‹ Histoire de la Martinique, depuis la colonisation jusqu'en 1815; (volume 2)Chapitre 4 sur 18 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

Bvénemeiis qui pré€<mérent la colonisation de In If nrttniqao*

Depuis lo 12 octobre l/i92, le roi Charles Ylil rouant en France , Christophe Colomb avait enfin aperçu la terre d'un nouveau Monde (i) ; depuis 1509, à son quatrième voyage, à 1 âge de 66 ans, Timmortel navigateur avail complété la découverte de ces riantes Ûes qui forment comme une chaîne jetée à l'entrée d'une partie du golfe du- Mexique , et , le 15 juin de cette même année , J^uisXII , étant roi de France , il s'était arrêté , pendant trois jours , dans l'une d'elles ^ que les naturels'ou Caraïbes appelaient Madanina» Madiana

OU Mantiuino (*) ; depuis iôOi y et après la relation d'un Voyage accompli au Brésil, Amérigo Yespucci , plus heureux ou plus adroitèment ambitieux que Colomb, avait attaché son nom à tout un Monde, qu'il n'avait ni deviné ni découvert le premier; depuis 1512, les Espagnols avaient abordé dans le l>eau pays de la Floride ; depuis 1519, Gortès était débarqué au Mexique où il avait commencé par brûler ses vaisseaux pour mieux détruire Tempire des Caciques ; depuis 1534, Pizare avait qpéré la conquête du Pérou et ouvert à sa patrie d'inépuisables mines d'or; depuis 15^, Jacques Cartier avait trouvé le chemin du Canada; depuis quelque temps, enfin , l'Espagne et le Portugal s'étendaient sur les deux parties du Nouveau-Monde, et les Français, les Anglais, les Hollandais commençaient à se'fixer dans les petites Antilles que les Espagnols , occupés à leurs mines du continent , semblaient dédaigner, lorsque, le 25 mai 16^, Louis XIU occupant le trône de France, et cent quarantetrois ans après la découverte du Nouveau-Monde, deux gentilshommes français, de l'Olive et du Plessis, partis de Dieppe, abordèrent à la Martinique , le â5 juin suivant. La Martinique est une

n II wt probable les arlteulatioiit laovasca «les Carafh«a qai prunonoènht ee Dom aux premier» Eapagoeli, frappèrenl les orcillM de eeiis-ei d*oiie minière divene, et chacuii d*eoi k répéta k sa fa(nn.

UiSTOXRil DE LA JIAKTi NIQUE. 5

des petites Antilles, située dans la ;£oiie torridr, entre TËquateur et le Tropique du Cancer , entre le dixième et quinzième degré latitude nord, entre le* soiiLantième et le quatre-vingtième degré * de longitude ouest, méridiende Paris. Elle a environ vingt-quatrelieues, dansaapluBgrandelon^fueur, et onze , dans sa plus grande largeur. Là circonférence, en comprenant les anses, les baits et les pointes, est d'environ vingt-sept lieues, et l'on évalue sa superficie à soixante-quatorze lieues carrées.

Ces deux hardis aventuriers étaient déjà venus dans legoiiè du Mexique, et ce n'est qu'après avoir ftit explorer la Martinique , la Dominique et la Guadeloupe, qu^ils étalent retournés en Fk^ance, avaient passé, le 14 février 1635, un contrat avec les Seigneurs de la Compagnie des Iles d'Amérique, par lequel ils devaient aToir, pendant 10 années, conjointement ou séparément, le commandement de Tile ou des îles qu'ils habiteraient. Comme , dans la fondation des colonies lontaines , le roi Louis XIII avait plus en vue la conversion des

infidèles, que ragraatlissenient de sa puissance et raccroissemeiit du commerce, le cardinal de Richelieu avait obtenu du pape Urbain YIIl , un bref qui commettait le soin spirituel des colonies françaises, aux religieux de l'ordre de St. -Dominique , présentés par le Cardinal à la Compagnie,

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4 HISTOIRE DK LA MARTIIHIQUE.

(lui avaieîii Hgnéé son choix. Quatre de ces père» avaient acconn^agné l'entreprise de l'Olive et du riessis. Âpisès être descendus à terre, dans Ten* droit, à peu près, où se trouve aiijourdliui le Carbet, ou, dit-on, Christophe Colomb avait aussi opéré sa descento, le père Pélican, assisté de ses trois autres collègues, planta la croix, au> pied de laquelle de VOlive et duPlessis attachtVent les aruH»8 du roi; et piiis, tout le monde entonna un Te /}eum ^ au bruit des canons de la petite llotille.

Cependant, ce qui semblait avoir éloigné jusque-là k's Européens de cette île où les Espagnols n'abordaient, en allant dans leurs possessions du continent, que pour y renouveler leur eau et faire du bois, fut la cause que cette première entreprise neut pas de suite.

Les deux chefs, après avoir visité, pendant une journée environ, Ttle dont ils venaient de prendre possession . la trouvèrent si montagneuse , si harhée, si peu propre à la culture, qu'ils résolurent de l'abandonner et d'aller à la Guadeloupe. Ce qu'ils firent avec une gfrande célérité; car, débar* qués le ^5 à la Martinique , ils étaient rendus â la Guadeloupe le 28.

U est à croire que la grande quantité de ser^ penls qu'ils durent trouver , serpents que cette ilc, aiifôi qu'une ou doux autre s du golfe du

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HI8TQ1RK DK L.i HARliNIQl'B. 5

Mexique, ont le privilège d'enlreUujr , ftiri*nt pour quelque cho»'- dans ce départ pr(^cipité.

La Martinique » à cette époque « n était habitiie que par les €araibes. La plupart de ces sauvage» «liaient partis pour une expédition guerrière, lors de rapparition des Franeais qui u tn trauvèrent qv*un petit nombre a leur débarquement.

Cette première tentative infructueuse devait <^tre suivie d'une seconde plus heureuse, et la colonie de la Martinique était destinée à être la fille de St. «Christophe, qui florissait déjà et a toujours été considérée, elle-même, eomme la première colonie française des petites Ântillei^. Voici les événemens qui amenèrent cette colonisation de la Martinique.

Dix ans avant l'époque dont nous venons de parler, en 1625, d'Enambur. cadet de la maison i6!2ô. de Yaudrocques-Diel , de Normandie , était parti r^e Dieppe sur un brigantin pour aller chercher fortune dans le Nouveau-Monde. Attaqué et maltraité par un galion espagnol , de forces supérieures, il eut l'idée de se retirer, pour se réparer, il St.-Christophe , l'une des Antilles, à laquelle Christopiu Colomb avait donné son nom. La position de cette charmante Ile, son apparente fertilité, les avantages commerciaux qu'il jugea qu'on poinail en tirer, lui supfpférèrent la pensée de s'y établir. 11 lit part de son projet à svs compagnons qui l'approuvèrent.

HISTOIRE m, LA. MÀAllMQt£.

A la même époque, des Anglais, commandés lGi25. par Warner, avaient abordé dans Tile avec des intendons d'établisseinent. Les deux peuples /sentant leur faiblesse Tis-^-vis des Caraïbes qui étaient fort nouibi cux, résolurent de s'unir pour résister à ces sauvages. Ceux-ci, qui craignaient de subir le sort qu'ils savaient que les leurs de la Terre-Ferqie avaient éprouvé des Espagnols, avaîentrésolu, dans une assemblée secrète , d'ég^orger les étrangers. Les Français et les Anglais , avertis de ce complot par une femme caraïbe qui s'était attachée à un Français , prévinrent leurs ennemis , les surprirent , en massacrèrent une partie , chassèrent l'autre, et puis se partagèrent Tile : les Français occupèrent TËst et TC^est, et les Anglais le Nord et le Sud. C'est ainsi que les deux nations, rivales dans l'ancien monde , se trouvèrent en présence , dès leurs premiers établissemens dans le nouveau. D'Ënambuc, persuadé que non seulement ime pareille entreprise, livrée à ses propres forces, devait infailhblemeut périr » mais qu'elle avait besoin de puissantes ressources pour s'étendre etarriver à son but ; mu, du reste, par Torgueil national et un secret désir de devenir plus puissant que son dangereux voisin , i emonta sur son brigantin, et , après avoir embrassé s^ compagnons et leur avoir promis de revenir mourir avec eux , fît voile pour la France. 11 n eut pas de peine à faire comprendre au ministre de Louis Xlll, Grand

Maître, Ghci et Surintendant général de la iiavi- 1625. galion et du commerce de France» Tulilité de colonies d'Amérique , pour l'avenir de la puissance

navale et commerciale du royaume. C'était là aller au-devaut des vues larges et nationales de la politii|ue de Richelieu; c'était lui fournir une heu-* reuse occasion d'attaquer la puissance , alors formidable, dans ces parages, des Espagnols que l'on considérait, dans ces temps, comme le plus redoutable des ennemis de la France. En octobre 1626, 1626. se forma dope et se signa , à Paris , rassociation des Seigneurs de la Compagnie des îles d'Aniéri^ que , ayant en tête Armand , cardinal de Richelieu. Le fond social lut de 65,000 lirtes (2) ; d'Enambuc et son ami du Rossey en étaient choisis pour les ageuâ.

L'on peut s'étonner que Richelieu n'ait pas placé, tout de suite, les 'colonies sous la direction immédiate de l'Etat, n'en ait pas fait la propriété exclusive de la couronne , en les considérant comme partie du territoire français. ËUes n'auraient point passé par ces commencemens de misères , de soulTrances et de besoins anxcjuels elles se trouvèrent livrées ; elles se seraient développées bien plus vite au moyen des ressource^ puissantes du royaume, et auraient acquis, dès le début, sur celles des autres nations , une prépondérance qui aurait été aussi l'origine de la prépondérance commerciale de la France. L'économie à Iaqu(41e vi-

8 HISTOIRE hU LA MAItTINIQVK.

raient ualurelleiiieul les Cloiiipa^uies , la lésinerie i&lù, des commis qu'eUesemployaient, ont lait mourir, selon un chroniqueur du temps , « plus de monde » a hL-Ghrislophe , dniis les eommoncemcns, qu'il » u'v en a luaiutenaul dans les iies. »

Les secours qu'apportaient d*Ënambuc et dn llossey, avaient péri en gi ancic^ partie, et pendant une longue et aUieuse traversée , et après leur arrivée.

Cependant , le chef des Anglais étant de retour

de son expédition en Angleterre, on il avait été aussi chercher du secours, ou songea à établir les limites des deux nations. Ces limites furent dé* terminées par un traité signé le 13 mai iOâ7. 1^27

La colonie n'ayant épiduvé aucun soulagement de ce premier secours, il fut résohi que du Rossey retournerait en France et s'adresserait à la Compagnie. Celle-ci, après avoir fait la chétive dépense de 3,500 livres, exp«'iiia du Kossey avec un renfort de 150 hommes. Mais, soit encore défaut de précaution , soit encore trop grande économie, une partie de ces hommes mourut en clit inin , et le reste n'atteignit St. -Christophe qu'un très-mauvais état, vers juin 1628. iG2S

La colonie française languissait donc et allait périr tout-4-fait , tandis que la colonie anglaise, mieux pourvue par ceux qui s'éuieut mis à sa tète en Angleterre, prospérait à vue d'œîl et vou-

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lait «léjà, abusant de sa force, empiéter sur ie 1028. terrain des Français. D'Enambuc sut la contenir

par la iermelc dv son ( ai aclère cl délcrmiua à s'embarquer, lui-même, pour aller chercher un secours d'où dépendait l'avenir d*un établissement dont il se considérait comme le père.

Par un bouheui inespéré de la malheureuse colonie » à peine d'Ëiiambuc etail-ii pai li , qu'il se présenta un navire hollandais chargé de toutes sortes de denrées. Le capitaine livra sa car^j^aison qui lui lui payée, en partie, eu peluu que les Co> Ions avaient récolté: le reste fut généreusement donné à crédit, et il fut si satisÊdt de son marché qu'il promit à ces infortunés de retenir.

Telle lut la première occasion où les Colons français furent contraints » par la nécessité , de s'adresser aun nations étrangères, en violation du contrat passé avec la Compagnie.

Quelques jours après, arriva un nouveau secours, c'était un flibot expédié par la Compagnie avec 150 hommes. Mais ils n'étaient pas en meilleur état que ceux qui a\aieut été envoyés précédemment.

Arrivé en France, d'Enambuc fit au cardinal de Richelieu une fidèle et vive peinture des misères qui accablaient la colonie naissante et des outrages qu'elle était obligée d'endurer des Anglais, plus nombreux, et qui ne se faisaient pas scrupule de tirer avaiitage de leur nombre.

HISTOIRE un LA MARTIN li^LE.

Ce récit touoha le ministre jaloux de la gloire 1628. de ia nation. Après eu avoir conleré avec la Compagnie , il résolut de joindre les forces de l'Etat aux ressources de cette dernière pour châtier les Anglais, les faire rentrer dans les lini îles du traité de 1627 9 qu'ils tendaient toujours franchir» et sauver la colonie de son anéantissement qu'il savait que méditait le gouvernement espagnol. Il avait appris, par un avis secret de ses agents, qu'une Hotte considérable, destinée à aller combattre les Hollandais au Brésil» devait» en passant à St. -Christophe , en chasser les Français. Il fit donc équiper 6 vaisseaux du lloi, augmentés de 2 pataches et un navire.marchand armé en guerre. Cette flotte, dont le commandement fut donné à de Cussac , chef d'escadre et habile marin , portait 300 hommes levés aux frais de ia Compagnie et destinés à renforcer la faible population de St- Christophe. Elle se mit à la voile au mois de juin 1629, et arriva au terme de son voyage vers la 1629. Gn d'août suivant.

La flotte française fut reçue , par ces pauvres Colons , avec des transports de joie, et , immédiatement, l'on commença à demander raison aux Anglais de leur usurpation. De Cussac» prohtaiit de l'ardeur qui anime les Français» envoie un trompette sommer Werner d'avoir à faire restituer les terres dont les siens se sont emparés contraire*

lIlSTOiaii DE LA MARTINIQLË. il

ment au traité. L*Aii§^laîs demande du temps pom l ^ Jl). répondre; l'Amiral français, persuadé que cv ii'rsl qu'une ruse afin de se mieux préparer à la défense, lui répond qu*il ne lui donne pas un quartd'heiire. Ne recevant pas de réponse, au bout de ce temps il lève Tancre, arbore sou pavillon de combat et attaque avec furie les navires des Anglais , mouillés devant leur rade. Après un combat acbarné de trois heures, que les deux iicititai?» regardaient, avec anxiété, de leurs rivages , sans pouvoir distinguer les combattans au milieu de la fîimée des canons et de la mousqueterie, l'Amiral français resta complettement victorieux. 11 s'empara de trois navires, trois autres s'échouèrent et le reste prit la fuite. Les Anglais , quoiqu*en plus grand nombre encore que les Français, virent cependant que ce qu'il y avait de mieux à laire, était d'obéir à ce que Ton réclamait d'eux si justement Leur chef s'empressa d'envoyer son 'fils , assurer à TAmiral français, qu'il était prêt à donner toutes les satisfactions désirées, à restituer aux Français, leurs terres, promettant de ne plus les inquiéter dans la possession de ce qui leur était échu en partage. La restitution fut, en ettet, immédiatement opérée $ mais, on les verra plus tard violer encore le traité et leurs promesses.

Ce lut lors de cette expcdilion, que l'amiral de Cussuc prit possession de l ile 5t.-£u8tache, située

à S lieues de St. -Christophe et y fil bâtir un port. 1629.

Cependant, l'amiral de Gussac , ne voyant pas arriver Tescadre espagnole, erut qu'elle avait pris une autre route et était déjà passée* Il quitta donc St -Christophe et se mît à parcourir, avec ses vaisseaux , le golfe du Mexique.

Cette imprudence de rAmiral français, fut cause de la dispersion de la colonie. Vers la fin d'octobre , au moment où les Colons songeaient â se livrer paisiblement à leur culture, parut l'escadre espagnole, composée de 35 gros galions, i& navires marchands, armés en guerre, commandés par l amiral don Frédéric de Tolède et allant au Brésil. Toute la flotte espagnole mouilla, le soir même, devant le quartier occupé par du Rossey. Celui-ci envoya sur-le-<shamp un exprès à d'Enambuc, qui occupait la Capeslerre, c'est-àdire la partie de TËst, et à Werner, pour réclamer des secours aux termes de leurs engagemens. Le renfort, envoyé par d'Enambuc, était commandé par du Parquet, son neveu , capitaine d'une compagnie.

Le lendemain , dès huit heures du matin , don Frédéric de Tolède fit d<'l)arquer une pai lie de ses troupes, qui prit position non loin du retranchement où se tenaient les Français. Ën vain , le jeune du Parquet , se dévouant en héros , se précipita au milieu des rangs espagnols , tuant de sa main le capitaine italien qui les commandait.

immolant tout ce qui se présentait à lui, il tomba 1629. percé de dixrhuit coups, et il fallut céder. Une terreur panique s était emparée des Anglais qui s'eniuirent dans les bois sans qu'il fut possible à

leurs officiers de les arrêter. Les Français , avec du Rossey , gagnèrent à la hâte la Capcsterre. Là.» d'Ënambuc tenta de relever leur courage et de leur inspirer la résolution de se défendre ; il iîit entraîné et il fut décidé qu'on ahaudonnerait Sl.- Christophe. Toute la colonie, composée d'environ 400 hommes , monta sur deux navires pour gagner Antîgue.

Les Anglais , eux , composèrent avec les Espagnols. Une partie fut embarquée et renvoyée en Angleterre, l'autre s'engagea â quitter l'île â la première occasion. Les Espagnols, satisfaits, continuèrent leur roule vers le Brésil.

Ces malheureux débris de notre première colo-> nie, après avoir erré sur la mer pendant trois semaines, souffrant la faim et la soif, abordèrent à St. -Martin. Là, du Rossey se. sépara de ses compagnons qui étaient dans le malheur, et retourna en France. A son arrivée , il fut arrêté et mis â la Bastille, par les ordres du CardinaL D'Enambuc, lui, ne voulut pas abandonner, au moment où ils avaient le plus besoin de son aide, ses compagnons d'infortune, (jui lui en témoignèrent (onte leur joie reconnaissante, il s'embarqua, avec une par-

ik HISTOIRE DE LA MARTiPflQVK.

tiê d'entr'eux, sur l'unique navire qui leur restait iO:29. et alla débarquer à Antigue , laissant les autres à St. -Martin, à rAnguille et a St. -Barthélémy. A Antigue , un heureux hasard le fit rencontrer un des navires de la flotte de Tamiral de Gussac , commandé par le capitaine Giron qui avait volontairemeni quitté la flotte, pour aller courir les mers. D'Enambuc , à l'aide du capitaine Giron « passa, avec les siens, à Montserrat, plu^ habitable qu'Antigue, Ce capitaine ne s'en tint pas là. 11 poussa* jusqu'à St. -Christophe , afin d'examiner ce qui en était, et, ayant trouvé les Anglais qui , se moquant de la parole donnée à TAmiral espa- ' gnol , étaient restés et qui refusèrent même, assez arrogaoïment , de le laisser prendre terre, il attaqua deux de leurs navires, ft*en empara et envoya l une de ses prises chercher les Français de Montserrat, de l'Anguille, de St, -Martin et de St*-Barthélemy. Ceux-ci s'^pressèrent de regagner St. «Christophe , au nombre de 350. En arrivant , d'Enambue fit sommer les Anglais , d avoir à le laisser d'escendre avec les siens , sinon qu'il leur passerait sur le ventre. Plus nombreux, mais moins aguerris que les Français, ils se soumirent à tout ; de sorte que la colonie française reprit ses possessions, trots mois après avoir été contrainte de les abandonner. 1030.

Après tout ce qui s.'éLail passé, d'Enambue dut

lIlSlOlRt DE LA MÂaiiiMgtb. ,15

croire que , désormais , la Compagnie ne voudrait 1630.

plus faire aucuns sacrifices qui missent les (.olous en état , non-seulement de se maintenir contre les Anglais , mais de rf pousser les attaques auxquelles' ils seraient sans cesse exposés de la part des Hottes espagnoles, allant au Mexique, au Pérou, à toutes leurs autres possessions de la Terre- Ferme. Découragé , il se laissa aller avec les siens à la funeste résolution d'abandonner l'île et de perdre ainsi les fruits de leurs travaux , de leurs combats et de leurs soufiVances. Ils s'abstinrent de planter d'autres vivres , se contentant de cultiver quelques peluns qu'ils pussent emporter avec eux. Mais heureusement pour l'avenir de nos autres colonies dont St. -Christophe fut comme le berceau ou la pépinière, ce découragement ne fut que passager. Oii conçoit que , dans la position dv, ces braves Français, qui étaient venus courir après la fortune, dans ces mers lointaines , il dut y avoir bien des alternatives d'espérance et d'abattement. Ils j)i i 1 1 lU donc la détermination de persévérer après avoir pris celle d'abandonner. Mais ils payèrent cher leur premier projet d'abandon. Ne recevant pas de secours de France et n'ayant pas assez de vivres plantés , ils souffraient horriblement delà famine , lorsque ce même navire hollandais, qui leur était venu si providentiellement en aide l'année précédente , fut une seconde fois leur libéra teui^ : le

capilaiiic avait tenu à sa promesse II i( ui vendit IGâQ, toute sa cargaisou composée de iariaes, vins^ viandes, étoffes ; prît en pmement d'une partie de ce qui lui était dû , le petun qui se trouva dan» iiie, en leur accordant six mois pour payer le reste.

Ce petun de nos premiers Colons , fut si bien vendu en Zélande, que Texempte de ce navire fut • imité par une foule d'autres de sa nation, qui' accoururent pourvoir les colonies de tout ce dont elles avaient besoin.

Nos Colons eurent, à cette époque, quelque» année» de paix et de tranquillité, qui contribuèrent puissamment à la prospérité de la colonie. Pourtant, ils n'étaient encore qu'au nomlnre de d60, et les Anglais s*é1evaient, déjà, à 5 ou 6,000. Aussi, le petit nombre des Français , leur grand nombre à eux et surtout le souvenir de k dure correction quils avaient reçue de l'escadre de l'amiral de Cussac , poussaient sans c(*sse ces Anglais à vouloir vexer les Français ou empiéter sur leurs terres* Mais, ils furent si rudement repoussés à chaque fois et prirent nne telle terrenr des Français, que,, suivant un historien de ce temps , présent sur les lieux « .les plus hardis avoûoient ingénuement » qu'ils aymoient mieux avoir à faire à deux • diables qu'à un seul habitant françois. »

La Compagnie, toujours guidée par ses vues d^économie, ou mal.servic par la lésinerie ourigno-

lUSTOIKK l)K LA MARTIMQLE. \1

rancc de ses commis, n'onvoyait que la moitié des 1630. choses nécessaires à la colonie. Les iloilaiidais, au contraire, ieur apportaient abondamment de tout et à meilleur marché. Âussi, ayant augmenté 'et amélioré leurs productions, qui consistaient principalement en petun et en coton, ils les donnaient à ces derniers , ou les faisaient passer, ou les apportaient, eux-mêmes, en Hollande ou en Angleterre.

Les Seigneurs de la Compagnie, se voyant dans l'impuissance de remédier à ce mal , obtinrent du roi, le 25 novembre i6«S4, une déclaration qui 1G34. défendait à tous navires de traiter avec Saint- Christophe, sans la permission de la Compagnie. Cette déclaration fut sans effet.

La colonie coiitiiiuaiil à {)rospérer à Taidt du commerce étranger, il y eut un rapprochement entre les habitans et la Compagnie qui voyait , avec peine , la colonie lui échapper au moment où elle aurait pu en tirer un profit. Le iH février 1635, au palais du cardinal Richelieu , fut passé 1035. un nouveau contrat sur des bases plus larges que le premier qui avait été presque abandomie, contenant des concessions plus étendues pour les associés, et il y fut dit que la Compagnie s'intitulerait laCom/mgm'e des iles de t Amérique.

Pour ne pas retomber dans la faute qu'ils avaient commise la première fois, les associés nommèrent

quatre directeurs, chargés spécialement de la di- 1655.

reclion des affaires de la Compagnie.

De nouveaux secours, plus considérables, il faut le croire, et aussi réunis avec plus de discernement et expédiés avec plus de précaution, par^ tirent pota St. -Christophe. La Compagnie y fit passer aussi des religieux capucins et un juge, signe infaillible de Taccroissement qu'avait pris cette petite société coloniale. Le nombre des habitant croissait en effet, des défrichemens s'opéraient, les cultures se multipliaient. Aux engagés blancs , qui jusqu'alors avaient, seuls, cultivé la terre et auxquels le climat n'était pas fort propice, se joignirent de nouveaux travailleurs, plus babi tués au soleil ardent des Tropiques. On commençait à introduire dans 111e ^es esclaves africains qu'on prenait sur 1rs Espagnols qui depuis longtems déjà avaient été amenés à les employer pour épargner leurs compatriotes qu'un climat destructeur immolait en grande quantité.

La Compagnie voyait arriver le moment où elle pourrait retirer quelques bénéfices de ses avances.

11 y eut, vers ce temps^là, une grande querelle i nlre les deux peuples. Elle venait toujours des empiélemens des Anglais et faillit ensanglant(u* toute rile. Mais la fermeté et le courage résolu de d'Enambuc , forcèrent encore le cbef anglais 4 lui faire pleine justicç , et tout rentra dans l'ordre.

HISTOIRE DE LA HAHTINIQt'E. 19

A l'aide du commerce des navires français et 1635 hollandais, et au '^moyen de Taugmentation des

bras , pour le travail , qu'avaient apportée les esclaves africains que l'on ne se contentait plus de capturer sur» les Espagnols, mais que l'on allait aussi chercher sur les côtes d*Afrîqiie , la colonie avait pris tant fi extension <ju ou "songea à faire de nouveaux établissemens dans les lies voisines.

De rOlive, lieutenant do d'Enambuc et l'un des plus riches liahitans de St. -Christophe , se rendit en France dans cei^ but, et nous avons vu, au commencement de ce chapitre, la tentative infructueuse qu'il Ht sur la Martinique , avec du Plessis, son ami, qu'il s'était associé peudant son séjour en France.

lUSàOIRE Dh LA MAUTlMQte. 21

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