ETIENNE DE MESSINE
Etienne de Messine est connu par la traduction d'un traité d'astrologie, qui porte le nom d'Hermès.
Il existe aux nos 7316 et 7357, sous le titre Tractatus de judiciis C propositionum.
Bien que le manuscrit ne dise pas que la traduction s'est
faite sur l'arabe, cela n'est pas douteux. L'original se trouve à l'Escurial sous le n° 034, et Casiri dit qu'il contient cent aphorismes d'astrologie du Mercure babilonien, Othared cl Babely. Casiri ajoute qu'il s'agùt évidemment d'Hermès Trismégiste, dont, au dire de Vossius, Etienne de Messine a traduit le Cenliloquium en latin. ■
Cette traduction est dédiée à Manfred :
Suo Manfredo inclito régi Siciliœ Steplianus de Messana hos flores de secretis astrologise divi hermetis transtulit.
Une édition, imprimée en 1492, à Venise, donne : Domino Manfredo, etc.
FERRAGUTH.
Nous n'avons pu recueillir de renseignements sur Ferragutli ou Ferragïus que dans un prologue de ses traductions.
On lui en connaît deux: Celle du Haouy ou Continent de Razès, et celle du Takouim el Abdan d'Eben Djezla, donnée sous le titre Tacuini segritudinum. C'est dans la première que nous allons recueillir de curieux renseignements sur l'auteur et son œuvre.
Il s'est produit, à l'ég-ard de Ferrag-utii, d'étranges méprises. Pour avoir lu simplement dans la dédicace le nom du roi très chrétien Charles, on en a fait un médecin de Charlemagne. On a fait plus, on lui a adjoint comme collègue un des médecins qu'il a traduits. Pénétrons plus avant, lisons le prologue de la traduction du Continent de Razès, qui, soit dit en passant, mourut vers le milieu du Xn siècle, et nous serons étonnés qu'une aussi étrange opinion ait pu s'accréditer même chez des historiens ordinairement sérieux
Le prologue débute par une esquisse historique de la médecine, dont il attribue la découverte à Apollon, Apollo g'rœcus artis mediese repertor primus et auctor. Il énumère ensuite lus principaux médecins grecs et arabes, et s'arrête i ur Razès. Il parle du Continent. Ce livre, dit-il, resta longtemps inconnu des Latins, jusqu'à ce (pie le roi très chrétien
1) liuct, De Interprétation ; Freind, Histoire de la médecine.
FEKRAGUTH. 465
Charles, roi de Jérusalem et de Sicile, frappé de sa renommée et plein de l'idée que ce livre pourrait lui être utile ainsi qu'à tous les chrétiens, voulut allier à ses soucis guerriers le culte des études libérales en le faisant traduire.
Il envoya demander ce livre au roi de Tunis par une ambassade solennelle, accompagnée d'un homme sûr, habile dans l'arabe et le latin (sans doute le futur traducteur) et il fit r allumer le flambeau de la traduction. » Il la fit revoir par des professeurs, ses médecins, et d'autres médecins de Naples et de Salerne, leur donnant le temps nécessaire pour cette opération. Tous, d'une commune voix, s'accordèrent à louer l'auteur et le traducteur.
Ce dernier ajoute : Si la traduction ne paraît pas exacte parfois, cependant le fond de cet ouvragée n'en a pas moins le mérite de la nouveauté, vera tamen et intégra compilationis hujus sententia virginitatis gratiam non amisit.
Cette fidélité de traduction, dont parle Ferraguth, ne se rencontre effectivement pas dans son œuvre. Ce n'est pas tant le fonds qui est mauvais que la transcription des mots techniques et des noms propres. Il est à croire que le traducteur opérait sur un seul manuscrit, qu'il ne put contrôler, car les noms des auteurs cités, dont le plan adopté par Razès rend la répétition incessante, sont étrangement et diversement transformés, au point qu'il est souvent impossible de les reconnaître, si l'on ne recourt au texte arabe. Ayant déjà traité de cette question, tant à propos des traductions du grec que de Razès, nous n'y reviendrons pas. Nous dirons seulement que ces transcriptions malheureuses accusent chez le traducteur soit un travail hâtif, soit l'absence de moyens de contrôle et l'ignorance de l'histoire de la médecine chez les Grecs et chez les Arabes.
Ce fut donc à Charles d'Anjou, frère de Louis IX, roi de Naples et de Sicile, que Ferraguth dédia sa traduction. Nous pouvons ainsi placer le nom de ce prince à côté de ceux d'Alphonse X et de Frédéric II.
Il est évident que cette traduction ne put se faire avant la VIIIe croisade, c'est-à-dire avant l'année 1270. On sait que cette croisade, qui répugnait au roi de France, fut décidée