‹ Histoire de la médecine arabeChapitre 139 sur 199 · I. — Les Sabiens · texte numérisé non relu

I. — Les Sabiens

ABOD SAÏD SINAN BEN TSABET.

Sinan se montra digne de son père Tsabet ben Corra. Si dans la liste de ses ouvrages nous ne rencontrons pas d’écrits relatifs à la médecine, ses importantes fonctions annoncent un médecin distingué. Sa biographie est une des plus intéressantes que nous ayons à enregistrer.

Nous ignorons la date de sa naissance, mais nous connaissons celle de sa mort, qui eut lieu en 331 de l’hégire, 943 de notre ère.

11 servit les Khalifes Moctader Billah, Kaher et Radhy. Le premier lui conféra la charge de chef des médecins. Kaher voulut qu’il se fit mulsuman. Sinan résista d’abord, puis céda. Cependant, peu confiant dans le Khalife, il s’enfuit dans le Khorassan, d’où il revint ensuite à Bagdad, qu’il habita jusqu’à sa mort. Son fils Tsabet écrivit des Annales, où il a consigné deux faits de la vie de son père, qui sont des dates dans l’histoire de la médecine. Nous lui céderons la parole, mais en l’abrégeant.

« Mon père était chargé non-seulement de l’hôpital de Bagdad, mais encore des autres hôpitaux. Or, une année d’épidémie, le vizir Ali beu Issa lui écrivit une lettre où il disait; J’ai réfléchi sur la situation des troupes. En raison de leur nombre et de l’éloignement de leurs habitations, il doit y avoir beaucoup de malades manquant du nécessaire. Il faut que des médecins leur soient spécialement affectés, qu’ils les visitent chaque jour pour leur distribuer des médicaments et des boissons, qu’ils aillent dans tous les' corps de troupes soigner les malades et se rentre compte de leurs besoins. Mon père se conforma tonte sa vie à ces prescriptions. Le vizir lui écrivit une seconde lettre ; J’ai pensé que les campagnes devaient aussi avoir des malades et manquer de médecins pour les soigner. Il faut leur en envoyer avec des provisions de médicaments ; qu’ils séjournent dans chaque

localité le temps nécessaire et qu’ils se transportent partout. Mon père obéit encore.

1 Des médecins lui arrivèrent, ün lui écrivit aussi des campagnes que les malades étaient nombreux, qu’aux environs de Nahr el Malek les juifs étaient en majorité et récla- .naient aussi des soins. Mon père en informa le vizir et lui demanda ce qu’il fallait faire, l’informant toutefois que le réglement des hôpitaux accordait des secours aux Zimmis (sujets non musulmans) tout aussi bien qu'aux Croyants. Le vizir répondit : J’ai compris ce que tu m’as écrit, et ton avis est le mien. Il faut traiter les zimmis et même les animaux. Les hommes d’ahord, puis les animaux ; les musulmans les premiers, puis les zimmis. Ce qui reste après les dépenses faites pour les musulmans doit être employé pour les autres malades. Fais-le savoir à tes collègues: qu’ils se rendent dans les campagnes et dans les localités infestées par l’épidémie autant que la sécurité des routes le leur permettra.

« Les dépenses de l’hôpital étaient assurées par un immeuble engagé par la mère de Moutaouakkel, et une partie des revenus de cet immeuble appartenait aux Béni Hachem. L’administrateur, Abou Salir, favorisait les Béni Hachem au détriment de l’hôpital. Mon père en informa le vizir Ali ben Issa, et lui apprit que les malades manquaient de charbon, de vêtements et d’approvisionnements. Une lettre sévère fut adressée à Abou Sahr, et il lui fut enjoint de donner à l’hôpital la part qui lui revenait et d’assurer l’exécution de ce service.

«En l’année 306 mon père ouvrait l’hôpital dit Esseyda pour lequel on dépensait chaque mois six cents pièces d’or.

« La même année il engageait'le Khalife Moctader à fonder un hôpital qui porterait son nom. Le Khalife Moctader y dépensait chaque mois, de ses revenus, deux cents pièces d’or.

« En l’année 319 (OSldel’ère chrétienne) il arriva qu’un homme mourut par la faute d’un médecin. Il fufr dès lors interdit à tout médecin d’exercer, avant d’avoir été examiné par mon père et d’en avoir reçu un diplôme. Il s’en présenta de Bagdad et des environs plus de huit cents (le Kitab el Hokama dit huit cent soixante) sans compter ceux que leur

l’irak. 307

notoriété dans l’art de guérir dispensait de cet examen, et ceux qui étaient attachés au service du sultan. »

Nous n’avons rien rencontré qui nous autorise à admettre que ces examens officiels se continuèrent par la suite et que Sinan ait eu des successeurs, dans ces fonctions d’exa- ' minateur.

Dans le nombre des examens faits par Sinan, il y en eut un que sa singularité afait relever par les écrivains étrangers à la médecine. Un vieillard se présenta à Sinan, bien mis et d’un aspect imposant. Il fut reçu avec tous les égards que semblait commander un extérieur aussi recommandable. .Te désirerais, lui dit Sinan, entendre quelques propos du docteur, afin d’en faire mon profit. Le vénérable candidat tira alors de sa manche un papier contenant des pièces d’or, et les offrit à Sinan, en lui disant : Je ne sais ni lire ni écrire, mais j’ai une famille à nourrir, et je te prie de ne pas m’enlever ce qui nous fait vivre. Sinan sourit, et lui répondit : A une condition, c’est que tu n’entreprendras jamais le traitement d’un malade que tu ne connaisses parfaitement sa maladie, et que tu n’emploies jamais la saignée ni les purgatifs que dans des cas bien évidents. C’est ce que j’ai fait jusqu’alors, répondit le vieillard, et je n’ai jamais administré que del’oxymel et desjuleps. Sinan le congédia.

Sinan composa plusieurs ouvrages d’histoire, de mathématiques et (i’astronomie. 11 fut aussi traducteur.

Dans la première catégorie, nous citerons les annales des rois de Syrie, les annales de sa famille, la religion des Sabiens, une traduction ai-abe de leurs rites et de leurs prières.

Dans la seconde, des commentaires sur des éléments de géométrie ; des lignes tracées dans un cercle, dédié à Adhad eddoula; des commentaires sur les ouvrages d’El Kouhy, des commentaires sur le livre des triangles d’Archimède dont une traduction du syriaque en arabe avait été faite par le prêtre Yousef, traduction qui fut revue par Sinan.

Enfin dans la troisième nous citerons un traité de l’équiüoxe, de la division des jours de la semaine suivant les planètes, dés sciences astronomiques.

Il traduisit ailssi le traité des lois d’Hermès.

368 HISTOIRE DE LA. MÉDECINE ARABE, — LIVRE ÏBOIsiÈME.

Un catalog-ue de ses ouvrag-es avait été établi par un de i anciens coreligionnaires, le .sabien Ibrahim ben Hilal.

abou’l hassan tsabet ben sinan.

Ainsi que son père, il fut médecin des Khalifes, et il servit Mottaquy, Mostacfy et Mouty. En l’année 313 il fut chargé du service d’un hôpital, où il enseignait la médecine, prenant pour base de ses leçons Hippocrate et Galien. ^

Il n’a pas laissé d’écrits sur la médecine, et ce qui le recommande à notre attention, c’est qu’il fut chargé de soigner le malheureux Ebn Mocla. On sait que ce célèbre calligra- j phe, qui passe pour avoir donné aux caractères arabes leur forme définitive, devint aussi vizir, et qu’ayant encouru, pour divers motifs, plusieurs disgrâces succcessives, il fut condamné à avoir la main, et plus tard la langue coupée. Tsabet fut chargé d’aller le panser. Je le trouvai, raconte-t-il, dans ses annales, livide comme du plomb, affaibli et agité par la souffrance. A ma vue il se mit à pleurer. Son bras était gonflé. Sur le lieu de l’amputation était de la fiente maintenue par un linge grossier. Sur l’extrémité du membre était une ligature qui entrait dans les chairs. Je l’enlevai et fis remplacer la fiente par du camphre. Un autre jour il se mit à pleurer en disant : cette main qui a servi trois Khalifes et qui a copié deux fois le Coran, on l’a coupée comme on fait pour un voleur. Quand plus tard on lui coupa la langue, il tomba dans un tel abandon, que n’ayant plus personne pouï le servir, il puisait de l’eau lui-même, s’aidant de sa main gauche et tenant la corde entre ses dents.

Tsabet a laissé des annales où il raconte les événementsj survenus depuis l’année 295 jusqu’àl’époque de sa mort, dont nous ignorons la date.

Tsabet eut un frère du nom û.’Ihrahim qui uultiva l’astronomie, et laissa un fils du nom d’Ishaq qui s’adonna à la médecine.

Autres Médecins Sabiens.

A côté de la famille de Tsabet, nous trouvons encore quelques Sabiens qui se firent un nom dans la médecine.

Le plus marquant est Ahoul Hassan Tsabet ben Ibrahim ben Zahroun. Son père Ibraliim était aussi médecin,' et habitait Harran, l’ancienne Carrlies. Aboul Hassan était un médecin expérimenté, judicieux, n’acceptant la tradition que sous bénéfice d’inventaire. Ebn Bothlan le cite dans son livre où il parle du traitement récemment institué contre certaines maladiess telles que la paralysie, que l’on avait antérieurement l’habitude de combattre au moyen de médicaments excitants. Un jour l’émir Abou Daher fut frappé d’apoplexie, et touslesmédecinsle croyaient mort. S’il en est ainsi, dit Aboul Hassan, une saig-née ne saurait lui faire de tort. On lui permit de la faire, et le malade revint à la santé. Aboul Hassan expliqua la maladie par la suppression de pertes hémorrhoïdaires, et sa cure par leur remplacement par la saignée.

Obéid Allah ben Djabril cite encore des faits de la pratique d’ Aboul Hassan, qui témoignent de son expériencomédicale. On en trouve dans Aboulfarage qui annoncent plutôt de la hardiesse que de l’instinct médical.

Aboul Hassan commenta le compendium de Jean fils de Sérapion et mourut en 365 de l’hégire, 975 de notre ère.

Il eut un frère, Hilal ben Ibrahim, qui pratiqua la médecine à Bagdad avec succès et distinction. Il fut attaché à la personne de Touzoun, Emir el Omra, qui, pour une médecine active le récompensa si généreusement que Hilal en fut soucieux. Si cet ignorant, dit-il à son fils Ibrahim, me récompense delà sorte pour un purgatif dont j’ai dû combattre l’intensité, pour une cause futile je puis encourir sa disgrâce.

EBN OUACIF ESSABY OU LE SABIEN.

Il vivait au milieu du X“ siècle, et jouissait à Bagdad d’une grande réputation comme oculiste. Ben Younes rap-

porte qu’un jour qu’il allait le voir, il vit à sa porte sept malades attendant leur tour d’opération (de la cataracte), j L’un deux lui offrit 80 drachmes, lui affirmant que c’était là toute sa fortune. Mais un g-este le trahit et lit voir une ceinture pleine de dinars. Ebn Ouacif le renvoya comme menteur et ne voulut pas l’opérer.

Page 1