScf
l^Poutidi
2 f Position
mSTOlRE DE LA MARINE FRANÇAISE. 1780. 145
anglais arrivant successivement en prolongeant noire ligne, l'action devint bientôt générale.
A quatre heures et demie, le comte de Guichen remarquant que son avant-garde , dans le but de serrer l'ennemiaufeu, avait gouverné largue etsesous-ventait, lui fit signal de tenir le vent. Cette manœuvre, habilement calculée, meltait l'avant- garde française en position de secourir l'arrière-garde en cas que Tennemi essayât de l'envelopper.
Les prévisions de l'amiral français furent justifiées : une demi-heure après ce signal neuf vaisseaux de tète anglais ayant reviré, vinrent sous toutes voiles, beaupré sur poupe, sur les derniers vaisseaux de Tannée française; mais à la vue de l'avant-garde et du corps de bataille français qui, après avoir reviré tout à la fois vent devant, accouraient au secours de leurs vaisseaux en péril ^ les ennemis arrivèrent en désordre et rallièrent leur armée. \
A cinq heures et demie le comte de Guichen , s'étant reformé, se présenta en bataille dans le plus bel ordre« Les Anglais, en se repliant ^ur leurs vaisseaux de dessous le vent, se mirent également en bataille.
Vers six heures un quart les deux flottes étaient rangées sur deux lignes parallèles , à la distance de deux
pQrt^eg de camon; m^is à la o^it les Anglais perdîr^i^t de leur audace^ ils coururent larguQ^ en sorte que le 29 au matin ils se trouvèrent à deux lieues de distance, et peu après on ne les distinguait que du haut des mâts. Le Qomte de Guicben, jugeant qu'ils faisaient route pour la Barbade, cingla sur la Martinique où il mouilla le 2^
Le vaisseau anglais U Camwall^ complètement désemparé, ne put suivre son armée^ il coula à Ventrée de la baie du Carénage.
Telle fiitrissue de la campagne de 1780 aux Antilles, dans laquelle les deux armées rivales eurent à déplorer à peu près le même nombre de tués et de blessés ; où rbabileté des chefs^ la bravoure des capitaines et l'égalité des forces rendirent indécises les opérations militaires. l)e part et d autre on s'estimait asse^ pour ne pas hasarder de ces manœuvres téméraires qui amènent les grands succès ou les grandes défaites.