ÉPOQUE DES OMMIADES
La domination des Ommiades répond à la majeuré partie de la période que nous allons parcourir. Cette période forme un ensemble assez bien caractérisé, qui se détaclie aussi nettement de la période qui la précède que de celle qui la suit.
C’était le moment de l’expansion des Arabes ; ce fut aussi le moment de leurs premiers pas dans la carrière scientifique.
Malgré les troubles et les dissensions intestines qui rejetèrent à l’écart la généreuse famille des Alides et compromirent l’unité musulmane, cette unité se maintint; les Arabes envahissant de proche en proche les contrées voisines débordèrent en moins d’un siècle depuis l’Indus jusqu’à l’Atlantique. ^ ^
Un déplorable évènement signala leur entrée en Egypte. Mais cet attentat, inspiré par le fanatisme de la première heure, fut un fait accidentel, et les Arabes ne tardèrent pas à en payer la rançon.
On a du reste singulièrement exagéré le fanatisme musulman considéré dans l’ensemble de l’histoire. Le Coran, fruit de l’enthousiasme, dont les germes législatifs se développent et se complètent par les traditions et servirent à l’assiette de la société nouvelle, le Coran contient beaucoup de dispositions contradictoires et re.strictives qui se balancent et se compensent les unes les autres.
A défaut de conversion, les Arabes se contentaient d’un tribut. Du reste l’histoire politique, et surtout l’histoire scientifique des Arabes, témoigne d’un esprit large et tolérant dont l’Europe du moyen-âge fit son profit sans l’imiter.
Les Arabes trouvèrent en Egypte, en Syrie et en Perse
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des populations intelligentes et lettrées, et les nécessités administratives aussi bien que le bon sens leur imposèrent l’emploi des hommes instruits de toutes les religions. Le gouvernement des villes et des provinces fut confié maintes fois à des chrétiens et au milieu du VIP siècle de notre ère un évêque nestorien se louait des ég’ards que les musulmans avaient pour la religion chrétienne ; «■ Nec tamen religionem christianam impugnant ; sacerdotes sanctos que Domini honorant. » (Assemani, B. or. III. 90.)
Il faut bien le dire aussi, les chrétiens prêtèrent quelquefois le flanc, la jalousie divisant les communions chrétiennes. Les Nestoriens défendirent avec trop d’âpreté la supériorité qu’ils devaient à leur nombre et à leurs lumières. Ces dissensions entraînèrent des défiances et des rigueurs. (Assemani, III, 2, XCVII.)
C’est à la médecine que revient l’honneur d’avoir ménagé la concorde et l’alliance heureuse de la science et de l’Islamisme. Assemani se complaît à citer la longue liste des médecins chrétiens qui furent attachés à la personne des Khalifes. Nous ne le suivrons pas, toute cette histoire de la médecine arabe devant nous en fournir continuellement des exemples, même à l’époque des croisades.
Trois ordres de faits caractérisent cette période.
Le premier est l’importance que commencent à conquérir les Nestoriens en raison de leur culture intellectuelle. Nous ne ferons que l’indiquer ici, devant y revenir bientôt à propos des traductions dont ils furent les principaux agents.
Le deuxième est le premier entraînement des Arabes vers la culture de la science, dont ils venaient de détruire le plus précieux dépôt et dont ils recueillirent les débris sur cette même terre d’Egypte. Que ce soit le fait de leur intelligence prompte et naïve, ou que ce soit le fait des circonstances, ils n’attaquèrent d’abord de la science que le côté merveilleux. Ils se passionnèrent surtout pour l’alchimie, qui s’était toujours complue dans la vallée du Nil, et l’on vit des personnages du plus haut rang, des intelligences d’élite à la tête de ce mouvement qui aboutit à la grande personnalité de Géber, la plus haute expression des doctrines hermétiques.