EBEN ROCHD
C*est le fils d*Averroès. On le donne comme un médecin savant. Il laissa des enfants, qui B*adonnèrent & la jurisprudence.
On raconte vulgairement que les fils d'Averroës vécurent à la cour de Frédéric II. M. Renan repousse cette tradition, et suppose que les relations suivies de Frédéric avec les savants musulmans lui donnèrent naissance.
EBN EL AOUAM. X \ )
Abou Zacharya lahya ben Mohammed ebn el Aonam ne nous est connu que par ses œuvres, éditeurs et traducteurs n*ayant pu rien nous apprendre sur son compte. Casiri, qui le premier Ta mis en lumière, se borne à dire qu'il paraît avoir vécu dans le Y I* siècle de l'hégire. Banqueri, qui en a publié le texte avec une traduction espagnole, juge d'après
son style qu*il doit appartenir au XII* siècle de notre ère. Enfin Clément MuUet, qui en a publié récemment une trarduction française, n'a rien ajouté de plus sinon qu*il a relevé une remarque déjà faite par l'historien de la Botanique, Meyer, b savoir qu'Ebn el Aouam cite El Hadj de Grenade qui écrivait (d'après Casiri) en 553 de l'hég'irfi, ou autrement en 1158 de l'ère chrétienne. Ebn el Aouam semble donc avoir écrit vers la fin du XIP siècle. La lecture attentive de l'œuvre d'Ebn el Aoiiam ne nous a rien appris qui décelât autrement l'époque où il vivait. Clément MuUet a relevé une seule citation qu'il a rencontrée dans Ebn Khaldoun, mais cette citation nous apprend seulement qn'Ebn el Aouam n'a pas donné place dans son livre à toutes les pratiques superstitieuses que l'on rencontre dans l'Agriculture nabathéenne (1).
L'œuvre d'Ebn el Aouam est un traité d'Agriculture, intitulé simplement Kitab el Fellaha, Ce livre est du plus g^and intérêt. Par son étendue c'est le monument le plus considérable qui nous soit resté non-seulement des Arabes, mais aussi de toute l'antiquité.
Son mérite intrinsèque est double. Non-seulement il reproduit cette agriculture si florissante de TEspagne sous les Arabes, mais ses emprunts incessants à ses devanciers nous ont conservé de précieux fragments de la science agricole chez les anciens, Arabes, Latins, Grecs, Ghaldéens, etc. Ce n'est donc pas seulement une œuvre de praticien, une sorte de maison rustique, mais encore une œuvre d'érudit, une sorte d'encyclopédie historique de l'agriculture.
Ebn el Aouam habitait Se ville, et pratiquait l'agriculture, ainsi qu'il nous l'apprend lui-même. « Après avoir lu, dit-11, les livres sur l'agriculture laissés par les agronomes musulmans d'Espagne et ceux qui viennent d'autres agronomes anciens qui écrivirent antérieurement sur la culture des divers terrains, mon attention s'est fixée sur ce que ces ouvrages contenaient de plus intéressant. Je rapporte les opinions de ces écrivains textuellement» selon qu'ils les ont consignées dans leurs œuvres, sans jamais chercher il modi^
(1) Quatremère avait déjà cité ca passage d'Bbn Khaldoun.
&8PAQNB. 111
fier leurs expressions. Quant à moi je n'avance rien qui me soit propre sans qu'il ait été démontré par plusieurs expé-> riences. > (1)
Son livre se divise en deux parties. La première traite des terres, des engrais, des eaux, des jardins, des arbres, des fruits et de leur conservation, etc.; la deuxième, du labour, du choix des semences, des saisons, des céréales, des légumineuses, du potager, des plantes aromatiques et industrielles, des récoltes, des constroictions agricoles, de l'élève du bétail, de la basse-cour, enfin l'ouvrage est terminé par un traité de médecine vétérinaire.
On a compté dans le Traité d'agriculture la mention d'environ six cents plantes, dont une bonne partie sont revendiquées par la médecine.
Comme nous l'avons déjà dit, l'auteur fait de fréquents emprunts à ses devanciers, Arabes, Latins, Grecs, Chaldéens, etc. Bien des noms sont produits ; malheureusement, un grand nombre n'ont pas encore été reconnus à travers les inexactitudes des copistes. Nous ne citerons que ceux qui sont hors de conteste.
Parmi les Arabes, presque tous Espagnols, [nous citerons Abou Hanifa Eddinoury, qui nous est déjà connu, Ibrahim ben Fadhel, Aboul Kheir de Séville, El Hadj de Grenade, Hedjadj de Cordoue, Ezzahraouy ou autrement Abulcasis. A part ce dernier, tous ces auteurs avaient écrit sur l'agriculture.
Les Latins sont surtout représentés par Yarron et Colttmelle, que l'on s'accorde à reconnaître dans lounious. On rencontre aussi le nom de Virgile.
Parmi les Grecs nous citerons Démocrite, Aristote, et les auteurs des Géoponiques. On peut aussi reconnaître le nom de Théophraste.
Hannon représente l'agriculture des Carthaginois*
Les citations les plus fréquentes, car le nombre en est de trois cents environ, sont celles de l'Agriculture naba^ théenne. Jusqu'à ce que ce curieux monumenti qui paraît le plus ancien de beaucoup sur la matière^ soit mis au jour> le
(t) Traduction de M. Clément Uullat*
livre d*Ebn el Âouam sera toujours ce qui nous le représente le plus largement.
Ayant consacré un article spécial à l'Agriculture naba-^ théenne, nous n'y reviendrons pas ici.
Il n'entre pas dans notre plan de relever toutes les parties saillantes du livre au point de vue agricole, il nous suffira de signaler ce qui intéresse particulièrement la botanique et les sciences médicales.
Rappelons d'abord ce grand nombre de plantes, qui rclè* vent en grande partie de la médecine, puis le Traité d'hippiatrique qui est le couronnement du livre.
Signalons aussi le chapitre curieux sur la distillation emprunté H Zahraouy ou Abulcasis.
Quelques chapitres intéressent la botanique autant que Vagriculture, ce sont ceux relatifs à la fécondation artificielle, à la greffé, aux modifications que Ton peut imprimer aux principes immédiats des végétaux.
On est tout étonné de voir la greffe pratiquée et, dit-on, réussir entre des végétaux non pas seulement différents de genre mais de famille.
On a parlé dans ces derniers temps d'arrosages modifiant la couleur des fleurs et les propriétés des végétaux. Des faits de ce genre sont produits dans le livre d'Ebn el Aouam. Nous rappellerons qu'Avenzoar rendit une vigne purgative en l'arrosant avec une solution appropriée.
L'histoire de la botanique et sa géographie peuvent puiser là des documents nouveaux. M. de GandoUe aurait pu y voir que répinard était cultivé en Espagne au XI* siècle, aussi bien que le melon.
Casiri a tracé une esquisse de cet ouvrage et donné un grand nombre de synonymies. Il a aussi essayé de restituer les noms d'auteurs, mais ses restitutions sont arbitraires et fantastiques.
Banqueri en apublié le texte avec une traduction espagnole en 1802. Son travail est assez faible.
Il y a une dizaine d'années> M. Clément MuUet en a publié une traduction française, qui vaut mieux, mais reste encore imparfaite. Ce travail, fruit de^la vieillesse de l'auteur,
accuse une connaissance insuffisante de la technolog^ie; Ebu el Beitliâr D*a pas été assez consulté. L'introduction est faible malgré son étendue, et, & proprement parler, on n'y rencontre rien de neuf sur ces noms d'écrivains dont la restitution est encore un problème. Il nous semble qu'un traducteur doit s efforcer davantag^e de résoudre toutes les grandes questions qui se rattachent à son original. Le temps, sans doute, a manqué au laborieux vieillard. Il serait à désirer que Ton fit de cette traduction une révision et une nouvelle édition ; mais un seul n'y suffirait peut-être pas.
EBN THOFAÏL.
Abou Bekr Mohammed ben Abd el Malek ben Thofaïl el Kissy, qui s'est fait un grand nom dans la philosophie, est aussi revendiqué par la médecine.
Il naquit à Guadix, dans le commencement du XII* siècle. Disciple d'Ebn Badja, l'Avenpace des scolastiques, ses études portèrent sur toutes les connaissances humaines et il excella dans la poésie, la grammaire, l'éloquence, la philosophie, les mathématiques, l'histoire, la jurisprudence, la médecine.
D'après l'historien de Grenade, Lissan eddin ebn el Khatib, cité parCasiry, II, 70, il aurait même professé publiquement la médecine à Grenade, et aurait publié deux livres sur cette science. Il aurait enfin composé un poème sur les simples.
L*émir Almohade , Aboulakoub lousouf, se l'attacha comme ministre et médecin, et ce fut h lui que l'illustre Averroès, son ami, dut de le remplacer dans cette dernière fonction.
Ce fut encore l'intervention d'Ebu Thofaïl qui décida la vocation philosophique d'A verrous.
Le prince Almohade aimait les sciences et lûsait Aristote, mais il en trouvait la lecture difficile et il eiït désiré qu'un homme compétent lui en facilitât l'intelligence. Ebn Thofaïl usa do son influence sur Averroès pour le décider ù se char* gcr de cette tîlcho. Le récit de cette négociation nous a été conservé.