JEAN DE SÉVILLE
Nous commencerons par Jean de Séville, qui fut probablement le maître de Guudisalvi dans la connaissance de l’arabe.
Il ne nous est connu que par ses écrits, et son nom même soulève des discussions. C’était un juif converti, et son père devait s’appeler David, vu le nom d’Avendaut (Aben Daoud, fils de David), sous lequel il est souvent désigné- Comme chrétien il porta le nom de Jean. On l’appelle généralement Jean de Séville ou Jean d’Espagne, les Mss. donnant tantôt Joannes hispalensis, et tantôt Joannes hispariiensis, hispanus, hispanensis, etc. La première qualification est la plus commune, ce qui est déjà pour nous une raison de l’adopter; mais nous en avons une autre. Nous le trouvons parfois ainsi qualifié: Joannes hispalensis atque Lunensis, Nous croyons qu’il faut chercher un nom de ville dans la première qualification tout aussi bien que dans la seconda (1). Jean serait donc probablement originaire de Séville, et il aurait pris plus tard un nouveau surnom celui de Lunensis, pour avoir habité Luna. Quelques-uns de ses écrits en sont datés, ainsi qu’on le voit dans les Mss. de Paris n°s 7282, 7292, 7377 b. Nous ignorons les dates de sa naissance et de sa mort, mais nous savons positivement qu’il écrivait dans la première moitié du Xll'siècle, une de ses traductions, celle d’Altergan, étant datée de l’année des Arabes 529, qui correspond à nos années 1134 et 1135. Déjà M. Chasles avait relevé l'erreur de Libri qui avait donné comme incertaine l’époque de Jean de Séville. Jourdain avait signalé cette date et Woepcke en a rectifié les erreurs de détails.
Jean de Séville est, après Gérard de Crémone, letraducteuf qui a le plus produit, mais ses traductions sont loin d’avoir l’importance de celles de Gérard. Il en est qui portent sur
(1) On voit que nous tirons d’un même fuit une conclusion contrai* J re à celle do Jourdain, Oos doubles surnoms, tirés de localités, sont très communs «1162 les Arabes.
la philosophie, mais la grande majorité porte sur l’astronomie et l’astrologie. 11 laissa aussi quelques ouvrages origi-
Son début daus la carrière paraît avoir été une traduction faite de concert avec Gundisalvi. On pourrait même supposer qu’alors il n’était encore que catéchumène, car elle porte le nom d’Avendauth, tandis que les autres portent le nom de Jean (de Séville ou d’Espagne), qu’il dut recevoir à son baptême.
Nous allons donner la nomenclature de ces traductions.
1° Traité de l’âme, d’Avicenne.
Cette traduction, faite en commun avec Gundisalvi, porte quelquefois le nom d’un seul dés deux collaborateurs, cependant elle est toujours précédée d’une épître dédicatoire où Avendautli prend la parole.
Bien que cette épître ait été publiée par Jourdain, nous ne pouvons cependant la passer entièrement sous silence, attendu qu’elle a une importance historique.
Généralement elle porte entête: Prologus ejusdem (Dominici) ad archiepiscopum Toletanum Remundum.
Dans le n“ 286 de la Bibliothèque JVIazarine, nous lisons au contraire : Incipit epistola Avendauth philosophi, etc.
Suit : « Reverendis3imo toletanæ sedisarchiepiscopoethispaniarum primati, J ohannes A vendent Israelita, philosophus, gratum debitae servitudinis obsequium.
C um omnes constent ex anima et corpore, non omnes sic certi sunt de anima sicut de corpore. Quippe cuin illud sensu subjaceat, ad hane vero non nisiintellectusattingat, unde hommes scnsibus dediti aut animam niehil credunt, aut si forte ex motu corporis eam esse conjiciunt, quid est, vel qualis est plerique Me tenent, sed pauci ratione convincuntur...
Quapropter jusmm vestrum, Domino, de transferendo Avicennæ philosophi libro de anima effectui mancipare curas quatenus vestro munere et nostro labore latinis (Jourdain : latinus) fieret certum quod hactenus extitit incognitum; scilicet an sit anima, et quid, et qualis sit, secundum essentiam et effectum, rationibus verissimis comprobatur. Hune igitur librum vobis prœcipiente (Jourdain : prœcipientibus), et me
singula verba vulgariter proferente, et Dominieci archidiacono singula in latinum convertente, ex arabico translatum in quo quidquid Aristoteles dixit libro suo de anima, et de sensu et sensato, et de intellectu et intellecto, ab autore libri scias esse collectum. »
Bien que l’auteur de cette dédicace parle en latin, il semble qu’au moment d’entreprendre cette traduction il doutait encore de lui-même, puisque son rôle se borna à traduire l’arabe en langue vulgaire, sans doute en espagnol, de même que Dominique Gundisalvi, qui devait plus tard jouer à lui seul le rôle de traducteur, ne connaissait pas encore assez l’arabe.
Nous lisons dans les Mss. 56 de l’Arsenal et .386 de la B. Mazarine: Incipit, ou completus est liber de anima, qui est VI liber de naturalibus, ou naturalium Avicenæ.
2° De la conservation de la santé, ou extrait du livre des Secrets des secrets, attribué à Aristote. Tel est le titre :
Epistola Aristotelis régi magno Alexandra, de conservations liumani corporis, quam Joliannesliispaniensis T. (Theophinæ) hispaniarum régime transmisit.
Jean rapporte ainsi dans sa dédicace comment il en vint à faire cettre traduction : « Cum de utilitate corporum olim tractaremus, et a me, ac si essemmedicus, vestra nobilitas quœreret brevem libellum de observatione dietarum, vel de continentia corporis, accidit ut, dura cogitarem vestræ jussioni obedire, liujus rei exemplar ab Aristotele pliilosopho edi tum repente mente occurreret quod extraxi de libro qui dicitur cyr oserar (Sir el asrar) id est Secretum secretorum, quem fecit Aristoteles Alexandro régi magistro (1). » 1
Nous reviendrons plus tard sur cet écrit d’Aristote, qui fut traduit intégralement par Philippe de Tripoli.
3Ü Traité de Costa ben Luca sur les différences entre l’àme et l’esprit. Tel est l’incipit :
Liber de dififerentià inter animam et spiritum, quem Costa ben Lucæ cuidam amico scriptori cujusdam regis edidit,
(1) On voit que le .nom d’Avendauth a fait place à celui de Jean. 11 en sera do môme pour toutes les traductions qui vont suivre.
et Johannes hispalensis ex arabico in latinum Ramundo (var.: Remundo, venerando) Tolletano archiepiseopo tianstulit.
Remarquons encore ici le nom de Raymond, promoteur des traductions.
Les manuscrits de cette traduction sont communs, et l’ouvrage jouit d’une certaine vogue au moyen âg-e.
4° Eléments d’astronomie d’Alfergan.
Le titre de l’original peut se traduire ainsi : Traité des groupes des astres, et éléments ou principes des mouvements célestes (1).
M. Woepcke a reconnu que cette traduction se trouvait au fonds latin de Paris dans les n05 0500, 7377 b, 7434, et 848 et 900 de l’ancien fonds St-Victor.
Tel est l’incipit du n“ 6506 : Liber Alfragani in quibusdam collectis scientiæ astrorum et radicum motus planetarum, et est XXX differentiarum (2), interpretatus a Jolianne hyspanensi atque lünensi.
Tel est le curieux explicit du n° 848, qui se rencontre ailleurs avec quelques variantes: Perfectus est liber alphargani in scientia astrorum et radicibus motuum cœlestium, interpretatus in Luna a Johanne yspanensi atque lunensi, et expletus est die vicesimo quarto die quinta mensis lnnaris anni arabum quingentesimi XXVIII * existente XI die mensis mardi GLXXIII, sub lande Dei et auxilio.
Woepcke pense qu’il faut restituer ainsi la fin : expletus est die vicesimo quarto quinti mensis lunaris anni arabum quingentesimi XXVI1II. Il conclut ainsi : C’est donc le 24 djoumada 1" de l’année 520 de l’hégire, ou le 11 mars 1135 de notre ère, que Jean de Séville acheva sa traduction d’Alfrag-an.
La traduction de Jean de Séville a été imprimée sous ce titre : Brevisac perutiiiscompiiatio Alfragani, Norimbergœ,
Plusieurs Mgs, de Paris, dont Woepcke a fait le recense-
(1) Le mot djouami de l’arabe a été eompris par Jean dans le sens de recueil. On lit aussi : Liber completus in scientia astro-
(3) Ce mot different la équivaut à division, section, chapitre.
ment, contiennent une traduction d’Alfargan par Gérard de Crémone. Nous en parlerons ailleurs. Tel en est le titre: Liber de aggregationibus scientiæ stellarum et principiis cœlestium motuum, etc. On voitqu’ici le moi Oussoul a été rendu par principiis au lieu de radicïbus de Jean de Séville.
Woepcke fait observer que le catalogue imprimé de Paris s’est trompé en dédoublant la traduction d’Alfergan sous ces deux titres : Liber de aggregationibus, et Rudimenta astronomica. En 1590, Christmann publia une traduction libre d’Alfergan accompagnée de commentaires. D’autres éditions avaient déjà paru. En 1609, Golius en publia une édition arabe latine.
5° Quadriparti de Ptolémée.
Nous le trouvons aun° 7306,sous cette simple indication: Quadii partitus Johannis liyspalensis.
0° Centiloquium de Ptolémée. Bien que nous n’ayons pas rencontré cette traduction accompagnée du nom de Jean, nous croyons devoir la lui attribuer pour la raison suivante :
On lit cet explicit dans le n° 7316 : Perfecta est hujus libri translatio anno Arabum 530. Nous ne voyons guère à cette date que Jean d’Espagne pour avoir exécuté cette traduction.
Il y a plus. Au n° 7307, on lit, au début d’une traduction du Centiloquium : Dixit Magister Abraamus ben Deut. Ne serait-ce pas là le nom primitif de Jean?
7° Des figures, par Tsabet ben Cora.
Cet opuscule se trouve aux n0!7282, 7337 et 16,204. 11 s’agit de l’emploi des figures comme amulettes. Nous trouvons même la recette de la confection d’un moule. On a peine à croire que cet écrit soit réellement de Tsabet ben Cora. Quoi qu’il en soit, tel est l’incipit du n° 7282: Liber ymaginum Thebit ben Cora, a Jolianne liyspalensi atque lunensi in luna ex arabico in latinum translatas. On trouve dans le n“ 10,204 un explicit identique.
8° Introduction à l’astrologie, par Albumazar.
Elle se trouve aux n" 7315, 7316, 16,203 et 16,204.
Le n" 16,203 débute ainsi: In nomine Dei pii et misericor-