‹ Histoire de la médecine arabeChapitre 192 sur 199 · INSTITDTI0N3 MÉDICALES CHEZ LES ARABES. 5G · texte numérisé non relu

INSTITDTI0N3 MÉDICALES CHEZ LES ARABES. 5G

Sadid eddin ben Refiqua fut aussi cliarg-é du service du grand hôpital de la citadelle et des maisons royales. C’est lui qui opérait la cataracte avec une aiguille coudée.

Mohaddeb eddin ebn Dakhouar jouissait d’une grande réputation. Avec lui, dit Ebn Abi Ossaïbiah, finit la race des grands médecins. Il se rencontra, dit le même historien, dans le service de l’hôpital, avec Omran el Israïly et Radhy eddin Errahaby. On ne vit jamais un tel concours d’hommes habiles et ce qu’il en résulta pour les élèves et les malades fut merveilleux. Ebn Dakhouar donna sa maison pour y fonder une école de médecine, à la condition que Cherf eddin y entrerait comme professeur. Il fut aussi nommé chef des médecins et mourut en 1230.

Nous connaissons encore comme médecins de l’hôpital Ennoury Mouaffeq eddin ben Essarraf ; Rachid eddin ben Khalifa, l’oncle de l’historien de la médecine, qui y fut chargé d’un service d’ophthalmiques ; Ebn Abi Ossaïbiah lui-même ; enfin l’auteur des Dynasties, Aboulfaradj, nous apprend lui-même qu’il fut chargé de service à l’hôpital Ennoury, en même temps que Djemal eddin, frère de Cherf eddin.

Avec un tel ensemble de ressources scientifiques, on comprend comment Damas fut, au XIII* siècle, une pépinière de médecins et éclipsa le Caire et Bagdad.

On lit sur cet hôpital une anecdote curieuse dans Abdellatif. Relation de l’Egypte, p. 441.

<c A Damas, dit Khatib Dhaheri (Ms. A. n» 693) est le Bimarestan, établissement qui n’a jamais eu son pareil dans le monde.

« Il est arrivé à ma connaissance, à l’occasion de cet hôpital, une aventure assez bizarre, que je veux rapporter.. En l’année 831 (1427), je vins à Damas : j’avais avec moi un particulier persan d’origine, homme de talent, de goût et de beaucoup d’esprit. Il faisait cette année le pèlerinage de la Mekke et pratiquait tous les actes de religion qui sont prescrits par les quatre sectes orthodoxes, se conformant à toutes les quatre, en même temps. Quand il fut entré dans cet hôpital et qu’il eut vu les aliments qu’on y distribuait et toutes les

1 commodité.s et les (louceur.s dont on y jouissait et qu’on ne j saurait nombrer, il conçut le dessin d’y demeurer, contre- I faisant le malade, et y resta pendant 3 jours. Le médecin î étant venu à lui pour savoir quelle était sa maladie et lui i ayant tâté le pouls, reconnut ce qu’il en était et lui prescrivit de prendre ce qui lui plairait d’aliments, de poulets fins,

: de confitures, de sorbets et de fruits de toute espèce. Trois ' jours s’étant écoulés, il lui écrivit une ordonnance dont le j sens était qu’un hôte ne doit pas rester chez celui qui lui I accorde l’hospitalité au-delà do 3 jours. On dit que depuis ' que cet hôpital a été construit le feu no s’y est jamais éteint. »

Égypte.

Los institutions médicales en Égypte ont un certain caractère qui les distingue de celles de Damas et de Bagdad.

Nous n’y rencontrons pas un aussi grand nombre de médecins éminents chargés du service des hôpitaux, mais noua y trouvons davantage de médecins inspecteurs chargés de la police de leur profession. D’autre part un des hôpitaux du Caire, tardivement fondé, a eu la bonne fortune de se conserver jusqu’à nos jours et même de rester, aux yeux du vulgaire, comme modèle de l’hôpital musulman. Son nom même a été considéré comme typique, bien qu’il ne soit que la corruption d’un nom très anciennement et généralement adopté. Nous voulons parler du Moristan.

Les études médicales suivirent en Égypte une marche ascendante, et au XII® .siècle le Caire en était le plus brillant foyer de l’Orient.

C’est au X® siècle que nous trouvons la première mention d’un hôpital. A cette époque. Mohammed ben Abdoun, originaire de l’Andalousie, vint passer quelques années en Égypte et fut chargé du service de l’hôpital de Fostath.

Il existait plusieurs hôpitaux au Caire. L’un d’eux portait le nom de Nacery. Nous n’avonspu jusqu’à présent retrouver la date de sa fondation, mais nous connaissons les noms do plusieurs des médecins qui y furent attachés. Comme ils

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appartiennent à la fin du XIP siècle et au commencement du XIIP, nous pensons qu’il fut fondé par Saladin, qui lui aurait donné le nom de Nacery en l’honneur du Khalife Ennacer et en reconnaissance de la confirmation qu’il en reçut dans la souveraineté de l’Ég-ypte et de la Syrie. Du reste Saladin s’appelait aussi Malek Ennacer, et dans certaines monnaies on voit réunis les noms du sultan et du Khalife, portant tous les deux le surnom de Nacer.

Ahoulfadhl Daoud ben Abil Beyàn l’israélite fut attaché à l’hôpital Ennoury vers le commencement du XIIP siècle. Ebn Abi Ossaïblah, qui fut aussi chargé de service dans le même hôpital, rapporte qu’il put apprécier le rare mérite de ce médecin juif, la sûreté de son diagnostic et l’excellence de sa pratique. Ahoulfadhl composa un formulaire traitant des médicaments employés dans les hôpitaux de l’Égypte, de la Syrie et de l’Irak, dont l’historien de la médecine fait l’éloge.

Nefls eddin ben Zohéïr, qui fut nommé chef des médecins de l’Egypte, avait à l’hôpital Ennacery un service d’ophthalmiques, qui fut suivi par l’oncle d’Ebn Abi Ossaïbiah.

Ibrahim ben Reis Moussa, fils du célèbre Maimonide, fut chargé d’un service dans un des hôpitaux du Caire.

Aboul hedjadj lousef, israélite aussi, fut attaché à un hôpital en qualité d’oculiste. Le père d’Ebn Abi Ossaïbiah suivait ses visites, tandis que son oncle suivait celles de Djemal eddin. Le premier fut plus tard inspecteur des oculistes.

Cette multiplicité d’oculistes prouve que les ophthalmies furent de tout temps endémiques en Égypte.

Nous avons déjà parlé de l’hôpital qui a conservé jusqu’à nos jours le nom de Moristan, altération de Bimarestan, qui veut dire hôpital en persan. S’il faut en croire le g-rand ouvrage de la commission d’Egypte, Makrisi rapporterait sa fondation à la fille de Moëz Lidin Allah, c’est-à-dire qu’il aurait été fondé vers la fin du X® siècle de l’ère chrétienne. Ce que nous allons dire de cet hôpital est tiré du même ouvrage et repose sur la môme autorité, que nous regrettons de n’avoir pu consulter.

DansForig-ine les aliénés seuls y étaient admis, et plus tard on l’ouvrit à toutes sortes de maladies. Chaque espèce de maladies avait des salles particulières et des médecins spéciaux. Des revenus considérables assuraient aux malades un entretien confortable, et aux médecins de riches appointements. Des malades sujets à l’insomnie avaient des salles à part où ils trouvaient des musiciens et des conteurs pour les distraire. D’autres distractions étaient données aux convalescents. Enfin les malades guéris ne sortaient qu’en rece- I vaut cinq pièces d’or, ce qui leur permettait de vivre avant d’être obligés de se livrer à un travail pénible.

Le sultan Kalaoun restaura cet hôpital vers la fin du XIID siècle et y annexa une école de médecine.

A l’arrivée des Français en Égypte, à la fin du XVIIP siècle, on comptait encore dans le Moristan, outre les aliénés, une cinquantaine d’autres malades.

L’histoire ne fait pas mention d’un autre Moristan, dit M. Jomard, auteur de ce Mémoire. Ce que nous avons dit précédemment fait justice de cette assertion, à moins que l’on ne veuille entendre par Moristan un hôpital exclusivement réservé à des aliénés.

M. Jomard ajoute: Les gens du lieu m’ont appris l’existence d’un autre Moristan et la tradition m’a appris en outre l’existence d’un hôpital pour les femmes, fondé par Abderrahman Kikyeh.

Outre les grands hôpitaux il y avait encore en Egypte de petits établissements hospitaliers connus sous le nom de Tekyeh.

Médine et la Mekke.

Voici ce qu’on lit d’après M. de Sacy dans l’histoire de la Mekke par Cothob eddin el Hanefy :

En l’année 816 de l’hégire (1413-14 de notre ère), le Chérif Hassan rebâtit l’hôpital de la Mekke, originairement fondé parle Khalife Mostancer (au IX» siècle). Il le pourvut de tout ce qui était nécessaire au service des pauvres et des malades. Il ordonna que les pauvre.s qui voudraient s’y faire traiter y

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demeurassent jusqu’à ce qu’ils eussent recouvré la santé et que quand il n’y en aurait pas, les revenus fussent consacrés à l’avantage des pauvres malades.

Quant à l’hôpital de Médine, nous avons déjà vu précédemment qu’il avait été placé sous la surveillance d’Abou Otsman et de Sinan fila de Tsabet, concurremment avec celui de la Mekke.

C’est là seule mention que nous en ayons rencontrée.

Maroc.

Léon l’Africain nous apprend qu’il y avait à Fez des hôpitaux et des ho.spices avec des salles exclusivement réservées auxaliénés. D’après Casiri, Mohammed ben Cassem aurait été chef de l’hôpital de Maroc vers le milieu du XIV® siècle (II, 78).

Espagne.

Nous manquons de renseignements sur les hôpitaux de l’Espagne. Tout ce que nous avons pu recueillir se réduit à ceci : vers la fin du XIP siècle, Abou Ishaq Ibrahim, originaire de Bougie, vint habiter Algésiras et fut attaché à l’hôpital de cette ville.

Nous ne croyons pas cependant que les ümmiades d’Espagne, ces dignes émules des Abbassides, aient oublié les hôpitaux au milieu des fondations de toutes sortes qu’ils multiplièrent dans ce pays de prédilection.

Il existe à TEscurial un Manuscrit coté n“ 887 (ancien 882), sur le compte duquel Casiri s’est mépris et qui est un curieux échantillon de la pratique médicale chez les Arabes d’Espagne.

Il ne s’agit pas d’un hôpital, mais de consultations données à domicile. Casiri n’a fait que feuilleter le Manuscrit, comme cela lui est arrivé si souvent, du moins pour la médecine, et il y a vu un manuel d’examens à l’usage des candidats au titre de médecin.

572 HISTOIRE DP. LA MJÎDEriNE .AliAIÎP. — LIVRE QDATRiLMP.

Là-dessus Amoreux, qui cite la notice de Casiri, se livre à des plaisanteries qu’on peut lire dans sa compilation. Cet ouvrag-e, comme nous venons de le dire, n’est autre cliose qu’un Recueil d’observations, prises aux consultations d’un médecin par son élève, et à ce titre il nous paraît précieux, attendu que c’est le, premier que nous ayons jusqu’à présent rencontré sous cette forme. Outre les prescriptions relative.? au traitement des malades faites par le maître à son élève, le premier fait de temps en’ temps au second des questions sur les maladies représentée.?, puis quand il le juge à pro-' pos, il se livre à des développements dogmatiques sur ces maladies. Voilà comment une lecture superficielle a pu faire croire à Ca.siri qu’il s’agissait d’un manuel pour examens. Ce n’est pas ici le lieu de nous étendre davantage sur ce Manuscrit, mais nous avons cru qu’il n’était pas hors do propos d’en parler. Ajoutons encore que Casiri s’est trompé sur le nom de l’auteur. Celui qu’il a mis en avant n’est qu’un personnage cité. Le nom de l’auteur est Mohammed Ettemimy.

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