‹ Histoire de la médecine arabeChapitre 123 sur 199 · ALCHIMISTES ET NATURALISTES · texte numérisé non relu

ALCHIMISTES ET NATURALISTES

Bagdad par le Khalife Moutaouakkel. C’était uii homme pieux, pratiquant la médecine et l’alchimie. On le considère comme le chef des Soufis. Il laissa des écrits sur l’alchimie dont il existe encore des exemplaires dans nos bibliothèques.

Abou Karan était un alchimiste ayant foi dans son art, dit le Fihrist, et considéré par les adeptes. Il commenta le Traité de la miséricorde de Géber, et composa plusieurs ouvrages, entre autres un traité du pouls.

Etienne le moine, de Mossoul, écrivit plusieurs ouvrages 'i de chimie qui ne parurent qu’après sa mort.

I Aboubekr Ali ben Mohammed el Alaoiaj, du Khorassau, voyagea pour se mettre à l’abri de la persécution. Il écrivit 'i plusieurs livres sur l’alchimie.

Mohammed ben lézid surnommé Binas écrivit un livre sur la préparation des teintures et de l’encre.

' Passons sur Aboul Abbas Ahmed ben Soleiman, Ishaq ben j Nasir, Abou Djafar Mohammed ben Ali, et finissons par Aboul Hassen Ahmed el Hachalil. Ce dernier était un ami de l’auteur du Fihrist. Il avait foi dans son art, dit Mohammed ben Ishaq, mais je ne m’eu suis pas aperçu, car je l’ai toujours vu pauvre et malpropre.

, I\r. — Naturalistes.

Abou Bekr Ahmed beu Ali ben Kis, dit Ebn Ouahchyah, fut aussi l’un des coryphées de la science hermétique. M. JQuatremère ne s’en est pas douté, car il cite comme une curiosité un traité de magie nabathéenne traduit par Ebn Ouahcliiah, et mentionné parHadji Khalfa.

Le célèbre chaldéen cultiva tout ce qui touche au mer- ( veilleux, les secrets, les charmes, l’astrologie, la prestidigi- I tation, de même que l’alchimie. Nous nous abstiendrons de [ citer tous les livres que lui attribue le Fihrist, et qui se mon- I tent à une vingtaine.

Nous en citerons seulement quelques-uns d’un ordre plus ^ élevé:

Du culte des idoles chez les Chaldéens.

3ÛS HISrOlRE DE LA. MÉDECINE ARABE. — LIVRE DEUX1É.\IE.

De la vie et de la mort et du traitement des maladies, par Kaoutlia beu Samoiithan le chaldéen , traduit par Ebu Oualiclûali.

Ti-aité de.s poisons, qui est aussi une traduction.

Traité des médicaments, suivant les Nabatliéens.

Traité des sacrifices.

Ce qui recommande Ebn Üualicbiali, c’est la traduction du célèbre traité d' Agriculture nahathéenne.

' L’Agriculture Nabathéenne.

Tout n’est pas encore dit sur l’Agriculture iiabatbeenuc, après les travaux de savants orientalistes français et étrangers, en tête desquels il faut placer M. Quatremère. Mallieu reusement les Manuscrits sont rares, ce qui en rend l’étude difficile, et cependant une étude sérieuse et complète de ce curieux monument serait du plus grand intérêt, non seulement pour l’agriculture et les sciences naturelles, mais encore pour la philologie, l’ethnographie et l’histoire. L’exhumation des caractères cunéiformes lui donnerait encore un intérêt de plus.

Jusqu’à présent nous n’avons pu consulter que les manuscrits de Paris. Il n’en existe à proprement parler que deux, les autres n’étant que des imitations. Nous y reviendrons, j

Le premier, n“ 882, supplément arabe, nous est donne comme un abrégé et ne contient qu’une centaine de pages. Tout ce que nous eu dirons, c’est qu’il est aussi une imitation ' plutôt qu’un abrégé.

Le 11“ 013, ancien fonds, est le texte même de T.\.griculture nabathéenne, mais il ne comprend que deux livres sur neuf, le deuxième et le troisième : encore a-t-il une lacune d’une cinquantaine de pages. Il contient trois cents feuilles.

Ebu Ouahehiah n’eut pas le temps de mettre la dernière main à son œuvre. C’est ce qui résulte surtout de ce qu’on lit à la feuille 285, verso. Par disposition testamentaire, il chargea de sa mise au net Abou Thaleb Ahmed ben el llossein ben Ali ben Ahmed ben Mohammed ben .Ihd el Malek Ezüeyàt, à qui sa veuve remit le manuscrit dan.-j iiii ’

1,’AGRIOUI.TTTRE NABATHIOBNNE.

certain désordre. Il y avait notamment des blancs, ainsi à l’article de la vis'iie vinpt pagesrestaient en blanc. L’éditeur se demande si l’original était tel, ou si le traducteur recula devant l’article consacré au vin, car il pas, sait pour être affilié à la secte des Soufis.

La langue dans laquelle était écrit le traité d’ Agriculture est dite tantôt nabathéenne, tantôt clialdéenne ; mais on fait observer que les Nabathéens occupaient le territoire de Babylone avant les Clialdéens.

Koutsami e.st l’auteur du livre ; mais la composition primitive est comme noyée dans une foule de supplément.s empruntés ii divers auteurs subséquents, ou introduits par le traducteur lui-même, Ebn Oualichiali, qui prend souvent la parole en son propre nom. Il y a un article sur le Rli. Ribes, que l’éditeur croit avoir été .surajouté.

Les auteurs qui ont le plus ajouté à l’œuvre primitive de Koutsami sont Sagrit et lambouchad. Celui-ci, le dernier venu, était antérieur à Abraham.

On invoque aussi le témoignage d’Adam, de Seth et d’Hénoch.

On cite même comme antérieur à Adam, et comme ayant écrit sur l’agriculture Douaïabi, le Prince des sages, cpii aurait adressé son livre au syrien Merdaïad.

Viennent ensuite Thamiry le chananéen, Machy ennahry qui écrivit un livre adressé à ïhamiry, Machy le syrien, Kamach ennahry, Rouahtha le médecin.

Les Nabathéens nous sont donnés comme versés plus que tous les autres peuples dans la connaissance des plantes. Il est un fait qui semblerait infirmer l’antiquité de l’Agriculture nabathéenne, c’est que les qualités élémentaires des plantes sont données, même dans les livres attribués à Adam, au point de vue de la chaleur, du froid, de l’humidité et de la sécheresse. Mais ne peut-on pas admettre que la théorie des éléments précéda la science de,5 Grecs, qui, du reste, vinrent de bonne heure en Orient puiser une partie de leur science. Nous avons vu d’ailleurs les Indiens en posse.ssion de la théorie des éléments.

L’agriculture était aussi en honneur, et dans le IP livre

nous rencontrons une éloquente invective contre les fainéants de toutes les relig-ions, qui, méprisant le monde, se retirent dans la solitude. Dieu, est-il dit, veut que la terre soit cultivée et qu’elle favorise ainsi la propag-ation de l’espèce humaine. Néglig-er l’agriculture, c’est ouvrir la porte au mal et à la corruption. Le corps a besoin d’aliments et d’habitation, et la meilleure occupation de l’esprit est la recherche de ces choses. Pour cela le laboureur fatigue et sue, tandis que ces imposteurs viennent lui demander l’aumône. Les Nabathéens .nous sont donnés comme usant volontiers d’un langage énigmatique et figuré. ’ ”

Telles sont les matières traitées dans les deux seuls livres que contient le Manuscrit de Paris.

Dans le 11“ livre, il est question des phénomènes et des variations atmosphériques, de l’influence de la lune et des astres, des saisons, du climat, des qualités diverses de la terre et des engrais.

A propos des mois, il e.st dit qu’ils tirent leurs noms d’anciens personnages éminents et vertueux, qui vivaient dans les premiers temps. Ainsi le mois de Tamouz (juillet) n’est autre que celui d’un sage qui n’était ni Chaldéen, ni Chana- | néen, ni Irakien, ni Djeramka, mais appartenait à la race qui, la première, occupa le sol. Les deux Tisrin prirent ce I nom de deux frères éminents dans les .sciences.

Nous lisons au commencement du IIP livre qu’Ebn üuahchiah le composait en l’année 291 de l’hégire, qui répond en majeure partie h l’année 004 de l’ère chrétienne. Délivré est consacré aux plantes potagères, à la vigne et à quelques arbres et arbustes.

Un curieux passage nous donne la synonymie d’un certain nombre d’expressions techniques nabathéennes. On en cite même de particulières à des fractions nabathéennes, tels que les Djeramka. Meyer, dans son histoire de la botanique, a recueilli une liste déjà longue de ces termes nabathéens, puisés surtout dans Ebn Beithar: mais il faudrait consulter plusieurs manuscrits pour en établir définitivement ' la lecture.

Telles. sont les principales plantes mentionnées :

l’ageicdlturb nabathéenne. 311

Le girofle, l’estragon, la citronelle, le Rli. Ribes, les marum, la coriandre, le pourpier, l’épinard, l’arroclie, la blette, les ruinex, la corète, le taraxacum, le fénu-grec, le fumeterre, le chou, le fenouil, l’aneth, la luzerne, le choufleur, l’aubergine, les courges, le concombre, le melon, le porreau, etc.

Beaucoup d’autres plantes sont mentionnées aussi, mais sous des noms nabathéens. Comme leur détermination nous entraînerait à des détails déplacés ici, nous remettons ce travail à notre traduction d’Ebn Beithar, où nous avons déjà traité plusieurs de ces questions.

Nous allons relever .sur quelques-uns de ces végétaux ce qui nous a semblé le mériter.

A propos du girofle, Ebn Ouahchiah dit qu’on l’emploie pour tuerie ver des dents, et il fait cette réflexion qu’à son âge, 60 ans, il n’a jamais vu de ver dans les dents, et qu’en réalité il n’y a que des humeurs putrides.

Il dit la citronelle importée de l’Inde à Babylone.

Au dire d’Iambouchad, l’épinardne serait autre chose que l'arroche cùltivée.

Le chou compte plusieurs espèces. Le médecin Rouahtha signale dans son usage plusieurs inconvénients.

Le chou-fleur est cultivé pour sa tête.

La luzerne est cultivée comme fourrage, particulièrement parles gens de Nivive. A propos de Nivive nous ajouterons que nous avons rencontré deux autres citations de cette ville, ainsi à propos de l’épinard. Cette citation a été relevée par M. de Candolle dans sa Géographie botanique, et elle a été pour M. Quatremère une des preuves de l’antiquité de l’Agriculture nabathéenne.

L’aubergine est dite d’origine persane.

Un article d’une douzaine de pages est consacré au melon, Battikh. Tous les auteurs d’agriculture en ont parlé. Sa culture exige de grands soins. Il est beaucoup d’espèces qui diffèrent pour le volume, la forme, la couleur, l’état de la surface et la douceur plus ou moins prononcée.

Après les plantes alimentaires vient la vigne qui n’occupe pas moins de cent quarante feuilles. Outre les autres auto-

312 BisrninK de ia MftnECiNE arade. — livre deuxii'ime,

rites que nous avons déjà citées, on voit paraître en plus Sardana le chananéen et Siahy le djeramka.

Une large place est occupée par la vigne dite thériaque. \ Tous les auteurs en ont parlé, depuis l’antique Douïaby, qui ' lui reconnaissait plus de cent vertus, jusqu’à Adam, Sagrit, lainboucliad et les autres. Cette vigne est caractérisée par des dimensions restreintes dans son ensemble et dans ses parties, qui lui avaient fait donner le nom de Djada. crépue ou rabougrie, et par des graines petites, arrondies, d’un rouge clair, d’une saveur douce amère, ramassées en un point de la grappe.

^ Nous cherclierons maintenant à compléter l’histoire de 1 Agriculture nabathéenne par les ouvrages qui l’ont imitée ou qui l’ont mise à contribution.

Le manuscrit 882 nous paraît plutôt une imitation libre , qu un abrégé. L’ordre n’est pas le même de tout point. Après ' des généralités de culture, il est question des arbres puis des plantes alimentaires et autres. Nous relèverons ses conseils ■ hygiéniques relatifs aux personnes, à l’eau et aux habitations. Ces derniers semblent une réminiscence d’Hippocrate. ^ Du reste hx seule autorité citée est celle de Démocrite. Chaque localité, dit l’auteur, doit avoir un médecin, un vétérinaire, des bains, etc., et, à défaut de médecin, un homme expérimenté. Nous ajouterons quela plupart des recommandations des plantes ont trait à la médecine.

Le manuscrit 883 contient 84 feuilles. L’ordre suivi n’est pas non plus celui d’Ebn Ouahchiah, mais ici il est assez ' fréquemment cité. Le compilateur est un certain Taiboglia. ^ La citation d’Ebn Beitliar prouve qu’il est postérieur au XIID siècle.

^ Le manuscrit 884 est supérieur aux précédents. Le nom de ! 1 auteur n’est pas très lisible, mais les citations d’Ebn Bel- i thar et d Abdellatif reportent la composition du livre au moins au XIII' siècle. C’est donc encore ici une compilation: mais la forme a une certaine originalité. Tel est le plan de 1 ouvrage. Il se divise en neuf parties ; I. Description des plantes; IL Des terres et des engrais ; III. Des grains ; IV. Des légumes; V. Des végétaux dont le fruit a une écorce; YI, De j

L’AfiRlODLTÜBE NABATHlîENNIÎ.

ceux qui ont un noyau ; VIL De ceux qui n’ont ni écorce ni noyau ; VIII. Des plantes odorantes; IX. De,s arbres h manne et à gomme.

Tous les auteurs qui ont écrit sur l’agriculture et la botanique sont mis à contribution et, au premier rang, Ebn Üuahcliiali. Il est un livre cité qui soulève quelques obserservation.s. Il ports le nom d’ Agriculture égyptienne. Jusqu’alors nous avions cru que le titre d’ Agriculture copte était une altération d’ Agriculture nabathéenne, altération qu’explique l’écriture arabe, mais ici il n’y a pas de doute. Ou ne lit pas Agriculture copte, mais égyptienne, fellaha mesrya. Serait-ce une erreur de l’auteur? Nous inclinons à le croire, attendu que nous ne connaissons pas d’autre part d’agriculture égyptienne. Nous trouvons une Agriculture romaine, fellaha roumya, sous le nom d’Ebn Bassal l’Andalou. Un autre auteur espagnol est quelquefois cité : Aboul Klieir.

Nous trouvons cité un livre des secrets d’Ebn Oualicliiah. Ce traité d’ Agriculture est d’une bonne rédaction et bien rempli. Nous en citerons quelques traits. Il en est, dit l’auteur, qui accordent aux plantes le sentiment, le mouvement et le sommeil. Ailleurs il leur accorde les sexes et il cite pour preuve le palmier. Le palmier, dit-il, a les passions de l’homme, il a des soucis, du chagrin, de l’amour; on voit la femelle se tourner du côté du mâle, et s’il est absent, dépérir et ne pas donner de fruit.

Il est encore un ouvrage qui peut servir à compléter nos renseignements sur l’Agriculture nabathéenne, en tant que représentée par les deux livres du manuscrit de Paris, c’est le traité d’Agriculture de l’espagnol Ebn el Aouam, récemment traduit par M. Cl. Mullel, et déjà publié en texte et en traduction espagnole par Banqueri. L’Agriculture nabathéenne y est citée environ trois cents fois, et ces citations portent tant sur le titre du livre que sur les auteurs qui en font le fonds. C’est à la publication de Banqueri que l’on a (lù d’abord de comprendre toute l’importance de l’Agriculture nabathéenne.

Dr graves questions se sont élevées à propos de ce livre

314 HISTOIRE DE LA MÉDECINE ARABE. — LIVRE DEaVIKME.

(it l’on s’est particulièrement demandé quelle pouvait eu être la date. Telle est la conclusion des recherches auxquelles s’eet livré M. Quatremère ; s On peut donc, si je ne me trompe, regarder comme très vraisemblable que ce livre fut écrit dans l’espace de temps qui s’écoula entre l’époque où Bélésie affranchit la Babylonie du joug des Mèdes et la prise de Babylone par Cyrus. Peut-être, dans ce laps de temps, pourrait-on s’arrêter au règne de Nabuchodonosor II du nom. »

Cette haute antiquité a été niée d’une part, et reculée de l’autre.

Telles sont les principales raisons de M. Quatremère. Un monument tel que l’Agriculture nabathéenne implique une civilisation puissante et autonome. Le fait qu’il n’y est pas question ni du christianisme ni de certaines grandes cités dont la fondation nous est connue, le rejette nécessairement au-delà de l’ère chrétienne. Il y voit même un certain cachet officiel.

Sans adopter la date précise donnée par M. Quatremèr(| nous croyons avec lui à la haute antiquité de l’Agriculture nabathéenne. Les traditions historiques sont unanimes sur les Ghaldéens. De très bonne heure de grands empires furent fondés dans la Chaldée, et les sciences y furent cultivées. Que les traditions consignées dans l’Agriculture nabathéenne ne puissent pas être admises intégralement et sans contrôle, nous l’admettons, mais nous croyons que, derrière elles, est un fonds de vérité, et nous ne pouvons rejeter parmi les fables tant de personnages et tant de travaux mentionnés. Nous ne pensons pas que le livre, dans la forme où il nous est arrivé, remonte à la date de M. Quatremère. Nous pensons plutôt qu’il est le développement d’ouvrages antérieurs.

Quoi qu’il en soit, l’importance de l’Agriculture nabatliéMi^ ne est hors de doute, et nous appelons de tous nos vœux une étude complète et sérieuse, une traduction même, car ce n’est qu’en traduisant un ouvrage qu’on arrive à bien le posséder, tant en lui-même que dans ses tenants et aboutissants. Un tel travail rendrait les plus grands services à l’histoire, à la philologie, à l’ethnographie, à la géographie et aux sciences naturelles. Le peu que nous en connaissoffl^

NATCRALISTES.

(BOUS a déjà permis de relever quelques opinions émises par M. de Candolle, dans sa Géographie botanique.

Le n" 1093 de la bibliothèque de Paris, ancien fonds arabe, contient un abrégé de l’Agriculture nabatbéenne, qui n’a pas été reconnu par le catalogue.

EDDJAIIIDII.

Abou Otsman Amr ben Bahr ben Mahboub el Kinany Elleitliy el Basry, fut surnommé Eddjahidh, à cause de la saillie de ses yeux. Comme l’indique un de ses surnoms, il Saquit à Bassora.

. Djabidb était d’une laideur repoussante, à ce point qu’une femme le fit un jour, à son insu, poser pour le portrait du diable, et que le Khalife Moutaouakkel qui, sur sa réputation, voulait en faire le précepteur de son fils, le renvoya avec un cadeau de dix mille dinars, aussitôt qu’il l’eût vu.

[ Djabidb mourut à Bassora en l’année 255 de l’bégire, 808 de l’ère chrétienne, à l’âge de quatre-vingt-seize ans.

. Il écrivit plusieurs ouvrages, entre autres un sur les sectes musulmanes, et fut lui-même chef de secte. Mais le seul qui nous intéresse ici est son livre sur les Animaux qui a fourni quelques citations à Ebn Beitbar. S’il faut en croire Hadji Khalfa, cet ouvrage ne doit pas avoir d’originalité, Djabidb étant plutôt un littérateur qu’un naturaliste.

Il composa aussi un traité sur le Garum, qui n’est pas cité par Wüstenfeld, et auquel Ebn Beitbar a emprunté un passage. Il est encore cité à propos de l’ours, du loup et du

ILe 11“ 897 de l’Escurial contient un abrégé du livre des ^imaux de Djabidb. C’est un ouvrage farci de citations, de poésies et d’anecdotes, où l’bistoire naturelle tient peu de place. A l’article chien, des faits de bestialité, par trop complaisamment racontés, ne présentent pas l’auteur sous un jour bien sérieux.

.'ÜO niSTOIRR DE DA MIÎDEOINE ARABE. — LIVRE DEUXIÈME.

V, — Des Sciences physiques et mathématiques chez J les Arabes au IX® Siècle. ■

Bien que ces sciences ne soient pas comprises dans le cadre que nous nous sommes imposé, nous n’en croyons pas moins à propos de les passer sommairement en revue.

Ayant fait l’inventaire général des traductions du grec en arabe, il convient d’exposer comment les semences diverses recueillies par les Arabes depuis la Grèce jusqu’à l’Inde ont fructifié chez eux, avec une merveilleuse précocité. D’ailleurs sur ce térrain nous rencontrons un certain nombre de médecins. Et puis c’est le moment opportun nonseulement de compléter l’histoire du siècle d’El Màmoun, j ce siècle si grand et si peu connu, mais encore de montrer l’enthousiasme et l’aptitude des Arabes pour toutes les branches des sciences humaines, aptitude que rignorancel| leur a conte, stée.

PHYSIQCE.

Sur ce terrain les quelques noms que nous allons rencontrer sont des noms de médecins, ou de philosophes revendi- j qués aussi par la médecine.

Dans cette longue liste des écrits d’El Kendy, que nous avons donnée presque in extenso, nous en trouvons plusieurs ayant trait à des questions qui relèvent de la pli3'sique. Tels sont ces écrits:

Des météores. — De la formation des nuages. — b’n traité des pierres, mis à profit par El Birouny et Tifachy. — Pourquoi les parties élevées de l’atmosphère sont plus froides que celles qui touchent à la terre. — Des vapeurs qui se forment dans l’intérieur de la terre et d’où résultent des tremblements. — Des variations de température suivant les .saisons. — De la construction d’un instrument pour apprécier les distances, etc. Son livre des pluies a été traduit en latin et imprimé.

Honein s’occupa aussi des sciences jibysiques. Il écrivit les

PHVSWUE-

ouvrages qui suivent: Des couleurs. - Des météores. — De l’arc-e°n-eiel. - Du flux de la mer. - Pourquoi l’eau de la mer est salée.

Enfin dans la liste des écrits de Saraklisy nous rencontrons ceux-ci: Des pliénomènes atmosphériques. — De l’utiUte des montagnes, sujet traité aussi par Tsahet ben Corra.

géographie et MATIIÉM.VTIQÜES.

La science géographique chez les Arabes, dit Reiuaud, s’appuya, presque dès l’origine, sur les principes mathématiennes.

On lit dans M. Sédillot (Histoire des Arabes) : En 820 aprèsJ.-C., Al Màmoun ordonne que de nouvelles observations soient faites à Bagdad, et la Table vérifiée corrige l’Alinageste; il veut aussi que les longitudes terrestres soient déterminées avec plus de précision et le Resm el Ardh (description de la terre) reproduit le système grec mais avec de notables améliorations... On peut croire qu’une partie de ces améliorations était due aux savants nestoriens qui avaient conservé intact le dépôt des connaissances des derniers temps de l’école d’Alexandrie, et dont les Khalifes s’assurèrent l’utile coopération par leurs bienfaits. »

Nous croyons devoir faire ici quelques observations. Et d’abord, que les traditions de l’école d’Alexandrie aient été soigneusement et particulièrement conservées par les Nestoidens, c’est ce qui ne nous est pas démontré, bien que cette assertion se soit fréquemment reproduite. Les Nestoriens et les Arabes succédèrent, dans le temps, à l’école d’Alexandrie, mais les uns et les autres héritèrent de la Grèce toute entière et non pas seulement de l’école d’Alexandrie.

Ensuite il est un fait très curieux à propos des mathématiques et des sciences qui en relèvent. ^

Quelle qu’ait été la compétence des Syriens traducteurs, quel qu’ait été leur rôle dans rinitiatioii des Arabes, il n’en est pas moins vrai que les Arabes, une fois les Raductious terminées, entrèrent résolument, et restèrent à peu près seuls ' dans les voies de la science que leur avaient ouvertes cer-

tains Syriens. Nous l’avons déjà fait remarquer, parmi toutes les traductions qui se rattacliént aux sciences mathématiques, il en est extrêmement peu qui se soient faites en syriaque. Sur une soixantaine, on n’en peut compter que six en syriaque. (1) Parmi les traducteurs en arabe, nous voyons fig-urer 20 fois Tsabet ben Corra, 9 fois Costa ben Luca, 0 fois Honein, 5 fois son fils Isliaq, puis Hadjadj ben Matlier, Eddimackliy, etc. Cette statistique nous paraît éloquente. Du reste les Arabes avaient aussi fait ajipel à d’autres civilisatioiil que celle de la Grèce, et ils avaient mis à contribution la Clialdée, la Perse et l’Inde, etces diverses traductions s’étaient faites par d’autres mains que celles des Syriens.

Nous ne pensons pas que M. Sédillot nous sache mauvais gré de ces observations, qui sont à l’avantage de la race arabe dont il a constamment cherché à démontrer l’aptitude et la valeur scientifiques. Ajoutons encore une dernière oli- ' servation. C’est particulièrement sur le terrain des sciencee] mathématiques que les historiens nous parlent de traductions ayant été revues par des Arabes. Ils opéraient sans doute un travail de critique plutôt qu’une véritable traduction.

ASTROXOilIE.

Pai'mi les savants qui la cultivèrent avec succès nous citerons en première ligne deux hommes éminents qui nous sont déjà connus, El Kendy et Tsabet ben Corra, le premier arabe de race princiôre, et le second d’origine et de religion sabienne. . °

El Kendy est un de ces génies encyclopédiques dont nous avons vu de nos jours un spécimen dansM. de Humboldt.

El Kendy nous étonne par la précocité, la hauteur et l’étendue de ses connaissances : on peut dire de lui qu’il est le neuvième siècle fait homme. Ayant donné précédemment et à peu près complètement la longue liste de ses ouvrages, J

(1) Nous en comptons trois sur lesquelle, s dut opérer El Kendy, auquel nous ne pouvons encore définitivement accorder la connais- 1 sauce du grec. '

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