CHAPITRE II
D«PavQii€^f, llenienant-s^éncral in Uariiiiiquo liour IM MmpAKBle de* Ile* de rAiiiérl«ae«
Voici la commission qui fut expédiée à du 1637. Parquet par la Compagnie :
« La Compagnie des Iles de l'Amérique, au » sieur du Parquet, salut. Estant nécessaire » d'establir dans l'isle de la Martinique des per-
• sonnes d'authorité pour la conservation des » François , qui y sont à présent en bon nombre , » et les faire vivre en paix et union selon les
• ïoix de France « et Temploy que vous ayez eu » dans risle de St. Christophe , sous le sieur » d'Enambuc, votre oncle, capilaint -général de » ladite isle, ayant fait voir vostrc courage et
3&. HISTeiBE DI Lk MIRTINIQUE.
• conduite; à ces causes, la Compagnie , asseurée 1637. » de vosirc afTection au service du Roy, et au
» bien de la Compagnie , vous a estably, commis » et député, establit, commet et députe son » lieutenant-général en Tisle de la Martinique, » pour le reste de cette année et les trois sui- M vantes, qui commenceront au 1*' janvier 1038, « pour, cil l'absence du capitaine-général de la- » dite isle , qui sera nommé par la dite Compagnie , > et lorsqu'il y sera, par ses ordres, faire tout » ce que vous jugerez nécessaire pour le service » du Roy, establissement de la colonie des Fran* » çoîs , bien et utilité de la Compagnie; aux droits » de trente livres de petuii, à prt iidre sur chacun ' » des habitans de ladite isle, non exempté par la » Compagnie, ès~années que Ton fera du petun;
• et è»-années que l'on n'en fera point, du 30* » des marchandises de traite qu'ils feront. Man- ■ dons à tous capitaines , officiers , gens de » guerre et autres habitans de ladite isle de la
» Martinique , qu'ils aient à vous obéir en ce qui . » dépend de ladite charge. De ce faire vous » donnons pouvoir, en vertu *de celuy à nous
• donné par sadite Majesté. Fait à Paris, le 2* 9 décembre 1637, Signé Mahii.n Berruer. i>
Il résulte des termes de cette commission, que la Compagnie nommait, pour chaque tle, un Capitaine-général qui avait , sous ses ordres , un
iijlâr01R£ DE LA MARTlMQIj£. o5
Lîeutenanl-géiiéral ; cette nomination était faite 1037. pour trois ans. Ainsi, d'Enambuc avait été Capitaine-général de St. -Christophe , tandis que la • commission de du Parquet ne lui donnait le grade que de Lieutenant-général de la Martinique ; il est vrai que la Compagnie ne nomma jamais de Capitaine-général pour cette île. Les appointemens de Lieutenant-général, consistaient en 30 livres de pelun, â prendre sur chaque habitant non exempté par la Compagnie , lorsque l'on faisait du petun , et dans le trentième des marchandises de traite, lorsqu'il n'y avait pas de petun.
Cette commission fut lue sur la place du Fort ^ en présence de toutes les compagnies réunies: les compagnies étaient composées de tous les habitans en elat de porter les armes et qui étaient ainsi appelés a défendre leurs foyers.
Si la Compagnie avait le droit de nommer les Capitaines et Lîeutenans-généraux de chaque île, le Roi sétait réservé la faculté de nommer un lieutenant ou Gouverneur-général de toutes les lies, ayant sous son autorité les Capitaines-généraux de chaque île; et il était ajouté que ce (louverneur-générai « ne pourrait s'entremettre du > commerce ni de la distribution des terres des- € dites îles. . Or, le 15 février 1658, le com- 1658. mandeur de Poincy avait été nommé Lieutenantgénéral des Iles.
Voici comment était conçue sa commission : i6S8.
c LovYs , par la grâce de Dieu , Roy de France
» et de Navarre , à nostre très-cher et bien aimé
» le sieur de Lonvilliers de Poincy, chevalier de
■ l'Ordre de Saint-Jean de Jérusalem, comman-
» deur d'Ovzemont , chef d escadre des vaisseaux
» en Bretagne. La coniiance que nous avons de
• vostre prudence 9 bonne conduite , aifection et » fidélité â nostre service; comme aussi de vostre » valeur et courage , dont vous avez donné des 0 preuves en diverses occasions, nous a frùt » af^rouver le choix que nostre très cher et bien
> amé cousin, le cardinal de Richelieu, grand- » maistre , chef et surintendant de la navigation »' et commerce de ce royaume, a £eut de vostre » personne, pour nous servir en la charge de » nostre lieutenant-général ès-isles de l'Amérique.
• A ces causes et autres bonnes considérations à
• ce nous mouvans sur la nomination et présen- » tation de nostre cousin le cardinal de Riche» » lieu, cy-attachée sous le contre-scel 'de nostre » chancellerie , nous vous avons commis, ordon-
> né et député, commettons, ordonnons et dé~ » putons par ces présentes, signées de nostre » main, pour estre nostre lieutenant-général ès- » dites isles de l'Amérique, et exercer ladite
• charge sous nostre authorité et sous celle de » nostre cousin, aux honneurs, pou vou & elprééuii-
HiSiuiHJ 1)1. Li. MARTlNIQfïE.
> nences qui appartiennent ; faire vivre nos sujets, 1038.
> qui sont ou trafiquent ès-diUs isles, en paix, » union et concorde, les uns avec les autres , ét
selon nos ordonnances, les ûdre observer .sur » le faict du trafic et commerce, maintenir la » seureté d'iceluy, et spécialement tout ce que par » nous et nostre cousin a esté octroyé à la Com- » pagnie desdites isles, faire punir tous ceux à » qui il pourroit an iver do commettre du crime » et excez qui méritent chastiment : et pour cet » effect soûtenir Tauthorité de la justice , et la » faire rendre à un chacun dans Testendue des- » dites isles , ports et havres qui eu dépeudent ,
• et généralement faire toutes choses que nous
» pourrions faire nous^émes, si nous estions
» présens ea ptrsouiic, ou nostre cousin; et ce
» pendant trois années prochaines , à commencer » du jour et datte de ces présentes* Mandons et » ordonnons à tous nos sujets , résidens et trafi- » quants aus dites isles, et à tous autres qu'il
• apparti^dra, qu'ils ayent à vous reconnoistre
> comme nostre lieutenant-général ès-dites isles ,
• et à vous obéir ès choses touchant et concer- » nant ladite charge; car tel est nostre plaisir. » Donné à St-Germain-en-Laye, le 15* février » 1638 et de nostre règne le Signé Louys , et' » phis bah, par le Roy : d'Orthillier, et scellé du
" grand sceau de cire jaune. *
38 RiarOIMB DB tk HàlTlNIQVl.
Le commandeur de Poincy quitta la France, 1658,
le 12 janvier 1639, et vint mouiller à la Martinique, le il février suivant. Du Parquet le reçut avec tous les honneurs dus à son titre. A sa des* cente à terre, il fut salué par l'artillerie du Fort et par les soldats qui étaient sous les armes et rangés en haie sur le rivage. Le lendemain, lecture fut faite de sa commission, en présence du peuple assemblé, et, après la messe, le Gouver* neur, les officiers, et tous les liabitans lui prêtèrent serment de fidélité. 11 partit quelques jours après pour se rendre à Saint-Christophe, en pas^ sant par la Guadeloupe.
Ainsi, au comuiencenient de 1638, le commandeur de Poincy était Lieutenant - général des tles de l'Amérique, et du Parquet Lieutenantgénéral cl(^ I l Marliuique.
Du Parquet mit tous ses soins à administrer la colonie qui lui était confiée. Pour réussir, il crut qu'il ne pouvait mieux faire que de s'appliquer à imiter l'illustre d Euambuc , son oncle, et le fondateur des colonies françaises d'Amérique. Aussi, commença-t41 par déclarer aux habitant» qu'il les exemptait de la taxe qui lui revenait, en vertu de sa commission, ce qui lui gagna leur reconnaissance et leur amour. 11 s'étudia, nonseulement à 'améliorer les cultures, mais aussi à les étendre aussi loin que possible, sans pour cela négliger les moveiis de défense et de sécu-
HISTOIRE DE Lk MARTINIQUE. 39
rité. La baie que Ton appelait alors le Gul-de-
sac du Fort-Roval. vl où se trouve actuellement la ville du Fort-lioyal, avait attire son attention. Cette langue de terre , qui s'avance à gauche de la baie et qui la sépare dn bassin du Carénage, appelé alors Grénage, seiubiait posée là, par la nature, pour recevoir les fortifications dcsti* nées à protéger, et les navires mouillés dans le bassin, et une ville qui trouvait sa place au fond de cette magnifique baie et devait sortir des marécages qui s'avançaient alors jusqu'au littoral de la mer. Il commença, en effet, à fortifier ce point, en élevant des pallissades sur l'isthme qui joint cette forteresse naturelle au reste de l'ile. Non loin <le là, il fit tracer et défricher quelques habitations qu'il planta en vivres ; quelques habitants imitèrent son exemple, ce qui faisait écrire, à Fouquet, chef de la compagnie, par le commandeur de Poincy, en parlant du Gouverneur de la Martinique et He ses habitants, « ils commencent fort de s élargir » .
Ce bassin ou Crénage servait merveilleusement A mettre les navires à l'abri. Du Parquet l'ouvrit aux vaisseaux de ton les les ua lions pour y venir passer les mois de juillet, août et septembre que Vexpérience avait fait connaître comme ceux des raz-de-marée , coups de vents et tempêtes. Il poussa même l'humanité jusqu'à
&0 HISTOIRK DK LA MARTINIQUE.
placer un pilote nemmé Mathieu Michel , chaîné 1638. uniquement d'aider les navires à entrer dans ce basâia. C'est probablement de cette circonstance que Tun des quartiers situés entre le Fort-^Aoyal et St. -Pierre, s'appella Gase-Pilote.
.Si Famour que Ton portait à du Parquet, et sa sage administration avaient, dès le début, placé la Martinique en voie d'amélioration et de succès, tandis que la Guadeloupe, sa sœur, se débattait au milieu de ses malheurs et épuisait toutes ses forces dans les soulfrauces, il ne faut pas, ce- ' pendant , se faire une idée trop élevée de sa prospérilé. On en jugera par ce qu'en écrivait, en août l(>39. 1639 , à Fouquet , le commandeur de Poincy à qui son grade donnait une haute inspection sur toutes les Iles. Il lui mandait qu'il n'y avait, dans toute la Martinique, qu un < barpeutier, et que c'était là une nécessité â laquelle il fallait promplement pourvoir; que tous les canons de Tile avaient été démontés, parce que les affûts ne valaient rien; qu'il y avait dans la colonie 700 hommes, capables de combattre; mais que, ' s'ils étaient attaqués, ils n'avaient pas de pou** ' dre pour tirer, chacun , quatre coups.
On remédia, plus lard, à ce dernier inconvénient , en obligeant chaque capitaine, qui venait mouiller a la Martinique, à déposer deux barils de poudre dauH les magasins de la Compagnie.
HtSTOIRE DE LA U ARTINIQDE. Ui
Avant que la Compagnie, toujours défiante et 1659.
portée à exagérer les avantages de ses possessions, eût connu cette situation réelle de la Martinique , s'était imaginé, sur le bruit de la réputation que du Parquet avait donnée à son Ile, qu'elle regorgeait dtj;i d lionimes et de richesses. Aussi, dans les premiers mois de 1659 , écrivit-elle à du Parquet pour qu'il engageât ses habitans é recevoir un juge , à édifier un hôpital , en appliquant a ces besoins les amendes prononcées , et à bâtir une ville.
Du Parquet était à Saint-Christophe lorsque ces instructions lui parvinrent. Sur le premier point, il répondit irancbemeut à la Compagnie , qu'il ne lui donnait pas le conseil d'envoyer un juge à la Martinique dans l'état oû elle était encore; qu'il serait, mal accueilli par le peuple dont il connaissait Thumeur et les intentions , et que » pour lui, il ne pourrait le recevoir avant qu'il n'y eût, à la Martinique, fortification et garnison, ne voulant pas seulement conmiander à des bourgeois. Mais ce juge, nommé Chirard, étant arrivé , du Parquet alla, -avec lui, trouver le Lieutenantgénéral des iles à ([ui il parla avec la même franchise qu'il l'avait fait à la Compagnie, lui ajoutant que si Ton voulait absolument mettre un jugç â la Martinique, de lui donner son congé pour se retirer en France. Le commandeur de Poincv,
qui connais^sait le mérite d'un tel chef, et com- 1^9, bien il était utile à sa colonie , chercha a l'appai-
ser cl s'clForça de l'anioacr à exécuter les ordres de la Compagnie; mais il trouva du Parquet inflexible.
Le Lieutenant-général des Iles, ne voulant pas
pourtant s'attirer des reproches de la Compagnie, ordonna au juge Chirard d'exercer sa charge au nom du Roi, et de terminer un procès criminel , commencé à la Martinique , contre un nommé Morin, et pour le jugement duquel, à ce qu'il parait, ce juge avait été commis. Les habi-* tans, mécontens, allaient s'opposer à ce qu'il remplît ses fonction»; mais, par respect pour leur Gouverneur qu'ils chérissaient comme un père et à qui ces mesures violentes auraient déplu, ils souffrirent que ce juge terminât le procès criminel commencé : on était en octobre 1G59; après quoi, molesté par le peuple, exposé à toutes espèces de tracasseries, le juge Chirard fîit contraint de quitter File.
Sur le second point , du Parquet représenta à la Compagnie qu'un hôpital serait, sans doute, une chose fort utile, mais que le peuple était encore trop pauvre pour que l'on songeât à édifier cet établissement à ses dépens; que les deux mille livres de petun que la Compagnie voulait y consacrer étaient tout-à-fait insuffisantes; que les amen^
HISTOIRE DE LA MARTIN ig LE. 4â
dos qu'elle voulnil destiner à ces besoins ne 163d. pourraient être perçues ^ parce que la plupart des habitans devaient plus qu'ils n'avaient, et que, jusqu'à présent, lorsqu'une faute était commise, la seule punition que Ton pût efficacement infliger, était d'envoyer le délinquant aux fers.
L'on peut remarquer ici, en passant, que cette organisation )>remî^re des colonies , eomposces d'hommes de toutes classes, souvent de pays différents , de mœurs grossières et aventureuses, était et devait être toute militaire. C'est ce qui explique les deux faits précédents : la répugnance qu'ils eurent à recevoir un juge, et le mode de jAinition employé contre ceux qui commettaient une faute.
Sur le troisième point, duParquet répondit naïvement à la Compagnie que, pour bâtir une ville, il' fallait des maçoifs, briquetiers, tailleurs de pierres, faiseurs de chaux, charpentiers, menuisiers, scn urierSjtaillandiers, cloutiers, couvreurs et autres ouvriers garnis de leurs outils ; que tout cela ne se rencontrait pas encore dans le pays , mais que si la Compagnie voulait l'envoyer, line manqueraitpas, sur l'iieure, d exécuter ses ordres.
Quoique, dans cette réponse, on ne voie pas de quelle ville il «'agissait alors, ou du moins quel était remplacement où elle devait s'ériger, il est probable, cependant ^ que la Compagnie avait en
kk niSTOIRE DE LA KARTINIQUB.
vue la ville du Fort^Royal , doit que du Parquet lut- 1639. même eût fait connaitre à la Compagnie, que le lieu où s'est élevée, plus tard, cette ville, était propre à eu recevoir une , soit que la Compagnie eût reçu cet avis d'une autre source.
Au moment oû nous sommes de cette histoire ^ c'est-à-dire vers la lin de lGo9, il n'existait encore que quatre quartiers ou paroisses : le Fort- Saint-Pierre y le Prêcheur, le Garbet et la Case* Pilote.
Il parait que » dans ces temps-là , tous ceux qui passaient aux lies, y venaient principalement pour cultiver la terre, soi4 comme engagés, s'ils n'avaient pas les moyens de payer le»r passage, soit eomme propriétaires « s'ils pouv^ent pourvoir aux dépenses de leur propre déplacement et de celui des engagés qu'ils menaient avec eux; car . l'on trouvait de la terre à discrétion, pourvu que l'on pût la défricher. De sorte que les ouvriers » ou artisans proprement dits, manquaient, tandis que les agriculteurs abondaient. C'(;st pour cela que nous avons vu, tout-à-l'heure, qu'il n*y avait dans toute l'Ile qu'un seul charpentier. Aussi , la Compagnie, ayant annoncé à du Parquet qu'elle allait lui envoyer des artisans, avec leurs femmes, • munis d'outils, celui-ci lui recommanda, particu- Gulièrement , de faire A ces personnes défenses expresses de travaHler, en arrivant ici , aux petun.
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mSTOlRÉ DE LA MARTINIQUE. 45
rocou, coton et autres denrées, mais de convenir avec elles ^ quelles se livreraient exclusiveiiH iit à leur métier.
Depuis la iîn du &i€cle demie», les Espagnols et les Portugais, soit qu'ils eussent transporté la <;anne à sncre des indes-Oi ientalos à Madèn^ et aux îlvs Canaries, pui.s au Nouveau-Monde, soit qu-iis l'eussent trouvée indigène dans cette der^ < nière contrée « se livraient à la fabrication»- du su^ cre au Brésil, el dans différentes parties du ( outillent américain. Les îles du golfe du Mexique, habitées seulement depuis i6â& ou i62&, ne s*occupai^t encore que des cultures de moindre importance, tels que lepétun, rjndigo, le rocou, le coton. La Compagnie des iles de l'Amérique, informée du grand bénéfice que rapportait la fabrication du sucre, songea é introduire celte industrie dans les colonies françaises. Celte année 16^, on vit arriver, à la Martinique, un nommé Tréiel qœ la Compagnie y envoyait pour aviser aux uioncus d'y cultiver la caime cl iabriquer du sucre»
Guidée toujoiïrs par son esprit de mimopole et son système d'eiBclusion, elle reooomiandait au Lieutenant-général de faire défense à tous particîuliers de tenter semblable industrie. Du Parquet, charmé de.rarrivée de cet envoyé, répondit qu'il espérait, avec l'aide de Dieu, réussir à faire
du sucre , et qu'il n'y avait pas lieu de défendre i6S9. aux autres d'en fabriquer, parée qu'il n'y avait personne d'assez fort pour cela.
Mais il ne fut donné aucune suite à ce projet, et parce que les troubles et les guerres dont les îles furent agitées, en on>péchièrentlâ Compagnie , et parce qu elle voulut alors entreprendre, seule, cette industrie, et que réconéode qu'aile inettait dans SOS dépenses s*y o]]|>Dskit : ce n'est guère qu'une quinzaine d'années après , que nous trouvons la culture de là cànoe à la Martinique « et ce sora à un, Juif .«pie Tintrod^otion de;£ette piédeuse plante sera éàe, ; *
Du Parquet, pour le bonheur dv son peuple et la prospérité de la colonie, ne sb contentait pas d'abandonner k taxe de pétun,, que hii devaient les habitant aux termes de sa commission; mais il faisait, avec ses propres deniers, les dépenses qu'exigeaient les intérêts : de la Compagnie et l'int^tét public de la c^lome*. Au mois d>pùt 1639, il était déjà tellement en avance de son argent, qu'il mandait à Fouquet : « Je voiïs prie , Mon- .
• sieqr,' d'avoir .|in soin pai4iculier de cette af- « feîre , jugeant Wen qu'il' n'est pas raisonnable « que j'eniploye ma vie, nVon lionru'ur et mes « biens, sans en être reln^ursé. Je vous prie
• d'excuser si je pàrle ' avec* tant 4c. Hbeclé; mai»
• ayant croyance .que vous h'aymez <(iie la vérft^ ,
HISTOIRE DE LÂ MAaXIMQUE. ft?
« et les choses nalIVes, je parle de la sorte, ne 1G39. • pouvant flatter ceux que je connois estre de « votre mérite , à qui rien ne doit estre celé. »
Il arriva alors, à la Martinique , une nouvelle qui força le commandeur de Poincy, principalement» à se tenir sur ses gardes. La France était en guerre avec TEspagne, et l'on disait qu'il était intervenu^ entre celle-ci et l'Angleterre, un traité particulier, d'après lequel TAngleterre devait fournir 18 vaisseaux chargés d'Irlandais, quise join- - ' draient à 18 navires à fournir par l'Ëspagne; que cette expédition , après avoir été chasser les Hol-landais de Fernambouc, riche colonie qu'ils possédaient sur la céte nord du Brésil, devait s'arrêter à Saint-Christophe et aider les Anglais  con-
quérir la partie qui appartenail aux Français, et faisait l'objet constant de leur jalousie. Cette nouvelle n'était pas sans fondement. Seulement, les Espagnols ne réussirent pas dans leur entreprise: en avril de l'année suivante, IG/io , un capitaine hollandais venant de Fernambouc , apprit au gouverneur de Saint-^Uhristophe qu'il n'avait plus à * ^ craindre le retour d'une armée et d'une flotte qui avaient été entièrement détruites.
Les Seigneurs de la Compagnie, attribuant les malheurs qui, à cette époque, frappaient la Guadeloupe et empêchaient son développement, a la guerre que l'Olive, Gouverneur de cette ile, avait
48 lllSiOlRE DK LA MAKTIMQIE.
imprudemment déclarée auxSauvagfc&, ne cessaient 1^59, de faire les recommandations les |dus vives de conserver la paix avec celle nation que le Roi el son Ministre avaient le désir d'appeler aux lumières du Christianisme. Du Parquet, entrant dans lea vues de la Compagnie et de la Couronne, faisait tous ses efforts pour satisfaire ces inquiets cl perfides insulaires. 11 les comblait de présens et tachait d'obtenir d'eux qu'ils laissassent leurs en* fans entre les mains des Français, qui les auraient élevés dans la religion chrétienne. Mais ses efforts, à cet égard, étaient presque toujours infructueux, et leur bonne intelligence a^ec les Colons ne durai t que tout autant qu'ils ne jugeaient pas pouvoir les attaquer avec avantage.
Dans le cour^ de cette année, ils tuèrent un Français à la Martinique, et enlevèrent deux des leurs qui appartenaient à un employé de la* Compagnie. Du Parquet, informé de cette violation de la paix, fit arrêter celui qui passait pour le chef de tous les Caraïbes, et qui se trouvait tlaus 1 Ue, le nommé Kayerman , âgé de 120 ans, et le fit mcttre aux fers jfisqu'à ce que Ton eût rendu les deux Sauvages enlevés. Quatre ou cinq jours après, ce vieillard brisa ses fers, s'échappa dans les bois où il mourut piqué par un serpent. '
Du Parquet, qui connaissait le caractère de " celte nation, prévit que les Caraïbes chercheraii iU
à Teiifier cette mort. En eflfet, ayant envoyé on 1639.
bateau â la Capestciic, pour épier h urs démarches , on lui rapporta qulis avaient dégradé leurs jardins et s'étaient réunis de toutes les tles voi^ sines, dans le dessein, sans nul doute, de venir attaquer les Français.
Du Parquet aurait voulu les prévenir, tomber ' sur eUx et les chasser entièrement de Ttle. Mais craignant d'être blâmé en France, il s'adressa au Lieutenant-général des iles, pour <^tre autorisé â exécuter ce plan. Le âO janvier 1640, le comman- 1640. deur de Poincy recommanda â du Parquet de se mettre à Fabri de toute surprise, de combattre les Sauvages, par tous les moyens possibles, s'il était attaqué; dans ce dernier cas , de les chasser mémé de l'île; mais, pourtant, de n'en venir là qu'à la dernière extrémité, parce que n'ayant pas assez de monde pour occuper toute la partie dont les Caraïbes seraient expulsés, ceux--cl reviendraient ou pourraient ^»tre remplacés par d'autres, ce qui serait plus iacheux encore.
Du Parquet, n'ayant donc pas obtenu l'autorisation d'attaquer, se contenta de doubler la garde du Fort, de mettre les cases les plus écartées en état de défense, et de se préparer à recevoir et à repousser vigoureusement l'ennemi.
Les Sauvages, au moyen de leurs espions, eurent connaissance de ces préparatifs,, et sachant
qu'Us aunûenl affaire à un homme dont Us avaient ibftO. déjà éprouyé la valeur, ils abandonnèrent leur
projet d'attaque, décidèrent, dans une assemblée y qu'Us restitueraient les deux Caraïbes enk^ vé8.et qu'ils continueraient à vivre ea paix avec le chef des Français.
Cette prudence des Sauvages, dans celte circonstance, ne fit que retarder leur perte et leur . expulsion d'une patrie qu'ils ne pouvaient défendre longtemps contre de puissants envahisseurs. Cette paix permit aux Colons de s'étendre et de travaUler avec sécurité, tout en prenant des précautions contre une nation dont la perfidie et l'infidélité ne s'excuseraient que parce qu'elle voulait conserver, à tout prix, les carbets de ses pères.
Le Lieutenant*général des lies, satisfait de la
conduite prudente et ferme du Lieutenant-général de la Martinique , qu'il tenait dans son opinion particulière comme le plus brave gentUhottune qu'il eût connu aux îles , lui en donna un témoignage éclatant, en le nommant premier Capitaine des nouvelles compagnies qu'U venait de créer à Saint-Christophe. Il en écrivit au président Fou^ quet, le 4 juillet 1640, en lui disant qu'il n'y avait aucune incompatibilité entre cette chaige et les fonctions de Gouverneur de la Martinique, parce qu'il avait donné à du Parquet un lieutenant
HMTOIBE DE LA MARTINIQUE. 5t
pour «a nouvelle charge s 11 ajoutait qu'il ne fal- i6&0, lait pas empêcher les GouTemeurs des autres lies
de venir à Saint-Christophe, pour traiter (l'ufiai-« res urgentes, pourvu qu'ils laissassent de bons re* présentans. Le Commandeur de Poincy tenait œ ^ngage à la Compagnie , parce qu'elle avait dé«* fendu à du Parquet de quitter la Martinique.
Outre lea sentimens el la piété naturelle de du Parquet, qui Vy portaient, comme politique, il connaissait trop bien la salutaire puissance de hi religion sur les masses, sou admirable cliicacité à les diHnpter et à les civiliser, pour ne pas appe* 1er une tc^ auxiliaire dans sa colonie naissante. Il pria donc les Seigneurs de la Compagnie , de lui envoyer des religieux de Tordre Saint^Dominique ou des PP. Capucins. Mais le président Fouquet, qui portait intérêt aux PP. Jésuites , obtint pour eux la préiérence de la Compagnie ([ui en fit partir trois pour la Ifartinicpie. Du Parquet, contrarié que Ton n'eàt pas déféré à ses désirs sur le choix de ces religieux, et le peuple qui j)arti^ieait sa manière de voir, reçurent, assez froide^ ment% ces trois révérends Pères à leur arrivée qui eût lieu le Vendredi-Saint de Tannée 16&0 Mais ces mauvaises dispositions ne durèrent pas longtemps, car lePère Bouton, Tun d'eux, homme de mérite et éloquent, étant monté en chaire plusieurs fois, à Téglisc du +'ort, les toucha telle-
meut pai* ses paroles que, six semaines après, le ^^/^Q^ Gouyerneuret le peuple s'étaient attachés à eux, et du Parquet faisait travailler, en sa présence, au défrichement de l'endroit qui leur était abaudomié pour y former un établissement. L'habita^ tion qu'ils formèrent , située à peu de distance d|^ réalise du Fort, devint, par la suite, Tune des plus belles et des plus considérables de l'île.
Âu mois de septembre, débarqua, à la Martini*» que, Aubért qui avait été Capitaine dans une compagnie à Saiiil-Christoplie, envoyé par le commandeur de Poincy eh France , pour les affaires de ce dernier, et qui s'était fait nommer, par la Compagnie, Gouverneur de la Guadeloupe qu'il venait administrer.
Du Parquet lui fit un bienveillant accueil, et lui donna principalement pour conseil de faire * cesser ces hostilités qui désolaient la Guadeloupe, depuis que l'Olive les avaient témérairement commencées contre les Sauvages. Âubert, goûtant parfaitement ce langage, demanda à du Parquet son aide, pour indre ce but, car il connaissait toute 1 iiiiluence qu'il avait acquise sur les Caraïbes qui rappelaient leur compère. Du Parquet convint, avec lui, de ce qu'il y avait à faire pour arriver à la paix, et elle fut, en effet, conclue, quelque temps après. Cette paix, dont la nouvelle s'étendit dans toutes les Iles et jusqu'en
France, fat un vériuble bienfait pour la Guade- i6&0« , loupe, bienfait qu'elle dut, en grande partie, au €k>uverneur de la Martinique.
Le premier mai id&i, la Gompagnio confirma 16&i« le^ commandeur de Polney^ dam le grade de-Gou^* #4trneur de Saint-Christophe et Lieutenant-général des lies de rAmcrique,. pour trois ans^ è coiii« menoer de jisuMr iâftd.
'' La eomiritilMil'de qui était pour
trois ans, à partir du 1' janvier 1639, connue nous l'avons vu, exfMrait donc le i*' janvier iG/i2« AflMmu successeur ne lui iut désigné* La Gompa-* gnie était trop satisfaite de ses services pour com«* mettre une semblable faute.
. L'année 1642 étant arrivée, les Directeurs de ^^^^ la Gompagnie songèrent à augmenter leurs privilèges et à étendre leurs droîts. SaiiU-Chi isloplie était prospère; la Guadeloupe, depuis la paix oonclue a'vec les SauTages, recevait de nouveaux Gelons pour cultiver ses terres; la Martinique, sous l'heureuse administration de son iliustre chef, continuait à s'avancer dans une voie d'agrandissement. Us s'adressèrent an Gardinal de Richelieu et lui présentèrent plusieurs articles qu'il ratifia, les jugeant utiles aux colonies et avantageuses aux associés. Un édit de mars i6&2 contera ces cinq nouveaux articles qui étaient • i* la confirmation du contrat du 12 février 1055.
5A HISTOIRE DE LA HARTIflIQVE.
la pcrmiision de posséder des établisscmens
jusqu'au trentième degré, Sa Majesté ne leur ayant accordé que jusqu'au vingtième; â"* défense itérative à tous marchands français, pendant âO ans, d'aller traiter aux Iles sans le congé de la Couipai^nie; k" une exemption de droits d'entrée pour toutes sortes de marchandises provenant des tle»; ô"* l'évocation, à son grand Conseil, de tous les diffihpends que la Compagnie pourrait avoir, en ôtâut la connaissance et la juridiction a tous àUr très juges, même aux Cours souveraines.
La Compagnie chercha aussi à améliorer son administration dans les colonies , à réformer la conduite de ses rommis. Elle sentit le besoin d'arrêter les infidélités et les dilapidations, et d'établir Tordre dans la perception de ses droits $ de prévenir lous les inconvénîens qui survenaient ordinairement au changement des commis; d'entretenir une correspondance suivie et régulièré avec un fonctionnaire indépendant qui pùt, par des avis certains et impartiaux, informer consciencieusement la Compagnie des choses nécessaires à ses possessions lointaines, fonctionnaire chargé de vérifier, sur les lieux, les comptes des conuiiis, et qui leur enlevât tout prétexte de retard dans la reddition de ces comptes; qui pût, lorsque cela était nécessaire, traudierles difficultés qui survenaient, • et réprimer surtout les vexations envers les Co-
tttSTOIRB BB LA MABTINIQUE. 55
loDfty auxquelles ies commis n'étaieat que trop por- iG&2. tés dans la perception des droits, vexations qui
excitaient continuellement les plaintes et les remontrances et des GouYerneurs et des Colons eux* mêmes» Elle créa, en conséquence, un Intendant sur tous les commis et officiers des lies. Clerselier, sieur de Leumont, conseiller et secrétaire du Roi, fut appelé é ces fonctions auxquelies il réunissiut aussi cdles de juge ciTÎl et ctiminel en l'tle de Saint-Christophe. Nous ne croyons pa«^ que jamais cet intendant soit Tenu à la Martinique ])our exer^ cer sa charge contre qudque commis. 11 est vrai qu*il avait la faculté 'de mander ceux-ci auprès de lui à Saint-Christophe où était sa résidence comme juge. Il pouvait aussi les révoquer jusqu'à ce que la Compagnie eût statué. Sa charge était
pour trois ans, et seize homme s fto son h il)italion étaient exempts de tous droits personnels el de la garde. Ces hautes et puissantes fonctions ne tardèrent pas à lui attirer la jalousie du Gouverneur de Saint-Christophe.
Cette année fut signalée par trois ouragans dont le second ravagea ,x presque complètement , Saint-Christophè. Parmi les navires jetés et brisés à la côte, l'on rapporte que se trouvait celui Ruyter, devenu plus tard Amiral hollandais» et que nous verrons venir attaquer le Fort-Royal , à la tète d'une iionibieuse (lotte.
66 HtSTOiRB DE LA M ARTmtQUB.
L'histoire àe la Martinique ne doit pat non plus passer sous silence un fait qui eut aussi son
influence sur la destinée des colonies. Le Grand- Maître, Chef et Surintendant de la Navigation et du Gommerce, le cardinal de Richelieu, mourut cette année 16/i2. Si les troubles du royaume , si ses vastes desseins sur le continent de l'Europe» qui préoccuppèrent ce ministre ambitieux, Vem^ pèdbèrent de < porter toute son attention sur les colonies, il n'est pas moins vrai qu'il se montra constamment leur protecteur et l'appui de la dompagnie qui les possédait» Dans Fhistoire de nos colonies naissantes, le souvenir du ministre de Louis XIII subsistera toujours, et Cotbert, seul, qui ne parviendra pas à le faire oublier , em>^ péchera seulement de le regretter.
Parmi les symptômes qui indiquent, h cette époque, la consolidation des colonies et Taccroissement de leur population , Ton peut citer lesToyages qu'entrepreni^nt les Colons pour aller en France contracter des mariages. Si, entre ceux qui arrivaient aux. lies, il y eu avait qucique&*uns déjà en famille, et possédant qudques moyens de Ibrtune> il faut reconnaître que la plupart qui y accouraient, étaient de ceux qui n'étaient retenus dans la Métropole par aucun lien d'intérêt , de position sociale, ou de £unUle. Soit qu'ils fussent passés à leurs propres frais ou aux dépens des au-
mSTOIlS DE LA MARnNIQtE.
ires» comme engagés, ainsi que nous l'explique* iGAâ. ronsplus au long plus tard, après qu'ils avaient
accompli leurs temps et . acquis quelques ressources au moyeu des terres qu'ils avaient dé* firichées et cultivées, ils songeaient à se marier, et comme la colonie était moins bien pourvue de femmes que d iiommes, ils allaient eu Trance iormer des unions. La Compagnie, voulant remédier à cet inconvénient, à cette absence qui privait la colonie d'autant de bras pour sa culture et iîa défense, s'avisa d'expédier aii\ iles, des jeunes personnes qu'elle retirait de l'hôpital Saint-Joseph ,de Parts. C'est cette année qu'arriva, a la Guadeloupe, avec sa Jeune et galante suite , la fameuse La FayoUe qui sut mettre à profit la faculté qu'cUc avait de disposer de la main de ses compagnes, et tira de là un si puissant crédit, qu'eUç m&rcha presque l'égale du Gouverneur de l'Ile.
Le 12 mai i6&â, la Compagnie, appréciaat de i6/tâ« plus mi plus le bien que faisait du Parquet' dans son gouvernement de la Martinique, le ronfirma dans son poste, ajoutant au titre de Lieutenantgénéral, celui de Sénéchal. Cette charge consistait dans la haute-main , en quelque sorte , sur l'ad* ministration de la justice, afin qu'eMc fût librement rendue. Le Sénéchal avait le droit de pré-> sid^ dans tous les sièges de justice, d'assister â tous les jugemens , sans avoir pourtant voix déli-
bérativc. Depuis la création de cette charge, le i6&d.
juge s'appela Lielitenant de Sénéchal , et devait intituler lesjugemens au nom de ce dernier. A l'époque où nous sommes , le titre de Sénéchal était probablement phis honorifique que réel. Les mœurs des habitans étaient encore trop inHitaires, la société n'était pas encore asàez développée, pour que la justice civile et criminelle eût un cours régulier et constant. Longtemps après du Parquet, nous verrons les Gouverneurs vidant eux-mêmes les différends qu'ils appelaient à leur juridiction souveraine, jusqu'à ce que le Roi leur en fit expresse défense, et nous avons déjà vu comment l'administration de la justice fut inaugurée dans la colonie^ par Texpulsion de Ghiirard» premier juge régulier qui y mit le pied^ AChirard succéda Pierre Millet, en qualité de Lieutenant de Sénéchal civil et criminel.
Ën France, Louis XIII avait suivi de près son premier ministre ; la reine Anne d'Autriche avait fait niiiuiler, par le Parlement, les dernières volontés de son royal époux qui lui donnait un conseil de régence; la minorité de Louis XIY eomtnençait. Au cardinal do Richelieu, avait succédé Armand de Maillé, duc de Fronsac, marquis de Brezé, dans la charge de Grand-Maître > Chef et Surintendant de la navigation et du commerce.
La Compagnie des îles de l'Amérique, mécon-
nisroïKi; dk la martim^ue. 59
lente de la mauvaise inlelli[»ence qui réi^nail eiiire le Lieiilenanl-gi'iit ral des îles, le (iOinmaiidi'iir de Poincyeirintcndant Clersclier, sieur de Loumont, mésintelligence ifui excitait des plaintes continuelles et touniail eontre la bonne administration dè ses possessions, résolut de s adresser à la Reine Bégénte ponr nommer un successeur au Lteutc*nant-général. La Réj^^ente jeta les yenx sur le fds d'un ancien serviteur qui avait, sous le Cardinal, été victime de sa fidélité -pour elle, sur Noël de Patrocle, chevalier et seigneur de Thois>', qu'elle désip^na aux Sci teneurs de la Comj)a<çnic comme devant être l'objet de son clioix. Eu avril iVyklx , la Compagnie fit des ouvertures à Patrocle de Thoisy qui, semblant, d^»8 lors, prévoir toutes les pénibles difficultés qui allaient supposer à la pris(^ i\v. possession de sa charge , ne voulut rien accepter tant qull n'aurait pas la preuve de la démission volontaire du Commandeur de Poiney. Celui-ci ayant écrit à la Compagnie dans un sens qui pouvait porter à .croire qu'il se résignait a être remplacé, de Thoisy fut, le 20 février 16&5, nommé lo/i5. i.ieuu'naut-gt'néral des îles frauraises pour trois anm'es; la Compagnie le revêtit aussi de la qualité de Sénéchal de Saint-Christophe. De Thoisy se fit précéder par Charles Lambert , fondé de sa pro( uialiou, qui fil, le 22 du nu)is d'août, enregistrer, à la Marlinicpie^ les lettres patentes d<'
Go lltSTOÎRli l>K LA MAKIIMQLK.
Bon mandant. Cet enregistrement se fit à la requête 16/^5. de St. -André, (lomniis-gënéral de la Compagnie » représentant le procureur fiscal, en présence de du Parquet et de Pierre Millet » lieutenant dTil et criminel ^ après qu'elles eurent été publiées à la tête des compagnies. •
Pendant que de Thoisy faisait ses préparatifs de départ, le bruit parvint, au Hâ^re et à Paris, que de Poîncy a\ail cliangé de résolution et s*apprôtait à s'opposer au débarquement du nouveau Lieutenant-général des îles/ ne croyant pas avoir mérité cettie disgrâce que Ton n'adoucissait même pas, en lui permettant de rester à Saint- Christophe comme simple particulier» ainsi qu'il l'avait demandé* La prudence du Lieutenantgénéral le porta alors à prendre quelques mesures de précaution. Il se munit d'une lettre ou délibération de la Compagnie « par laquelle celle-ci invitait le Gouverneur de la Guadeloupe, Charles Houel, qui était en même temps l'un des Seigneurs de cette Compagnie, à recevoir et traiter Patrocle de Thoisy comme Lieutenant-général, pour le Roi, des îles de l'Amérique, pendant tout le temps que celui-ci jugerait à propos d'y séjourner pour préparer son débarquement à Saint-^Christophe. Il obtint aussi, du grand Prévôt de France, une commission de Lieutenant de grand Prévôt, ]toiir /ean-I'rançois de Boisfey qui devait l'accompagner et taire valoir son autorité on catf de besoin.
itlSTOfItK DE LA MARTINIQUE. 61
Muni de ces moyens ^ de Thoisy prit congé du i6&5^ Itoi et de la Reine-Régente^ ainsi que de la Reine d'Angleterre, réfugiée en France, Uiidis que son mari { Charles V* ) défendait «a couronne et ses droits. CelleKsi lui remit des lettres pour le Général anglais^ commandant la partie anglaise de Sainl- Christophcw II s'embarqua, auHâvre^ le 12 septembre iêk^. Le 16 novembre, il mouilla é la Martinique. Ayant envoyé un de ses gentilshommes à terre porter ses ordres à du Parquet^ il dut, dès ce montent, concevoir des craintes et entrevoir touB les obstacles que lui «usciterait le commandeur de Poîncy , car ce gentilhomme lui rapporta kl nouvelle que l'Intendant Clerselier de Leuniout et Sabouilly» Bikgor-général de toutes les ileS) hommes de mérite et estiméSv, avaient été chassés de St.-Cliristophe ; qu'ils étaient venus à la Martinique pour allcndre son arrivée et se concerter avec lui, afin d'agir contre le Commandeur de Poincy qui ne déguisait plus sa rébellion, et était décidé à se di fendre jusqu'à la dernière extrémité. Le lendemain 17^ le Licuteuant-générai envoya à terre ses gardes, revêtus de leurs casaques et armés de leurs carabines. Il les suivît peu après et fut reçu au bruit des canons du Fort, de la mousqueterie des troupes, par de Leumont, Sabouilly et du Parquet A la tcte de ses compagnies. Il fut conduit dans la maison du (louverncur où
Ton tint conseil , et il fut décidé que le Lieutenant* 1645* général des tles se rendrait à sa résidence à Saint-
Christopht , m jiassanl à la Guadeloupe. Il dîna et soupa chez du Parquet , vl d'après un écrivain contemporain : « il Ait traité des viandes du » pays, cpiî sont des cochons, volailles d'Inde; » ramiers , ortolans , tortues , grenouilles et » lézards; le dessert estait de^ patates , ligues, ' » melons, bananes et ananas. »
Il partit pour la Guadeloupe , à minuit , après avoir adressé ses con»|)linient8 au Gouverneur et à la milice sous les armes.
Le 25, il était devant St. -Christophe où de Poincy, qui avait tout disposé pour résister, refusa de le recevoir. L'abord du quartier des Anglais lui fut aussi interdit par les troupes françaises, son antagoniste ayant eu le soin de mettre dans ses intérêts le commandant anglais , qui , soit par dévoùment pom* de Poincy, soit parce qu'il j)eiichait pour le parti qui, en Angleterre, combattait alors la royauté, refusa de recevoir les lettres de sa Reine. Le Lieutenant du grand Prévôt dressa son procès-verbal de rcbeiliou, et le Lieutenantgénéral revint, le 28 novembre, a la Guadeloupe.
16 janvier i6&6, le Gouverneur de la Gùa- 10&6« deloupe, Olerselîer de Leumont, Sabouilly et le Lieuleuanl-géncrai de Thoisy, après avoir mûrement déliljcré sur les moyens à prendre pour
UISTOIKË DE LA MAUiiiMQUË. 6S
vaincre la résistance du chef rebelle de Saint-- 16/i6.
Clirislophc. a\airiit <iôcidé que l'on ferait uiuî descente à la fiasse-Tci rc avec AOO hommes : on pouvait compter sur 200 autres et sur le peuple qui se soulèverait à leur arrivée. Ce projet était" ar^ i^oté, lorsque débarqua à la Guadeloupe du Parquet, accompagné de ses trois cousins et de quelques braves de la Martinique.
Yoîci la cause qui amenait ce secours au Lieutenanl-g^énéral. Ja^ Commandeur de Poiacy, irrité contre tous ceux qui ne tenaient pas ouvertement son parti contre de Thoisy, avait maltraité les deux frères Lecomtc et de Saînt-Aubîn , cousin^ de du Parquet, qui ne semblaient pas lui être dévoués, et les avait, dans un moment d'emporté* ment, traités de beaux genUlhomfnes déneige, injure sanglante pour ees jeunes cavaliers, après laquelle ils avaient quitté Saint-Christophe et sctaient réfugiés à la Martinique, auprès de leur oncle. Celui-ci, épousant aussi leur ressentiment, et voulant témoiccner au Lieutenant-général du Roi toutf^ sa fiditlité à la cause de sa Majesté, était arrivé à la Guadeloupe, comme nous venons de le dire , dans l'intention de se mettre au serviee fîu Litui tenant-général etderonlrihucrà liiire exécuter les ordres du roi. Du Parquet, que ses cousins avaient mis au courant de ce qui se pas- • sait à Saint-Christ oplie, ne partagea pas Topinion
6& HlSXOlRJi I>fc LA MAUllSigit.
d'un débarquement é la Basse-Terre, et quoique 1646%
ce parti lût déjà arrêté, il proposa d'aller débarquer à la Gapesterre , du côté de la Pointe-de-bablCy où il avait déjà des intelligences, de faire pri-^ sonniers les deux neveux du Commandeur, qui y résidaient, puis de là, de marcher sur la Basse- Terre, où Ton soulèverait le peuple en proclaiiiaut les titres du Lieutenant^énéral de Thoisy. Labra* voure et la prudence bien connues de du Parquet, décidèreut à abauduiiiier le premier plan poui* adopter le sien. Uue commission lui fut remise par de Thoisy, et le Gouverneur de la Guadeloupe lui iburnit les provisions nécessaires à Texpédition. Du Parquet, ses deux cousins, quelques ofTiciers de la Martinique et Sabouilly s'embarquèrent sur le vaisseau du lieutenant-général. Arrivé à Nièvre, qui est tout près de Saint-Christophe, du Parquet laisse-là le Lieutenant-général et son vaisseau, et montant dans la chaloupe, va débarquer le 18 au soir, à la Pointe^e«Sab)e. Il marche droit à un corps-de-garde où commandait Lafontaine, capitaine de ce quartier, avec lequel il était déjà d^intclligenoe. Là, il fait lire la commission du Lieutcnant-^néral de Thoisy devant les habitans composant ce poste, et qui crient : vive le Roî\ vive de Thoisy! Sans perdre de temps, il expédie les lettres destinées aux personnes notables de rile, et entre autres au R. P. Luc, capucin. Du
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IlISTOXHL l>li LA MARTIMQL'E. (iô
rant cette même nuit, trois ou quatre cents hom- i6&6, ^
mes sont réynis par les soins de Lafonlaitu'. t*i Camo, autre capitaine favorable à la cause du Lieutenant-général. Pendant que ce secours se réunit, du Parquet et' ses deux cousins courent attaquer la maison des neveux du Gomniandeur, défoncent leur porte, les surprennent au lit, les chargent sur les épaules de leurs propres esclaves et les en- ' voient prisonniers à bord du vaisseau du Lieulenant-gtméi al, accompagnés deLecomte et de Saint- Aubin, Du Parquet retourne au corps-de-garde • dont il était maître, pour attendre ceux qui devaient se rallier à lui. Mais cette entreprise, si bien commeiicée, devait échouer ici. Soit que de Poincy eut posté des espions dans différentes parties de rtle, soit*qu*ileàt été averti parles Anglais qui avoi-sinaionl la Gapesterre des Français, prévenu àtems de ccUe descente nocturne, il réunit à la hâte quelques-uns des siens, prend 2000 anglais que le commandant de cette nation, qui avait juré de le défendre jus qu a I i nioi l, met à sa disposition, cl il vient attaquer du Parquet au moment ou celui-ci était réft^é dans le corps^de-^arde, avec quelques-uns de sa trou}>e , attendant les secoure que Lafontaine et Canio devaient lui amener. Il ne lut pas diiUciie au commandeur et à ses 2000 anglais de mettre ces quelques hommes on déroute, et de forcer du Parquet à gagner les bols, pour échapper à Ja eaplivilé ou à ia ninrU
60 ttlsroiRË BE Lk MARTINIQUE.
Après avoir erré pendant iroh jours et trois 1040. nuits, sans pouvoir parvenir à rencontrer ses compagnons , privé de nourriture , liarassé de faligue, exposé à mille trahisons, le Gouverneur de la Martinique pensa que, dans un pays livré aux partis, la religion était la garantie la plus certaine de la fidélité et du dévouement : il se décida à dt uKuidcr l'hospilalilé aux religieux Capucins, il attendit que la nuit favorisât son dessein et il vint doucement frapper à la porte d'un des Pères. Le révérend Père Gîirtlien, ravi de pouvoir servir la cause de l'inlorlune, lui douua de la nourriture dont il avait tant besoin , le mit au courant de ce qui se passait, et l'avertit que le (^oimiiaiideur, prévoyant qu'il se réfugierait cluv. eux, avait fait poster des soldats dans le couvent; que le seul parti qui lui restait , était de se retirer chez le généi*al anglais qui lui fournirait peut-être une bar([ue pour passer â la Marliuicjue. Du l^uquet se laissa, à regret, entiaîucr à prendre celte résolution quoique le commandant anglais luieùt, quelque temps auparavant, protesté de son amitié pour lui.
Après avoir rempli ses devoirs religieux auprès du Père Gardien, il se présenta chez le général an glais, et, au nom du malheur et de Famitlé, lui rérlama un refuge. L'Anglais le recul avec toutes sortes de politesses, et lui donna de telles assu-
lUSlOlUI;: l>h LA HARiWK^Uii. 67
raiicrs de son attachciiicnt , al de telles marques 16/i1k d'intérél, que du Parqucl, daus sa loyauté, commença à se repentir d'avoir soupçonné ce chef. Mais que ce repentir fut de courte durée ! Déjà le coiiunaiickmt anglais avait fait secrèten n uL ave rlir le Coiiiuiaiideur de Poincy qu'il tenait le Couver, neur de la Martinique en son pouvoir. Pendant que du Parquet était à table avec son hôte, la maison fut cernée par les f^vns du Gommaiidem . Du i^arquet, recouuaissan t alors la basse periidie de l'Anglais, ne songea ni à s'écbappper, ni à se défendre; mais, indigné, il s^élança sur un cou-' teau pour le lui plonger dans le cœur et le punir de sa trahison. Le brave et loyal commandant au^ glais esquiva le coup et s'enfuit en toute hâte. Du Parquet , pris et conduit prisonnier dahs le château, lut placé dans une prison avec II soldais dans sa chambre, et Ton posa à 1 extérieur deux corps^de-garde de 60 hommes chacun.
De Thoisy, vivement affligé de la captivité do du Parquet qui avait quitté son gouvernemeul et son peuple qui Taimait, afin de venir combattre pour sa cause â lui, essaya, au moyen des deux neveux du Commandeur qu'il tenait prisonniers, d'arriver à un accommodement. Mais il ne put y parvenir. Il voulut aussi tenter de descendre à terre à main armée, mais le peu de forces dont il disposait Tarrèla . en présence des troupes nom-
06 lUSXOlttJ^ m LA MAftTiNlQli£.
bmiscs (jui jjardaieat la ( oie de Saint-Chris- i640, tophc. Il revint à la Guadeloupe en (février 16i!i.6/ De ce moment» tous ceux, à Saint-Christophe, qui avaient montré quelque attachement à sa personne ou à sa cause, furent l'objet d'une violente persécution.
Le 6, il fit savoir à la Martinique , que tous les navires français ou étrangers , qui y arriveraient, «'ussent à se rendre à la Guatleloupc auprès de lui. En même temps , il informa de la Pierrière et de la Foi^e, qui commandaient «n l'absence de du Parquet , de la fâcheuse nouvelle de la détention de ce Gou\ci neur et les confirma dans leur commandement provisoire (*).
Le Commandeur de Poincy qui, comme un vrai chevalier de Malte, était ainsi parvenu à se rendre indépendant dans son île], voulut pourtant donner à sa conduite une apparence excusable, et faire croire que le motif qui l'avait porté à oppo^ ,8er la désobéissance aux ordres du Roi et de la Compagnie, était général dans les îles, et provenait d'un juste mécontement contre la tyrannie et la mauvaise administration de celle-ci. Pour cela , il songea à mettre la Martinique aussi en état de sédition, pendant que son Gouverneur gémissait dans un étrôit cachot. 11 fit passer dans cette lie ,.
(*) Krivur do M. Ut;£>!)uh>j ([ui croit (|uc du l*arf{u«t cUU eu Kranc^^ l»uii(laul i]uHl cUil captif à Suiul-C!irb(uph«.
HISTOIRE DIS LA UARTlNiQtlEv 09
à l'aide d'un certain capîlaiiic Boulaiu, roclK»!lois, un libelle viruleni , tant contre Palroele de Thoisy personnellement, quo contre la Gompa-^ grnic dont il était riiistruinenl. De Poincy connais^ sait trop bien Tesprit qui animait alors les Co« Ions pour ne pas savoir que c^était en leur dépeî-^ gnant, avec des couleurs exagérées, les vexations elles exactions de la Compagnie et de ses eonimis, qii*il allait soulever ces esprits déjà tout- portés à, la turbulence et à l'Insubordination.
Mais la Pierrière ayant en eorinaissance de ce libelle inaniiscrît , fit saisir et niellre aux fers le capitaine Boutain : ce qui arrêta, pour le mo~ ment , le germe de la révohe et de Tinsurrection^ Il en fil donner avis au Lieutenant-igénéra! qui , a}ant pris conseil avec le Gouverneur de la (niadeloupc et Tlnlendant, expédia aux. officiers de la Sénéchaussée de la Martinique, une commission pour qu^ils instruisissent, sur le champ, le procès du capitaine Bon lai n donl \v navire fut expédie à la <iuadeloupe* Puis , de la juridiction ordinaire', cette afiatre passa à celle exceptionnelle du lieu^ tenant du Grand-Prévôt, qui eomprenaît tout ce qui tenait à la rébellion du Commandeur de Poincy. Mais il parait que les troubles qui suivirent empêchèrent qu'elle n'eut son cours.
Vers cette époque^ , des Sauvages de Saînle-Aloûsie 5 ayant massacré des Français de trois barques
70 (liftiOlKli Dli IK ilUVll^Miil L.
c|ui y avaient été coupeur des bois, la Pierrièrc fit 1640. capturer trois pirogues do Caraïbes (jui déclarèrent que. c étaient ceux de 5aiut-Vincent qui avaient coaunis le crime. On pensa que de Poincy n'étâiit pas étranger à cet acte d'hostilité contre la MartiniV|U(\
Cepeadaut, l'agitation qu'avait commencé à pro^ duire ia publicité donnée au libelle lancéde Sainl- Ghristophe, et qui avait momentanément été comprimée à son origine par la capture et IVinprisonnement de Boutain , éclata bientôt avec iurie. Cette espèce de manifeste du chef rebelle de Saint-dhristophe, avait deux buts: le premier de décrier la Couipaguic , en prétendant qu cUc no se contentait pas d'épuiser les sueurs du peuple» qu elle voulait percevoir un vingtième sur tout en qui serait produit , trois pour cent sur les mar^ rliaiidiîies nationales, et dix-huit sur celles étrangères , ce qui devait augmenter le* prix des choses de première nécessité, le second , de représenter Patrocle de Thoisy comme l'agent de ces affreuses duretés, et d'empêcher qn'il ne fût reconnu comme Lieutenant «-générai des Iles. Quoique la Compagnie n*eùt pas, jusqu'alors, douué aux Co^ Ions de grandes preuves de sa tendresse et de sa sollicitude pour leurs intérêts, cependant- cc^s ('noncialions du libelle étaient loin de la vérité, et le temps eût bien toi fait connaiire au peuple
tlIStOini! Dfi LA UAnTlNIQrK. 71
leur fausseté vt leur but caché. Mais, deux habi«- {Qf^^, tans de la Guadeloupe ^ envoyés soit par de
Poincy, soit par Ilouel qui, à la Guadeloupe^ suscitait au liieutenant-géni ral des difticultécs continuelles, étant débarqués a la Martinique, répan** dirent le bruit quW avait voulu, chez eux, les coiitraindrr à payer les droits exorbitants auxquels prétendait la Conipa^jnie, qu iis avaient refusé de payer, s'étaient soulevés et que Ton avait été contraint de retirer ces droits. De cet instant, le soulèvement, qui avait ét<^ partiel v\ ({iii tu* s'était manifesté qu'au Prêcheur, le 20 juin, ]}ar les cris poussés après la revue, par quelques habitans, qu'ils ne voulaient plus payer de droits à la Gom" pagnîe , devint presque général.
Comme cela se présente à peu près toujours, derrière l'intérêt public se cachaient des intérêts particuliers, et si tous, indistinctement, étaient montés contre la Conipaj^nie, ils se p.irtageaieni ensuite en deux factions, dont Tune, .poussée occultcment par quelques ambitieux, ne voulait plus de du Parquet , alléguant qu'il était trop attaché à la Coiiipagiiie , i'aulre, au contraire, nmv piw une femme doht nous allons parler loiit-àl'heure, tenait fidèlement pour son chef captif, dont elle sollicitait le retour* Celui qui était poussé en avaiil et semblait diriger la (action qui ne voulait plus de du Parquet , se iaisatt appeler le gé-
kiéral licrmlori, li avait oxcvcé lo WK^tier ilc gaulier à Paris, il avait ime reniinu dont la beauté ^ assez remarquable Y l'avait fait surnommer, dans rile, /a M^e gantière.
Le 7 juillet, les tètes s ciaient tellement échauffées, Ton s'était tellement exaspéré, que la plu^ part ne savaient plus ce qu'ils voulaient*
Au miliou de cet épouvantable tumulte qui mouat ail ciVusangIant( r , par une gucrix; civile^ cette terre que les .Caraïbes avaient déjà assez ensanglantée du sang des Français , la Pierrière te^ naît une conduite d'une prudence suspecte. Il ne semblait pencher lout-à-fait, ni pour l'un, ni pour l'autre parti* Pourtant, celuidu prétendu géné-^ ral Beaufort le tentait plus volontiers /parce qu'il devait faire place à un successeur de du Parquet*
Les Prêcbeuriens, qui avaient ele les premiers à lever l'étendard de la révolte^ étaient descendus au Fort Saint-Pierre et se montraient les plus mutins et les plus décidés, cherchant à entraîner les autres, et, particulièrement, les ofliciers de milice* Quoiqu'ils ne se fussent soulevés que contre la Compagnie, ila se mirent à piller indifleremment les magasins de celle-ci et ceux des marchands qui étaient sur la place du Fort et commençaient s'étendre vers le Mouillage.
Le 9, tandis que la Pierrière taxait les marchant dises apportées par navire liollantlais, cent
tllSTOlMI bB tA UARTlNlQtJlS. 7â
tinquaiiU^ des plus audacieux profitèrent de 1640. cette circonstance polir vociférer contre la Com» pagnie, et s*excitant les uns les autres^ se port^ rent avec Iuk ur aur la case des Seiguours de la Compagnie^ où se tenait un commis , la renversèrent^ et peu s^en fallut qu4ls.ne massacrassent le commis lui-même. Cet exemple donné , le lendc main 10, le général Beaufort, Tépée à la main, se mit à la tête de sa troupe séditieuse, et alla porter le feu dans la maison tfun autre commis, de la Compagnie , appelé rEspéranee.
Les révoltés, poussant de pluseu plus leur entre» prise qu'aucune autorité ne cherchait à arrêter, nommèrent^ eux-mêmes des juges et désignèrent ceux qui devaient administrer File. La Pierrière dut commencer à concevoir des craintes pour lui-même.
Il était difficile d'imaginer, et surtout de mettre à exécution, un moyen assez violent et assez dé^
cîsif pour couper coiu t à un semblable désordre qui semblait ne devoir finir qu'après qu'il aurait produit tout le mal qu'il portait en lui« Pourtant, une femme Fimagina avec un homme qui Texé-^ cula de la manière la plus atrocement heureuse que présente l'histoire des insurrections et des guerres civiles. Mario Bonnard, née à Paris de Jean Bonnard et de Françoise Le Jarre , aurait citr mariée, à ce qu'il parait, à un nouuué Saint-An->
HISTOIKE DE IlA MARTINIQUE.
dré. Mais, d'accord parties, co mariage n'avait 1040. jamais été consommé et était considéré comme nul, lorsque du Parquet, épris des charmes de Marie Bonnard, Tépoiisa en secret le 21 novembre 16/i5 : ce fut le R. P. Charles Hampteau, jésuite, qui les unit. Â l'époque de cette histoire où nous sommes rendus, juillet 16&6, Marie Bonnard ne pas*sail pus encore, publîfjuement, pour la fcmnit^ de du Parquet : ce nt; lui qu'en avril de i'anuée suivante, que Jean Tchenel, missionnaire apostoli<que, donna dans la chapelle de Thabitation la MontagiK^, et eu présenre tic plusieurs témoins, la bénédiction nuptiale aux deux époux qui ne l'avaient pas encore rcçuQ. Il est â présumer que rexpédîlion dans laquelle du Parquet avait été subit( iiu nt tMitraîné et sa capti\ iié avai(Mil, seules, . rctoidé l'entière consécration d une uuion que le Gouverneur de la Martinique était trop noble et trop-scrupuleux , pour laisser volontairement imparfaite.
Mario Bonnard portait , à celui qu'elle considérait comme son époux, une affection et un dévouement qui expliquent la conduite qu'elle tint au milieu de cette anarchie qui menaçait gravement l'autorité de du Parquet. Elle fut la première à émettre l'avis d'un échange entre le GouverniMir de la Martînîque cl lt>s neveux du Cominaud<'ur de Poinev. Le zèle qu'elle déploya
HiôTOlRK D£ LA HAKTINIQUË. 75
pour faire adopter cette idée, lui attira les bruta- 1046. talités du parti du général Beaufort.
Ce inquiétait le plus Marie Bonnard et les partisans de du Parquet, était cette conduite équivoque de la Picrri( ro, laquelle servait à eiitix tenir et alimenter la sédition. Parmi les amis de son mari et ceux qui défendaient le plus chaudement l'autorité de ce dernier, elle jugea adroitement que Le Fort était celui dont elle pouvait tirer le mieux parti*. Ils se réunirent et résolurent de faire cesser cette conduite de la Pierrière. Le Port, esprit résolu, audacieux, propre à un coup de main, proposa un parti court et extrême, de tu( r B( aufort et tous ceux de sa cabale, vX même la Pierrière s'il ne se prononçait immédiatement et franchement, et il se charge a lui-même de conduire ce projet promptement à lin. Son premier soin fut de chercher dix-sept compagnons sur le tléTOuement aveugle desquels il pût entièrement compter. Il les trouva. Puis, il alla chez la Pierrière et lui demanda hardiment de quel parti il était; s'il ne se souvenait pas qu'il tenait son pouvoir de du Parquet et s'il comptait laisser, plus longtemps, rile à la disposition d'une populace effrénée qui luulail qu'elle ne voulait plus de (louverneur. La Pierrière, intimidé par ce langage, avoua qu'il était obligé de laisser faire ce qu'il ne pouvait empêcher. Le Fort lui donna l'assurance qu'il i'ai-
dei'ait à s(> dctaire de ces brigands, s'il lui dounaii 1646. sa parole d'honneur de suivre ponctuellement le conseil qu'il se proposait de lui donner. La Pier» rièrc lui donna sa parole d'honneur. Le Fort lui révéla alors que, dès le lendemain, les mufins devaient venir le trouver et le forcer à iigaer des articles cpii avaient été rédigés. Il l'engagea à opposer d'abord quelques difficultés, puis à se rendre, « signer, à les faire sortir sur la place et. à leur ofirir à boire à la santé du Roi. Au moment où' chacun tiendra son verre et le mousqueton haut, hii^ Lapierrière, abaissera le sien et le dirigeantsur la tête de Beautort, il l'étendra sur le pavé; qu'il lui promettait, qu'à ce signal , il aurait des'hommes prêts à en faire de même de tous les gens du prétendu général.
Jamais action de cette nature ne fut mieux et plus ponctuellement accomplie; jamais bras de Séfde ne fut mieux dirigée que celui de la Pier^ rière ne le lut, dans cette occasion, par ce Le Fort dont la puissante et sanguinaire énergie passa tout entière dans l'âme de son chef.
Le lendemain , 6 août, ainsi que Le Fort l'Avmt aiiiioncé, Ikaufort arriva, entouré de vingt hommes parmi, lesquels on distinguait La Vigne, capitaine au Prêcheur e.t qui avait conduit A Saint-Pierre la bande séditieuse de ce quartier, La Tour, son lieutenant, dit le Vinaigrier, la Jeu-
UISTOIRE DE LA MÀaT12ilQU£. 77
nesse, Bonvouiloir et la Yarenno, son matelot (*) , 16&6. le fiU de Thomas le Sueur, Patin, Boislevé, Champagne, Lespine, Bureau et le petit Charles. Us étaient tous armés de mousquetons et avaient quatre pistolets attachés à leur ceinture; ils ressemblaient plutôt à des bandits prêts à se ruer sur des voyageurs égarés, qil'à des citoyens demandant la réforme d'abus et la cessation d'un pouvoir tyrannique.
Lorsque fieaufort se présenta à la Pi^rrière qui était au magasin servant d'hdtel au Gouverneur, situé SUT la place du Fort-Saint-Pierre, il tenait à la inain les cahiersoù avaient été rédiges les articles délibérés par une assemblée composée de tous autres gens que ceux qui entoucaient Beaufort, ces derniers se constituant en corps purement exécutif, parce qu'ils étaient plus propres à manier le mousqueton que la plume, ^es autres se fomant en corps législatif, parce qu'ils préféraient une salle de délibération à la place publique. C'est ainsi qu'en révolution les hommes se iont tout naturellement leur position.
Beaufort, montrant à la Pierrière les articles rédigés, lui demanda s'il était décidé à les signer. Celui-ci, jouant parlai lemeiit son rôle, répondit
(*t On appelait, «Kuih i r (ruips, inaU loldr (|U( I'|u"iiii , i ihii tjiii liabilait avec lut dans la int-me ca^i* |»our se «K-fcudiT i-ontre Irs sur|U-is('$ (lis Caraïbes.
78 HISTOIRE DE LA MàRTINIQUK. '
' (ju'il vovit iii au moins los lire avant d'apposer sa 1(>/|(>. sigiialiiiH^. Gela lui tut accordé.
Voici les principaux de ces articles avec leur préambule.
« Ce sont les articles et cahiers que présentent « les très^humbles et trcs-obéissans sujets et vas- « saux du Roy très-chrétien Louys XIY, Ray de « France et de Navarre , leshabitans de Tisle de la « Marliiiitjiit , en l'Amérique, suivant la dclilK'ra- « tion quii&n a esté faite par les Députez; ensem- « ble suivant l'avis des habitans des quatre quar- « tiers de ladite isle , que nous préséntons â vous, « M. Hierosmc Sarra, Escuyer, Sieur de la Picr- « rière , commandant en chef le service du Roy, « en Tabsence de 11. du Parquet , Gouverneur de «r ladite isle.
Premièrement :
« Lesdits habitants ont accordé que M. le Gou-
• vemeur , arrivant en ce lieu , ne sera rcceu pour « commander en cette isle qu'au préalable il u'aye « déclaré hautement et publiquement qu'il se dé. K part de toutes communications ou intelligences « qu'il pourroît avoir avec lesdits sieurs de la Com- « pagiiie de l Amérique, et protestera en l'oy de « gentil-homme soldat 9 de gouverner lesdits ha^ « bilans en vertu de Commission du Roy , et de «nous maintenir et protéger en nos libériez et
« franchises coutre lesdits Sieurs de la Compagnie, i(i46. « et les autres qu'il appartiendra » au péril .de sa « irie; et pendant son absence, nous tous recon-- « noissons niondit Sieur de la Picn ière , pour « nous gouverner et commander, vous suppliant « très-humblement d'accepter cette change , nous « soumettant de vous obéir perpétuellement.
« Lesdits habitants désirent que tous les offi-
« ciers de milice, tant crëéz qu*à cr^er, feroni « de nouveau serment au Roy et en fidélité, et « renonceront à tous intéréats et intelligences qu'ils « pourroîent avoir avec lesdits Sieurs de la Gom-
« pagnie : et pour les compagnies où il y a mau- ■ que d'ofiiciers, on vous supplie Monsieur, den « pourvoir.
«Lesdits habitants requèrent qu'il vous plaise, « à l'avenir ne permettre é aucune personne cigenl, «partisans, ou commis, ny autres quels qu'ils «soient, qu'ils se diront ou avoueront estre ou • appartenir à la Conipagiiit^ de l'Aniérique tle niel- « tre pied à terre (;n cette isle , ny séjourner ny « retarder sur quel prétexte que ce soit , ainsi « les empêcher par commandement absolu, ou à « force ouverte , si besoin e^t.
« Les dits habitants sont aussi d'avis que la Jus- l^W» « ticc suit administrée par quatre habitants de « cette isle, un de chaque quartier, Tun des qua- «tre qui ont esté nommez à cette délibération, ' « lesquels habitants seront tenus de se trouver «au Fort Saint-Pierre tous les lundis, à huict « heures du matin, pour rendre la Justice aux «parties requérantes, où sera présent, en qua- « lité (le Juge, le sieur Millet qui aura sa voix déli- «bérative.
< Sont aussi d'avis lesdits habitants que lesdits députés, juges avec ledit sieur Millet, connois-
« saut de toutes les alFaires eonceraanleh i admi- « nistration de la justice, et en cas qu'il se trou- « vast matière de crime, il passera par le conseil € de guerre auquel lesdits habitans seront ap- «pelez, pour ce avant que ledit sieur Mille l fasse «aucun exercice de sadite charge, il Icra le ser- « ment de fidélité au Boy et auxdits habitans, « et renoncera à toute intelligence avec les Sieurs « de la Compagnie; comme aussi lesdits li.il)it ms . « prestcront le serment de se porter fldclieiuent « au faict de leur charge qui durera le tems d'un « an, et ledit temps expiré, en seront par les habi« « tans des quartiers nommez d autres.
LesdiU habitans sont d*avifl que pour l'établis^ « sèment de la police, lesdits juges commissaires
■ y cstabliront tel ordre qu'ils Irouveronlà propos, « laissant à leur conduite disposer des aiSaires pu* « bliques, ainsi qu'ils le jugeront nécessaire» et les «jugemens qui seront par eux rendus, seront
« exécutés selon la forme et teneur.
vu.
« Est aussi délibéré par lesdits habitants qu'il « ne se pourra rien faire louchant la liberté- pu- « blique, sans que lés quatre directeurs y soient • appelez , qu'ils donneront leurs avis et les délibérations seront faites à voix comptées.
Lesdits habitans uni nommé pour greflier et « notaire, à la charge qu'il prestera serinent de ii- «délité aux habitans, le sieur Montillet qui sera « tenu de délivrer de temps en temps extrait des «avens et autres actes concernans le public, « gratis, et pour le surplus de ses vacations, taxe « lui sera faîte par les juges directeurs.
« Sont aussi d'avis que la Croix et Gautier fas-
c sent les fonctions de aergcns en cette laie , et en 1646. « deffaut y sera pourveu.
« Désirent lesdits hahitauh que dorénavaal soit «judiciers ou volontaires, soient passés par Cour « relevante mirent du Roy.
« Le Mère sera continué peaeur au pois du Roy, « jusqiics à ce qu'autrement ait esté pourveu par
« Icsflits directeurs, et pèsera aux jours accou- «tumez.
< Est arresté que ceux de la Case du Pilote au- «ront un pois et un peseur qu'ils nommeront,
«et le mercredi pour jour de pois, parce que le « dit peseur viendra près ter le serment de se porc ter fidèlement au faict de sa chai^.
• Auront aussi un pois et un peseur les habi- « tans du quartier du Prescheur, et le vendredy
«destiné pois en prestant le serment, comme « dessus.
• Est délibéré que leisdits juges directeurs , ou
HISTOIRB DS hA MABTIKIQUE. 8S
« run d'etix, chacun en droit soy, sera tenu se trou- 16/i6. «ver une fois la semaine en chacun pok. pour
« voir peser les pet uns , afin (\v romioislre la- bonté « et qualité d'iceux, et la justesse du pois.
« Ëst aussi arresté que la petite chambre estant à « costé du pois serrîra pour Texercice de la Jus- « tice , à ces fins sera mise en estât aux frais pu- « blics.
« Est pareillement délibéré que la discipline nii- «litaire sera rigoureusement observée et gardée . € en son entier comme chose sainte et saerée ; à « quoy vous supplions , Monsieur, tenir la main.
« Lesdits habitans ont pareillement arresté qu'en « cas qu'il se trouvast procuration desdils officiers, «soit des milice ou de justice, et qu'il se ttou- « Tast coupable de lascheté, leur procès leur soit
« fait (^t parfait par les olUciers de justice et de « milice en concurrence,.
xvm.
Est arresté qu'il sera paî" lesdits juges procédé « à Ja confiscation de tous les biens appactenani à
« ladite Compagnie de quelle nature qu'ils soient; 1646. «ensemble ceux de l'Espérance et de Gafl^,
« comme biens ayant esté pris et pillez sur le peu- « pie , sous faux prétexte pour iesdits biens estre « employez aux œuvres pieuses ou autres néces- « sitez, ainsi qu*il sera par lesdits juges avisé, et « sont et demeurent lesdits liabitans, qui estoient «débteurs d'aucuns biens de ladite Compagnie, « pour quelle cause que ce soit « bien et valable- « mènt deschargez, jugez quittes.
« £st encore accordé que lorsque les marchands 9 voudront traiter icy, lesdits Juges Directeurs ou «l'un d'icenxy seront appelez, pour voir faire la « taxe de leur marchandises.
« £t afin que M. le Gouverneur et vous M. à pré- « sent commandant en sa place , |ayez moyen de « subsister servant le Roy et le public, lesdits ha- < bilans se soumettent à payer entre les mains du « receveur qpii sera estably, le nombre de trente li- « vre de petun par chaque teste desdits habitans, « à la réserve des officiers et leurs agens, des fem- " mtrs et des enfans sous âge/, de douze ans : vous « snpplians, Monsieur, lesdits habitans avoir leur
HISTOIRE D£ Lk MARTINIQLE. ' 85
«petun arable, à présent fâchez qu'ils ne se 1646. » peuvent estendre à davantage par une rigoureuse « nécessité causée des oppressions et extorsiom c qui leur ont esté faites par le passé» vous sup- « pliant en outre avoir agréable que Tannée ne «commence pour payement desdits droits quak «Toussaincls de la présente année. Ainsi si^é; «d'Arnoul, Pierre Fourdraîn sieur de la Marche» « Saînt-Estienne, Jasburianche, Riflet-, Francher, « Philippes Lasier, Estienne Léon, le Dovin, La- «tin, Jean Larcher, Rivière le Baiileul, Louys • Founiier» Jean Soyer» Fauveau, tous avec un pa- «raphe. >
Pendant que , dans l'intérieur du magasin , la Pierriére prenait lecture des articles que noua venons de transcrire» Le Fort disposait ses compagnons sur la place où devait se consommer le dé- * noutjiicnt du draine. Parmi ces hommes qui s'étaient voués à lui pour cette horrible exécution, l'on distinguait Saint-Bon, la Fontaine, Dorange, Je Sage, Mathieu michel, l'Archer^ le mousqu^ton armé et prêts à obéir au signal convenu.
La lecture terminée» la Pierricre fit semblant de trouver quelques changemens à apporter, avant de signer. Les mutins Impatiens, murmurèrent; il céda, signa, et pour \cuv inspirer une plus aveugle sécurité, leur donna une déclaration par écrit de faire exécuter les articles • puis il les en-
gagea à Yénir boire à la santé dii Roi dont ils dé- 1646. fendaient la cause, et sortit sur la place. Ces malheureux agitateurs sortent triomphans et en tumtilte à la suite de leur chef, ne se doutant pas du sort qui les attend dans quelques minutes. Ils remplissent leurs verres de vins , et joyeux de leur victoire, ils attendent le signal pour les vider. La Pierrière, tenant son verre de la main gauche, et le mousqueton de la droite, lève le mousqueton comme pour tirer en l'air, et l'abaissant tout-àcoup , le décharge dans la tète de Beaufort, en face duquel il s'était placé, et l'étend sans vie â ses pieds. Le Fort et les siens qui avaient déjà choisi leurs victimes de l'œil , en étc^iident à leur tour treize sur le pavé de la place. Ils tirèrent avec tant de précision et d'ensemble, que les dix-sept décharges ne formèrent tju un seul bruit. Puis, chacun rechargea son arme, et Ton se mit à la poursuite des fuyards. Les vengeances particulières achevèrent ce que la défense des droits de du Parquet et de la Compagnie, avait commencé, et ternirent le côté excusable de cet horrible événement.
Dès le lendemain , la Pierrière dépécha Mathieu Michel à la Guadeloupe, auprès du Lieutenantgénéral avec la lettre suivante :
Monsieur,
« Le sujet de la tragédie qui s'est jouée quelques » semaines en cette islc de la Martinique est trop
lilSTOIKB DE tk MARTINIQUE. 87
» longpourTomlereprésenterpariemanu. Jelaisse j^^^i^q
• au porteur d'icelle à tous en faire le récit , comme » tonioin de tout, et commciil je m'y suis acquitlu » de mon personnage : ealin nous nous sommes dé- » faicts de tous les mauTais esprits factieux, ennemis » etperturbateurs du repos public ; ensuite de quoy » je pense, sous votre meilleur athis, Monsieur, » qu'il nous est besoin d'une absolution générale. » que irous nous pouyez octroyer et envoyer, s'il « TOUS plaist, telle et en la façon quoTOstre bonté » t?t prudence le trouvera plus à propos pour le » maintien de cette colonie au service du Roy, et » asseurer nos insulaires des inquiétudes et deffian. » ces que leur cause le remords des choses passées. » En cela, Monsieur je crois que vous ferez un acte
• de juslicè qui fera paroistre ayec éclat Tautho- » rité et la qualité que vous avez en ces isles de » l'Amérique.
Je &uh ,
Monsieur ,
Voir€ Près-humitU et trh»~oééiêsant
1)k la PjKUliiÈRE.
i,sle (U ia Martinique, ce 7 aoust
Pendant que de Thoisy s'occupait à envoyer une absolution à ceux qui avaient terminé la ré-
voiU' de la Marliaique, deux dr's lial)ilans de cette islo, du Couidray et Larcher arrivèrent près de
86 HISTOIRE D£ tk MARTINIQUE.
iui, députés l^i» autres, pour le prier de Irai. lGii6* ter de l'échange de leur Gouverneur avec IcB neyem du Commandeur de Poincy.
De Thoisy, qui avait déjà , devant Saint-^hristoplie et même plus tarjd» tenté, mais vainement, â*obtenir cet échange que sollicitaient aujourd'hui les habitans de la Martinique , voyant la rébellion du Commandeur de Poincy se prolonger au-delà de ce qu'il présumait, ayant expédié à la Cour ses 4épéchea où il rendait comple de tout ce qui s'était passé , ne crut pas devoir se rendre aux sollicitations des Martiniquais, tout en protestant de ses sentiments d'amitié et de reconnaissance pour teur brave Gouverneur. Il pensa qu'au point où étaient les choses, un simple échange de prisonniers ne devait plus s'opérer et qu'il fallait, en composant, composer pour le tout avec Saint- Christophe, c'est-à-dire qu'il fallait que de Poincy fît sa soumission. Outre que cette conduite ressemblait à de l ingralitude envers le Gouverneur de la Martinique et ses Colons qui avaient épousé sa cause , elle était une faute dont il devait ressentir les conséquences. La présence, à la Martinique, d'un chef tel que du Parquet, ne pouvait que puisslunment servir tes intérêts du Lieutenant-général.
Le 2 septembre i6&6 , l'amnistie proclamée par de Thoisy, fut lue et publiée à la Martinique, en présence de toutes les compagnies sous les armes et de tous les ofliciers de milice.
UISTOIIE DE LA UABTIfriQUE. 89
Tandië que les colonies françaises sont ainsi Hvrées à une agitation qui détourne les Colons du soin de l'agriculture et enti'ave le développement conuiiercial , les nouvelles de tout ce qui sV était passé depuis l'arrivée du nouveau Lieutenant-général, étaient parvenues en France, Le< Roi écrivit à de Thoisy et au Commandeur de Poincy, deux [ettres de cachet, datées d'octobre, dans lesquel- les il leur annonçait que, 4e lavis de la Reine Régente, madame sa mère, U avait retenu la connaissance des contestations survenues, tant entre eux deux , qu*entre le Coinmand(»ur de Poincy et la Compagnie, qu'en attendant qu'il eût vidé ces contestations, il voulait que tous les prisonniers, sans distinction , fussent échangés , et particulièrement du Parquet et de bainUÀubin, contre las deux neveux du Commandeur*
Ces lettres de la Cour qui, au lieu de sévir immédiatement contre un crime de lèse-majesté, lG/t5. semblait le tolérer en renvoyant la décision -des dillërends survenus, ne furent propres qu'à encourager ceux qui s'étaient soulevés contre l'autorité du Lieutenant-général.
Depuis son retour à la Guadeloupe, de sa malheureuse expédition contre de Poincy, le Lieutenantfgénéral était devenu l'objet d'une vive jalousie de la part de Hoûel, Gouverneur de cette île. lloùei ne pouvant souffrir, si près de lui, un elicf
qui diminuait uéccs&airemeni &â puissance ^ avait 1647. sourdement employé tous les moyens d'exciter des niécontentemens , de faire naître des difficultés et de le dégoûter de son séjour a la Guadeloupe. Il étAit parvenu à son but. En décembre, de Thoisy, Toyant même que sa vie n'était plus en sûreté à la Guadeloiipe, se décida à passer à la Martinique t où il arriva le o janvier 1G/|.7. Il dîna chez un employé de la Compagnie et alla coucher chez les RR. PP. Jésuites..
Le Commandeur de Poincy, de son côté , ne perdait pas de vue son antagoniste. 11 connaissait assez le fond des dispositions des esprits à la Martinique, pour apprécier tout de suite qu'il pouvait tirer parti , et du refus que les Martiniquais avait essuyé , et de la fuite de Patrocle de Thoisy, dans leur lie, fuite dont Houêi qui se rapprochait de lui en s éloignant du Lieutenant-général, s'était haté de lui donner connaissance. On croit mênï( que Hoûel chercha à accroître encore j*animosité du Commandeur, en lui faisant des ré^ cits inexacts sur les sentimens èt la conduite du
Lieiilenanl-^énéral.
De Poincy équipa cinq grands vaisseaux sur lesquels il embarqua 800 hommes, sous la conduite de la Yemade, Aubert, Giraud et Grenon, les
principaux oHiciers de Saint-Chrislophe. Cette pei'ilc Hotte arriva en vue de la Martinique le V6 Jan-
vier. Le Lieutenant-général -qui entendait la messe 1647. chez les RR. PP. Jésuites, fut .iverti , et comme on lui ajouta que ceuii qui s'étaient portés en avant pont reoontialtre ce^ navires^ avaient été accueillis à coups de iiisil , il ne douta pas què cette expé- * tlition ne fût dirigée coiilie lui par le rebelle de Saint-Christophe. Il assembla aussitôt l'élite des officiers et des habitans^ et il iiit unanimement * décidé qu'on repousserait la force par la force* Le Lieutenant-général prit en conséquence ses mesures. 11 renforça les corps-de-garde ; fit distribuer qudques pipes de madère aux soldats) recom^ manda partout la vigilance. Ces préparatifs termi-
' nés, se iiant beaucoup trop dans les manitestations qui avaient eu lieu en sa faveur» il sembla tomber dans une sécurité complète.
Il eut l'imprévoyance de ne pas défendre et empêcher toute communication entre les navires de Saint<IhristQphe et les habitans de Tile. Quelques^ Uns de oeux-cî ayant été à bord avec la permission de leurs officiers , la Vernade leur fît comprendre qui! serait facile de terminer cette guerre civile en faisant un échange de Témissaiie de la Gompa-
• gnie avec leur Gouverneur^ Il n*en fallut pas davantage pour réveiller le dessein que Mari<» Bonnard et LeFort nourrissaient toujours, il ne leur fut pas difficile de propager cette idée et de la faire adopter par la plupart. Un conseil se réunit pour
IlIS'i'OlKt Dl- J.A MAKliMoli:.
délibérer sur l'échange que proposait laYernadc, 10/^7. ;uâ nom du Commandeur de Poincy. Il était composé de Hiérosmu du Sarrat, ecuyer, sieur de la Pîerrière, commandant le^ service du Roi, en Tabsence de -du Parquet , GouTemeur et Sénéchal de l'île, qui fît appeler auprès de lui, Louis de Quereugoan, écuye^, sieur de Rosselan, capitaine d'une compagnie, Louis Michel, sieur de la Renardière, lieutenant d'une compagnie, Claude de Beaujeu, écuyer, sieur de La Haye, aussi lieutenant, Yves de Cervcil, sieur Le Fort, enseigne* d'une compagnie coloneUe, Nicolas le Chandelier, dit la Fortune et Pierre Godefrov, sieur delà Houssaye, l'un et F ni ire enseignes. H y l ui décidé qu on exposerait au Lieutenant-général de Thoisy lesdangers qui menaçaient l'île, si Ton n'accédait pas à l'échange qui était proposé, et qu'on le prierait d avoir à lever les obstacles qui s opposaient à ce résultat.
Patrocle de Thoisy , ayant écouté, avec calme, cette déclaration, signée le 15 janvier 1647 , leur répondit, avec une noble assurance, qu'il avait fait connaître au Commandeur de Poincy |les ordres du Roi qui voulait l'échange de tous les prisonniers entre etax, et qu'il attendait la réponse de ce chef <le Saint-Ciiristophe ; que jusque-là l'on pouvait être certain qu'il ne ferait rien qui portât , atteinte à sa dignité et â son rang.
IllSlOlftE Ub LA MARTiiNlQUE. 95
Gommé cette démarche auprès du Lieutenant- 1547 général n'avail été laite que pour la forme, sa réponse ne fut pas un obstacle au traité qui avait été secrètement conclu avec la Yemade , d'après leijuel on devait lui livrer de Thoisy, et du Parquet être renvoyé en échange : jusqu'à l'arrivée de du Parquet,' on gardait en otage Giraud et Grenon.
Quand il fallut exécuter cette trahison que ne justifiait pas même l'amour des habitans pour leur Gouverneur prisonnier, puisqu'ils n'ignoraient pas que de Poincy avait reçu , par une lettre de cachet d'octobre de l'année précédente, Tordre exprès d'opérer cet échange, chacun recula. La Pierrière qui avait juré fidélité au Lieutenant-général et avait agi pour sa cause lors de Tafifreux massacre de la place du Fort , la Picrrière qui ne voyait dans cette occasionrci que le départ d'un chef qui faisait ombrage à son pouvoir, la Pierrière n'osa pourtant pas porter la main sur le représentant du Roi. Ce fut (Micore Le Fort, l audacieux Le Fort, fanatiquement voué à Marie Bonnard et à son époux, qui s'olirit pour arrêter Patrocle de Thoisy, Lieutenant-Général pour le Roi des lies de F^érique.
Cependant, Le Fort n'avait reçu que dt s marques d'attaoliementet de distinction de la part du Lieutenant-général qui , tout nouvellement , â la iète des Rois, â sa table , lui avait oflêrt le billet de la royauté.
94 UlâTOlUt DE LÂ MAKllMgi'K.
Ces manques de foi , ces coïnplots , ces souUï- 16&7.
vcmens, ces changcmens départis, ces trahisons, tout cela ae s'explique que par la brutalilé et la rudesse des mœurs .d'hommes ayant toujours les armes à la main ét se laissant entraîner aux caprices de passions exaltées encore par un climat ardent, et l'usage 9 presque nécessaire, de liqueurs excitantes*
Le jeudi, 17 janvier, Le Fort, après avoir fait en* lourcT d'hommes armés la maison des PP. Jésuites , où se trouvait le Lieulenaat-général , se saisit de lui pendant qu'il se promenait paisiblement, dans une allée de citronniers , avec un Dominicain, le P. Du 1 ( rtre, ne se doutant pas de ce qui se tramait contre lui.
11 €sst remarquable combien cette trahison fat ourdie et exécutée avec Mystère, et sans qu'un chef entouré comme devait l'être deThoîsy, en eût été le mmudrement prévenu. Il faut attribuer ce résultat, plutôt à sa parfaite loyauté et à son aveugle aécurité , qu'à Texcessive prudence des conjurés.
Après avoir dit adieu à sa fenune , qui iondait en larmes, et des bras de laquelle il s'arracha pour ne pas laisser apercevoir de Tattendrissement au moment où il avait besoin de toute Ténergie de son ame, il fut conduit avec Boisfay , le capitaine de ses gardes , à bord du navire destiné À le conduire à dt.'^^hristophe. Il p<»tait encore son
ItlSiuiUL DE LA MARTINIQUE. 95
écharpe blanche à franges d*or, d*où pendait un
riche sabre, ftoisfay avait son épée.
Arrivé le 2^ devant St. -Christophe, il débarqua le lendemain matin. On enleva à Boit&y 6onépée« De Thoisy ne fut pas désarmé : c'était un dernier égard que commandait son malheur. Ils furent placés tous les deux dans une prison proche de celle de du Parquet , et l'on doubla les gardes autour de Tune et de l'autre.
C'est ainsi que ce genlillioniuie , d'un caractère loyal et doux , qui ne parut pas être au-dessous de la chaire dont l'avait fait revêtir la Reine»Mère, mais qui ne fut pas «ssez guerrier , assez soldat poui le ]);i\ s on il vouait et dans les circonstances au milieu desquelles il s'était présenté , trouva la captivité et les fers, là où il aurait d4 commander . souverainement comme représentant du Roi« ^ Pendant que de Thoisy cherchait, dans ses sentimcns religieux et de pieuses lectures, une rési» gnation aux ennuis de sa prison et aux* dangers de sa situation, en France, le Roi avait examiné, en son conseil d'Etat, les contestations entre l'ancien et nouveau Lieutenant-général des iles, et, le â5 février 1647 , il avait, pour certaine» considérations , accordé à de Poincy une année })our arranger ses aflfiiires à St. -Christophe où il continuerait à réaider eu qualité de Gouverneur. Pendant cet intervalle , de Thoisy séjournerait à la
9G UI8T01R£ DE LA MARTlNIQtE.
Guadeloupe, comme Gouverneur de celle ile el i6/|7.
de la Mai liiiique, et , après Texpiratidn de Tannée, il repi-eiidrait possession de sa charge de Gouverneur de Sainl-Ghristophe et Lieutenant-général dès iles de TÂmérique.
Il est dcMiU iix que cette décision, alors même qu clic lût arrivée à temps à St-Cliristophe , eût mis fin à la résistance du Commandeur de Poincy qui n'aurait, probablement, cédé qu'à des forces supt rit'ures.
Avant de reprendre le récit de ce qui se passa à la Martinique où retourna son Gouyemeur tant désiré, nous sdlons, une fois, achever la narration du sort malheureux de Patrocle de Thoisy que la Ibrtune semblait se complaire à persécuter,
La douceur et Taiabilité que ce Lieutenantgénéral des iles avait toujours montrées dans ses ra})ports avec les hahilans et partout ou il avait été à. même de commander, ne tardèrent pas à être connues à St^-Christophe* La dureté et la tyramije, au contraire , dont usait le Commandeur pour maintenir son autorité, lui aliénaient déplus en plus les esprits. Si Ton ajoute à cela i'iulérèt et la sympathie qu'inspire naturellement une haute infortune , il> n'est pas étonnant qp'il y eût bientôt des manilestations en faveur du Lieutenantgénéral. On cria : vive ie Rai^ fe général de T/ioisr!
Dr PoiiH v , inquiet ef ombrageux comme lou» 1647. ceux cioal la puissance n'est pas légitime, réunit soQ conseil pour aviser aux moyens d'étouffer ces démonstrations. La ])lupart opinèrent pour la mort de relui qui en était la cause; -Giraud et Aubert, plus ( aimes < t plus prudéns que les autres , entraînèrent de Poincy à adopter- un parti moins violent, célui d'embarquer de Thoisy et de renvoyer en France. Il v avait, alors, un navire à la Pointe-dc-Sabie , prêt à mellre à la voile. Il fut décidé qu'on embarquerait immédiatement le prisonnier. Dès la nuit qui suivit cette décision, on sépara de Thoisy du capitaine de ses gardes, du lUlèle Boisfay, ce qui ayant éveillé les soupçons du Lieutenant-général, il se tint hors, de son lit et ne voulut pas se livrer au sommeil. Verèi minuit, ini oflicier. suivi d'une vinj(taine de sohiats , . le vint prier de le suivre. Il fut conduit au rivage de la mer par trois cents hommes et une partie des gardes d\i Commandeur. Pendant tout le trajet, un nonnn<' Laforest avait cfr placé à vôiv dv lui et était chargé, à la moirulre tentative de la part du peuple, de lui brûler la cervelle. Il fut mis dans une chaloupe qui débarqua à la Pointede-Sable. au soleil levant.- Là, il monta à bord du riavire du capitaine Mansel, n ayant qu'un gi'os manteau de campagne et deux chemises, les seuls vètemens qu'on lui remit a sa sortie de prison.
98 lllSlOlRb »fc LA MAUlJiMQtE,
Le 47 maff, îl arriva à St.-Malo. Après six. ans de 1647. prorrs contre de Poiiicy et llouel, ceux-ci Iraiisi^tV rent avec lui. De Poincy, qui s'était réconcilié avec la Cour à r«de du bailly de Souvré, ambassadeur, auprès du Roi , des chevaliers de Mâlte, consentit à lui payer 90,000 livres en espèces, et Houel 01,715 livres de petun , eu trois années*
M"* de Thoisy, qui était restée à la Martinique , ayant appris le départ de son mari, én partit le 20 juin 1647, et, après s être arrêtée à St.-Euslaohe où elle séjourna quelques semaines , eUe monta sur le naiiire de Michel Ruyter, depuis Amiral hollandais, qui eut pour elle tous les égards dus à son sexe cl à son rang, et la mit à terre, à iioulogpne , le 14 septembre.
Revenons maintenant au Gouverneur de la Marti nique. Suivant le traité fait entix* la Ycrnade et la Pierrière, du i^arquet, aussitôt que Palroele de Thoisy fut entre les mains de son antagoniste, vit s^ouvrir les portes de sa prison, et, après avoir reçu mille protesta lions (ramitié d(* la part du Commandeur, qui pensait qu'il valait mieux l'avoir pour ami que pour ennemi, il quitta Saint- Christophe, le 6 février 1647. Après une année entière de raplivitc. il retrouva avec joie son peuple qui lui donna encore , dans cette occasioil , ' les niarques les moins équivoques de son attachement et-de son amour. Les affections partieulières
HISTOIRK DK LA MARTIMQLE. D9
Cl intimes, < du cœur, ne contribuèrent pas 1047. peu à compléter le bonlieur du Gouverneur de la Martinique. Ën apprenant que c'était au dévouement de sa femme, cpiiil devait, en partie, son retour, il eut un motif de plus pour s'attacher à elle, et, au iBois d'août suivant, ils rec urrui publiquement, comme nous Tavoits déjà dit, iabénédic* tion nuptiale qui donna désormah , pour le monde, le titre d'cpause à celle qui le possédait déjà devant Dieii.
Llagriculture et les défricheniens avaient dû souffrir de Tabsence de du Parquet et de ces
temps d'agitatiou et de troubles. Le (iouverueui y donna de nouveau tous ses soins. Outre les quatre quartiers proprement dits : le Fort-^Saint-Pierre , le Préoheiir , le Carbet et la Case-Pilote , il pensa à en cr c o r p h i s i ( m i r s a u t r <^ s , e a c len dan 1 1 es c u 1 L u r o s , en multipliant les habitations. Pour constituer un quartier, à cette époque, il fallait un Fort, un corpsde-garde et quelques soldats , une église pour les habitans cnvironnans, un poids, c'est-à-dire un commis chargé de peser le petunou autres durées des habituas, et un magasin, c*«st'à-dire un bâtiment destiné -à recevoir les denrées coloniales que percevait la Compagnie pour ses droits el celljes métropolitaines qu'elle vendait aux Colons.
Il mit toute son attention à pourvoir THe de vivres et de provisions pour le cas d'attaque ou de
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guerre avec les Espagnols les Anglais. La situa- 16A7. \ lion pulilupie de l'Europe; était trop ihcerlaiiie I pour q u'il iiv. prît pas des précaulioiis à cet égard. j La paix qui* allait se signer à Munster , ne devait ; pas être, poui* un gouverneur prudenlt, un motif de eoniplctte sécurité, et il savait, par expérience, combien le manque de vivres, dans ces occasions, faisait souffrir les malheureuse Colons, que ne venaient plus' secourir les navires français et approvisionner les na\ires étrangers, 11 avait donc i04H. " toujours soin de faire planter par les habitans, : outre leurs denrées de commerce, une certaine quantité de ^ois, de patates et d& manioc. Lors- \ qu'il avait lieu de craindre quehjur allaque d'une nation ennemie, il faisait publier la défense de ' tirer de» coups' de feu et d'aller à la chasse, afin de ménager la poudre et de pouvoir réunir les habilans.au premier signal. Dans ces circonstances, il permettait de traiter de toutes sortes de. miuittions de guerre avec les étrangers et de les payer avant toutes autres dettes : rinlérét général dt^ la colonie le forçait à transgresser le syslcme prohibitif delà Gc^mpagnie. 11 établit, sut les principaux points du littoral et de l'intérieur, une gardë permanente que tous les habitans. en à^v de porter les armes, devaient monter, en se relevant les uns les autres. 11 i mposa chacun dq 5f livres de petun , destinées à défrayer ceux q u i . en montant la garde.
fêtaient obligés de négliger leurs alfaires particu- 16&8. lières. -
N'ayant plus les mêmes craintes du côté des Caraïbes y réfugies à la Capes terre» il s'appliqua à ouvrir autant de chemins «pie ses forces le lui permettaient, pour, en facilitant les communications, £»der aux défrichomons , à la formation d'habitations, et à la fréquentation des parties de rtle, cpd étaient encore désertes.
Il fit des règlemens de police intérieure, qui témoignent de la sagesse et du zèle sinrèrc qu'il déployait à administrer l'ile. k cette époque, tout le monde^tait armé, les uns parce qu'ils étaient gentilshommes , les antres parce que la sûreté et la dcieiibc de la colonie l'exigeaient. L'esprit chevaleresque des Français,, joint à l'ardeur du climat et à la licence de mœurs d'aventimers et d'hommes de guerre, n'avaient certes pas contribué à détruire, aux colonies, l'usage des duels, qui i^égnaitea Europe. Cette coutume delà Fcance, importée sous le cid des Antilles, s'y était merveilleusement développée. C<'pendant, outre te désordre et l'insubortUnation.que cela entretenait, c'était autant de défenseurs de moins pour l'ile et de bras pour la culture. Du Parquet, à l'aide de la douceur, niélce à la crainte des chàlin^ens, essaya d'eaipe4;her «les Colons de mettre répéc^ à la main sans l'approbation de leurs officiers. S'il
iO'2 lllsroiR]£ DJi LiV MARTINIQUS.
réussit de 90^ teoips, il faut avouer que la sage i^l^S tentative du premier Gouverneur de laMartimq.ue, ne protliiisit pas de lon^s viïvis sur les générations qui suivirent et jusques à nos jours.
Il y avait, alors, dans l'ile deux notaires : Baudouin , qui était en même temps procureur fiscal de la Compagnie , c'est-à-dire chargé de la défense de ses intérêts^ et Montillet, qui cumulait à ses fonctions celles de grefiier de la sénéchaussée du Fort-Saint-Pierre. Du Parquet rendit, le â août IG/iA), un règlement qui prescrivit à ces no- i6/l9 taires de ue passer aucun acte de vente, qu'ils ne fussent immédiatement payés de leurs salaires ; il voulait par là faire cesser Tabus qui commençait à preiitiriî entre certaines personnes, de se vendre et aclu 1er des habitations, uniquement pour faire naître l'occasion de boire, en célébrant un marcké qui ne se réolisait le plus souvent pas.
Du ParqiàcL, cneore plein d'activité de corps, animé de l'esprit de conquête et d'agrandissement, voyant sa colonie en paix et en voie de prospérité , désira s'étendre au dehors. De tous ceux qui gouvernaient alors les iies de l'Archipel du Mexique, colonisées par les Européens, le (Gouverneur ée la Martinique était cdui vers lequel les Caraïbes, qu'il avait pourtant déjà rudement châtiés , «e sentaient le plus volontiers entraînés. Ceux de la Grenade, ayant appris que leur ile était convoitée
IlISTOIRR DE tA HARTISCIQUE. tOâ
par les Gouverneurs de Saint-Christophe et de la 1GA9. Guadeloupe, offrirent à du Parquet de venir habiter avec eux. Celui-ci se liata d'accepter une offre qui réalisait un projet qu'il avait déjà en tète, et pour ne pas donner le temps à ces Sau> vages , dont FespHt était mobile l de changer de dispositions, il se mit immédiatement à l'œuvre. ' 11 fit publier, dans son Ile , qu'il y aurait exemption de droits pour tous hahitans qui passeraient à la Grenade. 11 s'en présenta un grand nombre, parmi lesquels il choisit ceux ([u'il savait le plus expérimentés dans la culture des terres et la formation d'habitations, ainsi que des maçons, charpentiers, serruriers et autres ouvriers nécessaires à une colonie naissante. Le tout s'élevait à 200 liouiuies. 11 fit préparer de la cassave et amasser une promion de lard, viandes salées, pour nourrir la colonie pendant trois mois, sans qu'elle eût besoin d'avoir recours a la chasse ou à la pèche. 11 eut soin d'apportor avec lui une bonne quantité de fèves de Brésil , pois; et toutes sortes de graines pour être semées immédialemenl. 11 jela les yeux, pour l'accompagner et^ après lui, guider la nouvelle cdlonie, sur Lecomte, soik cousin, Le Fort, qui avait si bien servi sa cause pendant son absence , Le Marquis et quelqjies autres ha bit. m s (] trouvés dont il. dégarnit la Martinique. 11 arma toute sa troupe de fuùls et de pistolets et les poturvui de muni-
instOIRï Di: LA MARTIMQIT..
fions pour se battre tout un jour, outre plusieurs i6&9.
barils de pomlrc qu'il fit embarquer, ainsi cjue Irois barriques d'eau-dc-vic, deux pipés de madère , et tous les ustensiles aratoires dont l'expérience iui ayait fait connaître le besoin, n'oubliant pas les rassades et autres babioles destinées à gagiuT les Sauvages. Ne pouvant encore mener avec lui des religieux de Tun des ordres ^i étaient alors à la Martinique, parce qu'ils étaient réduits, dans VA' moment, à un fort petit nombre, il se fit suivre de son aumônier. Toute cette petite armée émigran te, - ayant dévotement entendu la messe, monta sur deux barques appartenant à du Parquet, et deux navires. aux capitaines Lormier et le Pas, leva Tancre, en juin 1650, et 1650. atterrit à lar Grenade , quatre jours après.
Kalerouane, capitaine de tous les Sauvages de cette île, rorut du Parquet avec des témoignages apparens de joie. £n arrivant, ce pieux chéf fit planter la croix par son aumônier, et, après l'avoir adbrée, luî^et tous les siens, il pria Dieu de bénir son entreprise. Puis, il arbora le pavillon et les armes de Sa Majesté, le IVoi Louis XIV, au bruit du canon des navires et de la mousqueterie des Colons débarqués. *
Apr^s huit jours d'un travail opiniâtre, du Parquet avait mis la colonie en état de résister , non seulement aux Sauvages de lllo, mais aux
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nations étraiigèi*c8 qui auraient é|é tentées de vonir 1 650. raltaqucr. Avant âv quitter la Grenade, il eut soin, au moyeu de rassades» cristaux » couteaux, qu^ques. merceries «t deux quarts d'eau-d€»-vie , de se faire transporter, par le capitaine Kaierouane, tous les di'oits de cehii-ri et des Sauvages sur I^île, ces derniers se réservanl seulcuicut leurs carbets et habitations^ Ayant ainsi disposé les choses , il laissa Lecomte à la téte de i*ile et revint à la Martinique. Nous ajouterons qu'à la suite d'une expédition contre les Sauvages, Lecomte, qui s'était acquis l'amour de tous les habitans par sa bonne administration , se noya en voulant secourir l'un de ses amis ; que Le Fort, pensant qu*îl avait droit au commandement, ne voulut pas reconnaître Tautorité de de Yalmenière que du Parquet avait envoyé pour succéder à Lêcomte ; que fait prisonnier dans un combat qu'il provoqua par son emportement,, et voulant se soustraire â une mort ignominieuse, il se fit administrer du poison par une femme caraïbe qui était auprès de lui. Telle fut la déplorable lia de ce Colon, plein d'intrépidité et d'audace aveugle , lesquelles avaient tourné si bien au profit de du Parquet, prisonnier et menacé dans son autorité.
Le Gouverneur de la Martinique ne s'arrêta pas à cette première colonisation. Ste.-Alousie était trop proche de son île pour qu'il ne cherchât pas
\0G UISTOIBE DE LA HARTINIQUE.
à en faire une dépendance. Les Caraïbes» irrités i6ô0« contre les Anglais qui les avaient trompés et
avaicat riilevé quelques uns des leurs, avaient massacré, en août KV^iO, tons ceux de cette ualiou qui s'étaient établis à Ste.-Alousie. ËpouTanté» depuis ce moment, les- Anglais n'avaient pas osé y retoui uer, alkguant que du Parquet avait élé le provocateur de ce qui leur était arrivé. Du Parquet s'en justifia auprès du Commandeur de Poincy auquel ils s'étaient plaints ^9 en prouvant qu'il les avait, au contraire, fait prévenir de rintenlioti des Sauvages. Du Parquet résolut dés lors de profiter de l'événement et de prendre possession de cette tle , avant d'aller en France , ou- il avait le projt t de se rendre pour traiter avec la Compagnie de la propriété de la Martinique et de la Grenade. Il expédia, au commencement de 1650, pour Ste.-Alousie, une quarantaine d'hommes munis de tout ce qui pouvait être nécessaire au succès de r<>ntreprise, jDt conduits par de Rossclan, l'un des plus anciens colons de la Martinique, qui parvint à vivre en parfaite harmonie avec les ( ju aïbes, parce qu'il avait épousé une femme de cette nation^.
Si, donc, la Martinique est la fille de Saint-* Christophe, la Grenade et Ste.-Alousie ou Ste.- Lucîe, sont les filles de la Martinique.
.La Compagnie des Iles d'Amérique, oréée en