V. — LA MÉDECINE ARABE EN PERSE
La lanirue persane subit Tinfluence des révoiutioDS politiques. Subalternisée par rinrasion religrieuse et scientifique des Arabes, elle se releva quand la nation reconquit son autonomie. Nous avons déjà vu des médecins qui avaient écrit eu persan, ainsi Abou Mansour el Héraouy et Djordjany. La chute du Khalifat de Hagdad, entraînant Textinction d'un grand centre d'études, acheva de ruiner la prépondérance de la langue arabe. Samarcande recueillit en partie Théritage de Bagdad.
Alors que la littérature médicale arabe s'appauvrissait de plus en plus, la Perse continuait à produire dans sa propre langue, et sa fécondité se maintint plus longtemps que celle de l'arabe. Parmi ses produits nous devons citer aussi les travaux astronomiques d*01ou{r Beg.
Sous une forme différente c'était toujours le même fonds scientifique. Par le persan, la médecine arabe pénétra plus largement en Orient qu'elle ne l'avait fait dans ses jours de prospérité. De nos jours encore elle y est en honneur, soit sous sa forme native, soit sous la forme persane. Dans les encouragements qu'ils donnent aux sciences, les Anglais ont cm devoir associer ses monuments à ceux de la science européenne. Il était dans la destinée de la médecine arabe de 86 répandre à travers les siècles de l'Atlantique ou Gange.
On a dit de cette science qu'elle n*était qu'une pâle copie de celle des Grecs. Mais n'eftt-elle rien d'original, ce qui est contraire à la vérité, ce n'en serait pas moins une destinée
^J1 HltiïUlUE Dlù LA. MÉDECINE ÂIIABE. — LIVRE SEPTIÈME.
I^lorieuse d'avoir répandu la science grecque pendant une aussi longpuo durée et sur une si large superficie, en y déposant une influence toujours bienfaisante.
Dans l'exposé de cette nouvelle évolution de la science arabe, nous nous bornerons à passer en revue les principaux ouvrages écrits en persan qui se trouvent dans nos collections européennes. Quelques-uns ont de l'importance, et leur ensemble fournira quelques pages curieuses à l'histoire de la médecine.
Ce qui nous décide aussi à donner cette revue, c'est que la science persane a un cachet qui lui est propre. Elle comprend dans ses illustrations la reproduction de la figure humaine, ce que l'on ne trouve pas chez les Arabes, plus strictement attachés à la prescription de la loi religieuse.
ZELN KL ATTHAR.
Ali ben Hussein el Ansari, connu sous le nom de Uadji Zeiu el Attar, vivait au XIV* siècle de notre ère.
Il est l'auteur d'un ouvrage assez répandu, qui porte le titre de Ikhtiarat Bediaî, Choix de choses remarquables, dont il existe des exemplaires à Copenhague, èi Paris, à Loyde. etc.
Le Ms. de Copenhague nous dit qu'il fut composé en I3GS. On en lit autant dans une note qui accompagne le n* 157 de l'ancien fonds persan de Paris. Il existe aussi au iV 150, avec une note qui nous apprend qu'il fut dédié à la reine Bady Eddjenialf merveille de beauté.
Le n* 157 est un in-folio de 369 feuilles. L'ouvrage commence par un ample index arabe-persan.
Au folio 48 commence la liste alphabétique des simples. Au folio 355 finit la description des simples, et nous trouvons une date quelque peu différente de celle que nous avons produite, 708, qui répond à notre année 1366.
Viennent ensuite les médicaments composés.
Il existe aussi au u* 335 du supplément, où l'on trouve la date 770. Le Ms est un iu*f de 463 feuilles.
LES BIË0LB8 DR DftC40mOB. — 1.4 MRSC. «'t.'5
Nous avons aussi remarqué, en parcourant cet exemplaire, diverses épaves technologiques. Ainsi du berbère, athrilal ; du (rrec, druopteris. Parmi les citations d'auteurs, nous men* tionnerons celles de Démocrite et d'Eben Zohr.
MANSOUa BEN MOHAMMED DEN ELIAS.
Mansourben Mohammed ben Ahmed ban Yousefben Elias est auteur d'un traité de médecine qui existe h Leyde, sous le n* 1301, et porte. le titre de KeMa Medjahedia. Il est dédié au sultan de l'Inde Ala eddin Mohammed chah el Khildy, qui mouruten71Gde Thégrire, 1316 de notre ère. Voyez sur ce prince Eben Batouta, III, 183, et la Biog^raphie Michaud.
TIÎOBB DJEMALY.
Il existe sous ce titre> au n* 140 de l'ancien fonds, un traité de médecine qui occupe les 184 premières pafifes de ce volume, ^andÂn-folio.
Cet ouvrage est divisé on trois parties, maladies organiques de la tète aux pieds, maladies externes et fièvres. Nous en ignorons l'auteur.
Une difficulté s'élève à propos du prince auquel l'ouvrage^ est dédié. Le catalogue de la Bibliothèque dit qu'il est dédié au Cheikh Abou Ishaq, roi des Indes. Nous croyons qu'il y a ici une erreur.
A notre avis, il ne s'agit pas d'un roi des Indes, mais d*an roi de Perse, qui vivait au milieu du XIV* siècle de notre ère, et dont on retrouve l'histoire dans Ëben Hatoutah.
Abou Ishaq, fils de Mohammed chah Indjou, avait reçu ce nom de son père, en honneur du ciieikh Abou Ishaq c'I Cazrouny, en grande vénération dans 1 Orient. N'y aurait>il pas, dans ce mot Indjou, l'origine de l'erreur qui on fait un roi des Indes ?
V. la trad. d'Ebn Batoutah par MM. DrefMmery et San* guineUi, II, t)3.
Dans la dédicace de l'ouvrage, nous voyons lesqualifica-
326 HISTOIRE DB LA MÉOBOINB ABABB. — LIVRB 8BPT1ÉMB.
tions de Djemal el Haqq, Djemal eddenia ou eddin. Il est probable que le sultan Abou Ishaq portait parmi ses surnoms celui de Djemal eddin.
^'ySj MANSODR BEN MOHAMMED BEN AHMED.
Mansour ben Mohammed ben Ahmed est l'auteur d'un traité d'anatomie avec figures dédié à MirzaPir Mohammed, fils do Gihanghir fils aîné de Tamerlan, qui mourut en 809 de Thégire, 1406 de notre ère.
Ce traité a du moins le mérite de la rareté.
Il se divise en prologue, cinq chapitres et épilogue.
Le l*' chapitre traite des os. Un squelette est figuré au folio 11.
Le 2* traite des nerfs, décrits suivant Tordre des paires cervicales et spinales. Au t" 16, est la figure du système nerveux.
Le 3* traite des muscles et donne leur énumération par régions. Au f* 17, se trouve une figure d'ensemble.
Le 4* traite des veines, et le système veineux est représenté au £• 21.
Le 5* traite des artères, qui sont également figurées.
L'épilogue commence au f* 23, et traite des organes composés et des appareils, suivant l'ordre des fonctions.
Au f' 31, recto, est une figure du corps où sont marqués les lieux des veines et des artères à saigner, avec l'indicatiou des maladies où il convient de le faire. Au verso une figure donne les endroits à ventouser dans chaque maladie.
Enfin le P 32* et dernier donne la figure d'une femme en«* ceinte, dont l'utérus contient un produit adulte.
Toutes ces figures sont naturellement très mauvaises.
C'est là le seul ouvrage illustré d'anatomie que nous ayons rencontré, mais des figures, dans le genre des dernières, se trouvent dans le Thobb Dara Chekouh.
Comme un trait de caractère des Persans, qui ne repoussent pas la figure humaine comme les rigides sounnites, noua rapprocherons de cet écrit une curiosité de même étendue,
LES 8IÉCLE8 DB DÉCADBNGB. — LA PBRSB. 327
qui se conserve au n* 038 de la Réserve. On pourrait lui donner le titre : De modis coeundi, cum figuris. Cet opuscule, parfaitement écrit, contient 30 figures, dont l'exécution léchée rappelle nos belles miniatures du moyen âge. Cependant, si les tètes sont correctes, les corps ont des articulations et même des os d*une singulière souplesse. Les figures sont accompagnées de légendes. Les 7 premières n'ont rien d'obscène.
BEHA EDDODLA FILS DB KOUAM EDDIN. X /
Beha Eddoulat Errazy mourut à Rey en 1507, au dire de Hadji Khalfa.
Il est auteur d'un livre intitulé Khoulassat ettedjarib , la Quintessence des expériences, qui existe à Paris, au supplément persan, n* 311, et qui ue contient pas moins de 420 feuilles in-f*.
C'est une sorte d'encyclopédie médicale, traitant des généralités de la science, de l'unatomie, de l'hygiène, de la pathologie, des poisons et de la composition de.-^^ médicaments.
# nEHOUADEII KHOUAS KIIAX.
Il nous est connu par le n* 21 de Copenhague comme auteur d'un Traité de médecine portant le titre de Maden echchefa^ Mine de traitement, adressé au sultan Aboul Modhaffer Iscander ben Rahloul, en l'année 1517 de notre ère.
Cet ouvrage se compose d'une introduction et de trois livres. Le premier contient des préliminaires, le deuxième Tanatomie et le troisième la pathologie.
L'auteur dit avoir consulté les médecins persans.