LEON L AFRICAIN
Léon l'Africain n'intéresse pas seulement la GéogTaphie, qu'il a dotée de la première connaissance détaillée du Soudan et du littoral de la Méditerranée, mais encore l'histoire naturelle, et même la médecine, tant par certaines observations que par ses Vies des illustres médecins et philosophes arabes, qui ont longtemps défrayé les historiens.
El Hassan ben Mohammed el Ouazzan el Fassy naquit à Grenade, sur la fin du XVe siècle de notre ère. Oblig'és de quitter leur pays, ses parents vinrent s'établir à Fez, d'où le surnom d'El Fassy.
A 16 ans, il fit un voyage avec son oncle, jusqu'à Tombouctou. Plus tard, il en fit un autre en Orient, et pénétra jusqu'en Tartarie. A son retour, en 1517, il fut pris par des corsaires, et conduit à Rome, où il fut offert à Léon X. Ce pape le convertit et lui donna ses noms de Jean-Léon. Il l'engagea ensuite à publier le récit de ses voyages. On dit que Léon l'Africain quitta Rome et redevint musulman à Tunis.
Son principal ouvrage est la Description de l'Afrique.
On s'est trompé relativement à cet ouvrage. La notice donnée par Eriès, dans la Biographie de Michaud, dit que Léon 1(! traduisit de l'arabe en italien, en 1520, et que Florins, recteur :'i Invers, en publia une traduction latine en 155(3.
Nous possédons une édition latine, qui paraît ignorée des bibliographes e1 qui se termine ainsi, folio 802>: « lnec sunt
LES SIÈCLES DE DÉCADENCE, — XVIe, XVII?, XVIIIe SIÈCLES. 311
quse memoranda et cognitione digna, ego Joannes Léo in universa Africatumvidi, tiim observavi, quant penitusomni ex parte circumdedi et quidqUid in ca memoratu dignurn obtigit, ut vidi, ita diligenter continuo in scripta retuli : et qure non vidi, à virisfide dignissimis, qui ea conspexerunt, mihi ad plénum declaranda procuravi, ac deinde occasionem nactus, lias meas vigilias in unum volumen redegi. Roma?, Anno restitutse salutis MDXXVI. Y. Idus Mart. »
Nous trouvons pareillement ce passage à la fin de l'édition de 1632 par les Elzevir: on n'y avait pas vu la preuve d'une édition latine à la date de 1526. Nous n'avons vu cette dernière édition citée nulle part,
On trouve dans l'Afrique de Léon plusieurs renseignements relatifs à ses produits naturels et à ses établissements scientifiques. Nous nous contenterons seulement de reproduire ce qu'il dit de la syphilis et de son origine.
« Siquis apud. Barbares eo morbo inficiatur, qui gallicus vulgodicisolet, raro aut ntinquam pristihas redditursanitati, solet autem hic morbus quodam dolore ac tumore primum prorepere, ac tandem in ulcéra verfci. Paucis ad modum toto Atlante, tota Numidia, totaque Lybia hoc notum est contagium. Quod si quisquam fuerit qui se eo infectum sentiat, mox in Numidiam aut in Nigritarum regionemproficiscitur, cujus tanta est aeris temperies, ut optimae sanitati restituais inde in patriam redeat : quod quidem multis accidisse ipse meis vidi oculis, qui nullo adhibito neque pliarmaco neque medico, prœter saluberrimum jam dictum aerem, revaluerant. Hujus mali ne nomen quidem ipsis Africanis antea ea tempora notum fuit, quam Hispaniarum rex Ferdinandus judseos omnes exHispaniaproflig'asset, qui ubijam in patriam rediissent, cœperunt miseri quidam /Ethiopes cum illorum mulieribus habere commercium, ac sic tandem velut per manus pestis hsec per totam se sparsit regionem : ita ut sit vix familia, quse ab hoc malo remansit libéra. Id autem sibi firmissimo atque indubitate persuaserunt, ex Hispania ad illos transmigrasse, quam ob rem et illi morbo ab Hispania malum hispanicum indiderunt. Tuneti vero, quem ad modum
et per totam Italiam, morbus Gallicus dicitur. Idem nomen illi in JîEgypto atque Syria ascribitur. » folio 33.
Les Vies des illustres arabes, philosophes et médecins, au nombre de XXV, ont perdu de leur importance depuis que nous possédons des documents plus riches et plus sûrs.
Un vocabulaire arabe-hébr eu-espagnol existe à l'Escurial, sous le nom de Léon l'Africain.
Il composa quelques autres ouvrages, et lui-même en cite dans sa description de l'Afrique.