II. Le Viatique
Il en est du Viatique ainsi que du Pantegrni* Gonstantin a passé sous silence le nom de l'auteur arabe Ebn ËddjeBBar, tout comme il avait tu celui d'Âli ben el Abbas.
Il y a plus. Il se met lui-mâme en gàvàQ contre les faussaires, qui pourraient lui voler son œuvre. On lit entre autres choses dans la préface du Viatique:
c Comme dit Tullius dans la RhétoriquCi on peut recher-
OOMftTAMTIN L* AFRICAIN. GAI
cher une chose pour elle-même ou pour d*autrcs motifs. Quelquos-una pensent que la médecine doit être recherchée pour elle-même, et s'attachent à la théorie. D*autreâ la recherchent pour les dig'nités auxquelles elle conduit.
« Moi donc, Constantin, moine du Mont-Gassin, travaillant pour le bien de tous, j'ai déjà publié le Panteg^ni, où les nxiA trouveront la théorie, et les autres la théorie et la pratique. Pour les commençants, j'ai composé un ouvrage plus facile ; lac vero suerfirentibus formiculam (lises : mioulam), non crustam subministravimus. Que si d'aucuns portent sur mon ouvrage leur dent canine, je les enverrai sommeiller au milieu de leurs niaiseries. J'ai cru devoir aigrner cet écrit, parce que des hommeê jaloux du travail d'autrui, qiuind un ou^ wrage étranger leur tombe entre les mains, $e l'approprient frauduleusement et y mettent leur nom. Je l'ai appelé Viatique, parce que son petit volume fait qu'il n'est ni embarrassant ni gênant i>our un voyageur. »
Nousavons souligné quelques lignes de cette introduction.
Nous verrons plus tard des fraudes pareilles signalées par le biographe de Gérard de Crémone.
Mais d'où Constantin pouvait«il redouter ces fraudes? Nous ne voyons que les professeurs de Salerne. Constantin luimême les rendait possibles en dissimulant la source où il puisait. Pour les prévenir, mieux valait encore que les dénoncer, l'aveu explicite de la provenance arabe.
Telle est peut-être la marche suivie par Constantin. C'est ainsi qne Ton pourrait expliquer peut-être comment certains des ouvrages sont donnés franchement pour ce qu'ils sont, c'est-àrdire pour des traductions, alors que les premiers avaient paru comme pouvant être des écrits originaux.
Certains manuscrits du Viatique le donnent formellement comme une traduction de l'arabe. Ainsi on lit dans les n*** 0880 et 6890 de la Bibliothèque nationale : Liber Viatid quem Constantinuê ex sarraceno in latinum transiulit. D'autres, ainsi le n* 14,300, portent simplement tranatulit.
Dans ses études sur le Viatique, Daremberg a produit quelques assertions que nous devons relever. Il a rencontré des expressions grecques dans le Viatique, et il a cru pouvoir
362 HISTOIRE DB LA HÊDECJNB ARABE. — LIYRB HUITIÉMB.
les attribuer à la persistance des études grecques en Occident.
S'il avait su comment se sont faites les traductions du grec en arabe, il ne se serait pas lancé dans des voies aventureuses.
La langue arabe ne pouvait évidemment fournir d'équivalents à toutes les expressions techniques des livres grecs. Il fallut donc se borner à eu transcrire simplement un certain nombre en attendant mieux. Quelques*unes de ces expressions furent bientôt remplacées. D'autres restèrent alors même que des équivalents étaient connus : il suffisait que le sens de ces mots exotiques fût bien déterminé. Certains traducteurs avouent leur impuissance, et certaines traductions ont subi plusieurs révisions à nous connues ; ainsi la traduction de Dioscorides. Ces faits se produisirent non-seulement sur le terrain de la botanique et de la matière médicale, mais encore sur celui de la pathologie.
Le mot Ilaou8 (écrit à tort eilaous, car l'elif arabe ne sert ici que de support à la voyelle), le mot ilaouSt mis en avant par Daremberg, n'accuse aucunement la connaissance du grec chez Constantin. Il signifie simplement que les traducteurs du grec, n'ayant pas trouvé dans l'arabe d'équivalent, ont conservé ce mot. Il est employé partout, notamment dans le Continent de Razès et dans le Canon d'Avicenue, sans jamais avoir été remplacé.
Daremberg a discuté la question de savoir si la traductiou du Viatique par Constantin avait pu se faire d'après le grec, car nous verrons que l'on traduisit en grec le Viatique. Il a communiqué ses doutes à M. Renan» qui lui a naturellement répondu qu'à cette époque la connaissance de l'arabe par uu chrétien n'était pas vraisemblable, et M. Renan inclinait à voir une traduction d'après le grec. Mais Daremberg avait oublié de dire à M. Renan que ce chrétien de Constantin l'Africain avait été musulman pendant un demi-siècle.
Daremberg lui-même ignorait le passé de Constantin. Le nom de Pierre Diacre n'apparaît nulle part dans sa longue dissertation. S'il a cherché quelque chose dans les Recherches de Jourdain, ce n'est pas la biographie de Constantin. Cela semble étrange, mais cela est tel. Malgré ce lapsus,
CONSTANTIH L* AFRICAIN. 363
Darembergr n'admet pas moins que la traduction latine »e fît d*après i*arabe.
Nous avons dit que le Viatique avait été traduit en grec sous le nom d'Ephodes. Ce qu'il y a de singrulier, c'est que le traducteur porte le nom de Constantin, le secrétaire de Regrglo. On 8*est demandé si ces deux Constantin ne faisaient pas un seul personnage. Daremberg*, qui soulève cette question, ne Ta pas tranchée. Vu le passé de Constantin TAfricain, il est bien difficile d'admettre qu'il ait pu apprendre le g^rec et le latin pendant son séjour au Mont-Cassin. On pourrait tout au plus admettre qu'il a fait cette traduction à deux, ainsi qu'on le fit plus tard en Espagfne. On peut lire dans le travail de Daremberg^ de longr^ détails sur les nombreux manuscrits des Ephodes qui se trouvent dans les bibliothèques européennes.
Le Viatique fut encore traduit en hébreu, et il en existe peut-être bien un fragment à la Bibliothèque nationale, n* 1173, fragment n'^O. Le catalogue donne ce fragment qui traite de la perte de la mémoire comme étant d'Ebn Eddjezzftr, et il ajoute que ce traité n'est pas indiqué par Ebn Abi Ossaïbiali. Mais un fragment de deux feuilles ne constitue pas un traité. C'est tout au plus un chapitre, et probablement un chapitre du Viatique. Nous vous proposons de le vérifier (1).
in. Traité des urines, d'Isaac (Ishaq ben Soleiman).
Voici une traduction franchement avouée par Constantin.
« N^ayant pas rencontré, dit-il, dans les livres latins aucun auteur qui ait donné des urines une connaissance certaine et authentique, je me suis adressé à l'arabe, où j'ai trouvé d'admirables renseignements, que j'ai traduits en latin. Cet ouvrage a été écrit par Isaac fils de Salomon, qui l'a divisé en X sections. «
rV. Traité des fièvres^ d'Isaac.
Si l'auteur n'est pas désigné, la traduction n'en est pas moins explicitement déclarée.* Touché de tes larmes, ô mon fils Jean, moi Constantin, je n'ai pas refusé d'écrire d'après
f 1) On a imprimé aussi le Viatique sous ce titre : De omnium morbonim cognitions et eurntione.
364 nisToms de l\ médecixis arabe. — uvrc huitième,
tout ce que j'ai vu et lu d'utile en médecine. J'ai transcrit cet opuscule de l'arabe. >