LES TRADUCTIONS DANS L’EUROPE CENTRALE
Les études arabes, après avoir brillé d’un vif éclat sous le souffle d’Alphonse, ne tardèrent pas à s’éteindre en Espagne. Ce fut ensuite le règne du fanatisme, entretenu par des guerres de nationalités. La prise de Grenade fut aussi fatale aux livres que l’avait été la prise de Bagdad.
Sans un heureux hasard, qui mit entre ses mains une riche cargaison de livres arabes, l’Espagne aurait à peu près perdu le souvenir de cette race à laquelle sa langue, ses institutions et son caractère ont tant emprunté. Le catalogue de ces livres rédigé par le maronite Casiri fut un événement dans les annales de la littérature orientale. .
D’autres foyers cependant s’allumèrent au-delà des Pyrénées.
Le Midi de la France était alors constellé de colonies juives, qui consacraient à l’étude les loisirs que leur laissaient les persécutions.
L’arabe avait été pendant longtemps la langue savante des Juifs. Une fois dans un milieu chrétien, ils revinrent à leur langue maternelle et firent passer en hébreu les meilleurs produits de la science arabe, et particulièrement de la médecine et de la philosophie.
Le moyen âge profita de ces travaux. Bon nombre de traductions hébraïquespassèrentensuite en latin, et l’on renouvela aussi pour ces opérations le procédé employé par l’archevêque de Tolède, la collaboration. Quand l’étude de l’arabe s’allanguit, il était toujours facile d’avoir un juif sous
la main, et les traductions de l’hébreu succédèrent à celles l’arabe.
S’il n’entre pas dans notre sujet de faire l’histoire de ces traductions, nous devons cependant signaler leur extension et leur importance, car c’est encore là une des voies par lesquelles la science arabe pénétrait en Occident.
La médecine s’enrichit des traductions de l’hébreu. .La philosophie, par les nombreuses traductions d’Averroès, entra dans une connaissance plus intime d’Aristote. On vit quelques traductions en latin opérées d’emblée par des Juifs, de même que l’on en vit aussi d’opérées en hébreu d’après le latin.
L’Allemagne et l’Italie eurent leur Alphonse dans Frédéric II, esprit supérieur, qui devait se heurter contre la théocratie et ne put donner la mesure de son génie. On lira dans Averroès et l’Averroîsme le remarquable portrait qu’en a donné M. Renan. Frédéric s’adressa particulièrement à la philosophie. En même temps qu’il faisait traduire par les chrétiens et les juifs, il entretenait une correspondance avec les savants musulmans. Michel Scot fut le plus éminent de ses traducteurs.
Manfred marcha dans la voie qu’avait ouverte son illustre père. Un traducteur de l’arabe, Hermann l’Allemand, lui ôtait attaché. Etienne de Messine lui adressait une traduction. Manfred lui-même traduisit un livre attribué à Aristote, le livre intitulé De Pomo.
L’impulsion communiquée par Frédéric et Manfred entraîna sans doute l'homme qui fut fatal à la maison de Souabe, Charles d’Anjou. C’est à lui que fut adressée la traduction du Continent de Razès, faite par le juif Ferraguth.
Depuis, les traductions devinrent de plus en plus rares. Les besoins qui les avaient provoquées n’étaient plus les mêmes, et l’on puisait à d’autres sources. On vit encore quelques hommes tels que Guillaume Postel, Alpago, Plempius se passionner pour la science arabe et revenir sur des travaux antérieurs et défectueux.
Quant aux traductions qui se sont faites par les orientalistes contemporains et qui se prolongent de nos jours, nous
n’avons à nous en occuper autrement qu’à propos des originaux qu' elles concernent. Nous ne ferons exception que pour une traduction du persan, celle qui porte le nom du Père Ange de St-Joseph.