DIVISION ANGLAISE
Le Lion. 64 canons. Gornwallis, Commandant.
Le Bristol. 50 — Pakenkam.
Le James. 44 -* Stevens.
BlSTOme DE Là MARIMB FRANÇAISE. IIM. 155
que répidémie faisait éprouver à $es équipages, résolut de quitter les Antilles et d'aller hiverner en Europe. Il était presque certain que Tennemi n'oserait rien entreprendre, durant la saison d'hiver, contre nos lies pourvues de bonnes garnisons ; mais il croyait nécessaire d'escorter, jusqu'en vue des terres d'Espagne, le convoi espagnol de Saint-Domingue. Réunissant tous tes navires marchands destinés pour l'Europe, il fit ronflé avec eux.
Tandis que l'armée navale de France s'éloignait du théâtre de la guerre, Rodney était en proie à une vive anxiété. Ne pouvant se rendre compte des projets d^ l'escadre espagnole, voyant un piège même dans le dé* part du comte de Guichen, il craignait à la fois pour là Jamaïque et les États-Unis. Ce dernier pays fixa plu« particulièrement son attention; il se détermina donc à faire voile pour Sandy-Hook, laissant la moitié de sa flotte pour défendre, s'il le follait, la Jamaïque.
C'était à la fois une méprise et une imprudence ; lé comte de Cuichen, qui soupçonnait en partie les projeta de l'ennemi, n'avait qu'à laisser son convoi sous l'escorte de six vaisseaux pour se rendre soit aux Antilles, soit en Amérique. Dans le premier cas, il lui sufBsait de se rénnii^ à don Solano pour que la Jamaïque oti
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Sainte -Lucie tombât en son pouvoir; dans le second cas y le sort de rÂmérique était décidé. Rodney ne pouvait empêcher la défaite totale de Tescadre d*Ârbuthnot ni le succès des plans des généraux Washington et Rochambeau, qui avaient bâté leurs opérations, dans Tespoir que la présence du comte de Guichen leur donnerait la supériorité sur mer. Mais y pour mettre à exécution des combinaisons hardies, il faut que le général ou Tamiral ne soit gêné par aucune instruction et que le gouvernement ait une confiance illimitée dans ses. talens. Rodney, toujours heureux, y gagna d'avoir dérobé ses vaisseaux à un ouragan terrible qui ravagea les lies, brisa quatre cents navires, dont plusieurs de guerre, et détruisit de fond en comble Brigstown, capitale de la Barbade.
Il arriva à Sandy-Hobk le 12 septembre 1780, après, 18 jours de traversée. Il envoya aussi tôt quatre de ses vaisseaux, sous les ordres du contre-amiral Drake, renforcer la division d'Arbuthnot, qui était mouillée depuis quelque temps à la pointe est de Long-Island sous Tile de Gardner. Il était présumable que Rodney, n'ayant rien à craindre du comte de Guichen, tenterait quoiqu'ontreprise sur l'escadre française du marquis de Ternay ,
mouillée à Rhode^sland. Les fortifications de cette ville,
du côté de la terre , n'offraient pas des obstacles bien grands, et le côté de la mer avait été fortifié à la bâte par M. de Ternay. D'ailleurs l'escadre anglaise avait encore la faculté d'entrer par la passe de l'ouest entre Gonnecticut et la terre ferme, et de mouiller au nord de la rade. Heureusement que la contenance de nos vaisseaux influa sur les dispositions de l'ennemi qui n'osa faire aucun mouvement.
Au reste, le départ des flottes et l'affreux sinistre survenu aux Antilles déterminèrent une trêve générale entre les deux partis.
En Europe, le même défaut d'ensemble entravait les opérations des alliés. Les Espagnols, préoccupés de la conquête de Gibraltar, rassemblaient leurs principales forces et dépensaient leurs trésors devant cette citadelle.
Pour complaire au cabinet de Madrid , qui se plaignait du manque de concours de la France, la cour de Versailles envoya de Brest et de Rochefortdes vaisseaux les uns après les autres et laissa nos ports et nos convois exposés aux attaques de l'ennemi. G'est ainsi que l'amiral Gearry, croisant en juin et juillet 1780, dans le golfe de Gascogne, captura une partie de la flotte marchande des Antilles. Pour les mémea causes et dans le même temps, les frégates la Capricieuse y la Belle-Poule
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6t laNymj>he devenaient la proie des Anglais. Ces trois frégates liTrèrent des combats acharnés et accrurent^ parleur noble conduite^ les regrets que Ton éprouva de leur infortune et de l'imprévoyance du ministère.
La première^ la Capricieuse, commandée par Le Breton de Rausanne^ fut poursuivie et att^te, le 5 juillet, par les frégates anglaises ta Prudente ellaLtcomi y qui la combattirent bord à bord de chaque côté. L'action dura cinq heures consécutives ; démâtée de son grand mftt^ dégréée y criblée de boulets, tous les officiers y compris le capitaine, plus de 100 hommes tués ou blessés, la Capricieuse n'amena son pavillon qu'au moment où , coulant bas d'eau » elle ne laissa à l'ennemi que quelques prisonniers et des débris de vergues et de voiles.
La BeUe-PaulCy en compagnie de la frégate l'Aimable et de la corvette le Rossignol ^ croisait sur les côtes de la Saintonge, lorsquelle découvrit le 16 juillet le vaisseau anglais le NonSuch , capitaine James Wallace. M. de Rergarieu, capitaine de la Belle Poule, désireux d'attirer sur lui seul les efforts de l'ennemi , prit chasse vent arrière, après avoir fait éloigner ses deux conserves (1). Ce fut en vain que pour augmenter sa vitesse
J!) Cyiwcrvf, 8]f9onym^ é€ compagnon.
U ^ j9leir à I4 mpr \e$ effeis qui pwYairat tlMg^r U frégate, U Ngn^Such l'aU«igoit vers 1^ oa«6 heures eX demie du soir, h^t cmbaA dura plu3 de deux kmim ^ deoaie. Au plus fort de Tactlon, M. de Kergario», )}^S8é morteUeixàeuty veut mourir sur sou b^uc de quart; il s'évauouit. M. de la Motte TabOurel, son ser condy le remplace et encourage l'équipage. La BeUe^ Potil^ a^RUt tous ses caufoifi démontés» plus de six pieds d'eav dAQ* sa cale et ne mancBuvrant pli»; amena boi| pavillon. Lçs Anglais eurent beancqup de peina à coai- .dnire la frégate en Angleterre.
La frégate la Nymphe, (^taine du Rumain (1); deSO canons de 12 en batterie et de 6 sur les gaillards, croisait .deyant Ouessant» lorsque le 10 août elle aperçut la frégate anglaisA la Flora, de 28 canons de 18 ra batterie, avec 14 canons sur les gaillards et 4 pbusiers de 18. Comme le capitaine Williams^ qui la cœurnandait, gou- Yernail sur lui^ du Rumain ^t carguer ses basses voiles pour Tatteudre. Rientôt on en vint à un engagement vergue à vergue. La Flora^ dégréée^ ayanleu sa barre de gouvernail brisée , dériva sur la Nymphe. Avec de la prudence la frégate anglaise était prise y mais l'impé-
(1) Le méms donl il a été question aux Antilles.
teux du Rumaih manœuvre pour Vaccoster et ordonne l'abordage. Ses officiers lui représentent le danger qu'il y aura à monter à bord d'un ennemi avant que la mousqueterie et les grenades n'aient balayé son pont; ils demandent quelques minutes. « Non, répond du Rumain^ j'y monterai seul et vous donnerai l'exemple du courage que vous devriez avoir, y^ Justement blessés d'un propos si offensant et si peu mérité, les officiers^ du Rumain en léte^ s'élancrat tête baissée sur les Anglais. M. du Rumain est tué; un neveu du capitaine de la Surveillante^ du CouSdic^ est écrasé enlre les deux frégales. MM. de Penandreff^ de Keranstret et de Taillard^ parviennent/avec quelques hommes, sur le gaillard d'avant delà Flora; ils combattent en furieux, mais ils sont tués tous les trois. Âtors, sans chefs et sans secours, cette poignée de braves dépose les armes. La Nymphe ^ ayant plus de cent hommes tués ou blessés, les trois quarts de ses officiers hors decom* bat, s'étant vue exposée par deux fois à sauter ou à brûler, amène son pavillon (1).
A la vérité, les alliés prenaient une revanche éclatante de ces petits revers. Un convoi, chargé de trou-
(1) Celte affaire n'est pas racontée (out-à-fait de même par un deà officiers du bord ; mais, d'après les renseignemcns qui m*ont été donnés, je crois être plus exact. ri
«lOTdlRE M LA HAllim thkHÇkm. ITW. «t
p«« flt de œunitfonB 4e jfoerre, yehait d'appareillée d'Angleterre pour l'Amérique, sous l'escorle d'un vJris- «aau et dp trois /régates. Arrivé le 9 août en vue de YEsl Pâgne, il prolongea trop sa bordée ef vînt tOMrtJci^ au militti de l'àVant-garde <le:i'apmée eomWnée , commatiidéepar l'amiral Oord«(va . qui- cnjisait surla rdul^qu^ li«»nealï les navires destinés pour l'Amérique on peUirinde.-eO-tronBpoftay «jOOO; personnes dé tout âge,» 1,««0 «aatelots; un inwtériel immense, tombèrent au pouvoir des alliés. L'entrée g Cadix de ces prises causa une allégresse générale ; à Londres, le peuple ftft cbns* ttirHé. Le» ministres, servirent «n butte amt reprochés les: ptesTMéns.' • :• • • . . . ;= ..-r. , -,
Les Eq>agnols, comme nous vibûoiw dele dire, se dis-' posaieiit à foire une attaque générale contre Gibraltar.' Après le- ravitaillement de la place par Rodney^'don' Barôdo reprit le blocus; Cordova , eii stalidn'à Cadix,) eut l'ordre de fermer le détroit aux escadres enneniiès ,' et le général Mendtaa feelùi d'investir fe ville. Les ou-' vrages du oamp deSaint-Roch , dont on volt les ves- ' tiges, dennent la mesure de la persévérance et dés îm-' menses travaux que les Espagnols y exécWèrentj maii ' il était dit que tous les efforts dé ce puissant royaWe viendraient se briser contre ce fua^te rocher. Ou étit '
T. III. Il
b^m iaterc^ter lea conaïa&icadicms de la i^araiso» arec la Hier, en vain on œvoya pksieiirs brùlott contre qrielqms navires anglais qui se trouvaient dans le port; M cbaloiipes canonnières, années chacune d'une pièce de 26 1 prodiguèrent inutilement la poudre et les boulets ; les Anglais tiraient peu, nuàis exécutaient des sorties qui détruisirent plus d'une fois les ouvrages ebpagnois; Çep^n^antdonMendoKa, k force de patience , était pài^ ymi, à poiittser les travaux du ôége jusqu'au pied du ];06hj«r; la circonvallation des travaux s'étendait de droite i gaitcAie sur toute la longueur de Tistbine qui ynnt le rooh^ et la terre ferme. Sur sa gauche, il avait creusé un boyau de communication entre la cûtoénvi^^ lation extérieure et les parallèles^ Le général espagnol s'apjp^^issait de sa persévérance qiumd, le 27 noveair bre 1780, au milieu de la nuit , les Anglais , esihatdifir par le peu de surveillance des senthidles eg^giloleB^ firent une sortie vigoureuse dans laquelle ild surprirent les batteries les plus avancées du côté dtt redher^ eb^ clouèrent 18 pièces ; de ca^on et 10 morlims, dôtruisîr rent le chemin couvert, rasèrent les lignes desO^pagnols et imoendièrent leurs magasins.
Lfcs aasiégeans^plus furieux que découragés^ remirent promptement leurs batteries en état de servir; nais
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HISTOIRE DR LA MAMNE FEANÇAlSB. 1780. 163
le rétablissement de la tranchée et des magasins prit beaucoup de temp», et^ jusqu'à l'arrivée du duc de Crillon^ ils se bornèrent à canonner età jeter par inter*» valle des bombes sur Gibraltar arec leurs chaloupes canonnières, leurs bombardes et les batteries des lignes de Saint-Rochr
Ces événemens ayant ajourné toute attaque sérieuse contre la place , le comte d'Estaing fut envoyé à Cadix pour ramener l'escadre française à Brest, où elle devait se réunir aux vaisseaux que l'on équipait pour la cam* pagne de 1781.