RAZÈS
(Ahou Becr Mohammed hen Zakaryaj.
Si nous avons dit d’El Kendy qu’il fut le premier philosophe qui ait paru chez les Arabes, nous pouvons dire de Razès qu’il fut leur premier g-rand médecin. On peut faire un autre rapprochement entre ces deux hommes. De même qu’El Kendy nous étonne par l’étendue et la précocité de ses connaissances en matière de philosophie, Razès n’est pas moins remarquable par la connaissance approfondie des travaux de ses devanciers en matière de médecine, et c’est ajuste titre que nous avons donné son nom au X® siècle..
Razès naquit à Rey, d’où lui vint son nom de Razy. Nous ignorons la date de sa naissance, mais ce fut probablement au commencement de la seconde moitié du IX® siècle. Il passa les trente premières années de son existence étranger à la médecine, ce qui doit faire supposer une longue existence, vu l’étendue de ses connaissances et le grand nombre de ses écrits.
Il se passionna d’abord pour la musique, puis il se livra à l’étude de la philosophie et de la littérature et cultiva la poésie. 11 exerça même la profession de changeur.
On raconte qu’une visite, qu’il fit à l’hôpital de Bagdad, détermina sa vocation. On rapporte même les faits observés dans cette visite. Ce que l’on raconte au sujet de la fondation du grand hôpital de Bagdad par Adhad Eddoulah, et de la part que prit Razès à sou installation, ne résiste pas à la critique. Il aurait été choisi parmi beaucoup d’autres médecins et après des éliminations successives pour choisir l’emplacement de l’hôpital, aurait suspendu eu divers endroits
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de la ville, des morceaux de viande, et aurait considéré comme le plus salubre l’endroit où la putréfaction en aurait été la plus lente. Ainsi que le fait observer Ebn Abi Ossaïbiab, Razès était antérieur à Adhad Eddoulali ; et s’il fut attaché à cet hôpital, ce fut avant sa restauration par le prince Bouïde. Déjà il avait été chargé de celui de Rey.
C’est entre ces deux villes surtout qu’il partagea son existence, et c’est à Rey qu’il paraît avoir terminé ses jours. Il fit aussi quelques voyages, et à ce propos nous devons parler de ceux qui lui sont indûment attribués.
Léon l’Africain, dont les vies des Philosophes et des Médecins fourmillent d’erreurs, fait aller Razès au Caire, puis en Espagne, où il aurait fait une œuvre merveilleuse et dédié son livre, dit El Mansoury, à El Mansour, ministre du Khalife Ommiade. (1) Nous savons pertinemment que le prince auquel Razès dédia le Mansoury était El Mansour ben Ismaïl ben Ishaq fils du prince de Khorassan. Le fait est mentionné pour la première fois par l’auteur du Fihrist, qui recueillit ses renseignements à Rey de la bouche d’un vieillard qui avait connu Razès. El Ouarraq (2) apprit dumême vieillard que Razès avait une forte tête, qu’il était généreux, bon conseiller, ne faisant aucune distinction de personnes, doux avec les pauvres, constamment occupé, suivi par de nombreux élèves lesquels en avaient d’autres à leur tour.
Quant au livre de la Médecine royale, Razès le dédia au prince Aly fils du souverain du Thabarestan.
A propos d’El Mansour, on raconte aussi une anecdote que hous relaterons, sans lui accorder toutefois plus d’importance qu’elle n’en mérite. On sait que Razès cultiva l’alchimie, et ce n’est pas nous qui lui en ferons un reproche. Il nous semble que les alchimistes, surtout ceux de la taille de Razès, devaient rencontrer dans la pratique de leur art bien des
(1) Ce voyage est mentionné par Wlistenféld. Avant de recourir aux sources, nous l’avions admis d’après lui, dans une courte notice sur Razès, mise en tête de la traduction de son traité de la variole, mais le silence des auteurs orientaux nous le fait rejeter comme une de ces erreurs si communes chez Léon .
(2) Surnom de l’auteur du Fihrist.
séductions. Ils durent souvent faire des découvertes mer- I veilleuses, qui les délassaient de leurs labeurs, mais que l’état imparfait de la science et des moyens d’expérimentation condamnaient à une stérilité relative. Ils semaient, et les chimistes ont récolté. Razès, dit-on, fit hommage à El Mansour de son livre sur la Certitude de l’Alchimie et reçut un présent de mille pièces d’or. Cependant le prince voulut voir Razès à l’œuvre. Il se mit en frais pour des expériences qui, malheureusement, ne réussirent pas. Là-dessus, El Mansour se serait emporté jusqu’à frapper à la tête Razès, qui, à la suite de ce mauvais traitement, aurait contracté la cataracte qui affligea ses vieux jours. Suivant une autre tradition la cataracte serait venue à Razès pour avoir trop mangé de fèves.
X ün rapporte aussi que Razès, ayant fait venir un oculiste pour l’opérer, lui demanda combien il y avait de tuniques dans l’œil. L’oculiste n’ayant pu répondre, Razès aurait refusé de se confier à un praticien aussi ignorant. D’autres disent que Razès, invité à se faire opérer aurait répondu : j’ai tant vu le monde que je ne tiens plus à le voir.
L’historien de la médecine prétend que Razès ne cultiva l’alchimie que dans .sa jeunesse. Il est sûr toutefois qu’il s’y adonna sérieusement car il y a consacré de nombreux ouvra-^ ges, dont quelques-uns ont été traduits en latin, et se trouvent imprimés dans les recueils hermétiques. Le même historien rapporte que Razès avait une cuisine excellente, ce qui tenait à ce que ses ustensiles étaient dorés; que des pièces d’or, venues de lui, perdirent avec le temps leur couleur primitive, etc.
Quoi qu’il en soit de ces dires, les travaux de Razès se portèrent surtout sur la médecine et la philosophie.
Son premier maître à Bagdad, pour la médecine, fut le jeune Thabary. El Balkhy lui enseigna la philosophie.
Razès était également zélé pour l’étude et pour la pratique de son art. On vantait son expérience, l’habileté de son diagnostic, la sûreté de sa thérapeutique. 11 a consigné plusieurs faits de sa pratique dans ses écrits, notamment dans le Continent, où il ne manque jamais d’apporter son contingent
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après avoir cité ses devanciers. Il a môme des écrits qui ne sont antre chose que des recueils d’ observations. j
Nous rapporterons un fait mentionné par Ettenoukh^ Un jeune homme de Bagdad vint à Rey le consulter.il crachait le sang. Après l’avoir examiné, Razèsécartantl’idée de phthisie etd’ abcès, lui demanda s’il n’avait pas bu en route. Le malade répondit qu’il avait un jour bu dans une mare. Razès songea aussitôt à une sangsue. Il se procura une grande quantité de lentilles d’eau, en ingéra de force dans les voies digestives du malade, qui finit par vomir, et rendre au milieu des lentilles d’eau une sangsue. j
Razès jouissait d’une grande considération tant à Rey que dans le Djebal. Les grands du pays avaient recours i(|| lui, et les savants les plus éminents de son époque entrete4 naient avec lui une correspondance attestée par plusieucsy écrits de Razès, rédigés sous forme de lettres. j
La date de sa mort est controversée. On la fixe générale| ment à l’année 320 de l’hégire, 932 de notre ère, et c’est celle qu’ont adoptée Ebn Djoldjol et Hadji Khalfa. ^
Quelque temps auparavant, il était venu à Rey un certain Ebn el Hamid, qui, à la mort de Razès, acheta de sa sœur,'] pour mie forte somme, le manuscrit du Haouy, qui était resté inachevé, et auquel ses élèves donnèrent la forme sous laquelle il nous est parvenu. )
Razès a beaucoup écrit. On le trouvait toujours chez lui, dit-on, occupé à composer ou à mettre au net. Le nombrej de ses ouvrages dépasse deux cents. Quelques-uns ne sont que des opuscules, des lettres, des monographies, mais il en est d’une étendue considérable, tels que le Mansoury et surtout le Haouy ou Continent. La liste la plus complète et la plus explicite nous a été conservée par Ebn Abi OssaïhiaJjj Son défaut est de nous donner les ouvrages pêle-mêle et sans ordre de matières; aussi la lecture en est fastidieuse. Voilà pourquoi sans doute Wüstenfeld s’est abstenu de la reproduire, ce qui l’a fait tomber dans des erreurs et des répéti-,' tions que nous devons relever, parce qu’elles portent égalw ment sur le catalogue de l’Escurial. 1
Wüstenfeld a commencé par énumérer les ouvrages tra-
duits et imprimés, puis les ouvrages conservés dans nos bibliothèques, dont il a consulté les catalogues, notamment celui de Gasiri. Mais le catalogue de Casiri est défectueux à l’endroit de la médecine. Certains titres sont erronés. Wüstenfeld les a reproduits, et en achevant sa liste au , moyen du Kitab el hokama et de VAïoun el Anba, il a reproduit les mêmes ouvrages sous des titres nouveaux. C’est ce que nous ferons remarquer plus tard.
Au lieu de suivre pas à pas les listes des écrivains arabes, nous classerons les écrits de Razès par ordre de matières, donnant d’abord les plus importants en médecine, et glissant parfois sur ceux d’une faible importance, nous réservant d’en donner plus tard une liste complète.
^ A l’instar de Galien, Razès a composé de nombreuses mo- ^ nographies, mais il a composé aussi plusieurs ouvrages embrassant toute la médecine pratiq ue ou l’ensemble des I connaissances médicales.
I De ces ouvrages, le plus considérable et le plus important j est sans contredit le Haouy ou Continent. Il lui donna ce |
- titre parce qu’il contient tout un corps de médecine prati- | que. Il y a condensé les opinions de tous les médecins an-|
■ ciens et modernes, contrôlées et complétées par son expé-
■ rience personnelle. C’est donc autre chose qu’une simple I compilation, car il prend souvent la parole, et ne craint : pas de contredire parfois les princes de la médecine grec-
■ que.
Il commence par les maladies locales, à partir de la tête, > , puis il traite des maladies générales, ensuite des venins et i| des poisons, des médicaments et de leurs synonymies. On || comprend, et Razès le fait ressortir, combien ce dernier article avait de l’intérêt, la médecine arabe se trouvant en- 1 combrée d’une foule de termes exotiques venus de la Grèce, delà Perse et de l’Inde. Le tout est distribué en vingt-deux livres, mais il paraît que la distribution n’est pas identique
■ daus toutes les copies.
[ Outre sa valeur intrinsèque, ce qui donne au Continent 1 un mérite et un cachet particulier, c’est précisément cette | l mention de tous les médecins qui ont précédé Razès. I
Parmi les anciens nous en trouvons dont les ouvrages sont perdus, et à propos des modernes, nous sommes étonné de la grande quantité d’écrits sur la médecine déjà publiés avant lui. j
Les noms de ces médecins ont été la plupart sing’ulièrer] ment travestis ;dans la traduction latine. Quelques-uns ne sont pas reconnaissables. On en a fait le recensement, mais ce travail ne pouvait être fait d’une façon fructueuse qu’en opérant sur le texte arabe, et c’est pour cela que nous avons entrepris le voyage de l’Escurial. Nous donnerons ici un résumé des découvertes auxquelles nous ont conduit nos recherches, nous réservant d’en traiter l’ensemble dans un travail spécial.
Nous commencerons par les Grecs. On ne pouvait guère s’attendre à trouver du neuf relativement à Hippocrate et à Galien, mais nous trouvons des documents curieux relatifs à des médecins de second ordre. Quelques nouveaux écrits apparaissent, et parmi ceux qui nous sont connus, il en est que nous ne savions pas avoir été traduits, ce qui agrandit d’autant le champ des traductions. J
A côté d’ouvrages d’Aristote relatifs à la médecine, nous rencontrons les noms de Démocrate, de Diogène, de Criton l’auteur d’un traité de Cosmétique, d’Erasistrate, d’un Arthémide qui aurait composé un livre sur la culture ou l’embel-. lissement de la voix. ]
Dans les âges suivants on trouve Nicolas de Damas, Rufus avec une douzaine d’écrits mentionnés ; Archigène avec une escorte moindre ; Philagrius, avéc une liste plus considéra^ j ble, Antillus, Palladius, Oribase, Alexandre, Paul d’Égine, | Magnus, Étienne, Jean le Grammairien, sans compter quelques noms d’une lecture douteuse. |
A l’époque de transition nous trouvons Siméon, Ahroun, Tiadouk ou Théodocus, Masserdjouïh. Nous placerons icile nom de deux auteurs sur le compte desquels nous sommes jusqu’à présent dénué de renseignements positifs, Aslimon, ' peut-être Philumène, etMisoussen (probablement Moschion). f Ce dernier est l’auteur d’un traité des Accouchements fréquemment cité par Razès.
RAZÉS.
Parmi les noms illustres chez les Arabes nous citerons Gabriel, Georges et Bakhtichoua ; la famille de Honein, lui, son fils Ishaq, un autre du nom de Hakim, et son neveu ' Hobéïch ; El Kendy ; Mésué et Sérapion ; Thabary père et flls ; Costa ben Luca, Massih de Damas, Tsabet ben Corra, Ebn Massa, Ahmed ben Thayeb (Essarakhsy).
Parmi les noms moins brillants on compte Abdous, l’auteur du Mémorial, Salmouïh, Aïoub el Abrach, Abou Djorreih Erraheb, Ebn el Lahladj, El Bathriq, Abou Hilal d’Émesse, El Basry, Sabour, lousef Essahir. Quelques-uns ont été négligés par les biographes, tels que Termedy, lousef Ettelmid, Abdalla ben lahya.
De la Perse, nous voyons citer l’Agriculture persane et le Compendium d’Ebn Abi Khaled el Farsy.
Les Indiens fournissent un contingent considérable et nous rencontrons les noms fréquemment cités de Charak, de Sendahchar et de Quolhoman. On lit aussi parfois le nom d’Athra l’Indien, et même nous avons cru découvrir, à travers les incorrections du texte, le nom de Susruta. Souvent on lit, sans autre qualification : un livre indien. Aux Indiens se rattache aussi le nom de Mohraris.
Les sources chaldéennes sont représentées par l’Agriculture, assez souvent citée, et que pour plusieurs citations nous regardons avec certitude pour être l’Agriculture chaldéenne. On trouve aussi le livre des Talismans qui peut être rapporté au traducteur de l’Agriculture chaldéenne, Ebn Ouhchyah, ou bien peut-être à Apollonius de Tyane. Quelques citations paraissent aussi devoir être rapportées à. ce dernier. C’est ici le moment d’ajouter que certaines citations sont empruntées à un livre attribué à Hermès.
Il est une autre Agriculture, l’Agriculture grecque de Costhus, bien connue des Arabes, dont un exemplaire existe à la Bibliothèque Bodléienne, mais sur laquelle nous ne saurions encore nous prononcer, qui se trouve aussi quelquefois mise à contribution. Enfin nous ajouterons ici que l’on trouve deux ou trois citations avec le nom plus ou moins altéré d’Iounious, que l’on est convenu jusqu’à nouvel ordre, de considérer comme identique avec Columelle, Junius.
344 HISTOIEIS r>E I.A MÉDECINE ARABE. — LIVRE TROISIÈME.
Parmi les noms mystérieux, il en est un que nous serions tenté de considérer comme représentant Mésué le père, ' c’est celui d’El Khouz ou d’El Khouzy, à moins qu’il ne représente l’école de Djondisabour. Il en est encore deux pour lesquels nous sommes réduit à des conjectures, malgré qu’ils reviennent très souvent, ce sont ceux d’Athoiirsoqos et de Badigoras. Leurs noms ont une pliysionomie| grecque, mais ils ne sauraient être bien anciens, car ils parlent de substances de provenance indienne, que les anciens Grecs n’ont pas connues. Le dernier se trouve aussi qualifié d’ Alexandrin.
A côté de ces noms, il faut citer quelques ouvrages anonymes fréquemment invoqués par Razès. Ce sont d’abord des I formulaires, puis des compendiums, deux au moins relatifs i à l’oculistique, ensuite un recueil d’observations faites dans ! les hôpitaux, Tedjareh el Marestan. Il y a dans ce dernier recueil des procédés thérapeutiques et des observations intéressantes. On trouve aussi dans Razès bien des faits empruntés directement à la pratique des hôpitaux.
Il est encore deux ou trois noms, peut-être plus, sur lesquels nous ne pouvons actuellement nous prononcer.^ D’ailleurs, les manuscrits de l’Escurial, bien que nombreux, -Ij ne représentent pas tout à fait intégralement le Haouy, et nous éprouvons encore le besoin d’en consulter d’autres avant de nous prononcer définitivement. On comprend aussi que ces noms, surtout les noms étrangers, se trouvant défigurés par leur passage à travers l’arabe, il faut consulter plusieurs documents avant de les restituer.
Ce n’est pas ici le lieu de traiter in extenso des transfo^ mations qu’ont subies les noms propres et les termes techniques sous la plume des Arabes, et surtout du traducteur en latin; mais nous devons cependant en dire quelqueaii mots.
On sait -que les mots arabes, avec des points diacritiques absents ou mal placés, peuvent subir une foule de lectures.*; Le traducteur n’y a pas fait défaut, ce qui prouve qu’il manquait de moyens de contrôle et même qu’il ne s’est pas relu. Quelques noms sont écrits sous des formes très variées, où
l’on ne rencontre la bonne que rarement. Ainsi Tiadouk, Abou Djorreidj, Baklitichou, Arcliigène, etc. Il en est qui sont complètement méconnaissables, ainsi dans Job Pinzolicus, il est difficile de reconnaître Aioub el Abracb. Parfois au lieu du nom véritable on trouve celui d’un autre médecin. Par exemple, on lit fréquemment Philaretus au lieu de Philag'rius, et Costus au lieu de Costa. Il arrive aussi que les noms arabes sont traduits au lieu d’ètre simplement transcrits. Au lieu de Saber, nous lisons Vigilans ; au lieu de Massih nous lisons Christiauellus. D’autres fois, d’un nom de livre on fait un nom d’auteur, ce qui arrive maintes fois pour le livre de Galien, des Médicaments selon les genres, Katadjenes ; ce qui arrive aussi pour le livre des Chymes : dixit Chamousia.
Les mêmes confusions se reproduisent à propos des termes techniques. A propos du Dryopteris, on lit qu’il ressemble à la fougère, ce que le traducteur a rendu par : Duruantalaus quod assimilatur narcisse. La pivoine est dite se trouver (dans une table de synonymes) en regard du mot Glucuside, et le traducteur a rendu cela par ; Pœonia appellatur in lïbro Ali Fascari. On a même trouvé des noms d’auteurs dans une particule, ainsi du mot Lakin, mal lu, on a fait le mot Platon, ce qui peut faire tourner la tête à un érudit qui ne peut recourir au texte arabe.
De ces travestissements, il en est qui sont incontestablement du fait du traducteur, mais il est aussi des variantes que nous croyons devoir mettre sur le compte des copistes ou des imprimeurs.
Relativement aux transcriptions du 'grec en arabe nous citerons un fait qui a un certain intérêt philologique. Le mot Archigène est rendu de trois manières, en supposant bien entendu les points diacritiques à leur place respective. On pourrait les rendre ainsi avec nos caractères latins; Arkhidjanes, la forme la plus commune, Arkidjanes et Archidjanes. Ceci nous semble prouver que le X des Grecs ne sonnait pas de la même manière à toutes les oreilles. En résumé le Haouy n’est, si l’on veut, qu’une mosaïque, mais faite de morceaux précieux, tant ceux empruntés par l’au-
teur que ceux qu’il a tirés de son propre fonds. On a fait des abrégés du Haouy et nous en avons rencontré un à l’Escurial, qui prouve, que l’original fut transporté de bonne heure en Espagne, car il est l’œuvre du savant médecin Ben Ishaq, dit le Vizir, Abderrahman en Nacer lui ayant conféré cette dignité. Nous en parlerons ailleurs. Un autre abrégé composé au XIP siècle existe à Florence.
Quant aux manuscrits du Haouy il en existe à la Bibliothè, j que Bodléienne et à celle de l’Escurial, ceux-ci à peu près complets. Paris n’en a qu’un fragment qui était inconnu, quand nous en fîmes la découverte dans le n“ 1056, ancien fonds. Il traite des lièvres.
Au XIIP siècle Farragutli faisait du Haouy, sous le nom de Continent, une traduction latine qui a été plusieurs fois imprimée, et qui contient deux volumes in-folio.
Après le Continent, l’ouvrage le plus connu de Razèsestle Mansoury, dont nous avons déjà raconté l’origine.
pas l’étendue ni l’importance du Continent, mais il embrasse, sous des proportions restreintes, la généralité de la science. Il se divise en dix livres. Le premier traite de l’anatomie, le 2” des tempéraments, le 3® des aliments et des médicaments, le 4» de l’hygiène, le 5» de la cosmétique, le 6» du régime en voyage, le 7“ de la chirurgie, le 8» des poisons, le 9= des maladies en général, et le 10= des fièvres. Le Mansoury a été traduit en latin par Gérard de Crémone et plusieurs fois imprimé. Le 3= livre se rencontre aussi impri. mé avec Sérapion, et le 9» fut souvent commenté.
Tels sont les deux ouvrages les plus importants de Razèa. Ali ben Abbas, dans ,sa préface du Maleki, exposant que les motifs qui l’ont conduit à écrire son livre sont l’absence d’un livre complet, embrassant la médecine en des proportions ■ suffisamment étendues, arrive à ces deux écrits de Razès. Au Mansoury, il reproche sa brièveté, qui n’eu fait qu’un abrégé. Au Continent, il reproche sa méthode un peudécousue, de s’être restreint à la médecine proprement dite, et encore d’avoir négligé la chirurgie. H reconnaît du reste que le fonds est excellent, et que c’est le résumé de tout ce qu’ont écrit les médecins de tous les temps et de tous les pays.
RAZÊS.
Une autre grande composition de Razès est le Djami, ou Recueil, qui embrasse, à la façon du Continent, non pas seulement la médecine pratique, mais toutes les branches de l’art. Il y a même un chapitre, le dernier, qui traite des écrits de Galien oubliés dans le catalogue donné par Ho-
Un autre livre se rapprochant duprécédent est leFakhir (1) .
Avec le Mansoury, on a imprimé plusieurs opuscules de Razès sous le titre collectif de Opéra parva Abuhetri. Ce sont ; les divisions, les antidotes, les maladies des articulations, les maladies des enfants, les aphorismes, les pronostics, les faits d’expérience, les observations médicales, le régime, les propos d’Hippocrate, ce que doit être un médecin, un formulaire, la prophylaxie des calculs, les cautères et les ventouses, les propriétés des animaux.
Un des ouvrages de Razès, qui restera dans les annales de la médecine comme le premier ouvrage sur la matière, est son traité de la variole et de la rougeole. Avant lui déjà, la variole avait été mentionnée par Haroun, et dans une traduction française que nous avons donné de ce traité, nous avons fait voir que la légende des oiseaux ababils représentait probablement une épidémie de variole, et qu’en tout cas, la première mention positive remontait au célèbre Rabiah ben Mooaddem, qui en était affecté au moment de son héroïque trépas, en l’année 602 de notre ère. Le traité de la variole, de bonne heure traduit et imprimé sous le titre de pestilentia, a été publié dans le siècle dernier par Channing, en texte et en traduction latine. M. Grenhill en a donné une traduction anglaise.
(1) Le Fakhir ou le Précieux, est aussi un traité de médecine pratique, exécuté dans des proportions beaucoup plus restreintes que le Continent. Les maladies y sont exposées, suivant la même méthode, des pieds à la tête. Les devanciers de l’auteur y sont également mis à contribution, seulement nous ne les trouvons pas en aussi grand nombre que dans le Continent, et les attaches de l’ouvrage avec les Grecs sont beaucoup plus étroites . L’auteur apporte aus,5i son contingent. La B. de Paris, possède sous le n» 1004 de l’ancien fonds, la 1™ partie de cet ouvrage, qui s’arrête aux affections de l’estomac.
Un des bons ouvrages de Razès, qui se trouve dans plusieurs bibliothèques européennes, est son traité des Correctifs des aliments. Il est question dans ce livre non-seulement' des aliments à l’état naturel, mais aussi de toutes les préparations culinaires et des boissons. En raison de cette variété d’aliments et de boissons, il serait à désirer que cet ouvrage fût traduit et accompagné d’un commentaire, car les aliments et les boissons ne sont que rarement décrits, mais appréciés au point de vue de leur action sur l’économie, de leurs inconvénients et des moyens de les neutraliser.
Il existe à l’Escurial, n“ 887 du nouveau catalogue, deux opuscules de Razès dont Casiri a complètement méconnu le titre et le contenu. Le titre sommaire du premier signifie .]' qu’il faut user de souplesse et de condescendance quand il s’agit de supprimer les goûts ou les appétits des malades, j On a pris le mot appétit, chahoua, dans le sens d’appétit vénérien. La première note que nous rencontrons sur les pages de garde, porte, même en espagnol : Del dano que procédé del coïto parla salud. Une notequi suit porte en latin .• De exacta et exquisita diligentia adhïbenda in curatione affectus ' quo quis impotens est seu ineptus ad venerem. En vrai mouton de Panurge, Casiri a catalogué cet opuscule sous ce titre; De viris frigidis et ad venerem ineptis eorum que curatione. Ce qui est étrange, c’est que l’un des annotateursÉ s’appuye sur ce qu’il a lu dans le corps de l’ouvrage pour appuyer sa traduction du titre. Il suffirait, pour établir la fausseté de cette version, de la formule plus explicite du titre dans la liste donnée par Ebn Abi Ossaïbiah : Que les médecins ignorants aggravent l’état des malades en contrarianti leurs appétits. C’est à peu près ce qu’on lit au début de l’ou-' vrage, et Razès ajoute que l’on commet aussi lamême faute au sujet des hommes bien portants.
Cette idée est reproduite sous une autre forme dans un opuscule inséré à la suite du premier dans le même volume. 1 Casiri a traduit le titre par ; De immoderata colore, ne comprenant pas le sens du mot liommya, qui veut dire diète, régime. Ici encore il suffirait de lire attentivement le commencement de l’opuscule. En voici le début ; Un régime
excessif, une alimentation trop restreinte, un usag'e abusif des médecines ne conservent pas la santé, tout au contraire, etc.
Wüstenfelcl, au lieu de comparer avec la liste d’Ebn Abi Ossaïbiah, s’en est tenu de confiance à l’interprétation de Casiri, ce qui l’a fait non-seulement endosser une erreur, mais tomber dans une répétition. Le même ouvrage est reproduit au n” 32, cette fois sous le couvert d’Assemani, dans cette forme : Quod nimis thermarum usus noceat.
Ce qu’il a fait pour le deuxième ouvrage, il l’a fait pour le premier. Après avoir reproduit le titre de Casiri ; De viris frigidis et ad venerem ineptis eorum que curatione, nous retrouvons au n” 125 le titre véritable ; Quod medicus non solumpriidens esse debeat, sed œgrotorum desideriis indulgens.
Il est encore un autre manuscrit de l’Escurial que l’auteur du catalogue, avec une étourderie dont nous avons constaté bien des exemples, attribue à. Razès. Un mauvais petit fragment de médecine, où Casiri a rencontré par hasard les tumeurs, à côté d’une foule d’autres maladies, où l’on trouve cité Avenzoar, voilà ce qu’il a pris pour un Traité des Tumeurs de Razès, et Wüstenfeld a inscrit ce titre dans sa liste.
Le n“ 887 de l’Escurial contient un autre opuscule de Razès sur l’usage des fruits avant ou après le repas. L’auteur, écartant une conclusion générale, énumère les fruits les uns après les autres, et conclut pour chacun d’eux en particulier. C’est ainsi qu’il proscrit l’usage du coing avant le repas, et qu’il le considère comme salutaire à la fin et comme aidant à la digestion par son action tonique sur l’estomac.
Cette fois Casiri ne s’est pas trompé non plus que W ùstenfeld en le produisant, mais Wüstenfeld n’eu a pas moins donné une seconde fois le même livre au n® 51. Il en a fait de même pour la saignée qui figure sous ces deux formes : De venœ sectione et de sanguinis missione, etc.
Nous avons parcouru à l’Escurial un petit traité de Razès sous le titre de Secrets de l’Art médical, qui ne justifie pas son titre. L’opuscule est assez court et ne contient que des propositions aphoristioues ou des recettes.
Il en est une relative à l’auteur, qui accuse avoir éprouvé] sur ses vieux jours un affaiblissement de la vue et des facultés génitales. Cet ouvrage se ressent de la vieilless^ de Razès. 1
Ce qui rend fastidieuse la lecture des listes des écrits de Razès, que nous ont données <ls Kitab elhokama etrOuioùn^ el amba, c’est que les ouvrages y sont exposés pêle-mêle et sans ordre de matière. Nous avons pensé qu’il valait mieux, après avoir donné les principaux, grouper les autres, et en passer sous silence quelques-uns des moins importants, sauf à donner plus tard et sous forme de note la liste in extenso d’Ebn Abi Ossaïbiah.
Nous commencerons par les ouvrages de médecine.
Que l’organisation de l’homme est bien entendue.
Du plaisir.
De l’habitude.
De la soif.
Des saveurs.
l’oreille, des testicules, des articulations.
De la vision, qu’elle ne se fait pas par des rayons émanés de l’œil. • ’
De la prééminence du sens de la vue.
Des paupières et de l’utilité de leurs mouvements.
Pourquoi l’œil se resserre à la lumière et se dilate dans l’obscurité.
Des fonctions des organes.
Comment s’opère la nutrition.
Des causes qui relient le cœur aux viscères.
Du coït.
Pourquoi les émanations du semoum tuent les aunnauiil
Pourquoi l’automne engendre des maladies.
Introduction à la médecine.
A qui n’a pas de médecin présent, connu aussi sous ce titre ;
De la médecine des pauvres.
Examen du médecin (dans les opéra parva).
Qu’un médecin ne peut guérir toutes les maladies;
Que des maladies légères peuvent être difficiles à guérir. Des maladies obscures.
Des maladies mortelles.
De la goutte et de la sciatique.
Des calculs.
De la colique.
Des liémorrhoïdes.
Des maladies cutanées.
De la lèpre .
De la paralysie.
Du tic facial.
Du coryza.
Delà saignée.
Du régime alimentaire dans les maladies.
Des opérations chirurgicales.
De la réduction des fractures.
Pourquoi les parties excisées ne s’agglutinent plus.
Des vins qui enivrent.
Des vins qui n’enivrent pas.
Du lait.
De la neige. De l’eau refroidie par la neige.
De l’argile.
Des médicaments.
De la préparation des médicaments, à son élève lousef ben lakoub.
Des purgatifs chez les tempéraments chauds.
Des succédanés.
Formulaire.
Pourquoi si peu de gens arrivent à un âge avancé. Pourquoi tant de gens s’adressent aux mauvais médecins plutôt qu’aux bons.
De la médecine royale ; traitement des maladies, particulièrement par les aliments.
Des hôpitaux.
A ces livres nous ajouterons plusieurs extraits ou com^ mentaires de Galien, et des lettres adressées à divers contemporains, tant sur des questions de doctrine que sur des questions de fait;
352 mSTOlIlE DE LA. MÉDECINE ARABE, — LIVRE TROISIÈME.
Alcliimie.
Quelle que soit l’époque de son existence à laquelle Razès cultiva l’Alcliimie, ce qui est certain c’est qu’il a composé plusieurs livres sur l’Art.
Nous citerons d’abord un livre en douze chapitres où il traite de toutes les que.stions afférentes à l’alchimie. Nous en trouvons encore beaucoup d’autres dans la liste de ses œuvres. ^
Ainsi un livre sur la probabilité de l’alchimie, un autre sur sa certitude, un livre sur la pierre jaune, un autre sur l’or et l’arg-ent, une réponse à El Kendy qui avait écrit sur la futilité de l’alchimie, un livre sur l’As de Géber. j
Enfin il en est plusieurs sur le contenu desquels nous ne saurions actuellement nous prononcer, le mot hikma -pov.-] vaut avoir une double acception : celle d’alchimie ou celle de philosophie. i
Le nom de Razès figure dans les recueils hermétiques, et quelques productions sous le nom d’Ahubetri lui doivent être attribuées.
Philosophie.
Ces écrits sont nombreux : nous citerons les plus iinpor-’! tants.
Divers écrits sur la logique et la métaphysique, dont quelques-uns en vers.
Plusieurs écrits sur l’Organon d’Aristote ou sur les matières qui y sont traitées.
Quelques écrits sur l’âme, et son incorporéité.
Du libre arbitre.
De la matière.
Du vide et du plein, du temps et de l’espace.
Plusieurs écrits contre l’éternité du monde. ,
Que le monde a été créé avec sagesse.
Des propriétés des choses.
Pourquoi les bêtes et les reptiles ont été créés.
Quelques écrits sur certains ouvrages de Libanius, de Produs et de Plutarque.
Plusieurs écrits en réponse aux matérialistes.
Sur la métaphysique de Platon, et sur celle d’Aristote, i
De la médecine spirituelle.
Des songes.
Des qualités que doivent avoir les élèves.
Quelques ouvrages ont particulièrement un caractère religieux, ainsi :
Des anges.
De la foi.
De la bonne voie.
Nécessité de la prière.
Des fautes imputées aux saints.
Des prodiges et des prophéties.
De ce qu’ont ignoré les philosophes.
Quant aux ouvrages relatifs aux sciences naturelles et mathématiques, nous citerons :
Du mouvement: qu’il est .spontané ou naturel.
Des opinions fausses en physique.
Pourquoi l’aimant attire le fer.
Plusieurs ouvrages sur la sphéricité de la terre, entre autres celui qui a pour titre :
De la forme du monde, que la terre est sphérique, qu’elle est placée au milieu des sphères, qu’elle a deux pôles sur lesquels elle tourne, qu’elle est plus petite que le soleil et plus grande que la lune. •
Que ce que nous voyons en haut dans ce monde ne saurait être admis ainsi.
Que le coucher du soleil et des astres est indépendant du mouvement de la terre.
Contre ceux qui prétendent que les astres ne sont pas ronds.
Du degré de confiance à accorder à l’astrologie.