ARABE. — LIVRE HUITIÈME
Ce dernier ne nous est connu que par un opuscule contenu dans le n° 6626 du fonds latin de Paris, qui porte ce titre: Prologue li. O’creati in helceph ad Adelardum baiocensem; magistrum suum.
Le mot helceph nous paraît une altération de l’arabe elhasseb, le calcul. Il s'agit aussi d’uu traité du calcul d’après les Arabes.
On lit au début de cet opuscule : C’est une loi qui régit les vrais amis que si l’un d’eux commande, l’autre s’empresse d’obéir. Aussi commandé par un ami, que dis-je, par mon seigneur et mon maître, je m’empresse d’aborder le calcul des Arabes ( helceph sarracenicum ) et de traiter de la multiplication des nombres, de la division, ainsi que de la multiplication des propositions que l’on ne poursuit pas autrement que par les nombres.
ÔÈRARD DE CRÉMONE.
Le plus infatigable et le plus fécond des traducteurs est Gérard de Crémone, dont on peut dire qu’il traduisit k lui seul à peu près autant que tous les autres réunis.
Ce qui étonne dans son œuvre, ce n’est pas seulement l'étendue des matières mais leur diversité, car elle embrasse l’universalité des sciences : philosophie, mathématiques, astronomie, sciences naturelles et médicales.
Pour s initiera ces sciences il lui fallut préalablement apprendre l’arabe et se pénétrer de sa technologie, aussi ne faut-il pas s’étonner si l’on rencontre d'ans ses traductions des expressions techniques transcrites plutôt que traduites, la pénurie contemporaine ne lui fournissant pas d’équivalents, et c’est à quoi n’ont pas assez songé ceux qui ont relevé ces défectuosités.
Gérard de Crémone est assurément une des plus larges intelligences du moyen âge. C’est incontestablement l’homme qui rendit le plus de services à la science par l’étendue et la variété des matériaux qu’il mit en circulation.
Sa renommée ne fut pas en rapport avec son mérite; ét
GÉRARD DE CRÉMONE
peut-être faut-il en chercher la raison dans sa modestie, qui lui fit négliger d’attacher son nom à toutes ses traductions.
C’est tout récemment que l’on a pu se rendre compte de la grandeur des travaux de Gérard. Cette découverte a son importance historique, et prouve que le moyen âge entra plus largement qu’on ne l’avait pensé jusqu’alors eu communication avec les Arabes. Faite plus tôt, elle eût fourni de nouveaux documents aux auteurs des Recherches sur les traductions d’Aristote et d’Averroës et l’ Averroïsme, et modifié leur manière de voit.
On s’était occupé de Gérard et de ses œuvfes, mais on n’en connaissait que la moindre partie. Ses compatriotes furent longtemps à le méconnaître ; quelques-uns même l’abanbonnèrent à l’Espagne pour laquelle le revendiquait Antonio dans sa Bibliothèque espagnole.
La meilleure étude sur Gérard de Crémone fut donnée au siècle dernief,par P. Marchand, dans son Dictionnaire historique, mais privé d’un document important, il n’atrive à lui reconnaître la paternité que d’une douzaine d’écrits. Un certain jour n’en était pas moins fait sur cette intéressante personnalité. Fabricius n’alla pas plus loin que Marchand.
Cependant la Chronique de Pipini, publiée par Muratori, tout en produisant des renseignements biographiques sur Gérard, faisait monter à. soixante-seize le chiffre de ses traductions, mais sans nous en donner la nomenclature.
Jourdain doubla le chiffre des traductions admises par Fabricius.
Quelques années plus tard, en 1849, un Ms. de Laon produisit une liste de trente-trois traductions sous le nom de Gérard i
On savait qu’il en existait une liste complète enfouie dans la bibliothèque de Leipsick. Déjà, Marchand avait fait des vœux pour sa publication. Bandini la signala de nouveau* et, naguère encore* Daremberg en espérait la communication;
Ce que l’on avait si longtemps et vainement attendit dé l’apathique Allemagne fut découvert à Rome et publié en 1851 par M. Boncompagni; Enfin, tout récemment, en 1874*
nous avons nous-même découvert à Paris une liste identique à celle de Rome.
Ajoutons qu’un fragment, d’origine évidemment identique^ avait été envoyé d’Oxford à M. Boncompagni, contenant les douze traductions d’ouvrages d’astronomie.
Voilà, donc la bibliographie complète de Gérard exhumée, représentée par quatre monuments, dont deux complets et ' deux autres fragmentaires.
La liste d’Oxford présente la série des ouvrages d’astronomie dans le même ordre que les listes complètes.
Celle de Laon, tirée du Ms. 413, contient 32 écrits. Elle commence au n° 33 pour finir au n° 68, avec quatre lacunes’1 et quelques interversions.
La liste de Rome, tirée du Ms. n° 2392 de la Bibliothèque-, du Vatican, et celle de Paris contenue dans le n" 14,390 delà Bibliothèque nationale, sont concordantes, à part quelques légères différences tenant à des difficultés de lecture, et à un n° manquant dans la liste de Paris. .
Une particularité remarquable, c’est que dans les trois derniers manuscrits, cette liste est annexée à la traduction, du Petit art de Galien, particularité sur laquelle nous aurons à revenir tout à l’heure. Nous verrons aussi que cette liste a été rédigée de bonne heure, probablement vers la fin du XIIe siècle, peu de temps après la mort de Gérard.
Avant de produire ce document nous dirons encore quelques mots des manuscrits.
M. Boncompagni dit du Ms. d’Oxford : « La maggior parte delle righe di essa nota e inintelligibile, per esser la carta del codice, in que luoghi appunto macchiata e corrosa. 1
Pour nous, la liste d’Oxford est parfaitement intelligible .! et il est très facile de suppléer ce qui manque. Seulement deux lignes sont en blanc, sur douze, et il faut lire Thebitm lieu d ’Alchabitii.
Nous avons déjà dit que la liste de Laon présente quelques lacunes, au nombre de quatre. Elles sont relatives à Alexandre d’Aphrodisias (n° 39) à El Kendy (n° 41), à la Chirurgie d’Abulcasis (n« 61) et au Canon d’Avicenne (n°62). On a lu abusivement à propos d’un écrit de Galien : Contempla-
GÉRARD DE CRÉMONE
tionibus au lieu de complexionibus. La liste s’arrête au il” 68, de la Géomantie. On trouve ensuite un fragment de l’éloge de Gérard : Aoiceni Avolai fecit Canonem.
D’après M. Boncompagni, c’est de ce même n° 2392 du Vatican que l’on aurait déjà tiré précédemment l’éloge en vers de Gérard. On doit s’étonner que l’on n’ait pas jeté les yeux sur la liste qui précède.
M. Boncompagni a fait de son importante. découverte l’objet d’une magnifique publication. Après avoir produit la liste et la notice qui l’accompagne en double expédition, dont une en fac simile, il fait l’histoire critique de Gérard de Crémone, et de ses traductions imprimées, dont il donne des spécimens. Il reproduit aussi un traité d’algèbre composé par Gérard ; il fait enfin l’histoire d’un autre Gérard, dit de Sabionetta, postérieur au premier, avec lequel on l’a confondu.
Le manuscrit dans lequel nous avons fait à Paris la même découverte que M. Boncompagni à Rome est le n” 14.390 du fonds latin. C’est un magnifique in-folio de 355 feuilles, parchemin, à deux colonnes, d’une belle exécution, supérieure à celle du Ms. de Rome.
On y rencontre d’abord les ouvrages suivants :
1° Isagoge Johannitii ad tegni Galeni.
2° Tegni Galeni.
3° Aphorismi Johannis Damasccni.
4° Aphorismi Ypocratis.
5° Pronostica Ypocratis.
6” De regimine acutorum morborum.
7° Pliilaretus de pülsïbus.
8° Theophili liber urinarum.
9° Isacic L. urinarum.
10“ Isaac L. dietarum.
11° Viaticus à Constantino translatus.
12° Liber in quo haly filius Rodoan exponit lïbrum Galeni qui dicitur arsparva.
A Paris, comme au Vatican, le commentaire d’Ali ben Rodhouan sur le petit Art de Galien précède immédiatement la notice consacrée à Gérard de Crémone. Dans le Ms. de
Paris la notice commence au folio 223. Ces deux monuments ne présentent entre eux que des différences insignifiantes.
La notice se compose en réalité de trois parties : la notice biographique proprement dite, la nomenclature des traductions, quelques vers en l’honneur de Gérard.
Nous avons pensé qu’un certain nombre de nos lecteurs nous sauraient gré d’une traduction, française.
« De même qu’une lampe luisante ne doit pas être mise à l’écart sous le boisseau, mais placée sur le chandelier, ainsi les faits éclatants des gens de bien ne doivent pas rester en- j fouis et gardés dans un oiseux silence, mais présentés à l’attention de la postérité. En effet, ils ouvrent à leurs successeurs les voies de la vertu, ils présentent aux regards des contemporains l’exemple de leurs devanciers, comme une règle à observer dans la vie.
® Afin donc que maître Gérard de Crémone ne reste pas enseveli dans les ténèbres de l’oubli, afin qu’il ne perde pas les honneurs de la renommée qu’il a méritée, pour empêcher que d’impudents voleurs n’attachent des noms étrangers à ses livres, car il s’est abstenu- d’inscrire le sien sur aucun d’eux, nous allons à la suite de ce traité du petit Art, qu’il a tout récemment traduit, novissime db eo translatif et à l’instar de Galien qui rappelle ses livres à la fin de ce même traité, donner la liste des écrits de Gérard, dont ses amis ont conservé très soigneusement la nomenclature ; et si quelqu’un est désireux de connaître leur contenu, il pourra sûrement et facilement savoir ce qu’il a traduit en matière de dialectique, de géométrie, d’astrologie, de philosophie, | de physique (médecine) et d’autres sciences.
<c Bien qu’il ait méprisé la gloire et la renommée, qu’il ait fui les louanges et les vaines pompes du siècle, qu’il n’ait pas voulu répandre son nom par la recherche d’objets nuageux et chimériques* cependant ses ouvrages ont porté leurs fruits à travers la postérité et rendu témoignage de ses mérites.
« Riche des biens de ce monde* il accepta d’un cœur égal leur abondance et leur privation et supporta virilement et également les caresses ou les outrages de la fortune. Com-
battant les désirs de la chair, il était tout entier aux choses de l’esprit. Préoccupé d’être utile dans le présent et dans 1 avenir, il se rappelait ce mot do Ptolémée : Quand approche le terme de ton existence, redouble dans la pratique du bien. Elevé, dès sa plus tendre enfance, dans le giron de la philosophie, en ayant pénétré les diverses parties suivant qu’elles étaient connues des Latins, le désir de posséder l’Almageste, qu’il ne trouvait pas chez eux, le conduisit à Tolède.
* Voyant que les Arabes avaient une abondance de livres dans toutes les sciences, déplorant la pauvreté des Latins dont il avait été frappé, il apprit l’arabe afin de se consacrer aux traductions. Muni de cette double connaissance, à savoir celle de la science et celle de la langue (car ainsi que le dit Ahmed dans son Livre de la proportion et de la proportionnalité, il faut qu’un interprète connaisse non-seulement la langue de laquelle il traduit et celle dans laquelle il traduit, mais encore la science sur laquelle il opère), à l’instar d’un homme sage qui, parcourant une verte prairie, se fait une couronne non pas de toutes les fleurs, mais des plus belles, il passa en revue la littérature arabe. Il transmit à la langue latine, comme à une héritière chérie, un grand nombre d’ouvrages arabes, traitant de diverses matières et les plus beaux qu’il put, aussi nettement et aussi intelligiblement que possible, et ne cessa de traduire jusqu’à la fin de sa carrière. Il entra dans la voie ou entre toute chair l’année de sa vie 73' et de N. S. J. C. 1187. »
Vient ensuite la nomenclature des traductions que nous devons reproduire textuellement.
Nous suivrons le texte de Paris, donnant entre parenthèses les variantes du Ms. de Rome.
« Hæc siint (vero) nomina librorum quos transtulit i De Dialectica.
Liber analeticorum posteriorum Aristotelistractatus duo.
Liber commentarii Temetistii (Themistii) super posteriores analeticorum, tractatus I.
Liber Alfarabii de Silogismo.
De geometria (manque à Rome).
Liber Euclidis, tractatus XY.
Liber Theodosii de speris, tractatus III.
Liber Archimenidis (Arcliimendis, R), tractatus I.
Liber de arcubus similibus, tractatus I.
Liber Milei, tractatus III.
Liber Thebit de figura alchata, tractatus I.
Liber trium fratrum, tractatus I.
Liber Ameti de proportione et proportionalitate, tractatus I. Liber Judei super decimum Euclidis, tractatus I.
Liber Algorismi (Alchoarismi) de iebra et alinucabila, tractatus I.
Liber de practiea geometrie, tractatus I.
Liber Anaritii super Euclidem, tractatus I.
(Liber ditorum Euclidis, tractatus 1, R).
Liber Thidei de speculo, tractatus I.
Liber Alchindi de aspectibus, tractatus I.
Liber demonstrationum (divisiouum R.), tractatus I.
De Astrologia.
Liber carastonis, tractatus I.
Liber Alfragani continens capitula XXX (XX. R.) " „ Liber almagesti, tractatus XIII.
Liber introductorius Tholemei ad artern spericam. / Liber Jebri, tractatus YIIII.
Liber Meseliala de Orbe, tractatus I.
Liber Theodosii de locis habitabilibus, tractatus I.
Liber Cusculei (Esculegii, R.;, tractatus I.
Liber Thebit (Tembit, R) de expositione nominum almagesti, tractatus I.
Liber Thebit de inotu accessionis et (fecessîpuïs, lt) translationis, tractatus I.
Liber Actolici de spera rnota (tractatus, I, R).
Liber tabularum Jaberi (Jaliem, R) cum regulis suis. J Liber de crepusculis, tractatus I.
Note. Le Ms. de Paris offre ici une difficulté de lecture: l’encre a disparu et il ne reste plus que l’impression produite sur le parchemin parla plume.
De Philosopliia.
Liber Aristotelis de expositions bonitatis pure.
CREMONE.
■ Liber Aristotelis de naturali auditn, tractatus, VIII.
Liber celi et mundi, tractatus IIII.
Liber Aristotelis de causas proprietatum elementorum, tractatus IIII (I. R). Tractatum autem secuudum non transtulit eo quod non in venit in arabico nisi de fine ejus parum.
Liber Aristotelis de generatione et corruptione.
Liber Aristotelis metehororum, tractatus III. Quartum non transtulit quia (eo quod, R) sane (eum, R) translatum invenit.
Tractatus unus Alexandri Afrodisii de tempore, et alius do sensu, et alius deeo quod augmentum et incrementum fiunt in forma et non in yle.
Distinctio Alfarabii super librum Aristotelis de naturali auditu.
Liber Alchindi de Y essentiis.
Liber Alfarabii de scientiis.
Liber Jacobi Alchindi de sompno et visione.
De Physicci.
Liber Galieni de elementis, tractatus I.
Expositiones Galieni super librum ypocratis de regimine acutarum egritudinum, tractatus IIII.
Liber de secretis Galieni, tractatus I.
Liber Galieni de complexionibus, tractatus IIII.
Liber Galieni de malitia complexionis (diverse, R), tractatus I.
Liber Galieni de simplici medicina, tractatus Y.
Liber Galieni de creticis diebus, tractatus III.
Liber Galieni de crisi, tractatus III.
Liber Galieni de expositione libri ypocratis in pronosticatione, tractatus III.
Liber veritatis ypocratis (tractatus I. R), tractatus III.
Liber Isaac de elementis, tractatus III.
Liber Isaac de descriptione rerum et diffinitionibus eorum et de differentia inter descriptionem etdiffinitionem, tractatus I.
Liber Abubecri Rasis qui dicitur Almansorius, tractatus I.
Liber Divisionum (almansoris, R) continens CLIIII capitula cum quibusdam confectionibus ejiisdern,
406 HISTOIRE DE LA MÉDECINE ARABE. — LIVRE HUITIÈME. j
Liber Albubecri (nul, R) Rasis introductorius in medicina parvus.
Pars libri Albengnesim (Albenguefiti, R) medicinarum simplicium et ciborum.
Breviarius Jobannis Serapionis, tractatus VII.
Liber Azaragui (Azanigni, R), de cirurgia, tractatus III.
Liber Jacobi Alchindi de gradibus, tractatus I.
Canon Aviceni, tractatus V.
Tegni Galieni cum expositione Haly ab Rodoan.
De Alchimia.
Liber divinitatis (de, R) LXX.
Liber de aluminibus (luminibus, R), et salibus.
Liber luminisluminum.
De Geomantia.
Liber geomantie — de artibüs divinatoriis, nul à R.
Liber alfodochi de arabaclii (alfadbol, R.)
Liber de accidentibus alfel (alfeb, R.)
Liber anoe et est tanquam sacerdocii in ar in arlogium, tractatus I. »
Ici se termine la liste des traductions. C’est pour n’y avoir pas songé qu’on a vu dans les quelques lignes qui suivent une répétition, tandis qu’elles ne sont qu’une sorte de prologue à l’éloge en vers qui vient après.
» Rasis Abubecri fecitel hagui(el haugui, R) et almansorium et divisiones.
Albucasim fecit azauguiet ejus cirurgiam quamtranstulit magister Gerardus.
Aviceni alboali fecit Canon em.
Girardus (Gerardus, Ii) nostri fons lux et gloria cleri,
Auctor (Actor, R.) consilii spes et solamen egeni,
Voto carnali fuit bostis, spirituali.
Adplaudens, bominis splendor fuit interioris.
Facta viri vitam studio florere (florente, R) perliennant.
Viventem famam libri quos transtulit ornant.
Hune sine consimili genuisse Cremona superbit.
Toleti (Tolecti, R) vixit Toletum reddidit astris. »
Nous donnerons aussi la traduction du préambule et de l’éloge en vers :
GÉRARD DE CRÉMONE
Razès Abou Bekv a fait le Continent (El haouy), le livre à El Mansour et les Divisions.
Abulcasis a fait le livre intitulé Alsaliraoui et la Chirurgie que maître Gérard a traduite.
Avicenne Abou Ali a fait le Canoü.
Gérard, la source, la lumière et la gloire de notre clergé, auteur judicieux, espoir et consolation de l’indigent, combattant les passions charnelles et aux choses spirituelles réservant ses hommages, fut la splendeur de l’homme intérieur. Ses actes attestent que toute sa vie fut consacrée à l’étude. Les livres qu’il a traduits ornent sa mémoire toujours vivante. Crémone est fière d’avoir vu naître cet homme incomparable. Tolède fut son séjour, Tolède le rendit aux cieux.
Tel est le document précieux que M. Boncompagni a eu l’honneur de tirer de l’oubli.
La chronique de Pipini, mise en lumière par Tiraboschi, n’en est qu’une reproduction sommaire, et perd désormais tout son intérêt. On y lit cependant en plus ce qui suit:
Il est enterré à Crémone, au monastère de Sainte-Lucie auquel il avait légué sa bibliothèque.
Nous croyons devoir mettre en relief les faits les plus importants que contient la notice.
Et d’abord, elle porte un cachet d’ancienneté qui en assure la- valeur. Elle dut être rédigée quelque temps après la mort de Gérard, témoin ce passage : In fine hnjus tegni novissime àb eo translati.
Nous devons revenir encore sur l’opinion qui fait naître Gérard non pas à Crémone, en Italie, mais à Carmone en Espagne.
On sait que l’auteur de la Bibliothèque espagnole, Antonio, a soutenu cette thèse avec de- très mauvaises raisons déjà réfutées par Marchand. Un journal italien l’a soutenue en s’appuyant sur une lecture vicieuse de l’avant-dernier vers. Au lieu de:
Hune sine consimili genuisse Cremona superbit,
On lisait : hune sine consilio, etc.
Le Ms. de Paris donne très nettement consimili, tout aussi bien que le Ms. du Vatican.
D’autre part, des tables astronomiques de Gérard donnent la position exacte de Crémone, ce qui prouve que cette localité avait pour lui un intérêt tout particulier.
Ainsi que Marchand l’a déjà fait observer, Gérard paraît être entré dans les ordres, comme l’attestent ces paroles: Nostri gloria cleri.
Des vertus de Gérard, nous en relèverons une en particulier, sa modestie. Comme le dit la notice, il négligeait de mettre son nom à ses traductions, contrairement à l’usage de ses émules, qui y attachent assez généralement une date, ce qui nous prive de renseignements sur l’époque précise et la durée de son séjour à Tolède. Voilà pourquoi beaucoup de traductions qui nous sont parvenues, et qui sont évidemment de lui, sont anonymes.
Il est encore une autre conséquence probable de cette vie retirée. On peut s’étonner de ne pas voir son nom mêlé à ceux de Jean de Séville et d’Adliélard de Bath.
Signalons encore les motifs qui déterminèrent Gérard à passer en Espagne : son désir de posséder l’Almageste et la pauvreté de la littérature latine en matière de science. ,'t Le préambule qui précède les vers a donné lieu à des méprises. On n’en a pas compris la signification, qui est de mettre en présence les titres des anciens médecins à côté de ceux de Gérard. On a vu dans les ouvrages cités, une sorte de prolongement de la liste bibliographique, ce quia fait porter le chiffre des traductions de Gérard à soixante-seize par Pipini. M. Boncompagni est tombé dans une erreur contraire. Il y a vu des traductions deux fois mentionnées.
M. Boncompagni s’est contenté de donner simplement la nomenclature des écrits de Gérard, réservant à peu près ses très intéressantes annotations pour les écrits qui ont été imprimés.
Nous croyons qu’il reste quelque chose de plus à faire.
Il faut d’abord passer une revue critique de cette nomenclature, où des titres d’ouvrages sont altérés ou obscurs, ’j Il faut chercher ensuite à retrouver ces nombreuses traductions parmi les manuscrits conservés dans nos bibliothèques.