‹ Histoire de la médecine arabeChapitre 175 sur 199 · ISSA BEN ALI EL ASDY · texte numérisé non relu

ISSA BEN ALI EL ASDY

Sous le n“ 898 de l’Escurial est inscrit un magnifique infolio d’environ cinq cents pages, traitant de la chasse par les oiseaux. L’ouvrage est divisé en deux parties. La première traite des oiseaux chasseurs, de leur histoire naturelle, de leur éducation et de leur emploi, avec une incroyable richesse de détails ; le tout entremêlé d’anecdotes et de poésies.

Ün rencontre là des oiseaux auxquels on n’accorde pas habituellement l’aptitude à chasser. La deuxième partie traite de l’alimentation, de l’hyg-iène et de la médecine des animaux, ainsi que de l’emploi de leurs organes. Dans cette partie le chien tient une large place.

Casiri désigne aussi l’auteur : Issa ben Ali Hassan el Asdy, de Grenade, et le fait vivre au septième siècle de l’hégire.

D’autre part nous trouvons inscrit sous le n” 1367 du Musée britannique un ouvrage traitant absolument de la même matière, dont le manuscrit est toutefois incomplet. Le catalogue porte d’abord cette observation que l’auteur a dû vivre au cinquième siècle par la raison qu’il mentionne Kirouach, prince de Mossoul.

On rappelle ensuite le Manuscrit de l’Escurial et son auteur, puis on affirme l’identité des deux ouvrages. Un manuscrit turc procédant évidemment du n“ 1367 dit formellement que l’auteur est Issa ben Ali ben Hassan el Asdy.

En conséqnence nous adoptons cette dernière version d’autant plus que nous avons plus d’une fois surpris Casiri rattachant indûment à l’Espagne des auteurs étrangers.

Le catalogue du Musée britannique mentionne, parmi les auteurs cités, Errathriq, qui l’est aussi, dans le n“ 987 du supplément de Paris.

MÉSDK LE JEÛNE.

Les historiens auxquels nous avons habituellement recours n’en parlent pas. Nous ne le connaissons que par Léon l’Africain et par les écrits qui nous sont restés sous son nom.

Au dire de Léon, C. XI, de Mesuach Christiano, c’était un chrétien jacobite né à Mardin. Il fit à Bagdad des études de philosophie et de médecine dont Avicenne était la base. C’est à tort qu’on l’a donné comme disciple d’Avicenne, Léon se borne à dire que le professeur, suivant l’usage, lisait les écrits d’Avicenne à ses élèves.

Il se rendit plus tard en Egypte, où il devint un des familiers du Khalife FatmideEl Hakem, et s’acquit des richesses non moins que des honneurs. H mourut en l’année 406 de

l’hégire, 1015 de notre ère, à l’âge d’environ 90 ans. On a voulu reporter la date de sa mort à l’année 1018, sous prétexte que ces années étant solaires, il avait en réalité vécu 93 années lunaires. Nous ne voyons pas la nécessité de cette restitution, Léon n’étant affirmatif que pour cette date. Nous verrons plus tard que les écrits de Mésué lui assignent en effet une place vers cette époque.

Léon se borne à dire que Mésué écrivit sur la préparation des médicaments composés. Telle est bien la nature des écrits qui nous sont parvenus sous le nom de Mésué, mais seulement en traduction latine. L’auteur est ainsi désigné ; Joannes filius Mesue filii Hamech filii Heli filii Ahdela regis Damasci, ce que l’on peut rendre par Jean fils de Mésué ou de Masouihfils d’ Ahmed (1) fils d’Âli fils d’Abdallah.

On ne saurait prendre à la lettre ces expressions regis Damasci relevées par Assemani, qui fait observer gravement qu’après l’occupation de Damas par les Arabes, la souveraineté ne revint pas aux chrétiens. Dans ce passage assez confus, Assemani va jusqu’à compter quatre Mésué, tandis qu’il n’en existe réellement que deux.

En l’absence d’un texte original, on peut hasarder des conjectures, que légitime le peu de correction des traductions latines. On peut admettre qu’il y avait, dans l’original, hakim ou cheikh. Nous trouvons d’autre part, dans la traduction de Mésué, Sabour, bien connu pour son Formulaire, qualifié de Rex medorum.

Ce qui nous reste des œuvres de Mésué forme un ensemble qui se divise en quatre parties.

La première traite des correctifs des médicaments. De consolatione mcdicinarumet correctione operationum earum dem.

La deuxième traite des médicaments simples purgatifs. Elle se divise en deux sections, médicaments qui présentent des inconvénients et médicaments qui n’en ont pas. Les deux sections comprennent en tout 54 médicaments.

(1) Dans les noms propres tels que celui d’Ebn eddjezzâr, la traduction latine rend toujours Ahmed par Hamech.

006 HISTOIEE DE LA MÉDECINE AEABE. — LIVEE QUATEIÈME.

La troisième partie est un formulaire des médicaments composés, grabadin. Nous croyons inutile d’en donner la nomenclatnre. Mésué emprunte ses formules aux anciens et aux modernes et en donne aussi de son crû.

Dans la quatrième, de egritudinibus, il traite des médicaments propres à chaque maladie en particulier.

Cette partie ne fut pas achevée. Les maladies commencent par la tête et s’arrêtent au cœur. Dans les éditions de Mésué on trouve une continuation par Pierre d’Ahano.

Nous savons que Mésué l’Ancien composa pareillement un traité sur la correction des médicaments purg-atifs.

Il n’y a là qu’une coïncidence mais non pas une identité. Nous en avons la preuve en ce que nous lisons dans Mésué le Jeune le nom d’Ebn Eddjezzàr et bien certainement celui d’Avicenne sous la forme Ali senis, sans parler de Hamech, qui peut représenter Razès. Il est une autre citation, que nous considérons comme altérée, et sur laquelle nous aurons à revenir. On peut s’étonner que, parmi les noms de ses devanciers, Mésué ne mêle jamais celui de son homonyme. Le Traité de l’Ancien est donné comme existant en hébreu, au fonds hébreu de Paris. Quelques analogies observées d’apres le catalogue, nous ont laissé du doute, de même que cette désignation de Jean de Damas qui convient plutôt à Mésué le Jeune qu’à r,4.ncien. D’autre part, certaines dissemblances nous ont fait suspendre notre jugement jusqu’à ce que nous puissions-prendre connaissance des Manuscrits hébreux et les comparer àla traduction latine de Mésué.

On lit dans les annotations d’Alpagus insérées à la suite du Canon : Et ego vidi librum arabicum filii Mesue antiquioris, sed librum filii Mesue posterioris nullïbi in arabica reperire potui.

Mésué le Jeune aurait-il repris en sous-œuvre le travail de l’Ancien ?

La quatrième partie n’est guère qu’un mémorial de thérapeutique. Après une courte définition on ne trouve guère en fait de pathologie que ce qui est strictement nécessaire pour comprendre l’indication des divers médicaments.

On a discuté l’époque de Mésué. Les derniers auteurs cités

le ramènent à la date donnée par Léon. Nous avons déjà dit qu’on trouvait une citation suspecte. Il s’agit de celle d’Avenzoar. Nous pensons qu’il faut lire Ebn Zezar, Ebn Djezzar. Si l’on admettait Avenzoar on ne comprendrait pas comment Mésué, après avoir cité tous les grands médecins qui ont précédé Avicenne, n’aurait cité aucun des médecins compris dans l’espace d’un siècle et demi qui sépare Avicenne d’Avenzoar.

Avicenne est le plus récent des auteurs cités, ce qui concorde avec Léon l’Africain.

Mésué cite aussi les Grecs. A ce propos nous relèverons quelques citations qui prouvent qu’il était crédule ou mal informé.

Il parle d’une poudre composée par Aristote pour Alexandre dans laquelle il entre des myrobolans, du girofle, du camphre et du sucre tabarsed, ou crystallisé.

Il cite une formule de Galien dans laquelle il entre du séné.

Très souvent il emprunte à Démocrite.

En somme l’œuvre de Mésué n’est qu’une œ.uvre médiocre.

On ne peut s’expliquer sa vogue, car elle n’en eut qu’à titre de formulaire. (1)

Nous ignorons quand et par qui fut faite la traduction latine. Certaines transcriptions nous sembleraient indiquer qu’elle a pu procéder de l’hébreu. Ainsi la fréquence d’Eben Zezar au lieu d’Eben Gesar, Sapor rex medorum, qui ne nou semble .guère pouvoir procéder de l’arabe, etc.

(1) Mésué fut imprimé de bonne heure. On en compte plus de trente éditions complètes ou partielles .

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