HERMANN CONTRACT
Hermann fut appelé Conlract d'une infirmité qui rappelle précisément celle du père d'Ebn el Mocaffa (le contracté).
Il naquit en 1013 et mourut en 1054. Passionné pour l'étude, il entra chez les Bénédictins pour s'y livrer plus facilement, et habita les monastères de St-Gall et de Reiclieuau, cultivant la poésie, la musique, la géométrie et l'astronomie. Un lui attribue les hymnes Salve rcgina et Aima redcmpto* ris mater»
Il nous est arrivé sous son nom un trait/; de l'astrolabe, qui a soulevé bien des controverses, et le dernier mot n'est pas encore dit. Que ce traité soit une traduction ou une compilation, la technologie en est arabe. On s'est demandé si Hermann Contract pouvait avoir connu l'arabe, condamné qu'il était à l'isolement par son infirmité, et ne pouvant aller l'apprendre en Espagne comme tant d'autres le firent plus tard. Il semble qu'il en était alors de l'arabe comme de la montagne de Mahomet, qu'il fallait aller rapprendre sur place.
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A propos de Gerbert, qui obtint d'Espagne la traduction d'un ouvrage d'astronomie, nous avons rappelé l'ambassade de Jean de Gorze, qui mit en contact l'Allemagne et l'Espagne musulmane. On pourrait rappeler encore qu'à la même époque le Livre des A nouas était traduit en latin.
On peut très bien admettre que la traduction latine d'un traité d'astronomie arabe soit parvenue à Hermann par une voie quelconque, mais il est plus difficile de croire qu'il put obtenir des matériaux suffisants pour apprendre seul la langue arabe.
Jourdain, qui s'est occupé de cette question, fait observer d'abord que les premiers historiens qui se sont occupés de Hermann, et qui plus rapprochés de son temps devaient être mieux informés, ne disent pas que Hermann sût Tarabe.
Quant aux traductions d'Aristote qui lui furent aussi attribuées, Jourdain démontre facilement qu'elles sont l'œuvre d'un autre Hermann, dit l'Allemand, dont nous aurons à parler.
Jourdain conclut que les écrivains tels que Trithème, qui ont accordé au Gontract la connaissance de l'arabe, l'ont confondu avec des homonymes, le Dalmate ou l'Allemand.
Abordant la question du Traité de la composition et de l'usage de l'astrolabe, qui nous est donné sous le nom de Her«mann, Jourdain se demande si ce traité est du Gontract, et s'il l'a traduit de Tarabe. Il n'ose nier le premier point, et rejette le second. Il n'admet pas que le malingre Hermann pût apprendra l'arabe sur place, mais il admet que des traités dérivés de l'arabe pussent alors être en circulation. Les faits que nous avons rappelés sont de nature à corroborer l'opinion de Jourdain.
Pour notre part nous croyons que la composition du traité de l'astrolabe par Hermann Gontract est dans la limite des choses possibles, et noua avons exposé les faits qui autorisent notre manière de voir.
Nous croyons ensuite que ce traité n'est pas une traduction pure et simple, mais une compilation (1).
(1) Nous ne prenons pas en considération l'interprétation mise en tète du n« 16,201.
A Tappui (le notre opinion nous citerons d*aborcl lo début : Hermanus Christi pauperum peripsima (le rebut) et pbilosophio) tiroQum asello immo limace tardior asaecla, U. suo Ingeni ? in domino salutem. Cum a plnribus sœpe amicis rogarer ut menauram astrolabii, qute apud noistrates confuna ac pasBim mutilata vulgo invenitur, lucidius pleniusque scriberetemptareni, idqne bactenus tum propter inscicntiam tum etiam propter pedi^se eam ben ! mibi Tamiliarem desidiam subterfugercMU, tandem a tna potissimum instantia propulsus, etc.
Vers le milieu, il donno les synonymies des étoiles en arabe et en latin, ce qui semblerait devoir être placé à part.
Le traité se termine par la description des sept climats et rénumération des villes ou contrées qn*ils contiennent.
A propos des climats nous lisons : de quorum mutatiouibus Ptolemeus et Eratostheues saiis lucide tractant. Marcianus quoque.
La description des climats prouve qu*elle est empruntée à des sources autres que les sources arabes.
G*est ainsi qu*on lit du 1'^ : Ambnlat per Asiam, ex parte Enri nsque ad insulam Taprobane.
Dans le 2* nous trouvons laTripolitaine,dausle 3* la Cyrénaîque, dans le 4* Leptis magna, dans le 5* la Tingitane, enfin, dans le 7*, la mer Egée et la Thessalie.
Evidemment ce ne sont pas là des équivalents mis simplement par un traducteur de Tarabe pour rendre les termes du texte.
Que le traité de Tastrolabe procède plus ou moins de Tarrabe, les preuves en sont multiples. Il suffit de dire que la plupart des termes tecbniques et que la généralité des noms des étoiles sont donnés en aralxs.
En somme, nous croyons que, Jusqu'à nouvel ordre, et jus* qu'à ce que des documents péremptoires le fassent attribuer à l'un de ses bomonymes, on peut continuer à considérer le traité de l'astrolabe comme étant du Contract Nous croyons que les éléments arabes qu'il renferme ont pu lui arriver de l'Espagne. Nous croyons enfin que sou traité est une compilation et non une traduction.
Les Mss. qui contiennent le traité d^Hermann eu contiennent un autre qui porte le nom de Gerbert ou Gîlebert. Cousin l'attribue à Gerbert, que nous croyons plutôt un importateur qu'un traducteur. Serait-ce dans ce traité que Hormann aurait puisé ses documents arabes ? C'est là une question à laquelle nous ne sommes pas actuellement en état de répondre.
CONSTANTIN l' AFRICAIN.
Nous avons laissé Constantin au monastère du Mont-Cassin, nous bornant alors à indiquer sommairement ses travaux et son influence sur le mouvement scientifique en Occident. II nous a semblé qu'il était plus k propos d'en poursuivre ici le développement, afin de présenter en un seul faisceau tous les emprunts faits par le moyen âge h l'école arabe.
Nous avous vu Constantin quitter l'Afrique après une carrière de quarante années consacrées h l'étude. Que ce soit lo choix, le hasard ou la nécessité qui l'ait conduit à Salerne, on l'igfnore. Cependant on peut supposer que la renommée de la célèbre école avait passé la mer. Il paraît même que la médecine arabe était déjà connue des médecins de Salerne, ce qui ne doit pas étonner quand on se rappelle l'avènement de Gerbert au pontificat et la proximité des états musulmans de Sicile. Constantin arrivait donc sur un sol bien préparé pour recevoir la semence qu'il allait y jeter. D'autre part, une certaine culture intellectuelle s'était établie au monastère du Mont-Cassin^ comme l'attestent les biog'raphios don* nées par Pierre Diacre.
Les ouvragées de Constantin sont de deux sortes : des tro^ ductions, et des ouvrages plus ou moins originaux. Avant de parler de chacun d'eux en particulier, nous croyons A^ voir donner la liste de ses écritSi laissée par son biographe.
Dans ce Monastère, dit Pierre Diacre, il traduisit de plu* sieurs langues un grand nombre d'ouvrages parmi lesquels se distingue le Pantegni, qu'il divisa en douse livres, où il expose tout ce que doit savoir un médecin.
(JONâTANTlN l'africain. 357
La Pratique, où il traite de la conservation de la santé et du traitement des maladies, en XII livres.
Le livre des XII dcgrré.s.
Le régime des fièvres, traduit de Tarabe.
Le livre de Turine.
Des orgranes interucH.
Du coït.
Le Viatique, en VII parties (le dénombrement en est mal ponctué, ce qui entraine de la confusion).
Les Aphorismes.
Le Tegni, le Meg'ategui et le Microtcg^ni.
1^'Antidotaire.
Des opinions d'Hippocrate et de Platon.
Des médicaments simples. ,
Du corps et des organes de la femme.
Du pouls.
Des prouoi^tics.
Observations.
Remarques sur les plantes.
Chirurgie.
Traité d*ocuIistjque.
Cette liste est incorrecte en plus d*un endroit.
Le Pantegni et la Pratique sont à tort dédoublés, attendu quUls constituent ensemble un même ouvrage.
Sous le titre Aphorismes, on ne se douterait pas qu*il s*a* gitdu commentaire de Oalieo.
11 se pourrait que certains numéros ne fussent qne des parties du Pantegni.
Le mot tegni, qui précède le megategni et le microtegni, est de trop, à moins qu'on ne lise : Les deux tegni.
On nous dit que Constantin traduisit de nombreux écrits de diverses langues, et on nous signale seulement le traité des fièvres comme traduit de Tarabe*
La notice de Pierre Diacre n*en est pas moins le seul document qui nous soit resté comme biographie de Constantin, mais nous trouvons d'autres renseignements ailleurs, à savoir dans les intéressantes préfaces qui accompagnent un certain nombre de ses écrits. Elles sont adressées à quelques-uns de
358 IIiaTOtRB DE L\ MfeDEOlNB AR.VBB. — UVRB HUITIÉMB.
ses amis, ainsi Didier, abbé (\\i Mont-Cassiu, Alfanus, archevêque (le Salerae, Atto et Jean, ses élèves.
On ne s*est pas assez occupé de ces préfaces dans ces der* niers temps, oii l'on a fait beaucoup de bruit autour du nom de Constantin, et Ton a fait des oublis plus g^raves encore.
Nous avons remarqué déjà que Pierre Diacre n'a signalé que le livre des fièvres parmi les nombreuses traductions qu'il dit avoir été exécutées par Constantin. Il nous apprend ailleurs que Jean, son disciple, mourut à Naples, où il laissa les écrits de son maître. Jean donna-t-il à ces écrits la forme et les titres sous lesquels ils nous sont parvenus î Nous Tig^norons.
Quoi qu'il en soit, ses traductions ont un caractère qui les distingue de celles de ses successeurs. Dans ses préfaces, il ne semble préoccupé que d'une chose, signaler une lacune que son écrit vient de combler. Il lui semble inutile de déclarer explicitement si l'écrit est original ou simplement traduit; c'est assez pour lui qu'il réponde à un besoin général ou particulier. Une fois seulement, il nous donne le nom de l'auteur qu'il a traduit. Ailleurs, dans la plus importante de ses traductions, non-seulement il tait le nom de l'original, mais il met en avant des noms de médecins grecs, comme s'il voulait donner le change. Malgré les réticences de ces préfaces, il n'est pas cependant de ces traductions dont quelques manuscrits n'accusent formellement qu'elles proviennent de Tarabe.
L'attention se porta sur ces faits quand on put comparer la traduction du Maleky d'Ali ben el Abbas par Etienne d'Antioche, avec lePantegni. L'identité fut reconnue et Constantin passa pour un pla'giaire.
On a de nouveau, dans ces derniers temps, agité ces que0« tions, mais d'une façon incomplète. On s'est, d'une part, borné à deux traductions de Constantin, le Pantegni et le Viatique, et de l'autre on a négligé d'étudier les pré&ces qui accompagnent diverses autres traductions. Avant de formuler l'opinion que nous croyons devoir nous faire sur les procédés de Constantin, nouH croyons devoir examiner en
CONSTANTIN i/aFRICAIN. 360
particulier chacune de ses œuvres et recueillir le plus de r enseignements possibles.