TRADUCTIONS LATINES A TOLÈDE
lède, emmena à différentes fois de France en Espagne plusieurs sujets de mérite: Maurice Bourdin, moine d’Uzerclie, archidiacre de Tolède, antipape et évêque de Brague ; Géraud de Moissac, chantre de Tolède et évêque de Brague; Pierre de Bourges, archidiacre de Tolède et évêque d’Osma; deux autres Pierre, d’Agen, l’un évêque de Ségovie et l’autre de Paleucia ; Bernard, chantre de Tolède et évêque de Compostelle; Bernard et Jérôme du Périgord, évêques de Valence et de Zamora ; enfin Raymond, compatriote de l’archevêque Bernard de Tolède, auquel il succéda. »
Raymond, natif d’Agen, occupa le siège de Tolède, de l’année 1130 à l’année 1150. C’est à lui que revient l’honneur d’avoir provoqué les traductions de l’arabe en latin dans sa ville archiépiscopale, et cette initiative, qui fut plus ou moins tôt connue de l’Europe, peut être considérée comme le phare qui fit accourir à Tolède des savants de tous les points de l’horizon, non-seulement au XII”, mais encore au XIII° siècle, qui frappa Alphonse X et lui fit oublier la couronne impériale au milieu des savants arabes.
Mais Tolède n’avait pas les ressources de Bagdad. On n’y avait pas sous la main des hommes préparés au rôle de traducteur, également instruits dans les deux langues. On imagina un expédient, qui dans la suite trouva des imitateurs.
Raymond confia l’exécution de son idée à deux hommes, dont l’un connaissait l’arabe et la langue vulgaire, et l’autre le latin. La première traduction arabe latine née à Tolède fut le produit de leur union. Plus tard ces deux hommes se complétèrent, et chacun produisit isolément. Ceux qui vinrent après eux commencèrent par l’étude préalable de la langue arabe. Quelques-uns seulement adoptèrent le procédé primitif.
Les premiers travaux exécutés sous l’inspiration de Raymond s’adressèrent à la philosophie. De ses deux traducteurs, l’un resta sur ce terrain, et l’autre passa sur celui des mathématiques, de l’astronomie et de l’astrologie.
Les hommes que le besoin de savoir, besoin qu’ils ne pouvaient trouver à satisfaire dans leur pays, entraîna vers To-
lède de tous les poiuts de l’Europe, n’eurent d’autres préoccupations que d’étendre le domaine de la science. Il y eut cependant une exception.
Alors que saint Bernard provoquait la 2e croisade, son ami Pierre le vénérable, abbé de Cluny, en méditait une autre sur le terrain de la polémique. Afin de pouvoir le combattre en connaissance de cause, il fit traduire le Coran par deux savants que d’autres motifs avaient conduits en Espagne, Hermann et Robert de Rétines.
C’est ainsi que se rencontraient à Tolède les deux grands courants qui traversaient alors la chrétienté.
Les historiens ont l’habitude de mentionner parmi les résultats des croisades l’initiation de l’Occident à la science arabe. C’est là, une erreur. La science ne doit rien aux Croisés, qui avaientd’ autres préoccupations (1). Parmi cettemasse innombrable de traductions, dont nous essayerons de dresser l’inventaire, on n’en compte que deux opérées en Orient: l’une faite par Philippe de Tripoli a trait à un écrit apocryphe d’Aristote, le Secret des secrets , et l’autre par Etienne d’Antioche a trait au Maleky. Et encore cette dernière traduction est un double emploi, que rendait à peu près inutile le Pantegni de Constantin.
C’est à l’Espagne que se rattachent les noms de Platon de Tihur, d’ Adélard de Bath, de Jean de Séville, de Gondisalvi, d’Hermann Dalmate, d’Hermann l’Allemand, d’Alfred, de Daniel deMorlay, de Robertde Rétines, de Marcus de Tolède, de Michel Scot, etc. C’est enfin à Tolède que Gérard de Crémone opéra ses soixante-seize traductions, qui embrassaient l’encyclopédie de la science. C’est encore naturellement à l’Espagne et même à Tolède que se rattachent les travaux provoqués par Alphonse dit le savant.
Pendant deux siècles Tolède fut un atelier de traductions.
Il nous ën est arrivé un assez grand nombre d’anonymes, dont quelques-unes portent le cachet de l’Espagne. Parmi celles dont l’attribution est douteuse, on compte Tune des
(l)On sait comment les Croisés traitaient les bibliothèques, V. Quatremère .
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plus importantes, celle du célèbre traité de la perspective d’El Hazen (1).
Sans doute les travaux exécutés à Tolède n’eurent ni la sûreté ni l’ampleur de ceux de Bagdad, nous en avons déjà tait comprendre la raison. Leur importance n’en fut pas moins grande : on sait avec quelle avidité la science arabe fut longtemps recherchée. On sait de quel crédit jouirent Avicenne et Averroès, combien de lacunes les Arabes remplirent alors. Sans eux, le moyen âge eut défailli sur la route* de la Renaissance (Cosmos).
Nous allons entrer dans quelques détails sur l’œuvre entreprise par l'archevêque de Tolède.
G est donc à l’archevêque de Tolède, Raymond, nous en avons la preuve dans une dédicace qui lui est adressée, que reviendrait l’honneur d’avoir provoqué les traductions de l’arabe en latin. Dans cette œuvre il fut secondé par deux hommes, Gundisalvi. archidiacre de Ségovie, ot un juif converti, connu sous la double dénomination d’Avendaut (Aven Daoud, ou fils de David) et de Jean de Séville ou Jean d Espagne. Ges faits se passaient dans le commencement du XIIe siècle de notre ère, une traduction faite par ce dernier, portant la date de l’année 529 des Arabes, qui équivaut à l’année 1134.
Il serait intéressant de savoir- si ces travaux furent connus des traducteurscontemporains tels que Platon de Tibur, Adliélard de Bath et Gérard de Crémone. Nous savons que le premier traduisit à Barcelone et que le second voyagea en Espagne, mais à cela se bornent nos renseignements. Quanta Gérard, nous savons positivement que ses travaux s’accomplirent à Tolède, où il se rendit pour y trouver ce qu’il cherchait en vain dans son pays; mais nous ignorons la date de son arrivée. Comme il ne mourut qu’en 1187, on peut croire qu’à son arrivée à Tolède le travail des traductions était déjà commencé et que ce fut peut-être la connaissance qu’il en eut qui détermina son départ et fixa son itinéraire.
(1) On est tenté de l’attribuer à Gérard, qui traduisit les G'rêpaseules .