‹ Histoire de la Martinique, depuis la colonisation jusqu'en 1815; (volume 2)Chapitre 3 sur 18 · PREFACE. XVII · texte numérisé non relu

PREFACE. XVII

Et puis , un Créole ne peut voir, saus uae profonde tristesse » combien, pour ses compatriotes d'Europe , la principale des colonies de la France

est si peu connue. Ce n'est certes pas dans les histoires écrites dans la Métropole, et par des hommes étranges à nos contrées , qu'il faut aller chercher ces détaib nécessaires à un chef de la colonie et dont nous parlions tout-à-l heure. Non seulement ils ne s'y trouvent pas , mais, chose digne de remarque et affligeante à la fois, c'est que presque tous les écrivains de la France , qui ont touch(; quelque chose de l'histoire de la colonie , ont donné dans des erreurs que l'on ne sait comment qualifier. Dans le Dictionnaire historique et biographique des Généraux , que nous avons cité plus haut, aux articles Dugoininiei\ iiehague^ Rochambeau , on lit des étrangetés qui font sourire celui qui est tant soit peu au fidt de notre histoire locale (*). Nous ne pouvons nous empêcher de citer surtout deux écrivains, des plus éminens, dont nous tenons à relever les erreurs, parce que l'autorité de leurs noms ne manquerait pas de les consacrer comme des vérités historiques hors de doute. M. Tropiotig , tome 1" du Contrat île 60* clété , page 79 de la Préfoce , a écrit ces lignes :

(*) Vos6iB!i, Dic/ioMMirt §iù$rûfliiqm «ntMfMl. . . .

MARTiNIQDEf priiid|iftlM places : Le fort Royal , ta fort ^.«Pierre, cenlrp du commf rci* do Pile , le fort de la Trinité , le (otî 4% Hfittiçol , le l»rt âu MvuUtuft. 2

XTJII 1*RKFACK.

« Ën 1026, Louis Xiil autorisa la Compagnie de » St. -Christophe , à laquelle nous devons nos lies

» des Antilh s : la Martinique, la Guadeloupe, St.- » Doniiiigue, etc. Ses propriétés éciuivalaient à » des royaumes. Mais elle ne put ou ne sut les » garder. Appauvrie, au milieu de ces riches do- » mainos dont le commrrce hollandais accaparait » tous les produits, elle fut obligée de les vendre. » C'est chose curieuse que de la voir mettre en » vente et aliéner ^ au profit des Clwwtlieis tie Mùlu , » St. -Christophe , A/ )/^//////iV///f , St.-Domingue , à « peu près comme un particulier se défait d'un » champ et d'un pré; puis les Chevaliers de Malte, » mdlleurs gentilhommes qu'habiles marchands, » revendre uu /îot ces n'irions dout ie commerce » seul pouvait tirer parti. »

Les Chevaliers de Malte qui ont , en effet, acquis St. -Christophe , n'ont jamais acquis la Martinique. C'est Duparquet, qui la gouvernait déjà , qui Tacheta , et c'est des mains de ses descendans que la Compagnie desT Indes-Occidentales la prit en leur remboursant sa valeur. Plus tard, elle de\iiil la propriété de l'Etat (*),

M. Thiers, tome 3, page 19 de VHUioite du

Cvnsulat cl de CEinju/c^ année 1802, énuniérant

*) Père Dn Ivrlre, f ))aiiir, liliap. 46, 446, el tome 5, IniiU; 4m«y Qigp. |«r^ paray. 3, po^jv 266.

PRÉVACK.

los conquêtes faites p^r l'Angleterre , en Amérique, pendant que la France luttait couti*e l'Europe,

ti'expriine ainsi :

« Elle (l'Angleterre) avait fait une autre acqui- «• sition d*une grande valeur dans le9 Antilles » c'é-

• tait la Martinique enlevée aux Français. Les

• moyens employés avaient été peu légitimes ; car, » les Colons de la Martinique, crui^wuu tm jtau-

• lèvetneiil des esclaves ^ s* étaient mis eux^ménws en » dépôL dans ses rmufis i et (Cun dépôt {'ohnlan'e ^ » elle ni' ail fait une propriété. »

Ce n'est pas, certes « que nous doutions que. le gouvernement anglais sott capable d'une semblahi«' contlukU' ; inais, dans l'intérêt de la vérité, (pu <loi l elre l'aoïe de l'histoire, nous dirons a M. ihiers qu'il a émis une de ces erreurs dont il n'est pas impossible peut-être, mais dont il est difiicile d'ex- ])li<|U( r l.t source. En 1802, les Anglais 'possédaient la Martinique, parce qu'en 1794, ils l'avaient prise de p/W force , après un siéfte meurt i te f , contre Rochambeau qui , aidé de la milice de l'île et de quelques soldats de li^ne, opposa une résistance héroïque, qni excita l'étonnement des généraux ennemis, 11 y a loin de 1â â un dépôt volontaire. Les Colons de la Martinique n'avaient pas à craindre un soulèvement des esclaves ; car , a cette époque , les esclaves témoignaient à leurs maitres un dévouement entier, en combattant avec eux, soit

que ceux-ci liissciit du parti de la campagne, soit qu'ils fussent de celui de la vllle^ qui deviot, plus tard y celui de la république.

Enfin, outre les côtés nombreux par lesquels l'histoire de laMartîniquesemêleà celle delà France et s'élève ainsi à un haut degré d'importance et d'utilité , il ya la partie plus particulièrement locale et indigène , celle où viennent paraître et s'animer les ancieniies et principales familleb de Tîle , où, soit pendant la paix, soit pendant la guerre, soit pendant les dissensions civiles , figurent les Rools de Goursolas, les Yalmenière, les La Vallée, leB Dubuc, les Levassor, les Lagarigue, les Assier, les Dessales, les Gely , les Perrinelle , les Gallet , les Percin , les Dugué , les Catalogne, les Grassous, les Blanchetierre , les Grandmaison , les Guignod , les Tascher de laPagerie et d'autres familles encore. Xi'auteur a pensé qu'il n'était pas sans quelque utile intérêt, que les Créoles delà Martinique pussent trouver, déroules avec ordre et sans qu'ils fussent obligés d'aller les recueillir çà et là, les fastes de leurs aïeux , les annales de leurs ancêtres.

Si donc une histoire de la Martinique est susceptible de réunir l'importance à l'utilité, l'auteur ne regretu râpas les années qu'il a consacrées à son travail. C'est maintenant aux lecteurs à ju* ger si le résultat de ce travail ou l'histoire qu'il met entre leurs mains, remplit ces deux conditions.

Mais qu'ils veuillent bien , dans leurs pensées , ne

pas séparer ce jugement de celte douce bienveillance, de cette tendre indulgence dont on se sent animé pour un ami» pour un compatriote qui tente quelque chose d'utile : l'auteur jouit du premier titre à l'égard de quelques-uns; àTégardde tous , il possède le second.

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