‹ Histoire de la médecine arabe (volume 4)Chapitre 189 sur 241 · HERMANN L* ALLEMAND · texte numérisé non relu

HERMANN L* ALLEMAND

M. Hauréau l'a découvert récemment et en à publié un fragment.

Albert n'en est pas moins très redevable à la traduction de Michel Scot. Jourdain a prouvé qu'il se l'était assimilée tout entière, avec ses additions au texte et ses défectuosités.

Jourdain ne croit pas au contact de l'hébreu. Nous avons déjà dit qu'il en était autrement de Camus. 11 faudrait pour trancher la question prendre les noms défigurés, les transcrire en arabe et en hébreu, et voir laquelle des deux écrituresiucline le plus vers les altérations de Michel Scot. Nous l'avons essayé pour quelques mots. Nous en citerons un : Aristote dit que le crocodile s'apprivisoise avec le prêtre qui le nourrit. On lit dans Michel Scot : Habet pacem lehhium et domesticatur cum illo. Nous pensons que lehhium peut dériver de l'hébreu likohen, et nous ne voyons pas comment il dériverait de l'arabe. Michel Scot, en somme, est un des traducteurs auxquels le moyen âg-e est le plus redevable. Il fit connaître plus larg-ement Aristote et introduisit Averroès. On lit dans M. Renan : « Le premier introducteur d'Averroès chez les Latins paraît avoir été Michel Scot. »

IIERMAXN' L ALLEMAND.

Nous ne trouvons de renseigmements sur lui que dans ses traductions et dans les auteurs qui les ont utilisées.

Son nom et son surnom accusent sa patrie. Ses traductions sont datées du milieu du XIIIe siècle et furent exécutées à Tolède. Il nous apprend lui-même qu'il fut encourag-é par Jean, évêque de Burg*os et chancelier de Castille, et ailleurs, que la traduction des Ethiques d' Aristote faite d'après le grec par Robert Grosse -tête avait rendn inutile celle qu'il avait lui-même exécutée d'après l'arabe.

Nous savons enfin qu'il fut attaché à Manfred. On lit dans Roger Bacon : Hermannus Alemannu's et translator Manfredi nuper à D. reg-e carolo devicti.

Nous possédons trois de ses traductions ; des Ethiques de la Rhétorique et de la Poétique d' Aristote.

M. Renan met aussi en avant la Politique, mais il ne revient pas ensuite sur cette traduction.

Le prologue de la Poétique semblerait, d'après Jourdain, témoigner que Hermann a traduit l'Organon tout entier: Suscipiant igitur, si placet, et hujus editionis poetrie translationem viri studiosi, et gaudeant se cum hac acceptos logici negotii complementum. »

Nous possédons enfin de lui une introduction à la Rhétorique d'Aristote d'après la glose d'Alfaraby, signalée pour la première fois par Jourdain.

Le livre des Ethiques est la première de ses traductions. Mais il y a plus. Hermann en a fait une double traduction, abrégée et complète. Le n° 16,581, ancien 1771, contient un sommaire, ce qui, du reste, est annoncé par cet énoncé : Incipit summa quorumdam Alexandrinorum quam excerpserunt ex libro Aristotelis nominato Nichomachia, quam plures hominum Ethicam nominaverunt. Et transtulit eam ex arabico in latinum Hermannus Alemannus.

M. Renan, qui a relevé quelques erreurs de ses devanciers au sujet de traductions de Hermann et des manuscrits qui les contiennent tant à Paris qu'à Florence, voit dans la traduction complète (représentée par les nos 1773 et 1780J le commentaire moyen d'Averroès. Cette traduction serait aussi reproduite dans le second Ms. de la Laurentienne. Elle est imprimée dans les œuvres d'Averroès, et porte dans les Mss. la date 1240, sur laquelle M. Renan conserve des doutes. En effet, la Poétique portant la date 1256, on ne s'explique pas, dit M. Renan, un aussi long séjour de Hermann à Tolède, pour ne produire que deux ou ou trois traductions. (1)

(1) Les doutes exprimés pur M. Renan sont légitimes.

Nous .avons tour, récemment acquis une traduction des Ethiques, dont Je texte traduit du grec par Léonard Aretin est accompagné du commentaire d'Averroès (traduit par Hermann). On lit à lu lin : Et ego quidem explevi determinationem istorum tractatuum quarto die Jovis iiioisi.s (pii dicitur ducadatim anno arabutn 1). L XXII. lit grates Deo multe de hoc. — Dixit translater. Et ego complevi ejus transi atioueni ex arabico in latinum tertio die jovis mtsnsia Junii, anno ab incarnationc Domini M. C C. LX apud urbem Toletanain in capella sancte Trinitatis, etc.

Jourdain u reproduit, p. 439, d'après Bandini, la date 1240, yn'il Faul rei rituer lifio^ comme In donne notre édition imprimée.

HERMANN l'aLLEMAND. i61

Jourdain a reproduit les prologues intéressants de la Rliéthorique et de la Poétique.

Qu'on ne s'étonne pas, dit Hermann dans le premier, de la rudesse de ma traduction. Alfaraby, Avicenne et Averroès ont été rebutés par les obscurités du texte et n'ont pas poussé leurs commentaires jusqu'à la fin. Mieux vaut prendre ma traduction telle quelle que de s'en passer. Les Arabes ont négligé ces écrits,, et c'est à peine si j'ai pu trouver parmi eux un collaborateur.

Après avoir laborieusement achevé la Rhétorique, dit Hermann dans le prologue de la Poésie, j'essayai la Poésie. Mais j'éprouvai tant de difficultés par la différence qui existe dans la métrique grecque et arabe, par l'obscurité des mots et par d'autres causes, que je ne crus pas pouvoir publier ma traduction. Je m'adressai donc à Averroès, etj'en tirai ce que j'y trouvai d'intelligible. C'est ainsi que je fis comme je pus ma traduction latine.

Cette traduction est datée de Tolède, ville noble, l'année 1256. Elle se trouve à Paris, dans les n05 10,073 (1770) et 10,709 (1782).

On trouve clans le n° 10,097 (954) le travail de Hermann signalé par Jourdain sous le nom de Didascalion, introduction à la Rhétorique d'Aristote. Jourdain en a publié quelques lignes indiquant le but de l'auteur. Nous en publierons quelques autres qui nous paraissent avoir aussi quelque intérêt.

« Quoniam oinnis novitas et inusitata editio suspicate difficultatis honorem indigent lectoribus ac pavorem, visum est inihi, Hermanno Alamanno, transferre inrle glosée Alpharabii in quantum introducitur in librum Rhetorice Aristotelis, quem nuper transtuli ex arabico eloquio in latinum et ea quse doctrinalia sunt prelibare. »

Nous avons vu Hermann avouer qu'il cherchait des aides.

Roger Bacon enchérit là-dessus : » Hermannus confessus est de magis adjutorem fuisse transi ationum quam translatorem, quia sarracenicos teiiuit secum in hispania qui fuerunt in suis translationibus principales. »

Jourdain et M. Renan ont sigmalé comme une preuve de la collaboration de musulmans lettrés les exemples

nombreux de nwmation que l'on rencontre dans les traductions de Hermann l'Allemand. C'est ainsi que l'on trouve Abou Bekr Ebn Essaïgh, l'Avenpace des scolastiqucs, sous cette forme dans les Ethiques: Dixit Abugekrin lilius Aurificis.

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