VI. - ESPAGNE
Le XP siècle fut pour l’Espagne un .siècle de malheurs. La race des ümminde.s .s’étant abâtardie, les descendants d’El Mansour ne se contentèrent plus du titre de Hadjib et aspirèrent au Klialifat. La guerre civile désola Cordoue pendant de longues années, l’empire se démembra et les princes chrétiens profitèrent de ces troubles.
La science devait souffrir. Plusieurs hommes éminents furent masacrés dans Cordoue, et le grand chirurgien Abulcasis, que Léon fait mourir dans la guerre civile de Cordoue, fut peut-être du nombre (1012).
Ce .siècle ne nous offrira donc que des personnalités de second ordre, cependant en assez grand nombre encore.
^ C’est d’abord l’école de Moslema, cultivant la médecine à côté des mathématiques. Ce sont ensuite les noms connus d’Ebn Ouafed, dont nous avons fait Eben Guefith, et de Bécri, qui cultivait l’histoire naturelle en même temps que la géographie. Nous voyons aussi paraître des ouvrages d’agriculture touchant à l’histoire naturelle.
Un traité curieux de clinique médicale, que nous avons découvert à l’Escurial, nous paraît appartenir à ce .siècle.
Il faut signaler aussi comme un caractère de Tépoque un nombre plus considérable de savants juifs^ dont un se fit musulman et parvint au vizirat.
A ce siècle appartient le premier des Avenzoar, que nous remettrons au siècle suivant, afin de présenter en un seul faisceau tous les membres de cette illustre famille.
Malgré cet affairfsemeiit, les efforts dépensés au X“ siècle par les Ümmiades ne furent point stériles, et le XI" siècle a du moins le mérite d’avoir préparé le XII", le plus grand siècle de l’Espagne musulmane.
EBN ESSAMEDJ.
C’est un des élèves que Mosiema léguait au XI" siècle.
Ainsi que sou maître, il fut avant tout mathématicien et astronome. Cependant il nous est donné comme s’étant aussi occupé de médecine. Il laissa plusieurs ouvrages.
Des commentaires d’Euclide, sous forme d’introduction aux mathématiques.
De la nature des nombres.
Des calculs usités dans le commerce.
Un grand traité de mathématiques.
Des tables astronomiques établies d’après le système du Sendhend.
Un traité de la construction et do l'usage de l’astrolabe.
Il mourut à Grenade sous le prince Djious ben Ziry ben Menad le Sauhadjite, en420 de l’hégire, 1029 de notre ère, à râge de 59 ans, et son biographe a soin de nous dire que ce sont des années solaires.
EBN ËSSOFFAR.'
Aboul Cassem Ahmed ben Abdallah ben Omar ben Soffar étudia d’abord les mathématiques et l’astronomie à Tolède, puis s’en vint suivre les leçons de Mosiema el Madjrithy. Lors de la guerre civile, Ebn Essoffar quitta Cordoue et vint à Dénia, près de Témir Modjahed el Amry, où il fut rejoint par plusieurs de ses disciples. Il y mourut à une époque inconnue. Ebn Abi üssa'i'biah, dans sa notice d’Ebn Essoffar, ne dit pas qu’il ait cultivé la médecine. Il lui attribue un traité de l’astrolabe et des tables astronomiques.
Ebn Essoffar avait un frère, Mohammed, qui passa pour le meilleur constructeur d’astrolabe en Andalousie.
EBN KHALDOÜN.
Abou Moslem Omar ben Ahmed Khakloun el ben Hadramy, d’une famille disting-uée de Séville, fut un élève de Moslema, et cultiva la philosophie, les mathématiques, l’astronomie et la médecine. Il mourut h Séville en 1056. Bien qu’élève de Moslema il était plus ancien qu’Ebn Essoifar, attendu que celui-ci nous est donné comme ayant été son disciple.
EZZ.AHRAOÜY.
Aboul Hassan .41i bon Solciman Ezzahraouy fut aussi disciple de Moslema, qui lui enseigna les mathématiques. Il était .sans doute de Zahra, de même que son illu.stre homonyme Abulcasis avec lequel M. de Slane l’a confondu, dans sa traduction des prolégomènes d’Ebn Khaldoun. 11 cultiva aussi la médecine et composa un livre intitulé les colonnes, dont nous ignorons le contenu.
EL KERMANY.
Aboul Hakam Omar ben Abderrahman ben Ahmed bon Ali el Kermany, de Cordoue, et suivant d’autres de Malaga, s’en fut en Orient à Harran, où il étudia les mathématiques et la médecine. Il en rapporta en Espagne le Livre des frères de la pureté, et se fixa à Saragosse. Il y exerça la médecine et se distingua dans la pratique de la chirurgie.
Il mourut à Saragosse en 1066 à l’âge de 90 ans, ou même plus, dit le Kitab el hokama.
ABOUL ARAB lOUSEF BEN MOHAMMED.
C’était un médecin éminent et savant, que l’on plaçait immédiatement après Ebn Abdoun, le premier médecin de Cordoue, dont nous avons parlé au siècle précédent. Sur ses
vieux jours il se donna à l’ivresse et fut délaissé. Il vécut au-delà de l’année 1038.
ABOÜL BAGODNECII.
Abou Otsman Saïd ben Mobammed ben el Bagounecb naquit à Tolède. Il vint à Cordoue suivre les leçons de Moslema, de Mobammed ben Abdoun et d’Ebn Djoldjol, puis il s’en retourna à Tolède et s’attacha à l’émir Eddaber Ismaïl ben Dboulnoun, qui en fit son intime et son conseiller. Il étudia aussi le Coran, la pbilosopbie et les mathématiques. Il étudia la médecine dans les œuvres de Galien, mais il ne fut jamais un bon praticien et n’eut pas l’instinct médical. Il mourut en 1052 âgé de 75 ans.
EBN ODAPED
(Ehen GuefithJ
Aboul Motbarref Abderrabman ben Mohammed ben Abd el Kebir ben labya ben üuafed Ellakbmy, dont nous avons fait Eben Guefith, appartenait à l’une des meilleures familles de l’Espagne.
Il était de Tolède et naquit en Tannée 389 de l’hégire, 998 de Tère chrétienne. Il s’appliqua particulièrement à l’étude de Galien et d’Aristote, mais surtout à l’étude des médicaments simples, où il surpassa tous ses contemporains. Il composa sur cette matière un livre où il fit entrer tout ce qu’avaient dit Galien et Dioscoridcs,etquipa.ssaitpour un ouvrage complet et bien ordonné.
L’émir Dhoulnoun lui conféra la dignité de vizir. D’après Ebn el Khathib, cité par Casiri (II, 131) il mourut en 407 (1074).
Ce qui caractérise Ebn Ouafed ce sont ses grandes connaissances en matière médicale et en thérapeutique. H avait, dit Djemal eddin, dès procédés simples et faciles pour traiter les maladies graves et insidieuses. Tel était le principe qui
réglait sa thérapeutique. Il employait autant que possible les aliments dans le traitement des maladies. Quand il devait employer les médicaments, il donnait la préférence aux médicaments simples sur les composés. Quand il devait employer des médicaments composés, il employait de préférence les moins compliqués.
Tels sont ses écrits ;
Des médicaments simples. Ce livre, dit l’auteur du Kitab el hokama, contenait cinq cents feuilles et l’auteur mit vingt ans à en recueillir et en assurer les matériaux. Ce que nous avons en traduction latine, de Medicamentis simplicïbus, en est probablement un fragment.
Expériences médicales.
Traité des maladies des yeux.
L’oreiller médical. Cet ouvrage nous a été conservé. Wüstenfeld, d’après Casiri, l’indique dans le n” 828 de l’Escurial, sous le titre Manuductio ad artem medicam. Mais Casiri s’est trompé. Il a lu Rached au lieu de Ousad, qui se lit parfaitement. C’est en somme un mémorial de thérapeutique, où l’auteur donne des recettes pour les diverses maladies, à commencer par la tète; ainsi des formules do gargarismes, confections, potions, fumigations, cataplasmes, collyres, robs, pastilles, pilules, etc., sans compter les indications de la saignée.
Nous y avons remarqué une recette curieuse, pour traiter le dévoiement chez les rois : Prescrire comme aliment du riz cuit avec de l’eau de roses , des pigeons rôtis, des confitures de coing, des boissons d’eau de grenades avec du sucre, etc.
On rencontre aussi des observations relatives à des malades qui se sont adressés à lui.
A la fin du volume ou rencontre la formule d’une préparation recommandée par les médecins francs contre les affections de l’estomac et du foie. Ce sont des excitants tels que le girofle, le galanga, l’ambre, l’agalloche, la cannelle, le nard, le cardamome, le mastic, le gingembre, le safran, unis à la rhubarbe, à l’agaric et à l’aloëSj donnés sous forme pilulaire.
Ebn el Kliatib, cité par Casiri, lui attribue un traité du Sommeil et uu traité d’Agriculture (II, 131).
On a traduit aussi un opuscule d’Ebn Guefitli sur les bains. Il composa aussi le Kitab el Mor'its, que Wüstenfeld a rendu sans doute par Liber auxiliaris. Nous préférons y voir ce remède secret rapporté par lounous el Harrany, que nous avons déjà vu sous ce même nom.
EIUIAMLY.
^ Il habitait Alméria du temps d’El Maouïn. C’était un médecin renommé pour sa bienfaisance. Il écrivit un Parterre de médecine.
ebn eddeheby.
Abou Mohammed Abdallah el Azdy Eddeheby était aussi un philosophe et un alchimiste. Il mourut à Valence en 456 (1003) et laissa un livre sur cette thèse : Que l’eau ne nourrit pas.
EBN ExNNABBACH.
Il porte aussi le nom d’El Bedjay, sans doute parce qu’il était originaire de Beja. 11 habitait les environs de Murcie. C’était un bon praticien cultivant aussi la philosophie et la physique.
ABOü DJAPAR BEN KHAMIS.
Il était de Tolède; Sa médecine était celle de Calien. C’était aussi un mathématicien.
eddarmy.
Aboui Hassan Abderrahman ben Khalef Eddarmy étudia la médecine dans Calien, sous la direction d’Ebn el Bagounech.
C’était un liomme ingénieux, un habile praticien, faisant preuve de sagacité dans les cas difficiles.
EBN EL ICHAYAT.
Abou Bekr lahya ben Ahmed ben el Khaiat étudia les mathématiques sous Moslema. Il dirigea ensuite ses études vers l’astronomie et s’y fit un renom. Il était attaché comme astronome à Soleiman beu Hakem ben Ennacer, à l’époque des troubles de l’Espagne musulmane. Il servit ensuite l’émir El Mansour lahya ben Ismaïl ben Dhoulnoun. Il s’occupait aussi de médecine et la pratiquait avec habileté. C’était en outre un homme doux et bienfaisant. Il mourut à Tolède, en 447 (1055) à l’âge de près de 80 ans.
MOUNEDJEM BEN EL KAOÜAL.
C’était un juif de Saragosse, habile médecin et s’occupant de philosophie. Il écrivit un traité sur la logique.
ISHAQ BEN K.AFTAR.
C’était un juif au service de Mouaffeq el Amri et de son fils Akbal Eddoula. Outre la médecine il cultivait aussi la philosophie et connaissait parfaitement la littérature et la jurisprudence des Juifs. C’était aussi un homme d’esprit et plein d’aménité. Il mourut à Tolède en 448 (1056) à Tàge de 75 ans.
EBN HEDJADJ.
El Khatib Abou Omar Ahmed ben Mohammed benHedjadj est l’auteur d’un traité d’ Agriculture, intitulé le Morny, cité parEbn Beithar, et mis à contribution par Ebn el Aouâm. Voici ce qu’en dit ce dernier dans l’introduction de son livre : K J’ai pris pour base de mon travail ce qu’a écrit le
ESPAGNE
Cheikh savant et illustre Abou Omar ehn ol Hedjadj, dans son livre qui porte le titre de Mor’ny (Le suffisant) qu’il composa en l’année 446 (1073 de J.-C.). » Traduction de M. CL Mullet, tome P', page 7.
A la page suivante, Ebn el Aouâm parle aussi du livre de Hedjadj de Cordoue, qui serait sans doute la patrie de notre auteur.
Ebn el Hedjadj paraît avoir écrit d’autres livres que le Morny, si l’on s’en rapporte au passage suivant d’Ebn el Aouâm ; Ebn ol Hedjadj dit dans le Morny, un des livres qu’il a composés sur l'agriculture, etc., page 380. Aut. cit. Nous verrons plus tard, en parlant d’Ebn el Aouâm, qu’il eut d’autres devanciers dans la carrière agricole.
MOHAMMED ETTEMIMY.
Il ne nous est connu que par un écrit qui existe à l’Escurial, sous le n“ 887, ancien 882. C’est un manuscrit d’une trentaine de feuilles, acéphale, mutilé, relié à tort et à travers. Nous allons voir cependant qu’il mérite une mention, d’autant plus que le catalogue de l'Escurial s’est trompé sur l’auteur et son livre.
Casiri s’est mépris d’abord sur le nom de l’auteur. Le nom qu’il adopte est celui d’un personnage cité incidemment. H s’est bien plus mépris sur le contenu de l’ouvrage.
Le nom de Mohammed Ettemimy est cité plusieurs fois en tout ou en partie dans des conditions telles qu’il est nécessairement l’auteur du livre.
Quant au livre, Casiri y a vu un manuel d’examens à l’usage des candidats au titre de médecin. Amoreux qui l’a reproduit, a fait à ce propos quelques plaisanteries que l’on peut lire dans son informe compilation, page 134, sous le titre Abou Djafar Ahmed ben Ishaq el Hassaini. La méprise de Casiri s’explique par une lecture superficielle du livre, faute qu’il commet trop souvent.
Cet ouvrage n’o.st pas autre chose qu’un recueil d’observations prises aux consultations d’un médecin et recueillies
par son élève. On comprend qu’à ce titre il mérite notre attention. Pour notre part, c’est le premier de ce genre qui non» soit tombé sous la main.
Il se divise on séances ou consultations, et ces séances sont, au nombre d’une cinquantaine, complètes ou non. Telle en est la forme habituelle. Un malade se présente. Le médecin l’observe, le questionne, et le fait observer par son élève, ce. qui amène des questions échangées entre l’un et l’autre. Le maître fait ses prescriptions et il lui arrive souvent de questionner l’élève sur ce qu'il sait de la maladie représentée. Si l’élève no la connaît pas bien, le maître en parle ex-professo ainsi qu’il arrive chez nous dans les conférences faite.s après la visite.
Si d’autre part l’élève a remarqué dans le diagnostic, le pronostic ou le traitement quelque chose qui l’a frappé, il eu demande l’explication au maître ijui la lui donne. Voilà comment Casiri, après une lecture très superficielle de l’ouvrage, a pu le prendre pour un manuel d’examens.
La nationalité de l’auteur ne comporte aucun doute. Quant à son époque voici les raisons pour lesquelles nous l’avons placé au XI® siècle.
Un malade affecté de tumeur frambésiforme de la joue se présente, ayant été déjà traité à Talavera par un certain Ebn Aflah (que nous ne pouvons identifier avec l’astronome de ce nom) puis à Tolède par plusieurs médecins.
Une femme, affectée de polype du nez, se présente en l’année 02, qui fut revue quelques années après. Rapprochant cette date de la citation de Tolède, qui fut conquise vers la fin du XP siècle de notre ère, nous avons dû croire que cotte date écourtée 62, appartenait au cinquième siècle de l’hégire, soit donc l’année 462 qui répond à l’année 1069 de notre ère. Il se pourrait que notre auteur habitât Tolède alors encore au pouvoir des Musulmans, ou bien les environs. Il est encore quelques autres citations, mais dont nous ne pouvons tirer parti. Ainsi Abon Djafar Ahmed bon Issa el Hachemy et non el Hussein, que Casiri a pris à tort pour Tauteur du livre, tandis que l’élève appelle Temimy son père, son oncle, et dit formellement à la séance XP que le
malade so présenta à lui. Il est encore question d’un Mansour, et d’un Fakik ben Abi Rochd. Ce Mansour, dans des lettres qui suivent l’ouvrag'e , est dit avoir écrit à l’un de ses confrères de Badajoz, dit Ebn Thifour.
Nous avons dit que le nombre des consultations était d’une cinquantaine, mais le livre étant mutilé, nous ne savons s’il en comportait davantage. Quelques-unes ont trait à la même maladie, avec des conditions différentes.
Nous reproduirons in extenso deux consultations, ce qui suffira pour donner une idée du livre et de sa manière.
La première séance, qui se trouve au milieu du recueil par la faute du relieur, est précédée de quelques mots ne formant pas un sens complet, mais prouvant que l’ouvrage commençait par une préface ou une introduction. La voici au complet :
Il lui vint un homme racontant qu’il souffrait d’un violent mal de tête. Mon maître lui dit : Est-ce par devant ou par derrière, et comment ressens-tu des battements dans les tempes ? Il répondit ; Comme si l’on me donnait des coups de marteau sur le devant du crâne. — Prescription ; Tu prendras de la camomille, des feuilles de roses et des têtes de pavot, tu mêleras le tout dans une marmite et tu y verseras do l’eau en quantité suffisante pour le recouvrir ; tu feras bouillir, puis tu te pencheras sur les vapeurs émanées du va.se. Fais cela pendant trois jours, matin et soir, et tu guériras. Aliments; quelque chose de mou et de relâchant. Il guérit.
XVP séance :
Un homme se présenta, disant avoir à la paupière supérieure un bouton comme une verrue. Mon maître m’ordonna d’aller m’assurer avec la main si la tumeur était mobile ou non. Je le fis, et elle était mobile comme si c’eût été un grain de pois sous la peau. Je lui en rendis compte et il me pre,scrivit de renverser la paupière et de regarder s’il y avait une saillie à l’intérieur. Je le fis et ne trouvai rien. Il dit alors ; C’est la maladie appelée grêlon. B’rictionner avec de l’huile d’olives et placer un topique avec du pain chaud. Le malade le fit pendant quelques jours et guérit. — Dois-je le faire sortir, dis-je h mon maître. — Oui, répondit-il, si tu
552 HISTOtRE DU LA MÉDECINE ARABE. — LIVRE QUATRIÈME.
sais ce que c’est que le grêlon et combien il y en a d’espèces. Eh bien, il y en a trois. — Le maître fait alors l’histoire du grêlon et de ses variétés.
A la XP séance, à propos d’une autre affection de l’œil, il fait la description anatomique de cet organe.
A la XIV‘ séance, il est question d’un héméralopique.
Le maître lui prescrit du rognon de bouc rôti, sans autre médication. Là dessus l’élève s’étonne et demande au maître comment il peut traiter une maladie sans médicaments. Le maître répond que l’aliment prescrit combat la cause de la maladie.
Ailleurs il est question d’une tumeur lacrymale. Elle est traitéeparune composition de vertdegris, d’aloës, demyrrhe et d’orpiment, puis le maître dit à l’élève qu’on la traite aussi par la cautérisation avec le fer rouge et il entre dans les détails du traitement.
Une longue séance est consacrée àunphthisique Lemaître fait particulièrement remarquer à son élève la forme des ongles. Après un traitement sans succès, le maître finit par dire au malade qu’il renonçait à le traiter et qu’il ait à faire son testament. L’élève demande au maître la raison d’unprono.stic aussi grave. Le maître lui dit qu’il s’agissait d’un sujet tombé dans le marasme.
L’élève demande si la maladie avait des analogues. Le maître répond affirmativement, et lui fait l’histoire de la phthisie, du marasme et de la fièvre hectique.
Une observation intéressante aussi est celle d’une hernie. Le maître fait pratiquer le taxis par son élève et traite par la suture. Dans une autre observation, il emploie le cautère.
Citons encore une observation d’hémorrhoïde sèche, traitée par la ligature.
Nous croyons avoir dit suffisamment pour faire comprendre la nature de cet ouvrage et son intérêt, tant au point de vue du fond que de la forme et de la méthode d’enseignement de la médecine par la clinique.
ESPAGNE
EL BÉKRY.
«: Abou Abdallah ou Abou Obeïd Abdallah ben Abd el Aziz el Békry, de Murcie, d’une famille de princes espagnols, était très versé dans la connaissance des médicaments simples et de leurs propriétés, de leurs emplois de leurs noms, de leur administration et de tout ce qui concerne cet objet. Il a laissé un livre sur les principales plantes et arbres de l’Andalousie. »
Voilà tout ce qu’on lit dans Ebn Abi Ossaïbiah, du moins dans certaines copies, et voilà probablement la cause pour laquelle cette courte mention a échappé à M. de Slane, qui ne la cite pas dans son introduction à la description du Magreb, autre ouvrage d’El Békry
D’après l’éminent orientaliste que nous avons cité, Békry aurait vécu pendant presque tout le onzième siècle de l’ère chrétienne, étant mort en l’année 487 de l’hégire, 1094 après Jésus-Christ, à un âge très avancé.
On lui donne encore le nom d’El Corthoby, en raison d’un long séjour qu’il aurait fait dans la ville de Cordoue.
Outre l’ouvrage édité et traduit par M. de Slane, et qui porte le titre de Messalek oua Memalek, les Routes et les Royaumes, Békry serait encore auteur d’un livre sur la mission de Mahomet, de commentaires sur Abou Ali el Cali, d’un traité sur la dérivation des noms propres.
Il est cité une dizaine de fois dans Ebn Beithar. Parmi ces citations nous signalerons la description de l’ombellifère qui produit l’asa fœtida, et celle de la fougère, dont il donne le nom berbère Kkalendj qu’il dit équivalent du grec Erikè, et dont il dit que la racine est employée en Espagne à faire un charbon excellent pour les forgerons.
Il est probable que Békry aurait pu fournir un contingent plus considérable à Ebn Beithar. Dans sa description du Nord de l’Afrique nous trouvons çà et là quelques faits curieux d’histoire naturelle. C’est ainsi que sur la route d’ Armât à Fez il rapporte que l’on rencontre beaucoup d’eu-
phorbes, fourbioun, arbrisseau épineux, à tiges herbacées, d’oii découle un .suc laiteux, jouissant de propriétés purgatives.
Il parle assez longuement de l’Arganier. Il rapporte un fait que nous avons entendu reproduire en Algérie, mais nié par les Marocains, à savoir que pour se procurer l’huile d’Argan on récolte les fruits, on les donne à manger aux bestiaux, ensuite on en ramasse les noyaux, on les fait cuire après les avoir broyés, puis on en obtient de l’huile par la pression.