‹ Histoire de la médecine arabe (volume 2)Chapitre 195 sur 239 · MICHEL SCOT · texte numérisé non relu

MICHEL SCOT

Ainsi qu’il est arrivé pour un certain nombre de grands esprits de cette époque, le nom de Michel Scot nous est parvenu à travers les légendes et les fables. On en a fait un astrologue, un prophète, un magicien, un alchimiste, et on nous a laissé peu de documents sur son existence, dont nous ne connaissons que les principaux traits.

On le dit né en Angleterre vers l’année 1190, ce qui est vraisemblable, un de sès écrits portant la date de 1217. Ce qui l’est moins c’est qu’il ait vécu jusqu’en l’année 1290. Pits va même jusqu’à dire: Floruit anno 1290. Jourdain pense qu’il ne dut pas survivre longtemps à Frédéric II. Nous verrons plus tard une traduction datée de 1260, qui semblerait pouvoir lui être attribuée.

Pits nous raconte qu’il étudia d’abord à Oxford puis à Paris, qu’il se passionna pour les mathématiques, la philosophie et l’astrologie, qu’il fut heureux dans bien des prédictions ce qui, du reste, est conforme à d’autres témoignages, mais ce qu’il faut, dit-il, attribuer à sa pénétration.

Nous savons positivement que Michel Scot habita Tolède, où il traduisit de l’arabe en latin, et peut-être de l’hébreu, et que cette connaissance des langues orientales lui valut l’amitié de Frédéric II, auquel certaines de ses traductions sont adressées, Pits lui attribue la connaissance du grec, de l’hébreu, de l’arabe et du chaldéen.

Deux de ses contemporains, Albert et Roger Bacon, portent sur Michel Scot un jugement sévère. Roger Bacon l’accuse d’avoir ignoré les mots et les choses, et d’être redevable de presque tout ce qu’il a produit à un juif du nom d’André. Que ces critiques soient exagérées, nous le pensons, mais l’inspection des ouvrages de Michel Scot prouve qu’il

était un médiocre traducteur. Cependant l’étendue de ses travaux, la grande, bien que parfois étrange renommée qu’il a laissée témoignent qu’il fut un des grands esprits du moyen âge.

La notice bibliographique de Michel Scot, bien que les éléments en soient plus copieux que ceux de sa biographie n’en reste pas moins à faire, après l’Histoire littéraire, Jourdain, Hauréau, Renan, etc., pour ne parler que des modernes, qui ont pris de l’œuvre de Michel Scot une connaissance plus étendue et plus correcte que leurs devanciers. Nous n’avons pas la prétention de combler cette lacune, mais seulement de mettre un peu d’ordre dans les documents à notre disposition et d’en ajouter quelques nouveaux.

Nous prendrons, comme Jourdain, pour base la liste donnée par Pits, afin de faire voir le chemin que l’on a parcouru depuis, déclarant par avance qu’elle est très inexacte. La voici :

1° Super autorem sphæræ. Sicut dicit philosophia in principio.

2° In Aristotelis Metheora. Tibi, Stéphane, depromo hoc opus.

3° De constutionemundi. Maxima cognitio naturæ et scientiæ.

4° De anima. Intendit per subtititatem demonstrare.

5° De cœlo et mundo .

6° De generatione et corruptione.

7° De substantia orbis.

8° De somno et vigilia.

9° De sensu et sensato.

10° De memoria et reminiseentia.

Il" Contra Averroem in Metheora.

12° Imagines astronomicæ.

13° Astrologorum dogmata.

14° In ethica Aristotelis.

15° De signis planetarum.

16° De chiromantia.

17" De physiognomia.

18° Abbreviationes Avicenæ.

MICHEL SCO T.

19“ De Animalibus ad Cæsarem.

1° Super autorem spliæræ. Jourdain le donne comme un commentaire de Sacrobosco, contemporain de Michel Scot, et M. Hauréau pense qu’il s’agit plutôt d’Alpetragius.

Nous placerons ici une traduction passée sous silence par Pits, et qui porte précisément sur un ouvrage de ce même Alpetragius, forme latinisée d’Al Bitroudjy. On lit dans les Mélanges de Munk la citation d’un juif qui écrivait en 1247 et qui avance qu’Al Bitroudjy vivait trente ans auparavant. Ainsi que nous allons le voir, la traduction fut à peu de chose près contemporaine de l’auteur.

Nous l’avons rencontrée aux n°s 7399 et 16,654 de la Bibliothèque nationale (ancien 1860), et 96 de l’Arsenal.

Le n° 7399 donne pour titre : Opus Alpetragii de motu corporum cœlestium. Jourdain en a reproduit l’introduction : Detegam tibi secretum pectoris mei, etc.

Nous nous arrêterons un instant sur quelques lignes de ce passage, où l’auteur parle de ses devanciers :

« Prosecutus sum dicta antiquorum, secundum quoi posuit Tholomeus qui fuit fundamentum hujus scientiæ, et secuti sunt eum sequentes sapientes, et non diversiflcati sunt aliqui ab eo, prceter Abu Isac, Abrahim, Enewali, Winolus, et Zarques in motu sphæræ stellarum fixarum et Abu Mahomethi Jeber autem olfay Ispalensis, etc.

D’Abou Ishaq et d’ Abraham nous ne faisons qu’un seul personnage, Abou Ishaq Ibrahim ben Helal ben Zahroun, astronome Sabien qui mourut en 384 de l'hégire, 994 de notre ère. Dans Enewali on pourrait voir El Anoua. Dans Winolus, on pourrait voir peut-être Ouidjan, astronome contemporain et collaborateur d’Abou Ishaq Ibrahim ben Helal.

Quant à Zarques, que certains Ms. donnent Zarquel (n° 7399) nous le connaissons. Il en est de même du suivant, qui n’est autre que Abou Mohammed Djeber ben Mali, dont Maimonide corrigea le traité de la sphère. Du reste, nous lisons plus correctement son nom dans le n° 96 de l’Arsenal ; Abu Mahomethi Iebrisaven Afla, et même dans les Mss. de là B. Nationale le nom de cet astronome, cité plusieurs fois, est écrit plus correctement.

L’esplicit de cette traduction présente de l'intérêt. Chacun des Mss. 7399 et 16,654 le donne différemment. Jourdain les a reproduits tous deux. Nous allons en faire autant, et ajouter une troisième forme, celle du n° 90 de l’Arsenal.

N° 16,654 (ancien 1820). Perfectus est liber Aven Alpetrand. Translatus est à Magistro Michaele Scoto Tholeti, in anno decimo octavo die veneris Augusti, liora tertia cum abuteoleucie, anno incarnationis Jesu Christi, 1217.

N° 7399, In decimo octavo die Augusti, in die veneris, hora tertia, cum abuteolente, era MCC quinquagesima auinta.

N° 96, Translatus aMagistro Michaele Scoto Tolleti, in decimo VIII die veneris Augusti, liora tertia cum abuteolente, anno incarnationis Jesu-Christi 1000 simo 200 simo 27 timo. Comme Ta fait observer Jourdain, les deux premières dates concordent en ce que Tune part de l’ère chrétienne et l’autre de l’ère d’Espagne. Il y a probablement une faute de copiste dans la troisième.

Quant à ce mot abuteolente, nous en ignorons le sens.

Les n°» 2 et 3 de Pits, ainsi que Ta déjà fait observer Jourdain, représentent, non par l’exactitude du titre, mais par le début, le Livre du ciel et du monde. La ligne du n° 2 est le début du prologue du traducteur, et celle du n° 3 celle de la traduction. Tel est le prologue de Michel Scot :

Tibi, Stéphane de Pruvino, hoc opus quod ego Michael Scotus dedi latinitati ex scriptis Aristotelis specialiter commendo, et si aliquid Aristoteles in completum demisit de constitutione mundana in hoc libro, recipies ejus supplementum ex libro Alpetradji quem similiter dedi latinati, et es in eo exercitatus (n° 16,156, ancien 924). Nous lisons dans M. Renan que M. Bourquelot a retrouvé le nom d’Etienne de Provins dans plusieurs chartes de 1212 à 1221.

On lit au n° 14,385 : Incipit prologus commenti super librum celi et mundi quem commentatiis est Averois pliylosophus in greco (sic) et Michael Scotus transtulit in latinum.

Dans ce Ms. se trouve aussi le commentaire d’Averroès sur le Traité de l’âme traduit par Michel Scot, et on y remarque la même erreur de copiste à propos d’Averroès : in greco.

Traité de l'âme, n° 4 de Pits. Nous en connaissons déjà l’incipit. L’explicit donne également Michel Scot comme traducteur. La ligne donnée par Pits est le commencement du commentaire. Au n° 16,151, ancien 932, on trouve, avant le même commentaire, une traduction double.

Jourdain et M. Renan pensent que les ouvrages inscrits aux nos suivants peuvent être considérés comme traduits par Michel Scot, par la raison qu’on les rencontre généralement, après les derniers cités, dans les manuscrits. M. Hauréau reste dans le doute.

On s’accorde encore à attribuer à Michel Scot la traduction du traité d’Averroès connu sous le nom de Substantia or bis, de Orbe, de Compositione corporis celeslis. On le trouve au n° 16,151, sous ces deux derniers titres.

M. Renan incline aussi à croire que l’on peut accorder à Michel Scot la traduction des commentaires sur la Physique et la Métaphysique.

A propos du livre des Météores, Jourdain pense que Michel Scot n’en aurait traduit que le IVe livre, M. Renan croit, au contraire, qu’il a traduit les quatre, qui se trouvent dans un Ms. de Venise. N’aurions-nous pas cette traduction dans le n° 16,107, ancien 954, qui la dit faite à Tolède en 1260 ?

Jourdain n’a pas de renseignements sur les nos de 12 à 16.

Nous en avons trouvés quelques-uns et M. Hauréau nous en fournira d’autres.

Le Ms. 14,070 contient deux de ces écrits.

Tractatus Michaelis Scoti de notitia conjunctionis mundi terrestvis cum cœlesti. Il peut répondre au n° 13.

Tractatus Michaelis Scoti de presagiis stellarum. On peut y voir le n° 15.

Quant au traité De Cliiromantia, M. Hauréau nous apprend qu’il a été imprimé plusieurs fois.

Daunou aurait compté 18 éditions du Traité de la physionomie, dit aussi De Secretis naturæ.

Pour clore eette catégorie, nous citerons trois ouvrages mentionnés dans Lenglet-Dufresnoy, comme de Michel Scot.

Mensa philosophica.

De sole et luna.

On y trouve aussi mention (lu De secretis naturæ.

Nous arrivons maintenant au Livre des animaux, l’une des traductions dont on s’est le plus occupé.

Et d’abord cette traduction est double, Micliel Scot n’a pas seulement traduit l’ouvrage d’Aristote, mais aussi l’abrégé qu’eu a fait Avicenne.

0n sait ftue les Arabes n’ont formé qu’un seul groupe des écrits d’Aristote sur les animaux, qu’ils font suivre l’Histoire des Parties et de la Génération, ce qui leur constitue un ensemble de XIX livres. C’est cet ensemble qu’a traduit Michel Scot.

Camus a fait de cette traduction l’objet d’un mémoire inséré dans le tome VI des Notices et extraits. Ce travail, bien que 1 auteur ignorât les langues orientales, n’en est pas moins remarquable et accuse de la sagacité : on peut s’étonner qu’il n’ait pas été cité à l’article Michel Scot de la Biographie Didot.

Rappelons d’abord quelques réflexions de Camus tant sur les traductions du grec en arabe que sur celles de l’arabe en

« Il s est conservé peu de manuscrits syriaques relativement aux manuscrits arabes, ce qui fait douter que ces traductions aient été aussi fréquentes que d’autres l’assurent, et que beaucoup de traductions arabes aient été faites d’après le syriaque. »

Arrivant à notre époque il dit : « Si l’on n’y manquait pas absolument de manuscrits grecs, au moins fallait-il qu’ils y aient été moins connus, ou enfin que l’on trouvât plus facilement des hommes versés dans l’hébreu que dans le grec. Il paraît même que l’on donnait quelque préférence aux traductions faites d’après les traductions orientales. »

. Camus incline à croire que la traduction des Animaux d’Aristote a été faite d’après l’hébreu. Il y a bien, dit-il, des vestiges arabes, mais ils n’excluent pas le passage par l’hébreu,

Camus cite à l’appui de son opinion un passage du 1" livre ou il est question de l’anatomie du membre inférieur. On

y lit au sujet de la rotule : Os qui dicitur ébraice lum genu.

Les mots ebraice et lum sont diversement écrits, mais l’ensemble des Mss. ne permet pas de doute sur le premier ; il signifie évidemment en hébreu. Quand au second, on lit d’autres variantes qui peuvent en modifier le sens : Lune, lumen, peut être limen. Nous n’admettrons pas avec Jourdain que cette dernière lecture soit la bonne et qu’il faille entendre la limite du genou. Jourdain ne s’est pas assuré que le mot hebraice doit être maintenu, ce que nous considérons comme incontestable. Quand à l’autre mot, nous nous abstenons.

Nous croyons avoir observé une trace plus positive du contact de l’hébreu : ce sont les formes Hakahab, la cheville du pied, Haakïb, le talon, où nous croyons voir le déterminatif hébreu remplaçant l’article arabe al.

Nous avons aussi rencontré deux ou trois fois: Qui dicitur arabice, ainsi à propos des limaces halzum (halazoun). Il se pourrait que le traducteur hébreu ait conservé ce mot.

On rencontre de même et fréquemment qui dicitur grecc, ce qui s’explique facilement. Les traducteurs du grec en arabe ne pouvaient évidemment trouver des équivalents à tous les noms d’animaux mentionnés par Aristote. On fit dans cette traduction ce qui s’est fait dans toutes les autres.

En somme, nous sommes tenté d’admettre, comme le dit Camus quelque part, que la traduction d’Aristote s’est faite en présence de l’hébreu. Il y a plus. Nous croyons que la traduction d’Aristote s’est faite après celle de l’abrégé d’Avicenne, dont nous allons parler. Il n’est pas vraisemblable que Michel Scot ait entrepris la traduction d’Avicenne après avoir fait celle d’Aristote, tandis que le contraire peut très bien s’admettre. L’arabe était évidemment plus connu de Michel Scot que l’hébreu, ce sont les manuscrits arabes qu’il dut chercher d’abord. 11 se pourrait ainsi que, sa traduction d’Avicenne terminée, il ait rencontré un texte hébreu d’Aristote, et qu’il en ait entrepris la traduction en se faisant aider de ce juif André auquel Roger Bacon le dit si redevable. Ce faisant, il ne pouvait naturellement s’abstraire do ses précédentes opérations sur le texte arabe.

Camus a consulté pour son mémoire les six manuscrits de Paris qui courent de 6788 à 6792.

Il en existe un autre au n° 17,843, qui porte un titre que nous retrouvons au n° 1276 de la Mazarine : Liber Aristotelis de animalibus secundum extractionem magistri Micbaelis Scoti.

La Bibliothèque de Laon possède sous le n° 441 cette traduction portant ce titre : Aristotelis liber de animalium partibus et generatione ex arabico ab eodem Scoto. (Le Ms. renferme aussi l’abbreviatio d’Avicenne, dont nous allons parler.)

La traduction des Animaux d’Avicenne existe à la Bibliothèque nationale sous les n°s 2474 et 6443 ; à l’Arsenal, n° 56 et à Laon, comme nous l’avons déjà dit, au n" 441.

Elle est dédiée à Frédéric, et nous devons reproduire cette dédicace. «■ Frederice, romanoruin imperator, domine mundi, suscipe devote hune laborem Michaelis Scoti, ut sit gratia capiti tuo et torques collo tuo. »

Cette traduction porte le titre d’Abbreviatio Avicennæ super librum Animalium Aristotelis.

Nous citerons l’explicit de deux de ces manuscrits.

Tel est celui du n° 2474 : Completus est liber Avicenæ de Animalibus, ad exemplar magnifici imperatoris domini Frederici apud montera pessulanum.

Consummata est scriptura consummatumque opus istud VI idus maii anno Domini incarnationis MCCXL IVI us (sic) ? Cette date est en surcharge.

On lit à la fin du n° 56 de l’Arsenal : Completus est liber Avicenæ scriptus per magistrum Henricum coloniensem ad exemplar magnifici imperatoris domini Frederici apud Messiam civitatem Apuliæ, et dominus imperator eidem magistro hune librum premissum commodavit, anno Domini 1222.

Cette date nous semble venir à l’appui de l’hypothèse que nous avons émise, à savoir l’antériorité de la traduction d’Avicenne sur celle d’Aristote.

Michel Scot est l’auteur d'un livre intitulé Questiones Nicolai peripatetici, dont parlent sévèrement Roger Bacon et Albert, qui ne croit pas qu’il soit une production de Nicolas.

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