CHAPITRE II
ifsrfliil^aeé
Madame du Parquet était assez habile en admi- 1658. nistration^ et avait fait une assez duré épreuve du caractère desGolons, toujours prêts à secouer toute
espèce de dépendance, pour être persuadée qu'il ne fallait pas laisser trop longtemps cette population sans chef et sans une autorité dont l'action se fit sentir. Le lendemain des funérailles de son mari, faisant irèvc à sa douleur pour s'occuper des affaires publiques et de celles de ses enfans» elle réunit autour d'elle un grand conseil, moitié politique, moitié de famille, oû elle avait appelé les Supci'icurs des deux missions , les officiers des compagnies et ceux des habitans en qui elle plaçait le plyis de confiance. Ce conseil se tint dans
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sa maison de la Montagne. Elle leur exposa qu^clle iG58.
ne pensait pas que les droits de sou fils aîiid , à la propriété des îles qu'avait acbclées son père, fussent méconnus par qui que ce soit; mais que, comme il appartenait au Roi seul de nommer un Lieutenant-général de ces possessions , elle venait réclamer leurs conseils sur les lut iileures mesures à adopter pour, assurer à son enfant la continua'* tion des fonctions dont le Roi avait revêtu son père. La délibération fut calme : aucune ambition n'était encore éveillée ou n'osait se révéler. Le conseil fut d'avis qu'elle devait envoyer Fun d'entre eux en France , pour solliciter auprès du Roi la faveur qui revenait, ajuste litre, à son (ils aîné. On jeta les yeux sur Levasseur, enseigne de la compagnie.du jeune d'Ënambuc, ce fils ainé de du Park|Uét. M àis Levàsseiir était mal avec le Gom>mandeur de Poincy, propriétaire et Gouvcnu ur dé 6aint-Chrislophe j et il fallait passer dans celle Ile poilr trouveir lui navire qui allât en France : des éccalt^éfeid étant encOi^e fort rares à la Marti*hique. Il s'exposait donc aux caprices du Commandeur qui pouvait l'arrêter, el cela élait d'autant plut à 'ciraindt^ que de Poincy avait peut-^ètre des vues surjet Oes dépendantes de la succession de du Parquet. M"" du Parquet a^réa scs excuses, et le Père Feuillet, dominicain, l'auteur de la letbré mmicHte plus haut , Ait charjgé de cetir
HISTOIRE 0E Lk HARTIN»3fÛE. iS7
impor laQlc mission^ Dès le leademain» ce religieux^ 1658. qui avait été honoré de Tamltié du père^ partit plein de aèle p<mr l'intérétde Fenfant
Pendant qu'il accomplit sa mission, et avant de raconter ce qui eut lieu en France^ à cet égard voyons ce qui se passe à la Martinique.
Ces mesures prises pour assurer à son fils aîné la survivance de son père, madame du Parquet ne voulut pas, en attendant, laisser le pouvoir sortir de la famille, et songea à goufvemer ^ seule , ta Martinique. Dans les premiers mohiens, alors que la douleur aclait pas éteinte, que l'image de du Parquet était encore vivante dans tous les cœurs , madame du Parquet trouva une sympathie universelle. Les compagnies des cpiatre quartiers, du Fort Saint-Pierre^ du Prêcheur, du Garbet et de la Gase-Pilote, se réunirent sous le^ armes, et elle fut proclamée, devant elles, dame et Gouvernante de la Martinique. Chaque officier lui prêta serment de fidélité avec les cérémonie» d*usage, et la joie ne fut compriiilée que parce que Ton respecta le chagrin que devait lui laisser la perte récente de son illustre mari.
Ces bonnes dispositions ne furent pas d'une' longue durée , et s'il est vrai que les agents véri-^ tables des évènemens qui troublèrent la colonie < se tinrent dans l'ombre et que leur cause réelle resta seci^te , il faut reconnaître aussi que l'obsli-
nation tle Madame la Gouvernante, obslinalioii 1G58. qui aurait dù disparaître , par plusieurs motifs , devant Tintérét général du pays , leur donna un
prétexte appui eut et plausible , comme nous allons le raconter.
La loi salique qui , en France ^ ne permet pas aux femmes de monter sur le trône et de régner, semble, au premier aspect, contradictoire avec les mœurs galantes et chevaleresques qui disliuguèrent surtout nos aïeux. £n y réfléchissant, pourtant , on trouve que rien n'est plus favorable au beau sexe. I.orsque la femme porte la couronne , comme il est rare qu'elle ne soit pas dominée par l'homme, c'est alors celui-ci qui exerce réellement le pouvoir royal. Au contraire, lorsque rhomme lient le sceptre, comme il se soustrait diiricilement à la puissance séductrice de la femme, c'est celle<<;i qui, secrètement, partage au moins, si elle n'a pas tout-#'faît, les prérogatives rovales.
Du vivant de du Parquet, sa lemmc ne se mêlait certes pas de son administration , mais le Général Taimait si tendrement,, qu'il se rendait facilement à ses désirs et accordait des faveurs et des charges à tous ceux qui lui étaient recommandes par elle. Marie Bonnard, comme nous l'avons dit, était née à Paris, et elle portait un vif intérêt à ceux de celte ville, qui veuaienl chercher fortune
sur les domaines de son mari. Les Parisiens, ob- 1658. jets de sa proleclion, ne se montraient pas1n|s^rats envers elle; et ils le lui témoignaient publiquement et en toutes circonstances. C'est ainsi qu'au jour de Tan, et â la féte de Madame du Parquet, ils ne manquaient jamais de se réunir, formaient de brillantes cavalcades et se livraient à des jeux el à des représentations en l'honneur de leur pro lectrice. Les Normands^ qui étaient dupaysduGéné^ ral, quoique moins spécialement favorisés par lui, voulurent en faire autant et rivaliser, avec les Parisiens , de témoignages d'affection et de reconnaissance. Ces deux espèces de factions qui tc^ naient , l'une pour Monsieur, l'autre pour Madame, commencèrent d'abord par exercer leur esprit satirique Tune contre l'autre ; des plaisanteries, on en vint aux querelles, des querelles à des combats, de telle sorte^ que le Général fil défense de renouveler les cavalcades el les jeux* Cependant, Madame du Parquet n'en continua pas moins à faire sentir ses bontés aux Parisiens, elles Normands, depuis ce temps, conservèrent contre elle un mécontentement qui s'était apaisé à la mort du Général, mais qui ne recherchait que le moment d*éclater, depuis i[\iv , maitressc absolue, cilc j)ouvait. à son aise, répandre des bienfaits. Telle lut Tuue des causes des troubles dont nous allons rendre compte.
f60 HISTOIRE D£ LA UARTINIQUË*
Il y en avait une seconde plusgraye^ et c'était la 1658, principale.
On se souvient de ce genlilhomnu^ anglais ou écossais , venu à la Mar^pi^nc deux ans auparavant, pour traiter de l'acquisition de b Grenade au nom du comte de Gérillac. De retour en France, il se brouilla avec le comte et résolut de revenir 4 1^ Martinique oltVir ses services à du parquet» qui Payait accueilli déjà avec distinction, Il arriva, en effet, accompagné de sa sœur, lors-r que le Général venait de mourir. Madame la Gouvernante reçut, avec plaisir, un homme dont elle ^vait vu son mari apprépier lejmérite, Elle lui donna des marques nombreuses de déférence , et non-seulement elle l'appelait pour donnpr soi) avis lorsqu'dle réuniss^t publiquement son Gon-r^ | seil, mais elle Tadmettait aussi aux réunions par*? ' ticulières qu'elle formait de ses amis et de ses parens. Cette faveur, trop visible, ne plut pas à ceux dont elle diminuait le crédit. Mery Koois, <&cuyer, sieur de Gpurselas, major de File, avait succédé à la Pierricre, dans les fonctions de lieu" tenant de du Parquet. Du Parquet lavait appelé à ce poste, moins par aiiection , car il ne le croyait; pas sincèrement attaché à lui et d sa famille , que pour rendre hommai^t* à son mcrile, et pour ménager son influence et celle de son frère , de Lou's bières , qui était aimé et estimé des habitans. De
lli5T01RK m LA ilARTlNlQUE. 161
Gourselas qui, en sa qualité de lieutenant du 1658. Gouverneur, siégeait, au Conseil, à côté de la GouTernante, regardait » d'ui^ cei) peu satisÊEiit» rintrusion d'un étranger qt|i li|î portait ombrage. ' 11 fit part de ses mécontentemens à ceux qui étaient tk 'jii niai disposés envers la Gouvernante. Il n en fallut pas davantage pour les exciter. Us se mir9nt à censurer Tadministration de la Gouvernante, disant qu'ils étaient conduits par un Anglais, et les pins méchans aliènent jusqu'à tenir des pro~ pos qui blessaient sa réputation comme femme. £lle en fut avertie , mais n'en voulut tenir auctin compte, soit qu'elle méprisât de semblables calomnies, soit quelle ne se souciât pas de se priver de l'appui et des conseils de de Maubray.
Une troisième cause vint enfin déterminer Texplosion des mauvais desseins de ceux qui ne cherchaient qu'à se soulever. Dn Parquet , quelque temps avant sa mort, avait rendu une ordonnance qui prescrivait de fixer le nombre de rôles de pe> lun qui sortaient de Tile : elle avail ])()in but de s'assurer que les droits avaient été perçus sur cette production. Quelques-uns» sous du Parquet, avaient bien tenté de résister, mais cela ii a\ail pas été bien long. La Gouvernante, voulant faire exécuter l'ordonnance , on se révolta sur le prétexte que c'était à l'instigation de de Maubray qu'elle agissait. Le quartier du Prêcheur
162 lUSrOlRË DE LÀ MA&IIMQLK.
Alt encore le lieu du rendez-vous des séditieux. 1658.
Ils s'y réuauent tumultueusemciil et demandèrent l'expulsion de l'étranger.
De Gourselas, qui avait été le fauteur, au moins indirect, de cette sédition, s'étant adjoint le supérieur des Jésuites , le père Bouiu , alla it's ti ouver» du <;onsentement de Madame du Parquet ; et il fut convenu que deMaubray se retirerait, pendant six mois, à la Case-Pilole, sans pouvoir se mêler d aucune affaire; et que, pendant ce temps « il profiterait de la première occasion pour quitter 111e. L'ordonnance relative au petun fut retirée , la sédition fut calmée , mais rautorité de la Gouvernante était entamée.
Le 22 juillet 1658, le Conseil était assemblé et présidé par Madame la Gouvernante, lorsque se présentèrentdes députés des septcompagnies, quivenaicnt énoncer leurs gricis contre son administralion , n'ayant aucun égard à sa présence, et demandèrent qu'on fit droit aux réclamations qu'ils étaient chai^ gés de faire valoir. Jls dirent que le Général leur avait promis de réduire à 50 livres de petun les droits seigneuriaux, et qu'ils continuaient cependant à en payer 100 ; que les hahitans ne pouvaient disposer de leurs revenus pour leur subsistance et l'entretien de leurs habitations, parce que les créanciers les entravaient, et qu'il leur était défendu, même après avoir payé leurs dettes, d'en-
HISTOIRE DE LA MARTINIQUlï. iùà
lever les meubles et les nègres ; qu'ils avaient, 1058. pour les juger, un Lieutenant-civil incapable qu'il fallait remplacer; que les habitans n'étaient pas représentés au Conseil où Madame la Gouvernante appelait qui bon lui semblait, de telle sort(^ que la masse du peuple voyait toujours ses intérêts sacrifiés; que l'on ne pouvait plus souffrir que les iiabit.uis fussent 2)unis ou exilés arbitrairement et sans procès ; que la nomination des officiers , tant de judicature que de milice « devaient être soumise a l'approbation des babitans; que, jusqn'à présent, les taxes dci marchandises et des nègres quon vendait aux habitans, étaient fixées par Madame la Générale «eule ou ses commis , et qu'il y avait toujours des préférences accordées au détriment du ])euple; qu'il fallait, à l'avriiir, que des représeutans des babitans assistassent à la fixation de ces taxes, et que les préférences dans la distribution des marchandises et des nègres se boniassciil à Ma<lame la Générale, au Lieut(»nanlgénérai et aux capitaines des compagnies. La délib«^ation eut lieu , et il fut décidé :
i*" Que de Gourselas conserverait sa charge de ijieuleuaul-géuéral ;
2' Qu'au lieu de 100 livres de petun, les habitans n'en paieraient plus que 50 pour tous droits seigneuriaux; que 50 autres seraient prélevés par des cuuuuissaires désignés pour les euj-
164 lilSiOinn; 1>ë la MAUTixMQUK.
ployer, suivant tlfs onionuances qui seraient fai- i058 les, en muuilious de guerre et néccssitésj publiques ;
â* Que, quant au reste de leur petun , les habi-
tans tlisposeraieiit d'un tiers pour leurs propres dépenses et subsistances , d'un tiers eu l'acquiL de leurs dettes 9 et du troisième tiers pour Tentreticn de leurs habitations.
Il' Que Fournier, Lieutenant-civil, c'osl-à-dîre , rendant la justice au nom de la Gouvernante, étant incapable de remplir ces fonctions , Madame la Générale serait suppliée d'en désigner un autre. Madame dn Parquet se rendant, à l'instant même, au vœu qui était exprimé devant elle, dé signa Louis DuTivier, sieur de la Giraudière, licencié es-lois. C'est le premier ayant ce titre , que nous rencontrons dans l'histoire de la Marti» nique.
ô** Que PlainTille serait chargé , comme syndic des habitans , de les représenter dans toutes circonstances , pour défendre leurs droits, et siégerait au Conseil avec voix délibérative.
C'était une espèce d'élément démocratique jeté dans ce petit Crouvemement absolu. C'était la masse du peuple qui voulait être représenlre lentes les fois que ses intérêts seraient en jeu. On avait bien choisi , car ce Plainville était un véri* table tribun que l'on voyait à la tête de tous les soulèvemens auxquels il entrahiait le i^euple,
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lIlôTOlRt DK LA MMUliXiQliE. 105
6* Qu'à l'avenir, les liabitans ne pourraient être 1658, exilés ni puais que leur procès ne leui' soit lail et parfait par les voies de la justice ordinaire.
7* Oue les députés des habitans assisteraient
aux taxes des marchandises et des nègres dont la distribution serait faite sans préléreucc , si ce n'est pour Madame la Générale, de Gourselas et les capitaines des Compagnies.
8** Qu'il serait permis aux habitans , après leiu's dettes payées d'enlever leurs nègres et autres tneuMes.
9* Que la création des officiers, tant de judica-
ture que de milice, faite par Madame la Gouvernante, serait approuvée parles habitans.
iÛ** Enfin, que Madame la Gouvernante promettrait de ne rechercher aucun habitant, leurs en*-
fans et héritiers, pour raison des niouveuiens qui se sont faits dans nie ou pour quelque cause que ce soit.
Elle fit la promesse que l'on exigeait d*ella
De Maubray, exilé à la Case-Pilote, ne put se résoudre au rôle passif auquel on l'avait condamné. 11 écrivit a Madame du Parquet; ses lettres furent interceptées par des espions apostés par les séditieux j)our surveiller ses niouvcmens, Quoique continssent e(;s lettres, on répandit par-; tout le bruit que l'Etranger voulait appeler les Anglais de la Barbade pour secourir Madame du ' \
IGG
UISTOIIŒ Di: L.\ MARTINIQLË.
Parquet et s'emparer de Ttle. lie mécontentement 1651.
fut au comble; on courut aux armes; on pénétra dans la demeure de la Gouvernante; on la contraignit à signer le départ dei i'étrai^r qui fut immédiatement embarqué, avec sa sœur, dans un navire faisant voile pour Sain t-( Christophe. Mais de Maubray qui avait été, à ce qu'il paraît, attaché , à la cause de Charles P% en Angleterre , ne voulut pas descendre à Saint4]Shrîstophe où l'autorité de Cromwell était reconnue. Il se retira à Ântigoa, d'où il se mit encore à écrire à Madame du Parquet, et ses lettres, où se trouvait compromise la demoiselle Francillon, une niéee de Madame du Parquet, ayant été de nouveau interceptées , les séditieux ne gardèrent plus de mesure. Plainville, Sigally et Yigeon, qui avaient déjà , figuré dans tous les soulèvemens depuis le commencement des troubles , se mirent à la tête du peuple , et déclarèrent qu'ils se tenaient pour déliés de leiïr serment envers Madame du Parquet , et ne reconnurent, parmi les officiers, que ceux qui se rangèrent de leur parti.
Cependant de Gourselas , quoique assistant aux .délibérations des séditieux, quoique ayant fait prêter serment aux nouveaux officiers nommés par eux, ne se déclarait pas d'une manière franche contre la Générale, et cherchait à tempérer Ivs choses. Le Conseil se réunit; les esprits étaient
HISTOIRE DE LA IIARTINIQI i()7
échauffés; on décida qu'il fallait envoyer chercher 1658. la Gouvernante pour qu'elle rendît, elle-même,
compte do sa conduile : ceux qui dirigeaient occullenienl ces désordres avaient leur plan arrêté. Le Lieutenant-général, soit qu'il connût ou non le dessein secret des meneurs, alla, lui-même , ' auprès de Madame du Parquet , rengageant à se rendre au sein du Conseil, el lui promeltant qu'il la ramènerait chez elle. Ëlle s'y rendit; mais, à peine y avait-elle pris place , que l'un des séditieux se présentaavec uu Miabqu<*sur la ii^ure, et, le retirant tout-à-coup, lui dit : «le masque est levé. » Cette petite scène de comédie fut le signal pour les autres, qui entourèrent cette femme livrée seule aux mains de ces exaltés , la saisirent et firent conduire au Prêcheur, où le magasin de la Compagnie lui servit de prison. L'on peut facile*ment concevoir qu'après en être venus là, ces gens ne durent pas lui épargner des brutalités et des insolences ; tous ses partisans éprouvèrent le même sort, et les officiers qu'elle avait nommés furent destitués.
Cependant l'assemblée qui s'était laissée aller à ces extrémités, voulant colorer, d'une apparence de forme , cet acte de violence , prit la décision suivante :
« Du mardy, sixiciae aoust 1658. Le Conseil, assemblé en l'isle de la Martinique, où à présidé
1(>8 IlISTOIRK I>K LA UARTIi>«IQUE.
• iMederic Rools, sieur de Gouiselas, exeîçaul la 1G58. » charge de Lieutenant-général en l'absence de
> M. d*Enambuc, sur la plainte des sept compa- >» giiies do ladito îslc de la mauvaise conduite et » entreprise iaile par Madame la Générale, sur » tous Icsdits habitans^ qui ont été découvertes et *» se découvrent' tous Icç jours de plus en plus, le- » dit Conseil a rôsolu et a ordoiuic que ladite » Dame sera démise et dépossédée* de tout pou- » voir et commandement dans cette isie, et que,
• pour cet effet, elle aura pour sa demeure ao- » tuelle les magasins au cpiarlier de la Place- » d*Armes du Prescheur, sans quelle se puisse
» retirer et faire sa demeure en son logis de la j » Martinique, ny en aucun autre lieu que celuy i » cy dessus.
> Que défenses sont faites à toutes personnes » quelconques de iuy parler et communiquer 1» sans permission de l'officier de g^arde.
» Que la damoiselle de Francilloii, attendu sa » faction intelligible avec le sieur de Maubray, me-
> naces contre le» habitans et désobéissances au V public, aura sa case pour prison jusqu'à ordre.
» Qiie les poudres seront amenées dans TArscv » nal de eette isle, et mises es-mains du comman- » dant du Fort-Saint-Pierre ; comme aussi* les » quarts de poudre deubs et paycx pour l'ancra- » ge des uavir(»s.
MlftlOiRE D£ LA MARTir«lQU£. 169
» Que défenbos sont laites au\ oillciors dt'poscz 1655. « de sortir de leurs habilalioiis sans ordre : coniiiK^
• aussi de porter aucune arme à feu , et où ils » seront trouvez trois ensemble permis aux ha-
* bilans de leur tirer sus.
» Qu il est fait défenses à telles personnes que n ce soit de les fréquenter pour quelque cause t que ce puisse être , sans permission de l'officier » du quartier.
• Que défenses sont faites à qui que ce soit d'al- » 1er à bord d'aucuns navires ou batteaux, sui- : \ant les anciennes ordonnances, et aussi sans » pcrmissioa du capitaine du quartier ou de l'ofli- » cîer de garde ^ à peine de punition corporelle.
* Que les officiers de nouvelle création jouiront » des mesmes privilèges que leurs devanciers.
» Que les habitans payeront, pour tous droits, 1» 50 livres de petun , ainsi qu'il est porté par les » anicles de la commission ^ et pour le regard de » i'iarlicle qui traite de la guerre, les habitans fe- » rout leur possible pour entretenir la paix avec » les Sauvages , et où il sera besoin de guerre , ils » se garniront de vivres et de munitions, et ainsi >» l'article des 50 livres pour la guerre demeurera » nul.
^ Qu'il est fait commandement à Charles Bail- » krdet de remettre es-mains des habitans, et » pour eux, ez-mains du sieur Plaiu^ille, leur
. * syndic, la barque nommée/*? Saint-Jnc/fues , et 1058, » tout ce qui en dépend, comme a eux apparle- » nante » et que Madame remplacera le batteau » commandé par Jacques Adam, a eux apparte- » nant, attendu que lesdits deux bâslimens ont « este payez et acheptez de 50 livres de petun par » teste, mise sur eux en Tannée 1655.
» Que les parens des enfans de M. le Général » du Parquet, d'heureuse mémoire, poseront un ê intendant pour la conservation de leurs biens, » et pour avoir soin de ce qui sera nécessaire à > ladite Dame et à Messieurs ses enfans.
» Et pour ordonner au Forl-Sainl-Pierre et aux ■ munitions, canons dudit arsenal de la place et » autres choses et exploits nécessaires, le sieur de » Plainville, syndic desdits habitans, est commis, » et posé et establi en ladite qualité, sera, à lad- » venir, reconnu et obey, le tout sera néan- 3» moins sous Tauthorité du sieur Gourselas » et desdits habitans , qu*il sera fait inventaire de » rartilleric et munitions se tiouveront dans 1» ledit Fort de Saint-Pierre, et autres lieux de la- » dite isle pour en disposer, ainsi qu'il sera jugé » à propos par le Conseil desdits habitans.
» Qu'il sera nii;^ ordic que Tautliance et salle )» du Conseil sera parachevée, et que les plan- » chers, fenêtres, portes et autres choses néces- » saires seront achevées, en sorte qu'elle puisse j» servir d'Hostel-dc-villc , cl lieu d'assemblée.
HISTOIRE on IK MAnTlNlQtK. 171
« Que les amendes, soit de ceux qui seront 1658, » défectuées dans leurs gardes , que de ceux qui » n'entretiendront point les chemins, et généra- >• l<'nient fie toutes celles qui seront imposées, (à » Icxceplion de celles qui seront ordonnées par le » juge ordinaire) seront appliquables au public. » Signé ; de Goursclas , de Plainville , du Vivier, » Sigaly, Beausoleil, sieur Didier, Jean Dautruis, Chaillon , Gobert, Guillaume Sauvage, Barbulo, » lean Richemont, Golaison, Vîgeon, Renault, » THermittc , Blain , lean Bisson , l'Évêque et plu- » sieurs autres.
Pour la plus grande intelligence de la décision de cette petite Convention de la Martinique, il faut rappeler que Madame du Parquet avait amené, avec elle, de France, une nièce, la demoiselle Francillon; que les poudres dont du Parquet avait fait provision,. ainsi que les quarts de cette munition de guerre, que cliaque navire, venant jeter lancre au mouillage de l'île, était oi^ligé de donner, se trouvaient renfermés sur l'habitation du Général, et que les séditieux voulurent les faire transporter au Fort de la ville, afin de les avoir à leur disposition; qu'autrefois cette liberté, laissée â chacun d'aller à bord des i^avires et bateaux qui arrivaient , non-seulement favorisait les évasions des engagés et des mëconlens . mnis encore donnait la facilité à certains spéculateurs
ilÛ HISTOIRE D£ LA MARTINIQUE.
d'accaparer lis marchandises qui arrivaient, afin 1658. de les revendre à des prix ruineux pour les habitons; que dans une décision précédente dont nous avons donné les principales dispositions, 50 livres de petun devaient être perçus par des commissaires désignés , pour être employés en munitions de guerre ; que le bateau commandé par le capitaine Jacques Adam, est celui qui se brisa lorsque du Parquet faisait surveiller les côtes pour empêcher l'invasion des Sauvages et la fuite des nègres marrons; qu'enfin du Parquet avait laissé quatre enfans, deux garçons, dont l'aîné, d'Euambvic, devait lui succéder au Gouvernement de l'ile, et deux filles encore en fort bas âge.
Cette délibération avait eu lieu dans la matinée '
du 10 août 1058 ; elle se continua le soir. Les compagnies sous les armes prêtèrent serment de fidélité entre les mains de leurs nouveaux officiers; elles promirent de servir fidèlement le roi et d'Enambuc qu'elles espéraient que Sa Majesté leur ' donnerait pour Gouverneur, et de vivre entre elles «n parfaite union pour le bien public.
Quoique la sédition ne fût pas aussi violente •depuis lu captivité de la Gcnc rale , il était difficile cependant que les choses allassent régulièrement et paisiblement. L'autorité , ainsi attaquée , déplacée violemment, .disséminée entre plusieurs
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' mains 9 encourageait Tambition, Tesprit de parti 1658. et les mauvaises passions.
Au milieu de ces dissensions et du ces discordes, tout devenait suspect, tout se convertissait en matière à accusation. Le Lieutenant civil et criminel , Duvivier, s'était transporté en la demeure • de Madame du Parquet pour vérifier s'il ne s'y trouvait pas un livre dont les doctrines étaient signalées , par la rumeur publique), comme étant le modèle de la conduite de la Gouvernante. 11 trouva, en effet, dans la bibliothèque de Madame du Parquet , l'ouvrage de Machiavel^ Le Lieutenant civil et criminel se présenta â rassemblée réunie, le 12 du même mois daoùt, et exposa que, parmi les livres de madame la Générale, il en avait trouvé un, intitulé : Discours de T état de paix et de guerre, par Machia\»el; que ce livre est très* pernicieux, impie, sacrilège et détestable, qu'il a été censuré et' défendu , requérant que, pour le bieh'^public et pour dter la connaissance de ses mauvaises maximes, il fut publiquement brûlé on piae«; puiilique. Le Conseil adopta les graves et savantes conclusions du Lieutenant civil et criminel, en ordonnant que le livre serait publiquement brûlé par Ténécuteur de la baute justice , et en enjoignant à toutes personnes qui en auraient des exemplaires, de les apporter et remettre au syndic des habitans , sous peine d*étre poursuivies
tlk HISTOIRE DE LA MARTIN IQI'E.
rigoureusement Ce l'ait assez curieux^ et ccitie l()5à. décision qui semble trancher de la Sorbonne,
tiénolent doux choses : la première , que les Colous, nos pères, tout exclusivement livrés qu'ils étaient à la guerre et à l'agricuiture, n'étaient pas cependant aussi illétrés qu'on aurait pu le présu* mer; la seconde, (jue riuinianilé se révèle partout de semblable mauiere , que ceux-là même, qui viennent de commettre des actes arbitraires et despotiques, repoussent et condamnent les doctrines qui érigent en rè*jle de conduite le despotisme et l'arbitraire.
Cependant, la captivité à laquelle avait été bru^ talement réduite la Générale , inquiétait ceux qui n'a\ aient eu en vue que d'écarter un rival ou un étranger, ils ne se souciaient pas d'un état de choses où la sédition continuât â régner. Us durent chercher les moyens de faire cesser remprisonnement de la (iouvernaute , tout en tirant parti des circonstances. De Gourselas et de la Vigue se présentèrent à la prison de Madame du Parquet, le 16 août , et rengagèrent à signer un écrit où elle consentait à ce qu'on jugeât tous c(ni\ t{ui seraient soupçonnés du crime d'avoir voulu introduire les Anglais dans File et faire égorger les habitans, où elle résignait ses pouvoirs, comme Gouv( 1 iiiuite . entre les mains du Lieulenant-gcuéral , jusqu'à ce que le Koi eut pourvu au Gou-
HISTOIRE DK 1.A MAUTINIQl'E. 175
vi'vnemeiit de; la Marlinifjiu', ne deniaiulanl pour J(i58. v\ïc que d'être remise en la possession de ses biens et honncursj, et promettant d'écrire en France pour obtenir de Sa Majesté une amnistie en faveur de tous ](\s liabitaus. Madame t\\\ Parquet, qui avait 'vu avec impatienee Jse prolonger une captivité dure pour elle, et qui désirait, avant tont. la faire cesser, signa cette déclaration qu avait rédigée dv la Vign(\
Les pacificateurs, nmnis de celte pièce,. retournèrent à Saint-Pierre, où ils en donnèrent lecture au peuple. Immédiatement la sédition sV paisa, les armes furent posées, et \a tranquillité et l'ordre allaient renaître , lorsqu'un domestique de Madame du Parquet, un nommé Desmarets, soit que, témoin de ce qui s'était passé à la prison il eût été spontanément entraîné à celte démarche, soit qu il y eût été invité par sa maltresse repentante d'avoir signé, se mit à parcourir la place où avait été faite la lecture de la déclaration , criant q4ic Madame la Gouvernante avait été contrainte de signer cet écrit, quelle s'en plaindrait au Roi et demanderait justice. •
Cela faillit tout perdre. Les séditieux, qui ne faisaient pas diOiculté de croire que le laquais parlait au nom de sa maltresse, reprennent les armes, se réunissent avec une grande agitation, et déclarent que, celle fois, il n'y a plus d'égards
à conserver et qu'il faut rembarquer ainsi que 1658. ceux qui conspirent avec elle. De Gourselas vit
que les choses allaient être poussives trop loin, s'il ne s'entremettait eacpre. 11 laissa les scditieuii ' se saisir de dix ou douze principaux officiers, partisans et amis de la famille du Parquet, qu'ils chassèrent de l'île. Il dépêcha quelqn'un auprès de la Générale et, le 22 suivant, réunit le Conseil qu'il présidait. Plainville, le syndic deshabitans, prit la parole et déposa que Madame la Générale , dé^ siraat donner au peuple toute, espèce de sûreté, lui avait remis une déclaration, datée du 19, par laquelle elle désavouait tout ce qui avait été dit par son domestique, le même jour, sur la place du Fort, et oiiiait de fournir caution pour l'exacte observation de ce qu'elle promettait; en conséquence, le syndic requit que, toutes les compagnies assemblées, chacun déclarât s'il était content et satisfait du procédé de Madame la Générale, et qu'il plùt au Conseil de statuer sur le tout, afin qu'à l'avenir tout le monde pût vivre e^ paix , union et concorde.
Les Comp^ignies étant donc assemblées et ayant délibéré entre elles sur la place, à peu près comme les légions et les gardes prétoriennes faisaient sous l'enipire romain, quand il s'agissait de chasser un empereur et d'en proclamer un autre , déclarèrent, unanimement, qu'elles étaient contentes et
UiSTOlRK D£ LA MAAnMQUfi. 177
satisfaites dos propositions et déclarations de Ma- 1658. dame la Générale ainsi cpie des cautions par elles offertes 9 protestapt n'avoir autre intention que de iFÎvre en paii, union et concorde ayec elle , et de lui rendre le respect qui lui était dû , offrant d'envoyer, pour la garde de sa maison , deux sol*dats de chaque compagnie ayec un officier, qui seraient relevés de semaine en semaine, sans autres ga^es que leur nourriture pendant qu'ils seraient de garde.
Le Conseil, statuant, donna acte à Madame la
Générale, au Procureur Syndic et aux habitans, (\o leurs dires et déclarations, et de ce que les KR. PP. jésuites , les rieurs de Gourselas, Loubiires, Lècomte, FranciUon, Croquet et la Vigne,, cautions offertes par ladite dame, ont fait leur soumission : en conséquence, ordonne que l'acte du 19 avril, écrit de la main du sieur de la Vigne et signé par ladite dame, demeurera au greffe, paraphé nr rmriedir pour y avoir recours au besoin; qu( ladite dame sera conduite dans sa maison de la Montagne,- pour y faire sa demeure ainsi qu'elle a accoutumé, et que chaque semaine il montera en garde pr< s de sa personne, pour sa conservation et celle de sa famille , deux soldats de chaque compagnie 9 avec un officier pour les commander, qui seront relevés, chaque semaine, par un pareil nombre , sans que, pour ce . ils
178 IliSfOillE DE LA MARTIMQLE. •
'prétendent «iiiciins appoinlemens, sinon leur 1058. nourriture poudant qu'ils seront de garde, ce qu'ils continueront tant que par le Conseil il sera jugé nécessaire, et, au moyen de ce, ordonne que de tons les mouvemens passés aucun ne s'en souviendra et se fera reproche, et que le tout sera tenu comme non fait et advenu.
Madame du Parquet Ait donc' reconduite du Prêcheur à sa résidence de la Montagne; les têtes se calmèrent; de Gourselas, parfaitement d'intelligence avec elle, gouverna sans concurrent. Mettant plus de prudence et de réserve dans sa conduite envers les habilans, elle parvint prompU ment à reconquérir leur aifcction, et nous la verrons, tout à l'heure, revêtue, en apparence du moins, de tous les droits et de tout le pouvoir dont la sédition l'avait temporairement dépouillée, ;q)rés qu'on aura expulsé de l'île ceux qui avaient ctéàlatéte des perturbateurs, et dont la présence importunait et pouvait même devenir compromettante. 4
On se rappelle que, l'année précédente, la paix avait été conclue avec les Caraïbes qui étaient venus la solliciter à Saint-Pierre par l'organe de l'un de leurs chefs les plus renommés, Nicolas, (pie du Parquet avait renvoyé comblé de présens. Le Générai ne voyait alors dans cette paix qu'un répit dont la colonie avait besoin pour réu*
UISiOlRE I>£ LA MARTINIQLE. 179
nir tous ses efibrto contre les évasions d'esclaves , 1658.
et chacun savait quelle ne serail pas de longue durée.
Quoiqu'une funeste expérience eût dû apprendre aux Colons à ne jamais se départir de vigilance cl de précautions, ils finissaient toujours , cependant, par les négliger, et oiTraient saus cesse aux Caraïbes des tentations auxquelles ces barbares ne savaient pas résister. Les troubles qui désolaient la colonie, favorisaient encore leur audace et leur perlidie. Us avaient remarqué que, parmi les habitans qui venaient à la Capesterre chasser et pécher, il y avait une bande qui , chaque matin, se divisait en dcMix portions, l'une qui s'cntoaçait dans les bois pour chasser, l'autre qui restait pourgarder le canot , le boucan et les effets de leurs compagnons. Ils choisirent leur jour et Tondirent suhiLement sur les trois tjui étaient r( stés , tandis que leurs camarades chassaient , et les assommèrent à coups de bouton. Les trois chasseurs, de retour, trouvèrent les cadavres de leurs coni]7agnon8 et les drhris de leur canot. Pour fuir un sort semblable , ils gagnèrent promptement les bois et restèrent quatre jours avant d'atteindre la Case-Pîlole, en traversant par le quar- I ici- appelé aujourd'hui le Gros-Morne.
Soit que ce fût la vérité, soil que ce ne fût que; l'inspiration de la frayeur, les Sauvages de l'ile
HiSTOilŒ m LA MAKfiiMQUt.
envoyèrent , à Saint-Pierre , quelques jours après, 1658.
une députatioii pour assurer qu'ils n'étaient pour rien dans le massacre qui venait d'être commis des trois Français, que c'étaient ceux de ia Dominique et de Saint-Vincent qui en étaient les seuls auteurs. Elle arriva lorsqiu; la sédition était dans toute sa force, au moment où les esprits, échauffés et divisés, n'étaient plus occupés que de leurs discordes intestines , et oubliaient même les dangers qui puuvaiciil menacer Texistence de la colonie tout entière. De Gourselas fut obligé d(> dissimuler son mécontentement et d'avoir l^r d'être satisfait des excuses qu'ils offraient. Ils se retirèrent, persuadés que c'était ià une aÛ'aire terminée.
La discorde avait heureusement cessé parmi les Colons, et les choses avaient, à peu près, repris leurs cours, lorsque aborda à Saint-Pierre, dans sa pirogue, ce même Nicolas, capitaine renommé parmi les Sauvages, accompagné de seize des siens. Ils descendirent sur la place, se mêlèrent aux Français et se mirent à boire, comme eux, de l'eaude-vie , la liqueur favorite de ces barbares. Beausoleil, l'un de ceux qui avaient joué un rôle actif dans la sédition , l'un des signataires de la décision du Conseil du 6 août qui avait décrété la déchéance et .l'emprisonnement de la Grénérale , homme cruel et entreprenant, conçut, à ce Ino-
UlSiOiRl' Dli L\ MARTINIQLE. 181
ment, Tidée de venger la mort des trois habitans 1658.
massacrés. 11 la communique ù d'auti^s qui la partagent; ils parcourent eusemble les cabarets et les magasins, et parviennent à réunir 60 ou 80 hommes. Pour mieux surprendre les Sauvages, ils iout venir les amies par les portes de derrière des magasins qai forment la place, et, ces préparatifs terminés, ils les entourent et, â coups de fu* sils et de mousquetons , ils en tuent cinq sur la place même. Une partie ayant pris la fuite du cpté de la sucrerie de Madame du Parquet, sept y reçoivent la mort, et un autre, au milieu des can^* nés , trois sont arrêtés et renfermés dans le cachot du cor {)>-de-garde.
Le fameux JNicolas , dès qu'il \it tomber ses compagnons autour de lui , avait dirigé sa course du cdté de sa pirogue. Atteint d'un coup de mousqueton dans le corps, il se précipita a la mer.
^ Poursuivi le long du rivage par les habitans qui tiraient sur lui, il plongeait à chaque fois, évitait leurs coups avec une adresse merveilleuse, et, revenant sur l'eau, lanraîtàceux qui se trouvaient les plus proches, des cailloux qu'il rapportait du fond de la mer. Mais, perdant son sang et ses forces, et . attdnt d'une balle à la tête, il expira, et l'on vit son cadavre flottant sur l'eau. Deux seuls de ces Caraïbes échappèrent à ce massacre, et allèrent en porter la nouvelle à leurs compagnons. •
I8'i HISTOIRE DE LA MARTINIQUE.
Beausoleil et les siens, exaltés par le silceës d*une 1658.
entreprise qui n'était pas fort honorable, qui avait été exécutée sans ordre et sans chef, ne voulurent . pas s'en tenir là. Ils proposèrent d'y donner suite en allant attaquer les Sauvais à la Gapesterre et en les chassant tont-à-fait de l'île. Beausoleil espérait entraîner tout le monde avec lui et avoir ainsi le commandement de rexpédition. Mais de G ourselas, qui ne se souciait plus de cette indiscipline et de cette indépendance, modéra l'ardeur de ces tapageurs en disant que c'était à Madame la Gouvernante a décider si cette guerre devait être déclarée. Celle-ci convoqua son Conseil, où elle appela tous les oiricicrs des compagnies et les principaux habitans. Les. avis ouverts, on revint sur les torts immenses que les barbares avaient causés en enlevant les esclaves; il fut dit même que depuis que la paix avait été conclue avec eux, et nonobstant leurs promesses, ils en avaient attiré plusieurs; qu'ils avaient traltreusemeut assassiné des habitans qui ne leur avaient fait aucun mal , qu'il était tcms d'en finir avec une peuplade aussi perfide et sur laquelle on ne pouvait ]^liis compter; que trop longtemps on les avait ménagés; qu'aujourd'hui, ils ne méritaient plus aucune compassion. La guerre fut donc décidée, et il fut résolu (pi'on irait attaquer les Caraïl>cs dans leurs quartiers de la Gapesterre , tan! par lerre que par mer. On prît
aussi des mesures pour assurer la {oiuiuele de ces 'XG58. quartiers. 11 fut arrêté que de Loubières cmjjorte* rait avec lui les matériaux nécessaires pour y élever une forteresse, et qu'une garnison y serait entretenue pour le repos public, el qur eliaque soldat qui la composerait aurait 120 livres de petun; que tout habitant blessé ou soldat estropié dans cette ^erre , aurait un nègre en indemnité; que le butin reste rait à ct'u\ ipii îe feraieut et les nègres à ceux qui les captureraient; qulii serait prélévé, pour les munitions de guerre nécessaires à la garnison, 5 livres depetun, par tétede nègre, sans que personne en pût être exempt; que les soldats de la garnison auraient , en outre , ainsi que ceux qui iraient se fixer dans ces nouveau quartiers, une exemption pendant dix années, à compter du jour où le Fort serait bail , tant pour eux-mêmes que pour leurs esclaves et serviteurs, de tous droits , à la réserve d'un chapon qu'ils fourniraient, chaque année, à Madame la Générale pour toute redevance seigneuriale pendant les dix années.
Pour faire celte petite campagne, de Gourselas choisit, parmi les sept compagnies, six cents ' hommes des plus vaillans, des plus habitués aux fatigues, des mailres de cases, c'csl-à-dire dés plus intéressés à se débarrasser des dépré- « dations des Caraïbes. Deux cents furent placés dans cinq baïques, sous le commandement de
ISA. HISTOIRE m Lh. MARI INIQUE.
(Il' i.ouhicTes. Celui-ci donna l'ordre à Beauso- 1658. doleii, qui moaUUt 1 une des barques, de se détacher, d'accoster au Prêcheur, de prendre par terre avec les siens, et de rejoindre l'expédition à la Ga. pestcrre. Il paraît que ce chef avait ses motils pour eu agir ainsi avec Beausolcil. Les quatre cents autres furent divisés en -deux bandes : l'une prit la route de la Montagne-Pelée , l'autre du Morne- Gommier.
Comme il s'agissait, en quelque sorte, de conquérir une nouvelle terre, puisque les Caraïbes avaient constamment occupé la Gapesterre depuis l'arrivée de d'îaiainbuc, la relii^îon dut marcher aussi pour consacrer la conquête , empêcher de verser inutilement le sang et sauver autant de vaincus qu'elle le pourrait Le P. Bonin , supérieur des Jésuites, monta sur la petite flotte, et le Père Bon longue , dominicain , suivit ceux qui allaient à pied, et il ^ut convenu que celui des deux religieux qui arriverait le premier sur les lieux, qui en prendrait possession et y planterait la croix, aurait pour son ordre la desserte des paroisses qui seraient créées dans cette partie de l'ile.
Les Caraïbes, instruits par leurs espions des intentions des Français , se préparèrent à les recevoir. Ils appelèrent la ruse à leur secours et inventèrent un stratagème qui devait affaiblir considérablement leurs ennemis avant qu'ils arrivassent
jusqu'à eux. lis counnissaient le chemiu que de- 1G58. Taieat prendre les Fji*ançais ; ils semèrent une certaine portion du terrain» de flèches enterrée» et dont les pointes, cachées au milieu des branchages dont ils les avaient recouvertes , devaient faire aux Colons des blessures mortelles. Pour mieux assurer Telfet de leur embûche, ils se portèrent à quelque distance en avant, et, après avoir fait mine d attendre leurs ennemis, ils lâchèrent pied aiiii d attirer les Français sur le lieu où était dressé le piège. Mais, par un heureux hasard ^ la nuit survînt qui empêcha les Colons d'avancer^ et un nommé Lévesque, qui connaissait toutes les iialiitudes de ces Sauvages, se méliant de quelque chose, engagea ^ ses compagnons à changer de route* Ils prirent en effet une autre direction et arrivèrent, de bon matin, sur les Caraïbes qui fuient surpris à leur tour. Celui que les Sauvages avaient placé en sentinelle, revint à la hâte vers eux, en jetant par-dessus sa tète une poignée de sable pour exprimer la grande quantité d'ennemis qui marchaient sur eux. Ils prirent la fuite, en désordre, vers leurs carbets où ils répandirent la terreur. Mais les plus braves, voulant au moins donner aux femmes et aux eniaas le temps de s'embarquer, réunirent autour d'eux ceux qui étaient résolus de combattre, et se portèrent au-devant des Français. Mais à peine eurent-ils essuyé la première
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drcliargc , qii(% voyant les Français se jM'écipiler 1658. sur eux l'épccà la main , ils prirent de nouveau la fuite vers Tendroit où ils avaient caché leurs piro- • gnes. Les Français en firent un carnage général, sans distinction de sexe ni dVige. Ceux qui ])uront se dérober aux coups des Colons, gagnèrent Saint- Vincent et la 0oininique. C'est ainsi que cette nation se vit chasser encore d'une de ses lies parles Européens, et que la Martinique en fut entièrement délivrée , sur la fin de l'année 1658.
Au milieu des ténèbres qui couvrent le berceau do ce penple , de la diversité de récits des premiers voyageurs qui les visitèrent ou en entendirent parler, voici ce qu'il y a de moins douteux sur leur histoire. Les Caraïbes n'étaient pas originaires des îles du golfe du Mexique où les trouvèrent les Espagnols et les autres nations européennes. Ils provenaient des Galibis, nation du continent^ qui vinrent conquérir les îles sur les Ygneris qui en élai(Mit les Naturels. Les vainqueurs tuèrent les iiommcs et gardèrent les tèmmes pour en lairc leurs épouses. Aussi le langage des hommes [qui est, parmi eux , le même que celiii des Galibis do la Terre-Ferme, dillère de celui de leurs lènimcs qui ont conservé la langue du peuple vaincu, dont elles descendaient. C'est aussi ce qui expliquerait le peu de cas que ces Caraïbes faisaient de leurs lennnis , connue provenant de la conquête
HISTOIRE DE lA MAETINfQUE. 187
et portant , en quelque sorte , le cachet de Tescla- 1658. vage (4) • Lorsque les Européens arrivèrent , ils
les trouvèrent vivant dans une parfaite égalité, indépendants les uns des autres , sans régies ou lois communes pour les gouTemer. Hs ne faisaient aucun commerce, ni entre eux, ni avec leurs voisins. Ils ne péchaient et chassaient qnc pour avoir leur nourriture de la journée. Le goût du trafic qui s'est, plus tard , prodigieusement dévelopé chee eux , ne leur fut donné que par les Européens , au moyen de Tappât des rassadcs et de l'eau-de-vie qu'ils aimaient avec passion. Ils étaient, par nature, enclins à Tindolence et à la rêverie, et l'on en voyait passer des journées entières sur la pointe d un i oclicr, regardant la mer et le ciel. Ils n'avaient pas de religion proprement dite. On croit pourtant qu'ils distinguaient deux Génies , ou Dieux, l'un, bienfaisant, qu'ils laissaient de côté et n'invoquaient jauiais parce qu'il ne pouvait leur faire de mal , l'autre, mauvais et malfaisant, qu'ils imploraient pour détourner les maux dont il pouvait les frapper. Ils avaient des espèces de sorciers ou devins qu'ils appelaient Boyés, La polygamie était en pleine vigueur chez eux, et les auteurs' les plus recommandables les représentent comme antropophages.
Ils ne connaissaient de chefs qu'en guerre. Ordinairement ils élisaient, comme capitaine, l'un
d'entre eux, des plus braves, qui s'était aisiingué 1058 déjà contre leur< ennemis. Lorsqu'il s'agissait d'entreprendre une guerre, le capitaine les réunissait dans soncarbcl, et, à la suite de réjouissances et do débauches, quelque vieille, prenantla parole , rappelait les souvenirs les plus propres à les exciter au combat et à la vengeance ; le capitaine les haranguait aussi , et ils se séparaient après être convenus du jour et du lieu de leur réunion. Leurs armes étaient des flèches dont les extrémités étaient empoisonnées avec le lait de mancenillier, des boutons ou massur^s, et des espèces de demi-piques. Leur, principale tactique consistait à surprendre leur ennemi. Lorsqu'ils faisaient des prisonniers , ils tuaient les hommes et réduisaient les femmes en esclavage. Le brodequin et les longs cheveux étaient le signe qui distinguait la femme libre de Tesclave. Aussitôt la guerre terminée, l'autorité du capitaine cessait. Leurs querelles particulières se vidaient avec le bouton. Ce sont les Européens qui , plus tard, les ont fait se batr tre à coups de flèches, I<eurs enfans , dès leur plus bas âge , étaient exercés à tirer de Tare et à nager : ^ aussi, poussaient-ils, au plus haut degré, 1 adresse dans ces deux exercices. Ils avaient une grande vénération pour leurs morts qu'ils n'abandonnaient presque jamais sur le champ de bataille, et ils les enterraient avec de grandes cérémonies, ils se li-
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IIISTOIRL DE LA MAUilMQUli. 180
vraicfftt, dans dîfiëreates occasions , à des jeûnes 1058. et des contraintes très-dures. Lt's Doiiiiuicains et les Jésuites se dévouèrent à leur conversion. Quel* ques-uns de ces religieux poussèrent même le zèle etFardeurde leurfoi, jusqu'âallerparmi eux à Saint- Martin ou à la Dominique. Ces deux î!cs furonl leur dernier refuge. La pointe-la-Rose, au quartier du Robert, fat le dernier endroit delà Martinique où Ton en TÎt. Ils ont, actuellement, complètement disparu , et cVst à poine si l'on trouverait quelque trace de leur ancien séjour dans les colonies françaises.
Le père Boulogne planta la croix sur le terrain conquis et qui était tout le littoral compris actuellement entre le Macouba et le François; les armes de Sa Majesté très-cbrétienne furent arborées au bas , et toute la troupe conquérante entonna un Te Deunt, Lorsque de Loubières arriva avec ses deux cents homfiies qui avaient été retardés par le calme , il trouva tout terminé. Il fit dresser un bâtiment de charpente, qu'il avait apporté pour servir de forteresse. Telle est l'origine de tous ces quartiers de la Gapesterre, que nous verrons successivement, et en peu de temps, se former, et qui furent toujours desservis par les Dominicains, en vertu de la convention dont nous avons parlé. Madame la Générale fit don au père Boulogne d'un terrain où il fit construire la chapelle , à la-
quelle il donna le nom de Sainl-Jacques que por- 1658 tait le Général. Cest cette chapelle qui a donné son nom à riiabîtation que les Dominicains créèrent sur le même terrain.
Cest ici le lieu de remarquer que^ dans cette même année 1658, le R. P. Fontaine fut établi, par le Pape Alexandre VIÏ, préfet de la mission des Dominicains, et dans le bref que le Pape lui e^tpédia, c'est la première fois que le Roi de France est reconnu comme souTcrain et propriétaire des ronquêles faites et des colonies fondées par ses sujets. Jusque-là, les Papes n'avaient pas voulu déroger entièrement à la bulle qu'Alexandre YI avait envoyée à Ferdinand et â Isabelle, en l&OS, où ils étaient reconnus comme souverains de tout le Nouveau-Monde; car, dans le bret qui fut remis par le Pape Urbain V,auP. Pélican qui accompagnait de rOlÎTe et du Plessîs, en 1635, comme nous l'avons dit au commenceirttnt de cette histoire, le Roi de France n'était qualifié que de protecteur des missionnaires et religieux français.
DeLoubières laissa une garnison dans la petite ibrteresse et revint à Saint-Pierre. Il v trouva Beausoleil qui y soit qu'il se fût trompé de route, soit qu'il eût reçu des ordres de nature à l'empêcher de rejoindre l'expédition , était retourné en ville sauî5 avoir trouvé ses autres camarades. Quoiqu'il en soit , de Loubières attribua ce résultat à
HiSTOIRË D£ LA iCARTlMlQUE. 191
sa désobéissance, le Iraila de broiiilluii, cîe perlui- 1658, bateur, et même de traître, et le fit arrêter. Ou trouva le moyen de faire éprouver, le même sort auit deux frères Vigeon et à Plainville qui, voyant éteindre leur influence awc le désordre, cherchaient à le continuer, et tous les quatre furent chassés de l'ile avec liberté cependant d'emporter leurs biens. C'étaient des instrumens dont on s'était servi et qu'il fallait briser après qu'on n'en avait plus besoin. De plus, on savait que le Roi était instruit des séditions qui s'étaient soulevées et qu'il allait en punir les auteurs. îl fallait préve-' nîrle coup, ou enipé( lier du moins qu'il ue Irappat trop de monde. La réaction fut Taccroissement de l'autorité de la Gouvernante. Les officiers des compagnies et les habitans voulurent que le Conseil, par une dei isioii spéciale, reconnût tous les droits de Madame la Générale, et la rétablit dans la plénitude de la puissance que lui avait laissée son ilkistre mari : ce qu'il fit le 21 octobre de cette année IG58. Les officiers, exiles à cause de leur attachement à Madame du Parquet, furent rappelés, le Lieutenant civil et criminel,* qu'elle avait été contrainte à changer, reprit ses fonctions et recommença a juger. Le pouvoir de la Gouvernante entièrement rétabli, son autorité respectée , raflTectîon des Colons recouvrée , allaient enfin lui permcllie de jouir de qtielque repos, de
goûter les douceurs de la puissance, lorsque la 1658. même maladie , à peu près , qui avait affligé les
derniers jours de son mari , la frappa : elle était paralytique. Elle avait appris que le Koi avait reconnu son fils atné, d'Ënambuc, pour Gouverneur de la Martinique, sons l'autorité de son oncle, Adrien Dyel deVaudroque, et elle n'attendait plus que l'arrivée de ce dernier pour aller prendre» en France 9 des eaux propres à sa guérison.
Cependant , ses maux s'aggravant et de Vaudroque n'arrivant pas , elle fit ses adieux à ce peuple dont elle avait alternativement essuyé les caprices et éprouvé Taffection , remit le Gouvernement de l'île à de Goursclas, et s'embarqua sur un navire de Saint-Malo avec ses deux petites lillcs, sa cousine, la demoiselle de Francillon, et quelques JoÛOiciers de sa maison. Ce voyage lui fut funeste. Au bout d'un mois de souiirance, elle nioin ul à bord. Ses parcns et ses officiers voulurent conserver le corps pour le faire inhumer avec les ancêtres de son mari , mais une violente tempête 8*étant levée et conliiiuant pendant trois jours, des Portugais, qui se trouvaient dans le naviro, en ^attribuèrent la cause au corps de Madame du Parquet et forcèrent le capitaine à le jeter à la mer. Ainsi finit, assez tristement, Marie Bonnard, cette parisienne qui s'était séparée d'un premier mari |pour s'attacher â du Parquet , qui défendit avec intrépidité
UISTOIRK D£ LA MÂHTIiNlQlif. 193
l'autorité de son second mari , pendant sa captî- 1658. vitéàSaiiit-Cliristophe, qui, après la mortdeceluici soutint, avec non moins de fermeté et de courage sa propre autorité et celle de son fils, donna lieu â la calomnie de s'exercer, parvint à en triompher, et emporta, en mourant, la consolation que son fils ainé avait remplacé son père dans songouYernement de la Martinique , comme nous allons le voir.
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