‹ Histoire de la médecine arabe (volume 2)Chapitre 213 sur 239 · ANGE DE SAINT-JOSEPH · texte numérisé non relu

ANGE DE SAINT-JOSEPH

Joseph Labrosse, né à Toulouse en 1636 et mort en 1697, entra dans les Carmes déchaussés et y prit le nom sous lequel il est généralement connu de frère Ange de St-Joseph.

En 1662 il quitta Toulouse, désigné pour les missions de l’Orient, et s’arrêta quelque temps à Rome où il suivit le cours d’arabe du père Célestin, frère de Golius.

Sur la fin de 1664 il arrivait à Ispahan. Le père Balthasar lui enseigna le persan. Il se décida à joindre à cette étude celle de la médecine par les succès qu’obtenait le père Mathieu, qui en faisait un moyen de propagande religieuse.

En 1678 il quittait Bassora, dont les Turcs venaient de s’emparer, et rentrait en Europe. L’année suivante il était à Rome, et en 1680 à Paris, où il publiait la Pharmacopée persane, traduction latine du persan. Nommé inspecteur des missions en Hollande, il publiait à Amsterdam, en 1684, le Gazophylacium , dictionnaire italien, latin, français et persan, ayant acheté des caractères arabes des héritiers des Elzevir. Il séjourna aussi quelque temps en Angleterre et en Irlande.

La Pharmacopea persica est la traduction latine de l’Acrabadin Chefaï de Modhaffer ben Mahommed Hosseiny Chefaï, qui existe à Paris, ancien fonds persan, n" 155.

Hyde refuse au père Ange la paternité de cette traduction, dont il regarde le père Mathieu comme l’auteur.

Le fait est que le père Ange n’accuse pas bien carrément son rôle de traducteur. On en jugera par un extrait de sa préface, du reste longue et embarrassée :

« Cependant je fréquentais le père Mathieu à Chiraz, et j’enviais ses succès, le voyant baptiser, sous prétexte de médecine, non-seulement des enfants, mais des adultes. Je commençai donc à joindre l’étude de la médecine à celle du persan. Je traduisis dans cette langue les Aphorismes d’Hippocrate. »

Après avoir signalé les avantages que l’on retire de la médecine comme moyen de propagande, il ajoute :

k Recevez donc, ô zélés missionnaires, ce faible produit d’un long travail. J’ai lu beaucoup de livres arabes et persans, surtout le cours de médecine intitulé Zechira Chouarezmchahi (de Djordjany); j’ai visité les collections des savants d’Ispahan, et cent fois les officines des droguistes, des pharmaciens et des chimistes (j’aurais fait dix traductions' ordinaires dans le temps que j’ai mis à celle-ci). Je vous offre toute la pharmacopée, de façon que s’il se présente à quelqu’un le nom ordinaire ou étranger d’un médicament soit en latin, soit en persan, avec ce livre il peut se présenter dans les officines, qui sont remplies de médicaments simples et composés. Pour qu’il ne reste rien à désirer sous le rapport de la nomenclature, je conseillerai à tous les voyageurs en Perse de ne pas négliger d’acheter l’original persan, exemplar persicum, qui se vend chez les libraires sous le titre de Mourekkebat cràbcidin, c’est-à-dire composition pharmaceutique. L’auteur est Moudhafer eben Mohammed el Hosseiny. »

On voit que ni le titre de l’ouvrage, ni le nom de l’auteur ne sont ni corrects ni complets.

Le père Ange dit ensuite que, pressé par le temps, il n’a pu donner que quelques notes à la fin de la pharmacopée ; qu’il avait composé trois ouvrages sous le titre de médecine orientale, dont deux périrent en mer.

Cette préface n’a pas les allures franches. C’est entre pa-

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renthèses que le père Ange parle de cette traduction. C'est encore incidemment et aussi brièvement que possible qu’il parle de l’auteur. Le doute reste donc permis.

Quoi qu’il en soit, nous avons collationné la pharmacopée persane avec le Carabadin Chefaï, et nous n’avons rencontré que de légères différences, quelques interversions, des préparations qui manquaient dans l’original ou dans la traduction.

Les préparations sont classées par ordre alphabétique.

Nous signalerons quelques préparations contre la syphilis, dont deux manquent dans le Ms. de Paris. Elles contiennent, entre autres substances, du mercure et du gaïac, et l’on y remarque avec étonnement l’absence de la" squine. Elle se présente au n° 999 dans une formule aphrodisiaque, virilem potentiam fovet. Une autre formule du même genre se retrouve au n° 954. Qn voit que le traducteur a cru devoir sacrifier aux exigences locales.

A propos du Mal de Naples, ou lit dans le GaZophylaciurn :

« Les auteurs arabes modernes l’appellent mal français, Abla franqui. Quant à moi je l’appelle le mal persan ou le mal turc, car à peine trouverait-on là une personne entre mille qui n’en ait quelque symptôme. »

La formule de la squine est donnée comme provenant du maître de l’auteur, Imad eddin.

En somme, la traduction est bonne, malgré quelques défectuosités. Ainsi au n° 270, ad tumorem uteri devrait être rendu par descente de l’uterus, et ailleurs gonorrhectt seraat anzal, par éjaculation prématurée, etc,

Nous dirons un mot du Gazophylacium. A partir de la lettre G, des notes sont insérées çà et là, Au mot Médecine, l’auteur dit que la médecine persane est purement galénique, et il cite parmi les livres eu circulation le Khouaresm Chahi, l’Abrégé de Jousefi, les Propriétés de Mansour. A l’article Mathématiques, il dit qu’elles sont beaucoup cultivées, et il cite entre « un nombre infini de livres, » ceux d’Eu- Clide, d’Apollonius de Perge, de Héron, d’Aboul Ouéfa, d’El Kouhy* d’El Faraby* de Ptolémée, d’El Hassen, d’Ebn el

Chatliir, de Nassir eddin Ettoussy, d’Oloug beg, de Cotbob eddin Chirazy. Il cite une pluie d’aérolithes, abondantes et volumineuses, à Chiras en 1667. Il parle du café comme réfrigérant, et cependant il le conseille aux phlegmatiques. Il dit aussi qu’il convient aux personnes qui professent la chasteté.

Les Traductions de l’Arabe en Grec.

Il est encore une classe de traductions de l’arabe, qui pour être les moins nombreuses, n’en sont pas les moins intéressantes. Nous voulons parler de celles en grec.

Bien qu’elles ne rentrent pas dans notre cadre, nous devons cependant en parler sommairement, comme d’un témoignage de l’extension que prit le mouvement scientifique émané de Bagdad, d’autant que la plus grande partie ont trait à la médecine. C’est assurément un des faits les plus curieux des annales scientifiques de voir le grec reprendre à son tour ce que l’arabe lui avait emprunté.

La plupart de nos grandes bibliothèques contiennent de ces traductions.

La plus répandue est celle du Yiatiqne d’Ebn Eddjezzar, connue en grec sous le nom d’Ephodes. C’est une histoire très compliquée que celle de cette traduction.

Elle est donnée comme l’œuvre de Constantin dit Asyncreton, de Reggio ou de Memphis.

On a considéré ce mot Asyncreton comme une altération d’a secretis, le secrétaire.

Dans ce Constantin on voit généralement Constantin l’Africain, ce que n’admet pas Darembèrg, qui ne lui accorde pas la connaissance du grec.

Il est une autre difficulté. Cette traduction a-t-elle été faite d’après l’arabe ou d’après le latin ? Ce qui semblerait militer en faveur de cette dernière hypothèse, c’est que l’auteur des Ephodes n’est pas identiquement donné dans les divers manuscrits, ainsi qu’il en est pour le Viatique.

La plupart des manuscrits donnent comme auteur Ebn

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