‹ Histoire de la médecine arabe (volume 2)Chapitre 236 sur 239 · ARZACHEL · texte numérisé non relu

ARZACHEL

Abou Ishaq Ibrahim ben Yahya Ennaqqach, dit Ebn Ezzarkala d’où nous avons fait Azarchel, natif de Cordoue, observait à Tolède dans la seconde moitié du XIe siècle de notre ère. Malgré sa célébrité, il règne encore un peu d’obscurité sur sa personne. Dans ses Matériaux, M. Sédillot dit qu on lui attribue à tort les Tables tolédanes, ou Tables de Tolède, et conteste que Géber ben Aflah lui soit postérieur. Depuis, ses opinions se sont modifiées. M. Sédillot cite, encore une observation d’ Azarchel à la date de 1080. C’était cinq années avant l’entrée des chrétiens dans cette ville.

Les Tables de Tolède nous paraissent bien appartenir à Azarchel. On les trouvejdans plusieurs Mss. de la B. nationale, ainsi les nos 7281, 7336 et 7406. Le titre varie. Ainsi on lit : Cectiones tabularum toletanarum secundum Arzachel, Canones tabularum Azarchelis, Canones Azarchelis super

tabulas tholetanas. Bien que le catalogue n’en dise rien, nous croyons qu’elles existent aussi au n° 7198.

Il nous semble que ces expressions secundum Arzachel, super tabulas, n’invalident pas l’attribution de ces tables à Arzachel, que la première a des analogues, et que la seconde implique des tableaux avec un texte explicatif.

Nous n’avons pas rencontré le nom du traducteur. M. Boncompagni cite le n° 1826 du Vatican, qui commence ainsi : Incipiunt Canones Azarclielis super tabulas astronomie translati a Gerardo Cremonensi. Au n° 3453 de la Barberine et dans un Ms. d’Oxford, on lit : Canones Azarchelis (Var. Argazelis) in tabulas toletanas a Magistro Gerardo Cremonensi ordinati.

Gérard de Crémone aurait donc traduit le travail d’ Arzachel sur les tables de Tolède, que ces tables soient l’expression de ses observations propres ou bien que, antérieures à. lui, il n’ait fait que les commenter.

Cette traduction ne se trouve pas mentionnée dans la liste bibliographique de Gérard, mais nous y trouvons: Liber tabularum iaberi cum regulis suis.

On pourrait se demander si Géber ben Aflah aurait aussi fait des Tables de Tolède le sujet d’un livre, ou bien si les Tables et leur explication lui appartenaient en même temps. Cette dernière manière de voir est la plus plausible.

Arzachel inventa un astrolabe qui porta son nom, et qui, transporté en Orient, fit l'admiration des astronomes. Il l’a décrit dans un ouvrage dont la traduction fut faite à Montpellier en 1263, par la collaboration de l’israélite Profatius, qui rendait en langue vulgaire ce que Jean de Brescia transportait en latin.

Cette traduction existe au n° 7195, et tel est son début : Incipit compositio tabule que Saphea (Safiha) dicitur, sive astrolabium Arzachelis.

M. Sédillot en a donné un extrait dans son mémoire sur les instruments astronomiques chez les Arabes, p. 185.

Alphonse de Castille fit traduire VAsafeha de Azarquel, par le juif Abraham, Fernand de Tolède et Bernard de Burgos.

GÉBER. OU DJABER BEN AFL AH.

Abou Mohammed. Djaber ben Aflah de Séville, ne nous est guère connu que par ses écrits, et nous avons peu de renseignements sur sa personne. Aucune notice ne nous en a été conservée, pas même par Casiri, qui l’a méconnu dans la notice de Maimonide. Nous allons essayer de réunir et de contrôler les mentions diverses qui en ont été faites.

Son époque n’est accusée par aucune date personnelle. Nous croyons que MM. Munk et Sédillot l’ont trop reculée. Munk dit qu’il florissait vers la fin du XIe siècle. M. Sédillot, après avoir contesté que Géber fût postérieur à Azarcbel, le place ailleurs vers l’année 1120,, ce qui vaut déjà mieux; mais nous ne croyons pas devoir nous en tenir à une simple approximation.

C’est à Munk lui-même que nous emprunterons des renseignements pour rectifier son opinion.

D’après le Guide des Egarés, Munk nous rapporte d’une part que Maimonide connut le fils de Géber, et de l’autre, qu’il fut son condisciple.

Cette communauté d’études ne dut exister ^ue dans la période où Maimonide fut obligé de pratiquer l’islamisme, du moins extérieurement, en Andalousie, période qui, d’après Munk lui-même, est comprise entre les années 1148 et 1160. Il est probable que Maimonide- et le fils de Géber avaient à peu près le même âge. Or Maimonide naquit en 1135. Si le fils de Géber naquit à la même date, comme les musulmans se marient d’habitude de bonne heure, il est à croire que Géber survécut longtemps encore à la naissance de son fils. On peut donc admettre qu’il entra dans la seconde moitié du XIIe siècle. Nous citerons encore un autre fait où il est question de Géber ben Aflah. En 1160 Maimonide quittait l’Espagne, et en 1165 il abordait en Egypte. Aboul Hedjadj Yousef le rejoignit, apportant l’astronomie de Géber ben Aflah dont ils devaient ensemble opérer la révision. N’est-il pas naturel de penser que la publication de cet ouvrage était récente, quand Aboul Hedjadj l’apporta de Ceuta? Ne pour-

rait-on pas admettre qu’il l'apporta à sou ami à titre de nouveauté ? C’est à propos de ce fait que Casiri a méconnu Géber ben Aflah dans la notice de Maimonide, en donnant son nom sous la forme Ben Phaleg.

Géber est cité plusieurs fois par Al Bitroudjy, vulgairement Alpetragius, dont la mort est implicitement fixée par Munk aux environs de l’année 1217.

On sait que l’on a confondu notre Géber avec son devancier l’illustre alchimiste, et que d’aucuns, séduits par la ressemblance du nom, en ont fait l’inventeur de l’algèbre.

Les écrits de Géber ben Aflah soulèvent aussi des difficultés.

Il en est un sur lequel le doute ne peut exister, c’est celuilà même que corrigèrent Aboul Hedjadj et Maimonide, le traité d’astronomie. L’original existe à l’Escurial en double expédition, et les recherches de Munk l’ont convaincu que Casiri s’était trompé en le dédoublant. Les nos 905 et 925 de l’Escurial sont deux copies d’un même ouvrage. Cet ouvrage fut traduit en latin par Gérard de Crémone : il est désigné dans sa liste sous cette forme : Liber iebri tractatus VIIII. Cet ouvrage comprend en effet neuf livres. Il existe des exemplaires manuscrits dans nos bibliothèques, et nous signalerons le n° 96 de l’Arsenal. Il fut imprimé en 1534, et non en 1533, fait observer M. Boncompagni. Manuscrits et imprimés s’accordent à donner comme traducteur Gérard de Crémone. Le fonds de cet ouvrage est l’Almageste.

Il en existe aussi des traductions au fonds hébreu.

Un traité des triangles sphériques existe au n° 7397 sous le nom de Géber. On le retrouve au n° 7406, où il est précédé de ces mots : Geber in libro 30 figurarum.

Les triangles sont traités en quatre livres.

Nous trouvons aux Mss. 15,708 et 16,652 un traité de l’astrolabe sous les noms de Gerberti et Gileberti, que M. Cousin a cru devoir attribuer à Gerbert (Sylvestre II). Le n° 1258 de la Mazarine le donne sous le couvert de Ptolémée. Nous en avons parlé précédemment.

La Bibliothèque bodléienne, II, 7674, donne un Liber radicam Geberi. Nous trouvons au n* 1256 de la B. Mazarine

ALBITROUDJY.

un Liber radicum anonyme, qui débute ainsi : Quidam numeri habent radices et vocantur quadrati. Il commence au f° 33. Au f° 44 on lit : Explicit tractatus de quadratis , et immédiatement : pars quinta de inventione radicum. Au f“ 49 on lit: Incipiunt capitula 12 de regulis geumetrie p ertinentibus et de questionibus algèbre et almucabale.

Cet opuscule, tant par la forme que par le fonds, nous paraît de provenance arabe.

Au f° 65 on lit : Incipiunt régulé algèbre.

Il est encore un ouvrage de Géber ben Aflah mentionné de la sorte dans la liste de Gérard de Crémone : Liber tabularum iaberi cum regulis suis. Comme nous l’avons déjà dit ailleurs, nous n’avons pas rencontré de Tables annoncées au nom de Géber ben Aflah. D’autre part nous connaissons des Tables tolétanes données avec le nom d’Azarchel, Gérard de Crémone traducteur. S’agirait-il ici de ces Tables commentées par Géber ben Aflah, ou bien s’agirait-il de Tables originales et de son crû, que les écrivains auraient oublié de mentionner? C’est que nous ne sommes pas en état de décider.

ALBITRODDJY (alPETRAGIÜs).

Nour eddin, dit El Bitroudjy , sans doute du lieu de sa naissance, et El Achbïly, le Sévillan, du lieu de sa résidence, est resté longtemps dans l’ombre. Casiri nous apprend bien qu’il passa du christianisme à l’Islamisme, et qu’il composa un traité d’astronomie, où il s’écarta des doctrines de Ptolémée, pour se rapprocher de celles d’Arzachel et de Géber, mais il ne se doute pas de son identité avec Alpetragius . Jourdain s’est félicité d’avoir le premier proclamé cette identité. Munk nous a donné des rensignements plus étendus et plus positifs sur Albitroudjy. Il nous apprend qu’il fut le disciple d’Eben Tofaïl et qu’il dut vivre jusque vers l’année 1217. Munk nous apprend aussi qu’Al Bitroudjy fut plus qu’un imitateur d’Arzachel et de Géber et qu’il se fit un système à lui ; système tombé depuis dans un profond oubli, dit M. Sé-

dillot, mais qui décèle une heureuse tendance à se dégager des fausses hypothèses de l’antiquité.

Le traité d’astronomie d’Al Bitroudjy existe à l’Escurial sous le n° 958. Nous en connaissons déjà la traduction qui fut exécutée par Michel Scot, et qui existe au n° 7359 de la Bibliothèque nationale. Jourdain en a reproduit le curieux prologue. On peut reprocher à Jourdain d’avoir appelé ce livre : Astrologie d’Alpetragius. C’est bien un traité d’astronomie, Hya,[et Jourdain est le seul qui y ait vu de l’astrologie. Ce mot, au moyen âge, signifiait ce que signifie aujourd’hui le mot astronomie, et c’est ainsi qu’il figure en tète des ouvrages d’astronomie dans la liste de Gérard où l’astrologie n’a rien à voir,

Casiri nous parle de la conversion d’Al Bitroudjy du christianisme à l’Islamisme. Le traité d’astronomie fut nécessaiment composé dans la première période, nous en trouvons la preuve dans le prologue. Il débute ainsi: In nomine domini nostri Jesu Chisti omnipotentis.

Nous trouvons encore dans ce prologue les vestiges d’une éducation chrétienne : Sed a pueritia quando inspexi in quadrivio ad partem motus celestis, etc.

La traduction de Michel Scot fut exécutée en 1221 date delà mort de l’auteur d’après Munk. Eben Tofaïl mourut en 1185, c’est-à-dire 36 ans avant Albitroudjy. Ce fut sans doute après sa conversion qu’ Albitroudjy se fit l’élève d’Ebn Tofaïl.

Nous avons découvert un nouvel écrit qui appartient sans doute à cette seconde phase, et dont jusqu’à présent nous n'avons rencontré mention nulle part.

Il s’agit d’un traité de perspective qui existe au n° 10,264, Le prologue en est curieux. Il npus rappelle encore la première phase de l’auteur par des souvenirs, et il nous donne quelques renseignements que nous ne saurions passer sous silence, attendu qu’ils ont une valeur historique. Nous en donnerons un extrait.

Il semblerait que ce traité fît partie d’un ensemble d’écrits : « Liber tertius Alpetragii in quo tractat de perpectiva. Postquam manifestavi mathematice potestatem aspiravi

ASTROLOGIE. — ALFADOHL DE MERENGI. 533

ad perspective dignitatem. Ideoprosecutus sum hanc scientiam diligentius quam precedentes et precipue quia non solum a vulg-o latinorum sed a sapientibus multis ignoratur prop.ter sui novitatem et mirabilem profunditatem. Etpropter hoc decrevi quod non imitarer unum auctorem sed ab omnibus eligerem electiores scientias. Nam licet perspectiva Alhacen sit in usu aliquorum sapientum latinorum, tamen paucioribus est perspectiva Ptolomei precognita, etc. »

Nous voyons l’Optique d’El Hacen connue des Latins ; ce ne pouvait être que par la traduction de Gérard de Crémone.

Alpetragius ajoute qu’il a puisé aussi dans les écrits d’El

Kindy, de Tideus personnage énigmatique traduit par Gérard,

d’Euclide, et d’autres encore.

Astrologie.

Nous terminerons la revue des mathématiciens et astronomes par quelques astrologues.

L’astrologie fut en vogue au moyen âge, et l’on a trop généralement reproché cette vogue aux Arabes. Il fallait aire aussi peser cette responsabilité sur les Juifs et les Grecs eux-mêmes, car Ptolémée fut le plus grand coupable. Ce travers eut au moins pour résultat d’entretenir les études astronomiques. Il est encore un fait que nous devons rappeer, et qui a contribué à grossir la troupe des astrologues. Le mot astrologie, ainsi que nous l’avons déjà dit précédemment, n’eut pas au moyen âge, du moins à une certaine époque, le sens que nous lui donnons aujourd’hui. Il signifiait simplement la science des astres. Dans la liste bibliographique de Gérard de Crémone, ses traductions relatives à l’astronomie sont données sons la rubrique De astrologia. C’est à tort que Jourdain a donné au traité d’astronomie d Alpetroudjy le titre d’astrologie sans explication.

ALFADOHL DE MERENGI.

Il existe au n° 7333 un traité d’astrologie, contenant 144

réponses, dont l’auteur est dit Alfadhol de Merengi, « Sarrasin de Caldée, fils de Sedbel et d’une mère Caldéenne. » Jusqu’à présent nous n’avons pu retrouver ce nom dans les écrivains arabes. S’agirait-il d’une traduction qui est donné vers la fin de la liste de Gérard ?

Le n° 7323 est richement illustré et porte les armes de Milan.

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