‹ Histoire de la Martinique, depuis la colonisation jusqu'en 1815; (volume 2)Chapitre 11 sur 18 · UIÂÏOIHE D£ LA MARTIN1QI · texte numérisé non relu

UIÂÏOIHE D£ LA MARTIN1QI

Rien a'iiuliquc que ces quatre i hvÇ^, de la sédi- 1G59. lion aient été jugés. Lorsque de Vaudroque arriva, ils étaient déjà expulsés de l*ile; cette expulsion dut le dispenser d'éxécuter la lettre de cachet.

A la suite des sucreries i[m s clablissaienl dans la colonie, parut le commerce des eaux-de-irie de cannes, dont on commençait à faire un grand usage. Les marchands les falsifiaient pour en débiter une plus glande quantité. Cet abus attira les regards du nouveau Gouverneur et du conseil souverain. Le 31 mars 1659, il y eut un règlement pour fixer le prix des eaux-de-vie , qui ordonna en même temps de n'exposer en vente que celles qui seraient bonnes, loyales et marchandes.

L'année suivante, 1660, on établit, pour la première fois, une irnposilion en sucre sur ceux des habilans qui ne produisaient que cette denrée.

Tandis qu'en France la victoive couronnait déjà Louis XIY , et qu'il obtenait , avec la main de Tlnfante d'Espagne, la paix avec cette puissance et le reste de l'Europe, en Amérique, une paix générale se concluait aussi entre les colonies françaises et anglaises , une alliance offensive et défensive se formait pour se aietti'e à l'abri des attaques des Caraïbes, Houél , Gouverneur de la Guadeloupe , avait traité de la paix avec les Gouverneurs des îles anglaises les plus proches de la siennè, Montserrat, Antigues et Nieves, et avec les Caraïbes de

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Saint-Vincent, dt^ la Dominique, et avec ceux qui J[(;59 avaieut quitté la Martinique. Ces Gouverneurs anglais, ne se fiant pas à la parole des Sauvages, proposèrent à Houêl une ligue offensive et défensive contre eux pour le cas où ils violeraient leur engagement. Houël en fit part au baiily de Poincy, et il fut convenu que les Gouverneurs anglais et lui se réuniraient en rhôtél du Gouverneur de St.-Cïhristophe. La réunion eut lieu au château du baiily de Poincy qui la présidait. Une ligue oQensive et défensive fut formée, sous le bon plaisir du Roi, entre les deux nations anglaise et française contre les Caraïbes, pour le cas ou ils viendraient à rompre la paix. 11 y fut arrêté aussi que les religieux fran» çais, qui étaient établis à Saint-Vincent et à la Do* minique, y resteraient pour convertir ces Sauvages, mais que ces deux îles ne pourraient être occupées ni par Fune ni par l'autre des deux nations et resteraient aux Caraïbes $ que pour maintenir cette union, soit par la force, soit (^n faisant des prés(»ns aux principaux des sauvages, les deux nations fourniraient, chacune, &0,000 livres de sucre , qui seraient mises entre les mains d'un mart haiid de chaque nation ; qu'elles coiitril^ueraient aussi , en cas de guerre , à élever les forteresses qui seraient jugées nécessaires.

Houël , Gouverneur de la Guadeloupe , pour les Français, et Ausbrun , Gouverneur de Montserrat

pour les Anglais, fuient conunis par rast»i'rnl)lce 1059. pour pourvoir à la conduite des négociations, soit pour parvenir à la paix , soit pour faire la guerre. . 11 fot ajouté qu'il serait loisible aux Gouverneurs et habilans lic 1 une et l'autre nation , qui n'auraient pas été prësens à l'assemblée , d'entrer dans cette union, en le déclarant dans les six mois et en contribuant aux frais qu'elle exigeait.

lloucl avait averti de Vaudroquo de ce projet d'union , afin que la Martinique y entrât, si elle le jugeait convenable. Mais de Loubières et Christophe Renaudot, habitans choisis par les Colons, pour les représenter dans la conclusion du traité, n'arrivèrent â la Guadeloupe qu'en février 1660 : le traité était déjà conclu à Saint-Christophe , en janvier précédent, Ilouël les engagea à aller trouver le bailly de Poincy à qui était due toute la gloire de cette paix, et de le prier de recevoir les habitans de la Martinique au nombre des parties contractantes. De Poincy leur répondit que c'était au Gouverneur de la Guadeloupe qu'il iaiiait s'adresser, parce que c'était lui , comme nous venons de le voir^ qui avait été chargé par les deux nations de lerininer tout ce ({iii concernait celte union. Uoùel, qui n'avait voulu qu'exercer un acte de déférence envers le Bailly, s'offîrit alors fort généreusement pour servir la Martinique. Mais il exposa aux députés que la Martinique ayant été

longlonips en guerre avec les Caraïbes, et venant, 1^59, tout nouvellement, de les expulser de Tile, il était nécessaire, ayant d*entrer dans la ligue entre les deux nations et les Caraïbes , qu'ils fissent la paix avec ceux-ci. 11 leur promit qu'il s'entremettrait > volontiers pour cette fin et ferait venir les principaux Caraïbes à son château de la Basse-Terre. Les deux députés, l'ayant remercié, revinrent à la Martinique rendre compte du résultat de leur mission et prendre des pouvoirs nécessaires pour traiter de la paix avec les Caraïbes.

Le 2li mars lOGO, le Conseil souverain se réunit 1660. extraordinaircmcnl. 11 était présidé par le Général et composé de quatre capitaines de compagnies , de Francillon , de Loubières , de Vertpray et du Boiïî ; do Irois lieutcnans , do la Vigne, des Jardins et de la Verdure; do trois enseignes, do la Jeunesse , de Bouillon et Saint-Aubin. Il ne faut pas croire que les hommes d'épée dominaient seuls dans ce conseil; car ces capitaines, lieutenans et enseignes, siogoani suivant l'ordre de leur grade, étaient aussi des habitans, et les deux élémens de la colonie se trouvaient par conséquent représentés : l'agriculture qui faisait sa prospérité intérieure, et la guerre qui la protégeait contre les attaques extérieures. Dans cetems, le commerce, proprement dit, ne formait pas un corps assez puissant pour jouer un rolc remarquable. De Loubières et

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Renaudoi firent d'abord leur rapport à rassemblée, 1660. puis, les députés des Compagnies ayant été entendus, il fut décidé que les deux députes seraient priés de retourner à la Guadeloupe pour traiter de la paix ensemble avec le Gouverneur de cette tle, qui serait prié de continuer ses peines et bonnes dispositions pour runion générale ; qu i! lui serait cependant représenté que les Caraïbes avaient été les premiers à rompre la paix conclue avec la H ap« tinique, qu'ils avaient massacré plusieurs habitans notables, vivant sans méfiance, sous la foi de leur parole; qu'ils avaient soustrait jusqu'à 500 nègres appartenant aux babitans et les avaient fait sortir de File ; qu'ils s'étaient livrés à toutes sortes d'actes d hostilités, de telle sorte qu'il serait injuste et peu honorable de faire la paix avec eux , de les recevoir dans l'tle, de leur distribuer des terres, avant qu'ils eussent restitué les nègres enlevés et se fussent démis de toute prétention sur la propriété de l'ile. Le Conseil, considérant aussi qu'il y avait parmi ces Sauvages quelques-uns qui avaient de l'influence sur les autres el qui pouvaient aider • à la conclusion de la paix , et qu'il était nécessaire • de les gagner, autorisa les deux députés à faire à cet égard ce qu'ils jugeraient convenable, ajoutant que CCS dépenses serairnl j)ayces par la colonie. Les députés, munis de ces pouvoirs el instructions, retournèrent à la Guadeloupe où ils trouvèrent déjà ren-

ÛOk HISTOIRE I>E LA MARTINIQUE.

dus, quinze des Sauvages les plus renommés de iG60. Saint-Vincent, de la Dominique et de ceux qui

avaient vXv, chassés de la Martinique. On se réunit au logis du Gouverneur. L'assemblée se composait des deux députés de la Martinique, des quinze Sauvages, des principaux habitans de la Guadeloupe, <Jn j)t re Beaumont, dominicain , qui rcsidait depuis quelque temps avec les Sauvages, et du père Duvivier, jésuite. Le dernier jour de mars 1660 , il y lîit conclu que la nation française et les Anglais de Montsei ial, Antigue et Nièves, et les Caraïbes de St-Vinccnl , de la Dominique , et ceux qui ont. quitté la Martinique, vivraient en paix et union; que tout le passé serait oublié, et que, de part et d'autre, on se restituerait les prisonniers. Les Caraïbes promirent de faire observer cette paix par les leurs, pourvu que Ton n'entreprtt rien contre Saint-Vincent et la Dominique qui resteraient leur licMi refuge. Les deux religieux préseus demandèrent aux Caraïbes s'ils désiraient apprendre à prier Dieu et s'ils ne voulaient pas recevoir des missionnaires pour les instruire. Ils ré- • pondiient qu'ils le désiraient et étaient très-satisfaits de la résidence du P. Beaumont parmi eux. L'un de ces Caraïbes , nommé Baba , réclama ses neveux qui avaient été pris et conduits âla Martinique. Les deux députés lui promirent qu'ils feraient tous leurs efforts auprès de leur Général pour lui obtenir cette faveur.

IIISTOiR£ U£ LA MARTlMQbE

De Loubières et Rciiaudol, de retour à la Marti- i(>GO. nique, firent au conseil rassemblé le récit de ce qui s'était passé à la Guadeloupe. On donna lecture de l'acte d'union offensive et défensive , du traité de paix avec les Caraïbes, et d'une lettre deHoûel , et le Général fut prié de remercier, au nom delà Colonie, les Gouverneurs de la Guadeloupe, de Saint-Christophe et des colonies anglaises.

Les contrées de l'Amérique continuaient à e.\ci~ ter Tenvie de ceux qui pouvaient en apjpbécier l'importance et les ressources, par la connaissance qui parvenait jusqu'à eux des richesses qu'en retiraient d'autres nations. Malheureusement, c'était encore un intérêt personnel et non celui de la nation entière, qui les animait. L'ordre de Malte convoitait ces contrées; les Compa^ies, composées de Seigneurs et de grands capitalistes, les recherchaient; les particuliers les plus riches se disputaient hur propriété. L'homme, peut-être le plus opulent du royaume, le ministre satrape de Louis XiV, le Surintendant des i inanccs , qui voulait, par son luxe et son éclat, éclipser la majesté royale, Fou que t dirigea aussi ses regards vers l'Amérique. Pcul-ctre, dans l'éloni dissement de son ambition, réva-t-il une principauté du Nouveau- Monde, principauté à laquelle il lui était interdit de songer prés de son Roi. Fouquct jeta ses vues sur la Martinique. Il dut penser qu'il ne lui serait pas

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difficile, à lui an faîte des honneurs et du crédit , de 1G60. venir a bout du faible mineur qui en était Seigneur et Propriétaire. Il commença par iahc acheter, dans la partie sud de Tîlc , na vaste terrain ou il ûi tracer les plans d'une habitation conçue dans de grandioses proportions. 11 envoya deux personnes de confiance, le^ nommes Beanjeu et Descasseaux, chargés de l'administration et qui passaient pour en être les propriétaires. Il avait un navire destiné avorter dans son domaine colonial, de nombreux ouvriers et des engagés qui travaillaient non seulement sur son habiution, mais se disséminaient, d'un côté et d'autre, pour faire probablement des partisans à leur maître ; il faisait acquérir de nouvelles terres et agrandir ses propriétés autant qu'il en trouvait Toccasion; il y faisait élever des constructions propres plutôt à une défense militaire qu'à une exploitation rurale. Cette habitation s'appelait les Trois-Riviè^s.

Beanjeu et Descasseaux, assurés de la protection de Fouquet, allaient même, suivant ses instructions sans doute, jusqu'à chercher à détacher les habitans de leur jeune Seigneur et Propriétaire, en leur représentant la faiblesse et le peu de ressources de celui-ci, et en leur faisant de brillantes offres que les richesses de Fouquet et son crédit lui permettraient de réaliser. Déjà ces menées avaient pro duit quelque effet Les représen tans de Fouquet de-

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Vinrent suspects au Gênerai qui veillait sur les droits IGOO. de ses neveux, et même auxhabîtans qui s effrayèrent de cette espèce d'accaparement de travail et de produits, auquel Beaujeu et Decas9cau% tendaient. Plusi( uis fois, de Vaudroque s'entendit avec les halutans pour essayer de réprimer les projets ambitieux de ces représcntans du Surintendant des Finances, mais ils ne purent y parvenir, parce que ceux-ci étaient sûrs que le; crédit de leur puissant protecteur saurait les mettre à l'abri. ^

Le 8 août 1661 , le Général , inquiet de ce qui se 1661. passait , convoqua sort Conseil où il ne manqua pas d'appeler les habilaris les plus intéressés à la répression de cette espèce d'envahissement territorial qui se commettait, et d'usurpation de pouvoir qui se machinait. Tout le monde y fut d'ac** cord, et il lut rendu un arrêt qui défendit à Beaujeu et à Decasseaux de faire venir, directement ou indirectement, plus de six ouvriers, par an, pour leur usage ; il leur fut enjoint de garder leurs engagés sur leur habitation ; ils furent rendus responsables des torts que pourrait faire la frégate commandée par le capitaine Sessant , à eux appartenant ou à leurs associés, et, attendu la suspicion conçue contre eux par les habitans , le Conseil leur fit défenses de s'accroître et augmenter par acquisition, donation ou autrement ; leur permit seulement de travailler sur la place à eux don-

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née, avec défenses de n'élever aucun bâtiment, fort . 1661. ou terrasse, que par les ordres du Général et jusqu'à ce qu'ils eussent apporté des lettres de eréance deMM. des Hameaux et Miromesuil, ce qu'ils seraient tenus de faire dans dix mois au plus tard, sous peine de sortir et vider llle avec tous leurs gens.

Cette décision des liabitans et du Général , aurait probablement été inefiicace et n'aurait pas arrêté les agens du ministre de Louis XIV, si la disgrâce n'étalP venue subitement le saisir au milieu des grandeurs, presque au sortir de la fête arrogamment fastueuse de Yaux^ et mis une triste fin à ses vastes et ambitieux projets. Des ordres du Roi arrivèrent à la Martinique pour rappeler Beaujeu et remettre à d'autres mains l'administration des Trois-Rivières ; mais , instruit de la chûte de son protecteur, Beaujeu avait déjà quitté la colonie.

Tel est le dernier acte remarquable (jui se passa sous le gouvernement de de Vaudroque. 11 mourut le 2k octobre 1662, fort peu regretté des habitans 1662. quil'avaienlbien accueilli comme frère de leur ancien Gouverneur bien-aimé, mais qui ne trouvèrent en lui aucune des qualités qui pouvaient le leur rapp('ler. Pendant les trois ans environ qu'il administra pour son jeune neveu , la colonie fut assez tranquille, parce qu'elle sentait elle-même le besoin de repos après les dissensions civiles

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dont elle venait de sortir. Son arrivée à la Martini- 166â.

que n'avait pas <*té fort agréable à de Goursclas qui se croyait appelé à continuer la direction de l'ilc pendant la minorité du jeune du Parquet Aussi, la mésintelligence n'avait-elle pas tardé à éclater entre lui et de Vaudroquc , et de dourselas, après avoir éprouvé plusieurs mauvais traitemensde la part de ce chef, s'était retiré en France.

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