ALI BEN ISSA OU ISSA BEN ALI
Nous savons déjà que ce nom soulève des controverses. Pour les uns, il ne représente qu’un seul médecin, et pour nous il en représente deux.
La première opinion peut s’appuyer sur Djemal eddin el Kofthy, Hadji Khalfa et Assemani.
La seconde sur Elon Abi Ossaïbiali, et même implicitement sur Mohammed ben Ishaq, l’auteur du Fihrist.
Djemal eddin mentionne un seul Issa ben Ali, qu’il fait disciple de Honein et auteur du Tedkirat el Kahhâlin, ou Mémorial des Oculistes.
L’Ali ben Issa d’Assemani, qu’il dit auteur du Tedkirat, est évidemment le même.
Quant à Hadji Khalfa, il ne mentionne non plus qu’un Ali ben Issa, l’auteur du Tedkirat.
Ebn Abi Ossaïbiali en mentionne deux, le premier au chapitre VIII, traitant des médecins qui fleurirent au commencement de la dynastie Abbasside, et le second au chapitre X, parmi les médecins de l’Irak. Il donne le premier comme l’un des meilleurs disciples de Honein, et comme l’auteur des deux ouvrages: Des avantages que l’on peut retirer des organes des animaux ; des Poisons.
Quant au second, voici ce qu’il en dit: Ali beu Issa, dit aussi Issa ben Ali, oculiste consommé, composa un livre intitulé Tedkirat el Kahhâlin, livre célèbre, indispensable à tout oculiste et universellement admis à l’exclusion de tout autre. Toutefois la partie pratique de l’ouvrage vaut mieux que la partie théorique. Il mourut après Tannée 400 de Thé-
Cecinous reporte après Tannée 1010 de notre ère, c’est-àdire un siècle et demi après Honein, d’où il suit que notre oculiste lie peut être son élève.
Mohammed ben Ishaq dit Issa ben Ali disciple de Honein, mais il ne lui attribue qu’un écrit, celui-là même dont parle Ebn Abi Ossaïbiali : De l’avantage qu’on peut retirer des animaux. Cet Issa n’est donc 2Jas l’oculiste. Du reste. Mohammed ben Ishaq n’a pu parler de l’auteur du Tedkirat, le Fihrist s’arrêtant à Tannée 377 de Thégire, 987 de notre ère.
Outre le témoignage d’Ebn Abi Ossaïbiali, ce qui nous porte encore à ne pas admettre le premier Ali ben Issa comme l’auteur du Mémorial desoculi tes, c’est que Honein,
500 nisroiHE de la médecine arabe.-— livre quatrième, sou maître, avait déjà compo.sé deux ouvrages sur l’oculistique, et nous avons de la peine à croire que sou disciple ait traité de nouveau la matière.
Nous avons clierché dans les écrits des médecins arabes des mentions qui puissent nou.s apporter quelque lumière, mais nous n’avons rien trouvé de concluant.
Dans l’introduction placée en tête du Mémorial des oculistes, Ali ben Issa nous dit qu’il s’est approprié tout ce qu’il a trouvé de mieux dans les écrits de Galien et de Honein. Il semblerait qu’un disciple de Honein ne se serait pas borné à une mention aussi sèclie de son maître, cité purement et simplement à la suite de Galien, qui a reçu la qualification la plus honorable.
Reiske admet comme nous la dualité des personnages connus sous le nom d’Ali ben Lssa, dans ses Opuscula medica ex monumentis Arabiim. Au chapitre VIII, n' 30, ilcite ("Jésus^ lssa filius Ali, car ces deux noms se trouvent souvent intervertis. C’est évidemment ici le disciple de Honein, dont le nom se lit un peu plus haut. Au chapitre X, consacré aux médecins de l’Irak, n° 43, on lit, au lieu d’une simple mention : K Aliiis filius Isal Kahhali, cujus opus de morbis oculorum, quod autor noster summopere laudat et valde commandai chirurgicis tanquam eo carere nequeant, eleganter scriptum possideo. » Cette annotation marque d’autant mieux la manière de voir de Reiske qu’elle est unique dans cette longue et sèche nomenclature.
La reproduction des deux Ali ben Issa ou Issa beu Ali se retrouve également dans la liste de Nicoll.
Wüstenfeld n’a reconnu qu’un seul Ali ben Issa, le faisant disciple de Honein et l’auteur du Tedkirat el Kahhûlin ou Mémorial des oculistes ; mais il a commis une méprise. H renvoie précisément à cette notice du chapitre X d’Ebn Abi Ossaïbiah, qu’il n’aura pas lue; sans doute, car il y est dit qu’Ali ben issa mourut après l’année 400 de l’hégire, ce qui ne saurait convenir à un disciple de Honein.
Ne pourrait-on pas encore objecter à l’opinion qui fait de l’auteur du Mémorial un disciple de Honein, que Honein et Hobeïch ayant écrit déjà sur les maladies des yeux, il n’est
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pas probable qu’un disciple ait fait un nouveau traité sur le môme sujet.
Quoi qu’il en soit, les nombreux médecins arabes qui ont écrit plus tard sur l’oculistique ont toujours tenu le Mémorial eu grande considération, et l’ont toujours cité à côté de celui de Honein.
Mais il est un livre où l’on trouverait certainement une mention du Mémorial et de son auteur, s’il était contemporain de Honein, c’est le continent de Razès. Or il n’en est rien, et c’est pour nous une preuve que le Mémorial et son auteur n’appartiennent pas au IX" siècle.
Nous nous en tenons donc au second Ali ben Issa d’Ebn Abi Ossaïbiah, et nous pensons qu’il a prolongé sa carrière jusqu’au commencement du XI" siècle.
On lit dans As.semani qu’Ali ben Issa, qui aurait aussi porté les noms de David Aboul Hossein, aurait quitté la secte nestorienne pour embrasser la communion grecque.
Le ïedkirat se divise en trois parties. La première est consacrée à la description de l’œil, la seconde aux maladies qui sont appréciables aux sens et la troisième aux maladies qui ne sont pas appréciables aux sens, telles que la myopie, l’héméralopie, etc.
L’auteur nous annonce dans son introduction qu’il s’est appuyé surtout sur Galien et sur Honein. On rencontre, en effet, le premier assez souvent cité soit pour des questions de doctrine soit pour des formules (1).
On rencontre aussi le nom de Paul d’Égine et celui de Criton.
Dans le Ms. de Paris on trouve une note d’encre différente relative à l’aiguille à cataracte creuse, dont on donne même la figure, mais ceci est une interpolation.
Le Mémorial des oculistes fut traduit de bonne heure, on ne sait par qui, et publié sous ce titre ; De cognitione infirmitatum oculorum et curatione eorum. On l’a souvent imprimé avec les œuvres d’Abulcasis et de Guy de Chauliac.
(1) On pont observer, à propos de la cataracte, qu’Issa réfute par trop vivement Honein pour croire qu’il était son disciple.
Guy de Chauliac emprunte beaucoup à Jesu liali. Nous citerons un passage du cliapitre de la cataracte : s Si cstte humidité s’assemble entre la cornée et l’uvée, comme le prouve Jésus ou entre l’albuginée et le crystallin, comme signifie Galien au X° de l’usage (des parties) il ne me chaut d’en déterminer à présent (traduction de Joubert). ^
Sans exagérer la valeur du Mémorial d’Issa ben Ali, valeur inférieure à celle de plusieurs écrits arabes du même genre, mais supérieure en tout cas à la monographie vulgairement connue sous le nom de Canamusali, on peut s’étonner que Sprengel n’en ait pas parlé dans son histoire de la médecine.
En 1845, Hille publiait à Dresde un échantillon du Tedkirat sous le titre Alii ben Issa monitorium oculariorum specimen, annonçant une prochaine édition du texte arabe, qui n’a point paru .
Après une assez longue introduction , où il trace une esquisse historique de l’ophtalmologie, il donne la traduction du premier livre, puis la liste des chapitres des deuxième et troisième, le tout comprenant soixante-quatre pages.
Hille se range de l’avis de Wüstenfeld, et considère Ali ben Issa comme le disciple de Honein. Il emprunte également à Wüstenfeld tous les éléments de son esquisse de l’oculistique chez les Arabes, esquisse qui n’a par conséquent rien de neuf, mais qui renferme quelques erreurs et bien des lacunes, que nous signalerons en passant et par occasion. Hille prétend à tort que les Arabes sont redevables aux Romains. Il confond Alexandrie avec le Caire (p. 32), Djaber ou Géber avec Djafar (34), fait d’Issa ben Ali un traducteur (37), admet d’après Léon l’Africain le voyage de Razès en Occident, etc.
Quant aux lacunes, il n’a pas reconnu, pas plus du reste que Wüstenfeld, Omar ben Ali el Mously dans Canamusali, et il a méconnu de nombreux ouvrages d’oculistique écrits par les Arabes. Il en existe cependant dans nos Bibliothèques ; ainsi celui d’Ebn Ouafed ou Ebn Guefith h l’Escurial ; le Nour el ouioun de Salah eddin ben lousef, la Netidja d’Elquissy, le Kafy d’Ebn Abil Mahassen, qui existent tous
les trois à Paris. Nous connaissons encore une monographie de Tsabet ben Corra, fréquemment citée par les oculistes postérieurs et d’autres ouvrages encore, les Arabes ayant cultivé l’oculistique plus particulièrement que toute autre partie de la médecine. Pour être compiet, Hille aurait du signaler ce fait, entrevu déjà par Abulcasis, de l’opération de la cataracte avec une aiguille creuse et par succion, et la pratique de cette opération par extraction. M. Sichel a rendu compte de la publication de Hille dans le Journal asiatique d’août 1847. Il a comparé avec le texte arabe de Paris celui de Dresde dont on obtint l’extradition, et il a trouvé que les deux copies proviennent d’un même original, mais ayant chacun des variantes ou des gloses qui les complètent réciproquement. Comme spécimen il a donné le chapitre 7 du livre II relatif à l’adhérence des paupières.
La lettre sur l’oculistique, citée par Wüstenfeld comme existant à Florence, ne paraît pas autre que le ïedkirat.
On attribue encore à Ali une liste des mots syriaques introduits dans l’arabe et un traité du Planisphère, mais nous donnons ces renseignements sous toute réserve. Le Tedkirat existe dans plusieurs bibliothèques.
Il y a une vingtaine d’années, en Algérie, nous avions cru le rencontrer à la suite d’un compendium du Marocain Ben Azzouz, mais après une coliation plus attentive nous avons reconnu que notre Ms., tout en prenant pour base le plus souvent le Tedkirat, différait par d’autres emprunts, notamment à Paul d’Égine, et ne suivait pas constamment et pas à pas le Tedkirat.