‹ Histoire de la médecine arabe (volume 3)Chapitre 7 sur 165 · RBVUB SOMMAIRE PU DOUZIÈME SIÈCLE · texte numérisé non relu

RBVUB SOMMAIRE PU DOUZIÈME SIÈCLE

mençaient à prendre une large part dans le mouvement scientifique, durent émigrer, les uns dans le Languedoc, les autres en Egypte avec Maimonide.

Jamais, cependant, en dépit de ces entraves, la pensée ne prit un aussi libre essor et n'eut de pareilles audaces, témoins Ebn Tophall, Ebn Badja et surtout Averroës, le pkis grand philosophe de TEspagna et l'un des plus grands noms de l'Islamisme. Par ses travaux philosophiques et ses commentaires sur Aristote, il exerça la plus haute influence sur la marche des idées au moyen âge et devint aux yeux de la théologie scolastique la personnification de la libre pensée. Eben Tophail et Eben Badja, vulgairement dit Avempmce^ furent aussi connus des scolastiques, le dernier surtout. Nous rappellerons du premier le Hay ben lakdan^ traduit par Pococke sous le titre de Philosophus autodidactus, où il présente les évolutions successives de la pensée d'un homme isolé dès sa naissance et arrivant par l'observation et le raisonnement aux plus hautes vérités philosophiques et religieuses. Le Régime du solitaire du second est conçu dans le même sens.

La médecine qui les revendique aussi bien qu'Averroès, compta d'illustres représentants dans la famille des Avenzoar, qui fournit des médecins pondant trois siècles. Abou Merouan ben Abd el Malek, le plus grand de la famille, est Tauteur du Teiasir^ un des meilleurs ouvrages sortis de l'école arabe, oii l'on voit se produire une expérience riche et indépendante des traditions antiques. Avenzoar est tenu par certains historiens comme le plus grand praticien qu'aient produit les Arabes.

A côté de ces noms, 11 faut citer ceux d'Errafequy et d'Aboussalt Ommeya, qui publièrent des travaux d'histoire naturelle médicale, et d'Ebn el Aouam auteur de l'Agriculture, récemment traduite en français par M. Clément Mullet, ouvrage remarquable par une vaste érudition non moins que par la pratique, et dont la médecine peut encore faire son profit.

Il faut remonter aux temps de la première ferveur pour rencontrer autant de noms émioents dans un aussi étroit espace.

Rappelons enfin que l'Espagne tient une large place dauB rhistoire des sciences par les traductions qui s'y firent alors des ouvrages arabes, traductions qui élargirent le champ des études chez les chrétiens.

Si nous sortons du domaine de la médecine, nous verrons que sans jeter partout un vif éclat, les sciences ne furent pas moins cultivées dans la société musulmane si profondément agitée tant en Orient qu'en Occident.

Malgré les troubles politiques et religieux, malgré les difficultés qui en étaient la conséquence inévitable, la géographie n'en continua pas moins ses progrès. En môme temps qu'apparaît un traité général d'un mérite supérieur à ce qui avait paru jusqu'alors, celui d'Édrissy, des voyages lointains s'accomplissent, dont les relations nous ont été conservées.

Ce fut aussi l'Occident, que nous avons déjà vu au premier rang sur le terrain de la médecine, qui mérita le plus de la géographie. Plusieurs Andalous quittèrent leur pays et voyagèrent h travers l'Orient.

Abou Hamid, qui mourut à Damas en 1170, après avoir voyagé depuis l'intérieur de l'Afrique jusqu'aux embouchures de rOxus, publiait une relation qui fut mise à contribution par Kazouiny.

Un autre espagnol, Ebn Djobaïr, publiait aussi la relation d'un voyage en Orient, avec passage, à son retour, à travers la Sicile.

L'œuvre la plus importante du siècle et jusqu'alors de la géographie arabe fut le livre d'Édrissy vulgairement et vi* cieusement connu sous le nom de Géographie nubienne, œuvre riche d'observations ayant trait particulièrement à l'histoire naturelle et qui ne fut surpassée que par Âboulféda.

Zamakhchary, savant polygraphe, qui avait étudié à Boukhara, nous a laissé une sorte de dictionnaire géographique.

C'est & l'Espagne aussi que nous devons le traité d'agriculture d'Ebn el Aouam, qui n'a pas d'égal dans la tittérature arabe, vaste répertoire oii l'on voit à côté de connais-

BEVUB SOMlfAIBE DU DOUZIÈME SIÈCLE. 11

sanccs pratiques une riche érudition, qui nous a conservé de précieux documents des littératures antérieures.

La culture des mathématiques et de l'astronomie était toujours vivace en Espagne. C'était Tépoque de deux hommes dont les noms sont connus des savants européens. L'un d'eux est Albitroudji, vulgairjement Alpetragius, dont on a traduit les traités de la sphère et de l'optique. L'autre, qui eut aussi les honneurs de la traduction latine, est Djaber ben Aflah, que Ton a confondu avec le célèbre alchimiste Géber. Averroès composa aussi plusieurs écrits sur l'astronomie, et Maimonide corrigea un traité de Djaber ben Aflah.

C'était encore un espagnol que Samuel ben lehouda, qui s'en alla mourir en Urient, à Méraga, ville d'observations astronomiques, et qui déjà, dans son pays natal, avait mérité le surnom d* Astronome.

Dans l'Irak, Hibat Allah, versé dans les mathématiques, appliquait ses connaissances à la confection d'instruments astronomiques d'une perfection qu'on ne sut plus égaler.

A Bagdad, Mobacherben Ahmed, mathématicien et astronome, était chargé par le Khalife du choix des livres destinés à la Bibliothèque de la Medersa Nidhamya et à celle du palais.

En Perse, El Madany écrivait sur les mathématiques et Gastronomie.

La philosophie peut citer, au XII' siècle, des noms glorieux.

En Orient, nous ne relèverons que celui de Fakhr eddin Errazy ; mais en Espagne nous pouvons citer ceux d'Eben Tophaîl, d'Eben Badja, de Maimonide, car c'est là qu'il se fit, enfin le plus grand de tous, Averroès.

Eu somme, le XII* siècle ne fut inférieur à aucun de ceux qui l'avaient précédé, et c'est à l'Espagne qu'il doit cet équilibre. Si l'Orient fléchit, il faut porter à son actif des encouragements et des institutions fondées par Nour eddin et Salah eddin (Saladin) qui ne portèrent leurs fruits qu'au siècle suivant.

Le sceptre de la médecine tomba cette fois des mains de la Perse. Elle vit en compensation le sceptre de la philosophie* du moins en Orient, passer entre les mains de Fahkr eddin Errazy, qui consacra aussi quelques moments à la médecine.

Mais si les études philosophiques jetèrent un grrand éclat à récole de Fakhr eddin, les études médicales déclinèrent et c'est à peine si nous pouvons enregistrer les noms de quelques médecins de second ordre.

Un fait cependant à signaler, c*est Textension des lumières dans le nord de TAsie. Les sultans Khouarezmiens se plaisaient dans la société des lettrés et des savants. Le médecin Djordjany occupait à leur cour une haute position et leur dédiait tous ses ouvrages.

Les études florissaient à Boukhara et à Samarcande.

V ' SAMUEL BEN lAHYA. (1)

Jusqu'à présent ce curieux personnage n*a pas été suffisamment étudié. Plus d'un écrivain moderne s'en est occupé, mais aucun, que nous sachions, n'a groupé tous les éléments de son histoire. C'est là ce qui justifiera les détails

(1) Rigoureusement il faudrait Sam\$el ben hhouda. Nous lisons à ce propos dans Munk, vie de Joseph ben lehouda : Ceux qui s'appellent en hébreu lehouda portent ordinairement en arabe le nom de FaAyd. Du reste lehouda se lit dons le Kitab el hokama.

PERdB. 13

dans lesquels nons allons entrer. Ces détails sont disséminés dans le Kitab el hokama« dans Aboulfarag^e, dans Ebn Abi Ossatbiah, dans Hadji Khalfa, dans les monuments hébreux. Enfin jusqu'à présent nous n'avons rencontré aucune mention du plus origrinal de ses ouvrages, qui existe cependant dans nos Bibliothèques.

On Ut dans le Kitab el hokama, après Tépithète de Mogre^ hin : Je crois quHl esteêpagnol. Gasiri s'est empressé, suivant sa coutume, de supprimer la qualification de Mogrebin et d'adopter celle d'Espagnol, pour grossir la liste des hommes marquants de la Péninsule. Munk nous apprend, d'après un Ms. de la Bibliothèque nationale, que son père, le docteur lehouda ben Abonna était de Fez, et qu'il était connu chez les Arabes sous le nom d'Aboulbaka Yahya ben Abbas el Magreby (1).

Nous ignorons à quelle époque naquit Samuel. C'était probablement dans le commencement du XII* siècle. Poussés peut-être par les persécutions religieuses, le père et le fils émigrèrent et vinrent habiter l'Orient. Samuel s'arrêta d'abord à Bagdad, puis habita le Diarbékir et l'Aderbaldjan, et se fixa définitivement à Méraga. Esprit intelligent, il étudia l'ensemble des connaissances humaines, mais parti* culièrement les sciences mathématiques, où il s'éleva, dit-on, au-dessus de ses contemporains, ce qui lui valut les titres d'arithméticien, de géomètre et d'astronome. Nous verrons que la médecine entrait aussi dans le cercle de ses études.

Samuel était en faveur auprès des grands, et particulièrement auprès des princes de TAderbaldjan. Conseillé peutêtre par l'ambition ou l'amour-propre blessé, ainsi qu'il advenait alors à un de ses coreligionnaires, Aboul Barakat, il embrassa la religion musulmane.

La nouvelle de cet événement attrista son père, qui habitait Alep. n partit aussitôt pour rejoindre Samuel, qui se trouvait alors aux environs de Mossoul, mais arrivé à Mossoûl il fut enlevé par une maladie aigu6. Munk place la conversion de Samuel en l'année 1163.

(1) On lit dans Bbn Abt OssaTbiah Par$, la Perse, au lieu de Fm, Fez : mats nous ne rojons là qu'une faute de copiste.

Nous ignorons la date de sa mort. Djemal eddin, et naturellement aussi Âboulfaragfe, la placent vers Tannée 570 de Théerire. Hadji Khalfa donne Tannée 576. D'autre part nous lisons dans Ebn Abi Ossaïbiah que Samuel achevait un ouvrage de géométrie en cette même année 576, qui répond à Tannée 1180 de notre ère.

Nous avons dit que Samuel s'était occupé de médecine. Nous trouvons en effet, dans Ebn Abi Ossaïbiah, un traité de médecine mentionné sous le titre Kitah el Moufid, écrit en 564, à Bagdad, et dédié au vizir Uouyd eddin ben Ismaïl. Il ne saurait être confondu avec un autre ouvrage dont nous allons parler, que Ton peut à la rigueur rattacher à la médecine, que nous connaissons pertinemment, attendu qu'il est arrivé jusqu'à nous, et dont le titre d'ailleurs est différent.

Hadji Khalfa lui seul, à notre connaissance, nous donne le titre de ce livre, qui existe dans les Bibliothèques de TEscurial, de Paris et de Constantinople. Tel est ce titre ; Nozhat el cLshab fi machourat el AJibab, autrement en français: Récréation des camarades et conversation des amis. (Hadji Khalfa, 13,365).

Disons tout d'abord de quoi il traite, ce qui nous expliquera peut-être le silence de Gasiri, car il ne figure pas dans son catalogue, mais seulement dans le nouveau, sous le n* 830.

Cet écrit est tout simplement le code des voluptueux ou même des libertins de bon ton et de haut goût C'est quelque chose, mais autre chose encore, comme le traité de l'Amour conjugal, car ici le champ est plus vaste que le lit conjugal. On comprend que la médecine apporte aussi son contingent.

Une page de garde du Manuscrit de TEscurial porte une annotation, qui est peut être de Caeiri. En tout cas cette note est au moins contemporaine du catalogue imprimé. Gasiri dut évidemment avoir connaissance de ce Manuscrit, et il est probable qu'il Ta laissé de côté, soit à cause de son contenu, soit à cause de cette annotation» si elle lui est antérieure (1).

(1) Sur un grand sombre de Itss. de TEscudal» Tinvooation à Mahomet est biffée.

PEASB. 15

Ce que nous avons dit précédemment expliquera les colères de Tannotateur. Telle est cette note :

c Tractatus anonymus, mutilus, sine principio, medisoanatomicus de mulieribus, ubi scelestissimus ac impudentisiiimus author agit de mulierum conversatione, de earum venustate, de mediis illas lucrandi eisque placendi, de requisitis illarum, quœ sunt appetendae, reprobandaeve, de earum ornatu, vestitu, de modo componendi fucos, de medicamentisy cibo, potu ad venerem ciendam» de modo impediendi conceptionem procurandive abortum, atque de aliis impudentissimis rébus ad coïtum pertinentibus, quas ego ob verecundiam prœtermitto. »

Le manuscrit de TEscurial est en effet anonyme, par la raison qu'il est acéphale. On voit qu'il a été bien lu (1).

La Bibliothèque de Paris en possède deux exemplaires. Le l*' est le n* 1002 de l'ancien fonds. Il est complet, et porte le titre donné par Hadji Khalfa. C'est lui que mentionne Wûstenfeld, page 161, parmi les incertae sedis: Musa ben Yahya ben Ali el Magrebi^ traclatua medico phyncuB, d'après le Catalogue de Paris. Le nom de l'auteur est altéré. Au lieu do ^usa, nous avons lu parfaitement Chamoul, Samuel.

Le 2* existe sous le n* 106i du supplément, où il figure dans un recueil d'ouvrages erotiques, mais il porte le titre de Tohfat el ashab, Présent aux camarades, titre qu'il porte aussi dans le catalogue des Bibliothèques de Constantinople donné par Flugel, Hadji Khalfa, VIL Nous n'avons pas rencontré le nom de l'auteur, ce que peut-être on a cru inutile, mais l'identité n'en est pas moins positive.

L'ouvrage est dédié à l'émir Âboulfateh Mohammed ben Gara Arsian ben Daoud ben Chakman ben Ortok.

(1) Le ton ds cette note exclurait peut-être la paternité de Casiri. Avec sa connaissance de l'Orient il aemblerait qu'il aurait parlé plus froidement do cet écrit. Les Orientaux envisagent autrement que nous les aphrodisiaques. Leur usage est en quelque sorte un devoir pour eux II existe sur la matière toute une littérature de second ordre : mais les grands médecins do la négligent pas Le Père Ange, dans sa Pharmacopée persane, a lui-même donné quelques formules aphrodisiaques.

10 HISTOIRE DK LK MÉOBCINB AIUBE. — LIVBE OINQUIÉIIE.

Il se divise en deux parties, subdivisées elles-mêmes eu douze sommes chacune.

La deuxième partie a un cachet exclusivement médical. Nous dirons cependant quelques mots de la première qui a aussi ses côtés intéressants, et qui du reste nous initie aux mœurs intimes de l'Orient.

I'* partie. La l'* somme traite des avantages du coït et de ses inconvénients.

La S" pourquoi on le désire.

La 4* des causes d'affaiblissement.

La 5* discute pourquoi certains hommes d'esprit recherchent les garçons de préférence aux filles et quels sont les avantages et les inconvénients de l'une et de l'autre habitude. L'auteur croit la première moins énervante parce qu'elle implique une aptitude actuelle qui ne s'acquiert souvent dans laseconde que par de longs et pénibles efforts. Il justifie sa préférence par d'autres raisons que nous nous abstiendrons de reproduire. S'il faut en croire Razès, dans le Continent, Rufus aurait déjà traité ces questions.

La même somme s'occupe aussi des relations entre femmes.

La 6* recherche pourquoi beaucoup d'individus s'écartent de la méthode naturelle.

La 9« est en quelque sorte le code des relations entre les sexes.

Il est d'abord question des convenances à observer dans la conversation, dans le boire et le manger, etc.; enfin le 7* chapitre expose en détail les règles que l'hygiène et le bon goût exigent dans les relations les plus intimes.

La 10* somme est très intéressante. Il s'agit des caractères physiques et moraux des femmes des diverses contrées.

Les sommes suivantes s'occupent du choix de l'objet aimé et du mariage.

II* partie. Elle relève exclusivement de la médecine.

Les 0 premières sommes traitent des divers états d'affaiblissement viril et des divers agents aphrodisiaques.

La T traite de la conception, de la stérilité et de l'avortement. Les médicaments qui empêchent la conception et les abortifs peuvent être employés dans certains cas où les

flimensions des parties font craindre tant pour la femme que pour Tembryon.

La 8* traite du cas où le sphincter anal se relâche dans le coït, infirmité dont parlent fréquemment les Arabes.

La IX' traite des divers états de la matrice, des règles, des écoulements, des ulcères, des gerçures, etc.

La X* traite des causes de faiblesse venant du fait de la femme.

La XI* et la XIP traitent des substances réfrigérantes tant simples que composées.

Tel est cet écrit, sur lequel nous nous sommes quelque peu étendu, parce qu'il nous a paru le tj-pe le plus complet et le plus raffiné d'un genre d'ouvrages très répandus chez les Arabes.

Nous avons dit que Samuel excellait dans les mathématiques et l'astronomie. Le Kitab el hokama lui attribue un traité du triangle rectangle et un traité de la mesure des corps composés de substances diverses.

Un traité des erreurs des astronomes existe à la Bodléienne.

Ebn Abi Ossaïbiah mentionne trois autres ouvrages dont un de géométrie et deux autres d'algèbre. Le premier est dédié à Nedjem eddin Aboulfateh chah Gazy Melek chah bea Tognil Bek, et il l'achevait en l'année 576 de l'hégire. Les deux autres sont adressés & des contemporains (1).

Enfin, comme tant d'autres Juifs convertis, Samuel paya sa bienvenue chez les musulmans en écrivant un livre contre ses anciens coreligionnaires, toujours accusés d'avoir altéré les Écritures. Aussi Djemal eddin, en parlant de sa conversion, ajoute, comme il le fait plusieurs fois : et sa conversion fut bonne, ce qui prouve que beaucoup de conversions n'étaient pas solides. Il existe à Paris un fragment de cet écrit, qui a été consulté par Munk.

vl) Parmi les notices des mathématiciens donncea par Casiri, d'après le Kitab cl hokama, figure celle de Samuel bea lohuda, qualifié par Casiri £7i>|Mnia, 1,440.

TOMR II 2

18 HIS'IOIRE DE LÀ MÉDECINE ARA.BE. — UYUE CiNQUiLME.

DJORDJANY.

^ ^ Aboul Fedhaïl Ismaïl ben el Hossein Zeyn eddin Eddjordja-

,£^ ou du Djordjan, ainsi que l'indique son surnom, naquit probablement au commencement du XII* siècle. C'était un médecin éminent, et qui fut en faveur auprès des souverains du Khouarezm, auxquels il dédia la plupart de ses écrits. Les renseignements ne manquent pas précisément sur son compte, mais ils sont quelque peu confus et contradictoires. Hadji Khalfale fait mourir en 535 de l'hégire, 1140 de notre ère, ce qui ne concorde pas avec certaines dédicaces de ses écrits, qui le reporteraient èi la fin du XII' siècle. Il écrivait ^en persan.

Hadji Khalfa nous donne les titres de trois de ses ouvrages, la Dekhiray n* 5504, le Khafy, n^ 4738, et VArrad Ettkobbya, n^ 087.

La Dekhira Khouarezmchahy, ou trésor Khouarezmieu, paraît être son ouvrage le plus considérable, attendu qu'il ne contenait pas moins de dix volumes. Il aurait été dédié, suivant d'Herbelot, au sultan Ala eddin Takacb, le cinquième de la Dynastie des Khouarezmiens, qui régnait de 1186 & ^ 1107. Takach est le seul de la dynastie qui ait porté le surnom d'Âla eddin, h notre connaissance. Or, comme la qualification d'Alay se rencontre dans plusieurs titres des ouvrages de Djordjany, il est naturel de croire que les dédicaces ont en lieu sous le règne de ce prince, plutôt qu'avant son avènement au trône.

La Dekhira se trouve au fonds persan de la Bibliothèque nationale, sous les n** 546, 547, 548 et 540.

Elle existe aussi en traduction hébraïque, mais incomplète, sous le n» 1160 du fonds hébreu. Le catalogue fait cette obser^ vation que c'est jusqu'à présent le seul ouvrage persan connu, traduit du persan en hébreu.

D'après d'Herbelot, Djordjany aurait détaché de cette grande composition deux volumes sous le titre de Agrad atthaibat* Ce titre est inexact. Tel est-il au complet : El

arrad etihohbyat ou El mebahit el alaiya, Questions de inédeciue et discussions alayennes. Ce dernier mot implique une dédicace à Ala eddin Tacach. Au lieu de détaché comme dit d*Herbelot, nous verrions plutôt là un abrégé de la Dekhira, et nous supposons que cet abrégé est représenté, en traduction arabe, par le n' 1019 de Tancien fonds arabe de Paris.

Le traducteur nous dît que parmi d'autres ouvrages il a remarqué le Moktasser alaîy^ de Djordjany, et qu*en raison de son mérite il Ta traduit du persan en arabe. Cet écrit se divise en deux parties, dont la première comprend les généralités de la médecine et la seconde la pratique, y compris la chirurgie, la cosmétique et la toxicologie.

Nous avons vu déjà le titre d'un autre ouvrage qui rappelle aussi le nom d*Ala eddin, le Khafy Alaïy^ ou le secret Alayen, se composant de deux volumes. Nous ne pouvons affirmer, en l'absence de documents, qu'il diffère du Mokhiasser, qui se compose du même nombre de volumes.

D'après le catalogue du fonds persan, Djordjany aurait composé un ouvrage pour Atziz, le £• prince de la dynastie Kliouarezmienne, et un autre plus considérable pour le vizir Medjed eddin Abou Mohammed, divisé en 20 livres. Cet ouvrage aurait été en grand crédit chez les Orientaux, mais on a dit à tort que c'était là que le frère Ange de St- Joseph aurait tiré sa pharmacopée persane.

Le même catalogue cite encore sous le nom de Compendium de médecine, n* 540, un autre ouvrage de Djordjany.

Nous regrettons que notre ignorance du persan ne nous ait pas permis de recourir à ces manuscrits pour résoudre les questions obscures de la bibliographie de Djordjany.

Voici maintenant ce qu'on lit dans certaines copies d*Ebn Abl Ossalbiah.

CUKRF EDDIN ISMAEL.

Le Chérif Cherf eddin Ismacl était un médecin émtnent^ attaché à la personne d'Ala eddin KhouaresiA chah, qui le tenait en grande considération et lui faisait des appointe^

meutâ de 1,000 dinars par mois. Il iie survécut pas à son protecteur. On le citait pour ses succès dans la pratique médicale. Il écrivit plusieurs ouvrages.

Un traité de médecine intitulé le Trésor, Eddakhira en 12 volumes, dédié h Khouaresm chah.

Des accidents en médecine.

Présent offert aux médecins.

Tous ces ouvrages étaient écrits en persan.

Evidemment ces deux personnages n'en font qu'un; mais nous manquons de renseignements pour concilier les dires contradictoires.

X\\ FAKUR EDDIN ERRAZ7.

I Abou Âbd Allah ben Omar ben el Khathib Fakhr eddin

Errazy naquit à Rey, en 1149. Son père, qui était un homme distingué, s'était fait une réputation comme orateur et prédicateur éloquent, d'où le surnom d'Ebn el Khatib. Comme son illustre homonyme il tirait le .«surnom d'Errazy de Rey sa ville natale.

Fakhr eddin Errazy est le dernier grand philosophe qu'aient produit les Arabes. Bien qu'il ne tienne à la médecine que par son côté le plus faible, nous devons cependant mettre en lumière cette grande personnalité, par la raison qu'il eut une haute influence sur la diffusion et la permanence des sciences dans la haute Asie, tant par ses écrits que par ses nombreux élèves.

L'existence de Fakhr eddin Errazy est la plus excentrique de toutes celles que nous avons rencontrées jusqu'à présent. Nous le voyons en effet courir de la Perse au Maouarennahr et de Bokhara à Hérat.

C'est ainsi que la science grecque faisait la conquête de l'extrême Orient, après celle d'Alexandre.

Fakhr eddin Errazy profita sans doute des leçons de sou père, mais nous lui connaissons un professeur de philosophie à Méraga, dans la personne d'Ali Medjed eddin Ëddjily ou du GhylaiL

Il devint bientôt professeur à son tour. On accourait de

Page 1