DEUXIÈME. PARTIE
ColoiilMilloii de l« Hartlnfiiue*
La colonisation de la Marlinicjue a eu cet avan- lGa5, lage sur - celle de St. -Christophe et de la Guadeloupe , qu'elle a été faite par une élite d^hommes déjà aguerris à un ciinial nouveau, possédant une expérience que des sou (Fi ances de toutes sortes» avaient dû rendre profitable , guidés , enfin , par un chef qui unissait â cette expérience qu'il avait acquise avec ses compagnons, une auie reime et généreuse , une valeur â toute épreuve , toutes les qualités 9 enfin, qui assurent l'ascendant à celui qui commande une entreprise. Aussi , verronsnous celle colonie, malgré i'alLilude toujours uienaçante, les fréquentes attaques d'une peuplade
HISTOIRE DE LA MARTlMQtK.
f^uerrièrc, malgré la peur qu'inspirèrent d'abord 1655 des reptiles d'une grosseur et d'une quantité rilrayaulLS, la verrons-nous se développer rapidement et devenir, en peu de temps , l'une des plus ' peuplées des petites Antilles.
T/îlliistrc d l]ii<inibuc, qui s'était vu frustrer de \ià gloire de. faire un preuuer établissement à la Guadeloupe , par -son lieutenant de l'Olive à qui
il avait communiqué son projet, ne voulut pas souffrir qu'un autre le devançât dans la eolonisation de la Martinique où ce même lieutenant venait de faire une descente, immédiatement abandonnée.
11 partit dans les premiers jours de juillet 1635, accompagné de 100 hommes choisis parmi les plus vieux et les plus expérimentés habitans de St. -Christophe. Chacun était muni d'une boinuî provision d'armes, pour attaquer ou se détendre, d'instruments .et ustensiles aratoires pour défricher et cultiver la terre, de plans de manioc et de patates [)our mettre en terre, de graines de pois et de fèves pour semer : tels ont été les simples élémens d'une colonie qui est devenue si riche et si brillante.
D'Ënambuc ne descendit pas, avec sa troupe , dans le même endroit où avaient abordé dé rOUve et du Plessis, mais un peu plus haut vers le Nord , au fond de ce croissant lornié par la
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HISTOIRE 1)£ LÀ MAhïiMQlE. * 23
Pomte-Lamarre et la Pointe-du4^arbet , toujours fOoô. à La partie sous le vent, qui est la partie, dans toutes ces lies ^ où la mer est plus calme et la côte plus abordable.
Immédiatement, il éleva un Fort, à l'anpfle formé par le rivage de la nier et la rivière la Koxelane , aujourd'hui la rivière du Fort II l'appela Fort- St.-Pîerre, parce que le jour où il descendit à terre , était l'octavi de la fête St. -Pierre, St.-Paul. Il le muuit des canons qu'il avait apportés et de tout qui pouvait contribuer â sa défense et qui se trouvait à sa disposition.
Le 1 ort, qui devait placer la colonie à l'abri, en cas d'attaque, étant terminé, il dut songer aux moyens propres â lui fournir des vivres et des subsistances. II fît défriclur un large terrain, traça les limites d'une habitation , et y fit planter une grande quantité de manioc et de patates.
Ces premières et principales dispositions prirent à d'Enambuc, en>iron six mois, au bout desquels il l^lut retourner à St. -Christophe où l'appelaient les soins de l'administration de cette colonie.
En partant , il laissa pour son lieutenant , à la Martinique, du Pont, gentilhomme en qui il plaçait toute sa confiance, lui donnaiit des instructions pleines de sollicitude pour cette naissante colonie qu'il pouvait considt rer comuu' sa pclile-fllle. D'après le nouveau contrai du 12 février 16â5,
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ratifié par le roi , que nous avons cité plus haut , i6d5.
la propriété do St. -Christophe et des autres îles à habiter, entre le 10" et le âO" degré latitude Nord, était accordée aux associés de la Compagnie, qui étaient tenus seulement d'en' faire foi et hommage au roi de France. Eii conséquence, d'Enanil)uc avait pris possession de la Martinique , au nom du roi de France et pour la Compagnie des lies d'Amérique.
Les dernières recommandations de d'Enambuc à son lieutenant, avaient été de*s'efibrcer de con* server la paix avec les Caraïbes, autant qu'il serait possible. C'était là , sans doute , une chose Ibrt dilFicile à exécuter; car, outre leur humeur inquiète et belligérante, qui les portait à ne pas souffrir de voisins, ces Naturels savaient trop bien que les Européens ne venaient pas de si loin pour partager avec eux les terrçs de leurs Iles.
Malgré les précautions que prit du Pont, une querelle s'éleva entre qut Upies C.;u aïbes et quelques Français, et le sang coi^la de part et d'autre. Les Gapaîbes, irrités, cessèrent de vivre en paix avec les Français; ils prirent la résolution de détruire leur établissement et de chasser de leur patrie , ce peuple étranger et usurpateur. La guerre commença, mais la guerre à leur manière. Tout Français qui s'écartait, était surpiis et mnssacré, Quelquefois, ils se montraient en nombre et ar-
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mé8, à la vue du i ort ; mais ils se voyaient encore 1635. trop faibles pour l'attaquer. Les Français , de leur côté , obligés de se tenir, sans cesse, sur leur garde,
ne pouvaient se livrer librement à la < LiUure cU s terres. Ils ne sortaient qu'armés et plusieurs ensemble, et ne donnaient, à leur t^ur, aucun quartier aux sauvages qu'ils rencontraient.
Ces Caraïbes , qui se sentaient inipuissans , seuls, à vaincre et chasser ces. étrangers qui, dans Torigine , leur avaient semblé venir du Ciel et lancer la foudre, s'embarquèrent dans leurs pirogues et allèrent appeler , à leur secours , ceux de la Dominique , de la Guadeloupe , de St.'-Yincent , et arrivèrent au nombre d'envion 1,500 , comme disposés à faire une descente devant le Fort et à Fattaquer. Du Pont, les voyant venir, avait fait armer tous ses gens et les avait fait rentrer dans le Fort où Ton avait préparé trois canons chargés à mitraille, 11 avait recommandé aux siens , de ne ' pas se montrer , afin que les Caraïbes , trompés par cette apparence, crussent que les Français avaient peur, et vinssent à portée des canons qui devaient les foudroyer. Ce qu'il avait prévu, arriva. Ces sauvages , au silence qui régnait dans le Fort , crurent que les Français avaient fui ou se cachaient d'épouvante ; ils sautent de leurs pirogues sur le rivage, s'avancent en foule et confusément vers le Fort. Mais , soudain , le feu est mis à Tun d<'s
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canons el il àe fait un tel carnaf^o de celte masse 1635. qui se précipitait au-devant de la mort, que, saisis d'un horrible effroi, ils retournent, s'élancent précipitamment dans leurs pirogues , gagnent la haute moi, abandonnant, contre leurs usages, leurs morts et leurs blessés.
Cette mortellé terreur dont les Caraïbes restèrent longtemps frappés, permit à nos Colons de respirer, de s'étendre , d'abattre les bois ou de les brûler, de défricher, de planter, d'agrandir, enfin, leur colonie autour du Fort qui était le point commtm et de ralliement. Le })etun . qu'on commençait à récolter, attira plusieurs navires qui portèrent aux Colons des provisions et «des armes; leurs compatriotes et anciens compagnons de St.-<jliri8tophe, d'Enambuc qui veillait toujours sur eux , leur envoyèrent, à propos, des secours, et la colonie avait pris tant d'accroissement et de forces , que les Caraïbes ne soiigèrcnt plus qu'à vivre en bonne intelligence avec elle. Du Pont , qui n'oubliait pas les conseils du fondateur, s'empressa d'accueillir leurs propositions d'accommodement, et, après leur avoir témoigné tous ses regrets de ce qui s'était passé, leur avoir promis de prendre leurs intérêts comme ceux de ses compagnons , et avoir reçu d'eux l'engagement d'être fidèles à leurs promesses, la paix se conclut, 4 la grande satisfaction des deux peuples , vers la fin de Tannée Om. 1636.
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Quoique l'expérience eût appris qu'il ne fallait iOâô. pas trop se lier à la paix que faisaient les Naturels , cependant la leçon qu'ils Tenaient de recevoir était assez rude, les forces des Colons étaient assez accrues, pour permettre de tenter ées excursions dans d'autres quartiers de l'tle. La joie de la paix avec les ennemis intérieurs , et le sentiment de leurs forces, eneouia^aaic ut les Colons.
Du Pont y pensant que cette nouvelle de la paix conclue avec les Caraïbes, serait agréable à d'Ln am bue, et ayant , du reste, à conférer avec lui .«r l aveoir de la coionie, s embarfltt. pour se rendre à St.-^ristophe. A peine avait*-il mis à la voile , qu'il ftit assailli d'un coup vent et poussé jusqu a Hispaniola ou St.-Domiiigue. Les Espagnols, auxquels les Boucaniers et les Flibus* tiers français étaient déjà redoutables à cette
époque, et qui avaient épioux^ la \al< m des Colons français^ et de du Pont lui-même à St.-Ghristophe,' le firent prisonnier, lui et tout Téquipage de la barque qu'il montait II est rapporté que du Pont , reconnu chef de ses compagnons , ftit renfermé dans une obscure prison où il resta trois ans, sans qu'on eût de ses noùvelles.
Les babitans de St. -Christophe et de la Martinique crurent qu'il avait peii eu nier, et cet événement lut cause que ces derniers ne reçurent
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pas h S vivres qu(; du Pont devait leur rapporter iO^. ceux qu'ils avaient plantés n'étant pas encore mûrs.
L'on était vers la fin de Tannée 1686 ou le commencement de celle 1637. D'Enambuc, le père, 1557 le créateur des colonies françaises de l'Amérique^ victime des fatigues qu'U avait éprouvées, des souffrances . des besoins qu'il avait endurés , des malheurs auxquels il avait élc en but , se trouvait accablé par la maladie, et voyait s'approcher la fin de sa vie errante et agitée, lorsqu'il apprit la nouvelle que du Pont, son lieutenant à la Martinique, avait du être englouti dans les flots. Cet illustre chef ne pouvait plus quitter son habitation de St. -Christophe pour se transporter à la Martinique. 11 jeta les yeux autour de lui pour chercher celui qui devait le continuer, en ressentant, pour son établissement naissant, son affection toute paternelle. Il les arrêta sur l'un de ses neveux, un cousin de ce jeune héros que nous avons vu mourir si glorieusement en combattant, à St.-Ghristophe , les troupes de don Frédéric de Tolède, sut du Parquet, qu'il avait lui-même dirigé et guidé, et que nous verrons, donner d'éclatantes preuves qu'il sut profiter des précieuses leçons de son oncle. Le jeune du l'arquet, ac( oiupagné de 15 vieux habitans de 6L~Ghnstophe et de quelques serviteurs, quitta
celte lie pour yenir prendre la direction d'une 1637. autre , à la prospérité de laquelle il était décidé
â consacrer son oxislence, et qui devait lui devenir aussi chère que sa propre patrie.
Parmi ces 15 habitans de St.-Ghristoplie se trouvait Pierre Dubuc , qui avait été obligé de quitter la Normandie, à la suite d'un duel où, âgé de 18 ans, il avait eu le malheur de tuer son adver* homme de qurfité. 11 .'ét^t embarqué à Dieppe et était venu à St.-< lu istophc.
Deux obstacles, ainsi que nous Tavons dit, s'étaient opposés â la colonisation de la Martinique et entravaient son développement : les Caraïbes et les serpents. Le premier avait à peu près disparu , depuis le massacre qu'avait opéré dans leurs rangs le canon du Fort-St. -Pierre, et la paix qui s'en était suivie; le second subsistait toujours. Toutes les fois que l'on défrichait de nouvelles terres, ces reptiles qui avaient, si l'on en croit certains récits, une dimension mons* tnieuse , n'épargnaient pas les travailleurs qui les troublaient dans leurs repaires. Ce qui grossissait la terreur qu*en ressentaient les Colons, c'était qn^ils ne connaissaient alors aucun remède contre rolte morsure qui leur était presque toujours mortelle. Ainsi, ceux qui étaient déjû dans l'ile, n'étaient pas encouragés à y séjourner, et ceux jusques auxquels parVonaîen t ces relatio us ,
u 'étaient pas tentés de venir s'y iixcr. Cela était i637. arrivé au point que les capitaines des navires qui , en se rendant dans les iles voisines , s'arrêtaient â la Martinique pour y prendre quelques objets, ne permettaient pas à leur équipage de descendre à terre.
L'aifabilité du jeune chef, ses manières insi-
iiuaiiLes, son lani^age noble el rassnrant , la çonfîance entière qu'il sut inspirer aux habitans , qui retrouvaient dans le neveu les qualités de l'oncle qu'ils vénéraient, parvinrent heureusement à arrêter les uns et à attirer les autres.
Trois mois s'étaient écoulés depuis l'arrivée de du Parquet, qu'il avait employés â visiter sa colonie, lorsqu'im navire français, de 150 tonneaux, vint mouiller dans la rade. Quelquci^-iins des passagers 9 les plus hardis, descendirent à terre et allèrent rendre leur visite à du Parque ^ Celui-ci les accueillit si gracieuserr^ent , les captiva tellement, que, retoiirnés à ))ord, ils furent de rUe et de son chef un récit qui entiratna les autres. Le lendemain , 62 hommes débar({n aient, résolus de se fixer à la Martinique. Ils se reiulireut au Fort, à la demeure de du Parquet, pour lui demander la permission de demeurer avec lui. Non seulement cette permission leur fut accordée , mais du Parquet, après les avoir embrassés, leur jura qu'il les considérait comme ses compagnons
BISTOIRB DE LA HARTIKIQUE.
Si
et ses amis. 11 fallut que tes charmes de la per- 1^7.
sonne de ce jeune gentilhomme eussent plu» contribué à ce succès que tout le reste, car un contemporain nous rapporte : t qu'il oûy dire à € M. du Parquet que, lorsque les yingt premiers « descendirent à terre, il n'avait qu'un quart « d'eau-de-vie, qu'il leur offrit génëreuseuieut. * Depuis ce temps, les immigrations augmentèrent, personne ne faisant plus difficulté de venir liabiter la MartinH|U(\
La Compagnie des îles de l'Amérique ne pouvait qu'approuver le choix qu'avait fait d*£nambuc. Ce grand homme venait de mourir, et le cardinal de Richelieu , apprenant sa mort , avait dit hautement que le Roi perdait l'un des plus fidèles serviteurs de son Etat. La Compagnie voulut faire éclater, sur le neveu, lout le glorieux témoignage des services qu'elle avait reçus de l'oncle, depuis plus de dix ans , en investissant le jeune du Parquet des pouvoirs de Lieutenant-Général , Gouverneur de la Marliiii4ut .
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